Histoire des Juifs en Turquie

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L’histoire des Juifs en Turquie ou, plus précisément, dans le territoire turc actuel, remonte à l'Antiquité. On compte en 2016 15 500 Juifs en Turquie[1].

Une longue histoire[modifier | modifier le code]

Les Juifs ont habité le territoire de l'actuelle Turquie dès le IVe siècle av. J.-C.[2] : ils sont appelés Mizrahites, c'est-à-dire orientaux, ou Romaniotes, en référence à l'Empire romain où ils vivaient dans l'Antiquité classique et durant la période byzantine. Non loin de Smyrne, en Lydie se trouvent les ruines de la synagogue de Sardes, une des plus grandes de l'Antiquité[2].

Les Juifs d'Anatolie et de l'Espagne musulmane ont joué un rôle important dans la transmission du savoir antique : ainsi, l'empereur Romain Ier Lécapène envoie bibliothèques et traducteurs à Hasdaï ibn Shaprut, ministre du calife de Cordoue, Abd al-Rahman III, d'où ce savoir diffusera, par des lettrés comme Gerbert d'Aurillac, à l'Occident chrétien[3]. La plupart de ces traducteurs (en arabe tourdjoumân (ترجمان qui a donné en français « truchement » et se trouve à l'origine du patronyme Tordjman) étaient juifs, avec des patronymes comme Calonymos, Chryssologos, Margolis, Mellinis, Siffros… L'étymologie de tourdjoumân pourrait dériver du verbe hittite tarkummai- (« annoncer, traduire »)[4].

Au XIVe siècle, la population juive de Constantinople représente 10 % des habitants. En 1453 l'Empire ottoman en fait sa capitale et en 1492 le sultan Bayezid II envoie Kemal Reis sauver 150 000 juifs d'Espagne de l'Inquisition. Ce sont les Sépharades, c'est-à-dire espagnols, qui assimilent progressivement les Romaniotes. À partir du XVe siècle affluent également des populations Ashkénazes c'est-à-dire allemandes (en fait, des Juifs d'Occident), dont fait partie le rabbin Yitzhak Sarfati, ou Isaac Zarfati, patronyme qui signifie français [5].

Sabbatai Zevi fut considéré par ses partisans, les Sabbatéens, comme le messie mais ces derniers passèrent finalement à l'islam. Leurs descendants sont les Dönme. Au XVIe siècle, Joseph Nasi est le premier gouverneur juif en Turquie comme Seigneur de Tibériade. La Famille Camondo a pour patriarche Abraham Salomon Camondo, né à Constantinople, au XVIIIe siècle. En 1889, Makhlouf Eldaoudi devient Hakham Bashi (chef religieux des communautés séfarades).

Durant le XXe siècle, quelques Juifs turcs comme Emmanuel Carasso ou Vladimir Jabotinsky rejoignent le mouvement des Jeunes Turcs, mais beaucoup d'autres, craignant les crispations nationalistes et constatant la montée consécutive de l'antisémitisme, préfèrent émigrer et s'installer en France où ils s'implantent principalement à Paris dans les 9e, 10e et 11e arrondissements[6].

Pendant la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Pendant la Seconde Guerre mondiale la Turquie est neutre. Elle refuse de livrer à l'Allemagne les Juifs qui ont trouvé refuge sur son territoire, mais elle doit aussi faire face aux pressions exercées par le Royaume-Uni pour empêcher les Juifs d'aller en terre d'Israël, où les Britanniques cherchant à apaiser les Arabes[7]. Le , le Struma, bateau sous pavillon panaméen, affrété par une compagnie grecque et rempli de plus de 750 réfugiés juifs fuyant la Roumanie et la Bulgarie, arrive à Büyükdere près d'Istanbul où seule une femme sur le point d'accoucher, huit passagers ayant déjà des visas britanniques pour la Palestine et 28 enfants sont autorisés à débarquer. Les autres, considérés par le consulat britannique comme « citoyens de pays ennemis »[8] se voient refuser les visas. Le navire n'ayant plus ni chauffage, ni eau courante, est mis en quarantaine ; les associations juives de la ville ravitaillent les passagers. Le la marine turque remorque le Struma (dont les occupants avaient saboté la machine pour l'empêcher de repartir) en mer Noire à deux kilomètres de la côte turque où le sous-marin soviétique SC 213 le torpille le lendemain[9] : en l'absence de secours, l'équipage et tous les passagers sauf un, sont noyés[10].

À la suite de cette tragédie, les autorités autoriseront les réfugiés juifs à rester « en transit » sur le sol turc[11] et la Turquie devint une plaque tournante du sauvetage des Juifs. C'est à Istanbul que Joel Brand négocie avec les Allemands dans l'espoir de sauver les Juifs hongrois[12]. À Çesme et à Izmir, Moshé Agami chargé au sein du Mossad de l'émigration, organise en lien avec les résistants grecs de l'ELAS, les services secrets britanniques et des diplomates grecs, le sauvetage de 3000 Juifs grecs[12].

Depuis 1945[modifier | modifier le code]

En 1948-1949, entre 30 000 à 40 000 Juifs turcs émigrent vers le tout nouvel État d'Israël[13].

En 1951, la synagogue Neve Şalom est construite à Istanbul.

Dario Moreno (1921-1968), est musicien et acteur, Can Bonomo, le représentant de la Turquie à l'Eurovision 2012 et Seza Paker, une artiste contemporaine turque.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Sergio DellaPergola, « World Jewish Population, 2016 », Berman Jewish Data Bank, (consulté le 6 octobre 2017)
  2. a et b (en) « Turkey », sur Jewish Virtual Library
  3. H. Floris Cohen, The Scientific Revolution : A Historiographical Inquiry, chap. « The Emergence of Early Modern Science », University of Chicago Press 1994, p.395 ; Paul Tannery, Mémoires scientifiques, tome IV: Sciences exactes chez les Byzantins, Jacques Gabay, Paris, ISBN 978-2-87647-186-3 et Nikolaos G. Svoronos, Iστορια των μησων χρονων, Athènes, 1955 ; Histoire du Moyen Âge, P.U.F. 1956.
  4. (it) M. Forlanini, « Le strade dell'Anatolia del II Millenio a.c. : percorse da mercanti assiri eserciti ittiti e carovane di deportati ma anche vie di diffusione di culti e civiltà », dans Elena Asero, Strade di uomini e di idee, Rome, Aracne (ISBN 9788854885141), p. 47.
  5. Letter of Rabbi Isaac Zarfati, datée de 1454 environ, turkishjews.com.
  6. Les Arméniens, les Grecs et les Juifs originaires de Grèce et de Turquie, à Paris de 1920 à 1936, Cahiers balkaniques
  7. Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent », , 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3), p. 562
  8. Déclaration de Harold MacMichael, haut-commissaire britannique pour la Palestine.
  9. Après la chute du rideau de fer, la Russie présenta à Israël des excuses pour cette “tragique erreur”, affirmant que le SC 213 avait pris le Struma pour un navire allemand, mais les organisations sionistes (Yichouv, Lehi, Irgoun) n’ont pas cru à une erreur, car le Struma à la dérive était un très vieux navire (âgé de 75 ans) à la silhouette très reconnaissable, et sa situation était parfaitement connue des Alliés ; de plus, la Kriegsmarine n’avait en mer Noire qu’une vingtaine de Räumboote, une dizaine de Schnellboote et six U-boot de type IIB : absolument rien qui ressemble au Struma : Timothy C. Dowling, Russia at War, ABC-CLIO Publishing, 2014, p. 129.
  10. Le Struma sur le site du Mémorial de Yad Vashem
  11. Charles Enderlin, Par le feu et par le sang. Le combat clandestin pour l'indépendance d'Israël, Albin Michel, 2008, p. 98-100.
  12. a et b Dictionnaire de la Shoah, p. 563.
  13. Dictionnaire de la Shoah, p. 564.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]