Drag queen

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Une drag queen au Christopher Street Day de Munich en 2011.

Une drag queen, ou drag-queen, est une personne — homme ou femme, bien que les hommes restent majoritaires et plus connus — construisant une identité féminine volontairement basée sur des archétypes de façon temporaire, le temps d'un jeu de rôle.

Les drag queens construisent leur identité à travers la féminité, généralement dans un but d'animation ou dans le cadre d'un spectacle incluant du chant, de la danse, de la synchronisation labiale, du stand-up, de l'imitation.

Comme tout travestissement, le fait de s'habiller en drag queen n'est pas une indication sur l'orientation sexuelle de la personne concernée, ni sur sa véritable identité de genre ; une drag queen n'est pas forcément une personne trans.

Transformiste et drag queen[modifier | modifier le code]

Conchita Wurst, s’identifiant comme homme gay et drag queen, a gagné l'Eurovision en 2014.

Une distinction se fait en français entre le transformiste (female impersonator ou celebrity impersonator en anglais), qui incarne, imite ou parodie généralement des chanteuses ou des personnalités (des femmes le plus souvent), et la drag queen qui a son propre style, souvent très exubérant et coloré, dont le rôle est de danser et d'arpenter les endroits à la mode, souvent sur des talons d'une hauteur démesurée, pour mettre de l'ambiance.

Les drag queens qui mettent l'accent sur une illusion parfaite d'apparence féminine s'appellent aussi « personnificateurs féminins », un terme toutefois peu utilisé. À l'époque où la personnification féminine était un crime aux États-Unis, la fameuse drag queen José Sarria (en) a distribué des badges mentionnant « Je suis un garçon » à ses camarades afin de les sauver de l'arrestation.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

L'origine du terme drag queen est controversée. On s'accorde souvent pour la faire remonter au XVIIIe siècle quand les travestis laissaient traîner, to drag, leurs jupes derrière eux ; quant à queen, le mot désigne depuis longtemps les hommes homosexuels ou les femmes légères. William Dorsey Swann, à la fin du XIXe siècle, organise des bals où les hommes se parent de robes et se qualifie lui-même de queen of drag[1].

Selon une autre étymologie, datant du XXe siècle, le terme drag viendrait de l'époque où les femmes ne pouvaient pas encore se produire sur scène au théâtre. Ce sont donc des hommes qui incarnaient des rôles féminins et, de ce fait, l'acronyme drag pour dressed as girl serait notée sur les scripts à côté du nom de l'acteur qui devait jouer le rôle d'une femme. En réalité, aucune trace de cette prétendue mention n'existe[2]. Le mot fut vraisemblablement repris par le dialecte homosexuel londonien Polari pour signifier le vêtement féminin ; avec queen (« folle », littéralement « reine »), « drag queen » signifiait à l'origine tout homme homosexuel adepte du travestissement. Par la suite le terme est venu désigner uniquement cette forme spécifique de spectacle.

La popularité des drag queens émerge au début des années 1990, dans les clubs gay de New York, Londres et Sydney, et à Paris dans la soirée de Jean-Pierre et Samantha place Pigalle[3], puis au Queen.

Le film Priscilla, folle du désert, un road trip de drag queen sorti en 1994, participe de ce succès, ainsi que, en France, le tube Let Me Be A Drag Queen du groupe Sister Queen. Les années 2000 sont moins florissantes, le concept de drag queen devenant démodé, jusqu'à ce que RuPaul lance en 2009 l'émission RuPaul's Drag Race qui remet les drag queen sur le devant de la scène, les intégrant à la culture populaire américaine. L'émission gagne en impact culturel au fil des saisons et lance de nombreuses carrières parmi lesquelles celles de Bianca Del Rio, Latrice Royale, Alaska Thunderfuck, Willam Belli, Raja Gemini, Bob The Drag Queen, Adore Delano, Kim Chi, Violet Chachki, Trixie Mattel, Manila Luzon, Jinkx Monsoon ou encore Shangela Laquifa Wadley.

À Paris, plusieurs cabarets ou boîtes de nuit proposent des spectacles avec des drag queen[4].

Représentation à la télévision française[modifier | modifier le code]

La scène française du mouvement drag queen est devenue de plus en plus riche grâce à l’émergence de nouveaux mouvements, de nouvelles plateformes (Netflix) permettant aux gens de visionner des show télévisés comme RuPaul’s Drag Race[5]. Cependant, les grandes chaines de diffusion française sont réticentes à l’idée de proposer ce type de programme à leurs spectateurs, réticence renforcée par la frilosité de certains producteurs à créer des contenus originaux sur les drag queens françaises[5]. Néanmoins, certaines chaines comme Arte ou Canal+ proposent des programmes originaux français avec des personnalités françaises. Grâce à cette scène, les petites villes réussissent à mettre en lumière leurs stars régionales, concurrençant de plus en plus celles de grandes métropoles (Lille, Paris, Lyon, etc.)[6].

De plus, il y a désormais la possibilité d’en savoir plus sur le métier de ces drag queens de la capitale grâce au documentaire Queendom, 3 histoires de Drag[7]. Il a été mis en ligne sur France.tv Slash le 24 janvier 2021. Ce documentaire propose une immersion dans la vie de trois drag-queens, Le Filip, Shigo LaDurée et Cookie Kunty, afin de mieux comprendre leur mode de vie, leur culture et leur métier.

Collectifs en France[modifier | modifier le code]

De nombreuses drag queens françaises sont entrées dans cet univers grâce aux collectifs LGBTQ+ mis en place, leur permettant de s’épanouir et d’embrasser cette part de leur personnalité, souvent brimée auparavant.[8] C’est le cas de Nicky Doll, drag queen française ayant participé à l’émission RuPaul’s Drag Race[9].

Par exemple, le collectif Pagaille, fondé en janvier 2020, organise des soirées afin de militer tout en s’amusant, et en garantissant l’intégration des membres de la communauté LGBT+[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en-US) Channing Gerard Joseph, « The First Drag Queen Was a Former Slave », The Nation,‎ (ISSN 0027-8378, lire en ligne, consulté le )
  2. (en) Dessen et Thomson, Dictionary of Stage Directions in English Drama, 1580-1642.
  3. David Guetta mixe.
  4. Louis Delafon, « Quelque chose en nous de… drag-queens », Paris Match, semaine du 31 mai au 6 juin 2018, p. 121-124.
  5. a et b « Verra-t-on plus de drag queens à la télévision française en 2020? », sur Le HuffPost, (consulté le )
  6. Louise Guibert, « Drag-queens, les reines de la nuit au grand jour », sur Libération (consulté le )
  7. « "Queendom" : la scène drag-queen parisienne à l'honneur sur France Télévisions », sur Europe 1 (consulté le )
  8. « Verra-t-on plus de drag queens à la télévision française en 2020? », sur Le HuffPost, (consulté le )
  9. « Etre Française dans #RPDR, c’est une bénédiction et un fardeau », sur www.20minutes.fr (consulté le )
  10. « À Paris, les drag-queens repolitisent les fêtes LGBT+ », sur Télérama (consulté le )

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Steven P. Schacht et Lisa Underwood (dir.), The Drag Queen Anthology: The Absolutely Fabulous but Flawless Customary World of Female Impersonators, Haworth Press Inc, Routledge, 2004, 276 p.
  • Julien Dufresne-Lamy, Jolis jolis monstres, Belfond, 2019.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]