Bicatégorisation

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Symbole des toilettes pour les femmes
Symbole des toilettes pour les hommes
Signes de toilette manifestant une binarité de genre.

La bicatégorisation, aussi appelée binarité (ou parfois binarisme), est un concept utilisé en sciences sociales pour désigner la catégorisation de l'identité de genre en deux et uniquement deux formes distinctes et complémentaires : masculin et féminin.

Il peut exister plusieurs types de binarités. La binarité de sexe correspond soit femme, soit homme à la naissance selon le sexe biologique, tandis que la binarité de genre désigne l'attribution notamment de rôles genrés.

Généralités[modifier | modifier le code]

La bicatégorisation, apparue avec les études de genre, décrit de façon critique un système dans lequel les membres définis comme étant de sexe biologique masculin et féminin se voient attribuer des rôles de genre et des rôles différents[1],[2],[3],[4].

Dans le modèle binaire, « sexe », « genre » et « sexualité » sont alignés par défaut ; par exemple, une personne homme ou femme devrait avoir une apparence, des traits de caractère et des comportements qui correspondent à cette assignation ainsi qu'une attirance pour le sexe opposé[5]. Comme l'un des principes fondamentaux du genrisme, la bicatégorisation peut s'apparenter, selon certains chercheurs, à un tabou qui décourage les gens à traverser ou à mélanger les rôles de genre[6].

Si le principe de bicatégorisation est largement dominant, de nombreuses personnes peuvent être considérées comme des exceptions à la binarité. Les personnes intersexes n'entrent pas dans cette bicatégorisation de sexe par exemple, donnant lieu à des chirurgies de réattributions sexuelles problématiques[7].

Il existe également des rôles sociaux spécifiques qui impliquent des aspects des deux sexes, voire aucun des deux[pas clair]

En Occident, certaines personnes refusent la bicatégorisation, comme les personnes non-binaires[8].

Selon une enquête réalisée en France en 2016, « 56 % des 13/20 ans connaissent une personne qui se qualifie à travers des pronoms neutres (au lieu d’une utilisation classique du masculin/féminin) »[9]. En 2018, selon deux enquêtes, 13 % des 18–30 ans interrogés et 6 % des interviewés ne se définissent pas de façon binaire[10]. Pour le sociologue Arnaud Alessandrin, les expériences de genre « débordent » de la binarité de genre[11].

Binarité de sexe et de genre[modifier | modifier le code]

La bicatégorisation de sexe est pensée comme naturelle, c'est-à-dire qu'elle correspondrait à une réalité biologique qui divise les humains en deux catégories sexuées : femelles et mâles[12]. Cette bicatégorisation s'effectue sur l'observation d'un dimorphisme sexuel, distinguant les femmes et les hommes.

Critiques et limites de la bicatégorisation[modifier | modifier le code]

Sur la binarité de sexe[modifier | modifier le code]

De nombreux chercheurs et féministes s'accordent pour critiquer l'aspect apparemment naturel de la bicatégorisation du sexe. La manière dont les sexes sont perçus et pensés en Occident n'est pas figée et a fait l'objet de changements depuis l'Antiquité. Le modèle des sexes des sociétés occidentales actuelles, reposant sur la binarité, est en place depuis la Renaissance et a remplacé un autre modèle, dit du sexe unique[13]. Par ailleurs, certains avancent le fait que le genre précède le sexe, et que le sexe est également une construction sociale[14], puisqu'il s'agit d'un système de catégorisation établi par des scientifiques. Ainsi, ces catégories basées sur le dimorphisme sexuel ne sont pas des données évidentes, naturelles, figées, mais varient dans le temps et dans l'espace, selon les sociétés[15],[16].

Sur la binarité de genre[modifier | modifier le code]

Le concept de binarité de genre est mis en évidence et critiqué avec l'émergence d'une réflexion critique dans la mouvance des études genres. Anne Fausto-Sterling suggère l'abandon de la classification binaire entre hommes et femmes, qui est selon elle, socialement construite[17],[18][réf. non conforme].

Maria Lugones observe que parmi les Yoruba, le concept de genre et son système n'existait pas du tout avant le colonialisme. Elle estime qu'un système de genre a été introduit par les puissances coloniales comme outil de domination et que cette cause a fondamentalement changé les relations sociales entre les populations autochtones[19].

Croisade anti-genre[modifier | modifier le code]

Les notions impliquées dans système de genre subissent depuis les années 2000 une croisade anti-genre que les milieux féministes et queer estiment être homophobes[20],[21],[22].

Approche essentialiste fondée sur la différence binaire[modifier | modifier le code]

Pour les approches défendant le principe de la binarité de genre, la notion essentialiste sur des critères biologiques de la différence entre le sexe masculin et féminin est la norme[réf. nécessaire]. Ce qui sort de la norme définie serait à mettre sur le compte de troubles du développement sexuel[réf. nécessaire], ces derniers étant considérés comme extrêmement rares et touchent moins de 0,02 % de la population, y compris le syndrome d'insensibilité aux androgènes et l'hyperplasie congénitale des surrénales[réf. nécessaire]. Ces troubles seraient des déviations médicalement identifiables de la norme sexuelle binaire humaine[pas clair]. Toujours[Quoi ?] selon l’American College of Pediatricians, la sexualité humaine est binaire par nature dans le but de reproduire l'espèce humaine sauf dans le cas de rares troubles du développement sexuel[23],[24].

Certaines féministes[Lesquelles ?] sont critiques à l'égard des analyses en termes de système de genre et ne souscrivent pas à la méthodologie qui consiste à occulter le facteur biologique pour décrire un homme ou une femme[Information douteuse][25][source insuffisante], affirmant qu'on ne saurait se référer uniquement au ressenti pour occulter une certaine réalité biologique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Sous les pavés, le genre - Caroline Dayer - Payot », sur www.payot.ch (consulté le 21 février 2019).
  2. « Former envers et contre le genre », (consulté le 21 février 2019).
  3. Alexandre Jaunait et Sophie Maurer, Introduction aux études sur le genre, Belgique, De Boeck, coll. « Ouvertures politiques », , 357 p. (ISBN 978-2-8041-6590-1).
  4. Juliette Rennes et Michal Raz, Encyclopédie critique du genre : corps, sexualité, rapports sociaux, Paris, La Découverte, , 740 p. (ISBN 978-2-7071-9048-2 et 2-7071-9048-9, OCLC 1013912699, lire en ligne), « Bicatégorisation ».
  5. (en) Anne Keating, « glbtq >> literature >> Gender », sur www.glbtq.com, glbtq: An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture (consulté le 2 avril 2015).
  6. Sylvester N. Osu, Nathalie Garric et Fabienne Toupin, Construction d'identité et processus d'identification, Berne, Peter Lang, , 623 p. (ISBN 978-3-0343-0356-9, lire en ligne), p. 215-216.
  7. « Intersexes, le cri du corps », sur Libération.fr, (consulté le 1er octobre 2019).
  8. « Qu'est-ce que la non-binarité ? Entretien avec la sociologue Karine Espineira », sur Les Inrocks (consulté le 1er octobre 2019).
  9. « «Gender fluid» : Et si on assistait à la fin des genres masculin et féminin ? », 20 Minutes,‎ (lire en ligne).
  10. « Non binaire, no gender... Des identités de genre qui bousculent la société », 20 Minutes,‎ (lire en ligne, consulté le 18 juin 2020).
  11. Arnaud Alessandrin, « Au-delà du troisième sexe : expériences de genre, classifications et débordements », Socio, no 9,‎ , p. 201–214 (ISSN 2266-3134 et 2425-2158, DOI 10.4000/socio.3049, lire en ligne, consulté le 6 août 2018).
  12. Thierry Hoquet, Le sexe biologique : anthologie historique et critique., Paris, Hermann, impr. 2014, 506 p. (ISBN 978-2-7056-8428-0 et 2-7056-8428-X, OCLC 887555159, lire en ligne).
  13. Thomas Walter Laqueur (trad. de l'anglais), La fabrique du sexe : essai sur le corps et le genre en Occident, Paris, Gallimard, , 355 p. (ISBN 2-07-072599-5 et 978-2-07-072599-1, OCLC 27134631, lire en ligne).
  14. « Christine Delphy : « Penser le genre » », Nouvelles Questions Féministes, vol. 21, no 1,‎ , p. 126 (ISSN 0248-4951 et 2297-3850, DOI 10.3917/nqf.211.0126, lire en ligne, consulté le 1er octobre 2019).
  15. Delphine Gardey, « Les sciences et la construction des identités sexuées. Une revue critique », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 61, no 3,‎ , p. 647–673 (ISSN 0395-2649 et 1953-8146, DOI 10.1017/s0395264900003218, lire en ligne, consulté le 1er octobre 2019).
  16. Juliette Rennes, Encyclopédie critique du genre : corps, sexualité, rapports sociaux, Paris, La Découverte, , 740 p. (ISBN 978-2-7071-9048-2 et 2-7071-9048-9, OCLC 1013912699, lire en ligne), p. 87-94.
  17. (en) Anne Fausto-Sterling, Sexing the body : gender politics and the construction of sexuality, New York, Basic Books, , 496 p. (ISBN 978-0-465-07714-4).
  18. (en) Anne Fausto-Sterling, « The Five Sexes, Why Male and Female are not Enough », The Sciences, vol. 33}, no 2,‎ (lire en ligne).
  19. María Lugones, « Heterosexualism and the Colonial/Modern Gender System », Hypatia, vol. 22, no 1,‎ , p. 196–198 (DOI 10.1353/hyp.2006.0067).
  20. Sara Garbagnoli, La croisade « anti-genre » : du Vatican aux manifs pour tous, Paris, Textuel, 127 p. (ISBN 978-2-84597-589-7 et 2-84597-589-9, OCLC 1011097552, lire en ligne).
  21. « Comment le « gender » est devenu l'ennemi no 1 du Vatican et de la Manif pour tous », sur TÊTU, (consulté le 21 février 2019).
  22. « « Théorie du genre », doctrina diabolicum », sur Libération.fr, (consulté le 21 février 2019).
  23. (en) « Gender Dysphoria in Children », sur American College of Pediatricians, (consulté le 21 février 2019).
  24. (en) Leonard Sax, « How common is lntersex? A response to Anne Fausto‐Sterling », The Journal of Sex Research, vol. 39, no 3,‎ , p. 174–178 (ISSN 0022-4499, PMID 12476264, DOI 10.1080/00224490209552139, lire en ligne, consulté le 21 février 2019).
  25. (en) « Trans women are trans women Peace News », sur peacenews.info (consulté le 21 février 2019).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]