Autodafé

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Condamnés par l'Inquisition, de Eugenio Lucas Velázquez (1862), Musée du Prado.

À l'origine, un autodafé (mot portugais « auto da fé » venant du latin « actus fidei », c'est-à-dire « acte de foi ») est la cérémonie de pénitence publique organisée par le tribunal de l'Inquisition espagnole ou portugaise, durant laquelle celle-ci proclamait ses jugements.

Dans le langage populaire, ce terme est devenu presque synonyme d'une exécution publique d'hérétiques par le feu. Ce glissement de sens est dû au fait que les condamnés relaps ou refusant de se rétracter étaient remis par l'Inquisition aux mains des autorités civiles, qui, parfois, les envoyaient au bûcher.

« Autodafé » est aussi couramment utilisé pour caractériser la destruction publique de livres ou de manuscrits par le feu.

Historique[modifier | modifier le code]

Espagne wisigothique[modifier | modifier le code]

Selon la Chronique de Frédégaire, le roi wisigoth Récarède Ier (559-601), premier roi catholique d'Espagne (586-601), ordonna, après avoir abjuré l'arianisme et s'être converti au catholicisme (IIIe Concile de Tolède de 589), de brûler tous les livres et manuscrits ariens de son royaume ; ils furent regroupés à Tolède (capitale wisigothe) dans une maison qui fut incendiée.

Savonarole[modifier | modifier le code]

Le dominicain Jérôme Savonarole a organisé un autodafé appelé bûcher des Vanités, le 7 février 1497 à Florence, où les habitants durent apporter bijoux, cosmétiques, miroirs, livres immoraux, robes trop décolletées ou richement décorées, images licencieuses, etc. De nombreuses œuvres d'art produites à Florence au cours de cette décennie, dont notamment une partie de celles de Sandro Botticelli, ont disparu à cette occasion.

Péninsule ibérique et Inquisition[modifier | modifier le code]

L'Autodafé du 21 mai 1559 à Valladolid, gravure de Jan Luyken.

Fin de la Reconquista[modifier | modifier le code]

Peu de temps après l'année cruciale et la chute du royaume nasride de Grenade, l'évêque de la nouvelle cité devenue très catholique précipite au feu les livres écrits en langue arabe[réf. nécessaire].

Faux-semblants[modifier | modifier le code]

L'objet des tribunaux inquisitoriaux était précis : il s'agissait de rechercher les Juifs non convertis au catholicisme (et fallacieusement accusés de meurtres ou de profanations) et ceux qui ne s'étaient convertis que sous la contrainte (pour ne pas être forcés à l'exil ou pour sauver leur vie) tout en continuant à adhérer secrètement au judaïsme. Ces derniers étaient appelés péjorativement les « marranes » (porcs).

Livres brûlés, Nuremberg chronicles, 1440-1514.

Les conversions de façade avaient tendance à se répandre, déclenchant l'animosité populaire (troubles de Tolède et Cordoue en 1449, de Ségovie en 1474), mais également les protestations des Juifs sincèrement convertis au christianisme, pour qui l'attitude des marranes jetait le discrédit sur l'ensemble des « nouveaux chrétiens ». C'est pour cette raison que l'on trouve à l'époque de nombreux conversos parmi les promoteurs de l'Inquisition, plus virulents encore que les chrétiens d'origine.

Les tribunaux inquisitoriaux instituèrent des sortes de « jurys ». Ces jurys étaient constitués de notables locaux – qui connaissaient donc bien l'accusé –, voire de juristes qui pouvaient poser des questions au suspect, questions à charge ou à décharge. Les faux témoins, s'ils étaient découverts, s'exposaient à de très lourdes sanctions, en principe les mêmes que celles qui auraient été infligées à l'accusé[1],[2].

Condamnations au bûcher[modifier | modifier le code]

De nombreux morisques, musulmans contraints de se convertir au christianisme, ont été condamnés à être brûlés vifs par l'inquisition espagnole de 1502 à 1750. Il leur était reproché de continuer à pratiquer dans le secret les rites de la religion musulmane.

En 1499, l'inquisiteur Diego Rodrigues Lucero condamna à être brûlés vifs 107 juifs conversos, convaincus d'être en réalité des marranes, restés fidèles à leur ancienne religion. Ce fut un des plus meurtriers autodafés du pays. Au Portugal, il n'y eut pas d'autodafé avant 1540 (quatre ans après la création de l'Inquisition portugaise) mais durant les 40 ans qui suivirent, il y en eut environ quarante, avec « seulement » 170 condamnations au bûcher parmi les 2 500 condamnations prononcées. Par la suite (1580), Philippe II d'Espagne envahit le Portugal : le roi garantit aux Juifs qu'ils pourraient continuer à pratiquer leur religion. Mais ceux qui se convertissent doivent le faire sincèrement, sous peine de risquer d'encourir les foudres de l'Église. Et de fait, en vingt ans, 3 200 condamnations (dont, ici encore, « seulement » 160 au bûcher) seront prononcées. Les autodafés continueront dans la péninsule Ibérique pendant toute la Renaissance et jusqu'au XVIIe siècle. En 1639, au Pérou, le père franciscain Zisneros, qui était à la tête de l’Inquisition, condamna à Lima 9 marchands juifs au bûcher ; le dixième se suicida dans sa cellule et il fut brûlé en effigie. Leurs biens furent confisqués [3].

L'exécution des accusés ne faisait pas partie de l'auto da fé et avait lieu lors d'une cérémonie ultérieure, normalement à l'extérieur de la ville, où la pompe de la procession principale était absente. Les principaux éléments de la cérémonie étaient la procession, la messe, le sermon à la messe et la réconciliation des pécheurs. Il serait faux de supposer, comme il l'est souvent fait, que les exécutions étaient au centre de l'événement[4], bien que certains auteurs, tels que Voltaire dans son conte philosophique Candide, répandront l'idée contraire.

Civilisation maya[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Civilisation maya.

Le 12 juillet 1562, Diego de Landa ordonne un autodafé de l'ensemble des documents en écriture maya[5]. Seuls quatre codex mayas parviennent à réchapper du bûcher sacrificiel.

Révolution française[modifier | modifier le code]

Autodafé des titres seigneuriaux, de portraits de saints (dans un mouvement de déchristianisation).

Nazisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Autodafés de 1933 en Allemagne.
Berlin, 10 mai 1933.
Berlin, 11 mai 1933.

« Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes. »

— Heinrich Heine, Almansor[6]

Par analogie des méthodes, ce terme fut employé pour désigner la destruction par le feu que les nazis appliquèrent aux ouvrages dissidents ou dont les auteurs étaient juifs, communistes, modernes, féministes ou pacifistes[7].

Autodafé, pogrom d'Anvers - 14 avril 1941.

Le premier autodafé nazi eut lieu le à Berlin (Opernplatz), et fut suivi par d'autres à Brême, à Dresde, à Francfort-sur-le-Main, à Hanovre, à Munich et à Nuremberg. Furent ainsi condamnés au feu les ouvrages, entre autres, de Bertolt Brecht, d'Alfred Döblin, de Lion Feuchtwanger, de Sigmund Freud, d'Erich Kästner, de Heinrich Mann, de Karl Marx, de Friedrich Wilhelm Foerster, de Carl von Ossietzky, d'Erich Maria Remarque, de Kurt Tucholsky, de Franz Werfel, d'Arnold Zweig et de Stefan Zweig[8].

Franquisme[modifier | modifier le code]

La phalange franquiste organisa le un autodafé de style nazi à l'université centrale de Madrid où furent notamment brûlés des livres de Maxime Gorki, Sabino Arana, Sigmund Freud, Lamartine, Karl Marx, Jean-Jacques Rousseau et Voltaire[9].

Chine[modifier | modifier le code]

Le premier empereur de Chine, Qin Shi Huang brûla les écrits confucéens pour asseoir son pouvoir et l'idéologie du légisme.

Pendant la Révolution culturelle, dans les régions musulmanes de l'ouest de la Chine, des Corans furent détruits dans de grands autodafés[10]. Des manuscrits bouddhistes furent également brûlés.

Chili[modifier | modifier le code]

Plusieurs autodafés au Chili ont été perpétrés lors du régime militaire de Pinochet.

Histoire récente[modifier | modifier le code]

Destruction d'ouvrages du Falun Gong lors de la répression de 1999 en Chine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. les Constitutiones du Grand Inquisiteur le cardinal Torquemada et ses instructions aux responsables inquisiteurs ; consulter aussi les comptes-rendus d'audiences de l'Inquisition française durant l'affaire des Albigeois
  2. Sources : Archives espagnoles déposées à Séville, actes des procès inquisitoriaux en France au XIIIe siècle)
  3. Inquisition : Apologie de l'autodafé fait à Lima en 1639 - Criminocorpus, Collection Zoummeroff
  4. Henry Kamen, The Spanish Inquisition : An Historical Revision, 2000, Orion Publishing Group, p. 211.
  5. L'écriture maya livre ses secrets - Le Monde, 30 novembre 2008
  6. Almansor, vers 243 ; voir texte sur Wikisource.
  7. Cf. le film Apocalypse, Hitler.
  8. Ian Kershaw, Hitler, tome 1 : 1889-1936, Flammarion, Paris, 2000, p. 695.
  9. (es) Esperanza Yllan Calderon, El franquismo, Madrid, Marenostrum, , p. 13
  10. Collectif, Le Livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1998, p. 614
  11. G. Bedell (en), I wrote the story of O, in The Observer, 25 juillet 2004.
  12. (en) Lynne Muthoni Wanyeki, Church Burns Condoms and AIDS Materials, Inter Press Service (IPS), 5 septembre 1996, reproduit sur le site de l'AIDS Éducation Global Information System (ÆGiS).
  13. (fr) «Les talibans ont massacré les livres au lance-roquette» - Yves Stavridès, L'Express, 12 février 2002
  14. (en) Danny Schechter, Falun Gong’s Challenge to China : Spiritual Practice or "Evil Cult" ?, Akashic Books, (ISBN 978-1888451276), p. 42
  15. (fr) Parodie de procès du Coran suivi d'un autodafé dans une église intégriste - LeMonde.fr
  16. Source: Site FRANCETVINFO.fr consulté le 17 mai 2013.
  17. Mali: Timbuktu Locals Saved Some of City’s Ancient Manuscripts from Islamists Article du Time en ligne

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]