Orientation sexuelle

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La question de l'orientation sexuelle est, chez l'être humain, un thème complexe et parfois à l'origine de controverses scientifiques ou sociales. Il existe actuellement de nombreuses données génétiques, physiologiques, neurobiologiques et psychologiques, de type expérimentale ou d'observation, tant chez l'animal que chez l'être humain, qui concernent l'orientation. La synthèse de ces données suggère que la communication chimique, avec les phéromones, sont le principal facteur de l'orientation sexuelle dans la majorité des espèces animales[1] ; mais, chez l'être humain, il existerait plutôt des apprentissages multifactoriels de préférences sexuelles[2].

Chez les animaux sexués, l'orientation sexuelle correspond à des processus biologiques spécifiquement organisés pour que les mâles et les femelles s'identifient et s'attirent afin de se reproduire. Chez les animaux les plus simples, comme les insectes, ce sont les structures biologiques de la communication chimique qui sont les processus à l'origine de l'orientation sexuelle. Un exemple typique est le bombykol, la phéromone sexuelle du bombyx du mûrier, qui est émise par la femelle et qui attire le mâle à plusieurs kilomètres de distance[3]. Chez les mammifères, dans l'état actuel des connaissances, les principales structures impliquées dans l'orientation sexuelle sont les structures olfactives qui détectent (organe voméronasal, épithélium olfactif) et analysent (bulbe olfactif accessoire, amygdale voméronasale…) les phéromones sexuelles[1]. Tous les processus connus et décrits sont spécifiques d'une orientation hétérosexuelle[4]. Néanmoins, comme ces processus ne sont pas toujours optimisés, et qu'il existe des variations génétiques et physiologiques, les excitations et les activités sexuelles ne sont pas toujours hétérosexuelles.

Chez les hominidés et l'être humain, plusieurs des facteurs biologiques qui contrôlent l'orientation hétérosexuelle sont altérés ou modifiés, ce qui induit une désorganisation des processus neurobiologiques de l'orientation hétérosexuelle[5]. En particulier chez l'être humain, il existe plutôt une dynamique multifactorielle complexe, où les processus résiduels de l'orientation hétérosexuel (circuits olfactifs et phéromones sexuelles) sont combinés à d'autres facteurs (apprentissages, agression, socialisation, représentations, valeurs, normes culturelles…), ce qui aboutit au développement de préférences sexuelles. Au niveau psychologique et social, le développement de ces préférences sexuelles, qui évoluent avec le temps, est fortement influencé par le contexte culturel et le vécu individuel. À l'âge adulte, la majorité des personnes développent généralement des préférences sexuelles qui sont conformes aux normes de leur culture[2]. Dans les sociétés occidentales, où existent une culture hétérosexuelle dominante[6],[7] et une culture homosexuelle plus marginale, la majorité des personnes développent des préférences globalement hétérosexuelles, et une minorité des préférences homosexuelles et parfois bisexuelles.

Actuellement, ces données neuroscientifiques récentes concernant les préférences sexuelles ne sont pas encore intégrées par la culture contemporaine. Dans les sciences humaines et sociales ont utilise plutôt les concepts d'orientation hétérosexuelle, homosexuelle, bisexuelle et asexuelle. Dans la culture LGBT, sont récemment apparus d'autres orientations sexuelles alternatives, telles la pansexualité, l'omnisexualité, ou l'altersexualité.

Fondements neurobiologiques de l'orientation sexuelle[modifier | modifier le code]

Rôle fondamental de la communication chimique[modifier | modifier le code]

La communication chimique joue un rôle fondamental dans tous les comportements des animaux. Les phéromones, qu'elles soient sexuelles, d'alarme, de trace, épidéictiques ou d'agrégation, sont utilisées pour communiquer de nombreuses informations vitales[3].

Chez les insectes[modifier | modifier le code]

Chez les insectes, les phéromones sexuelles permettent d'attirer réciproquement les femelles et les mâles, même à plusieurs kilomètres de distance. Les phéromones sont détectées par les antennes, même à faible concentration[3]. On observe que toutes les femelles sont attirées par tous les mâles, et inversement. Expérimentalement, en modifiant des gènes liés aux phéromones, on peut actuellement modifier sélectivement certains processus de l'orientation sexuelle : un mâle génétiquement modifié uniquement pour produire des phéromones femelles attire les autres mâles, tout en restant attiré par les femelles[8] ; un mâle dont un des principaux récepteurs aux phéromones sexuelles est féminisé est attiré par d'autres mâles[9]. Ces données confirment, chez les insectes, que ce sont les structures biologiques qui produisent, détectent et analysent la communication chimique qui sont les processus à l'origine de l'orientation sexuelle.

Chez les mammifères[modifier | modifier le code]

Chez les mammifères, qui possèdent de grandes capacités d'apprentissages, il est très important de bien distinguer les capacités acquises des processus innés. Des expériences montrent que des rongeurs mâles dont on a empêché tout apprentissage sexuel sont sexuellement excités par des phéromones sexuelles émises par des femelles en oestrus[10]. Une autre expérience clé montre que la destruction de l'organe voméronasal fait disparaître la capacité de reconnaître le partenaire de sexe opposé[11] mais voir [12] puis [13]. Ces expériences comportementales confirment, comme chez les autres animaux, le rôle inné et majeur de la communication chimique et des phéromones sexuelles dans l'orientation sexuelle des mammifères.

Schéma simplifié des circuits neurobiologiques du comportement de reproduction des mammifères, chez la femelle. L'orientation sexuelle dépendrait principalement des circuits olfactifs. C'est dans les bulbes olfactifs[14] et dans les structures plus centrales (amygdale, hypothalamus ventromédian, noyau préoptique médian), que l'information olfactive est traitée différemment selon le sexe[15].

Au niveau neurobiologique et physiologique, même si actuellement on ne connaît pas en détail tous les processus impliqués dans l'orientation sexuelle, les études montrent l'existence de différents processus coordonnés qui concourent à l'orientation hétérosexuelle : au niveau de la production, de la libération, de la détection et du traitement des informations phéromonales.

  • la détection des phéromones sexuelles est réalisée principalement au niveau de l'organe voméronasal, ainsi qu'au niveau de l'épithélium olfactif, avec des interactions fonctionnelles entre ces deux structures[1] ; cette détection des phéromones est contrôlée par les hormones sexuelles au niveau des récepteurs[16] ;
  • concernant le traitement inné des phéromones sexuelles, les phéromones peuvent déclencher l'excitation sexuelle (l'érection chez le mâle[10]), l'attraction sexuelle et la mémorisation des caractéristiques du partenaire sexuel[17], le développement de nouveaux neurones dans l'hippocampe (ce qui correspond à la formation de la mémoire)[18] ;
  • il existe des molécules spécifiques pour transporter les phéromones jusqu'à l'urine, les protéines MUP[19],[20].
  • il existe des comportements spécifiques pour émettre et rechercher les phéromones, en particulier celles contenues dans l'urine : le marquage du territoire avec l'urine, le léchage ano-génital et facial, le reniflage et le flehmen[4].

On observe ainsi qu'il existe tout un ensemble de processus qui concourent à l'organisation d'une orientation sexuelle, contrôlée par les hormones. Tous les processus connus et décrits sont spécifiques d'une orientation hétérosexuelle[4]. Néanmoins, comme ces processus ne sont pas toujours optimisés, et qu'il existe des variations génétiques et physiologiques, les excitations et les activités sexuelles ne sont pas toujours hétérosexuelles.

Chez les hominidés et l'humain[modifier | modifier le code]

Chez les hominidés et l'être humain, plusieurs des facteurs biologiques qui contrôlent l'orientation hétérosexuelle sont altérés ou modifiés. L'organe voméronasal n'est quasiment plus fonctionnel[21], et environ 90 % des gènes qui codent pour les récepteurs aux phéromones sexuelles deviennent des pseudogènes[22], tant dans l'organe voméronasal que dans l'épithélium olfactif. Ces modifications et altérations entraînent une désorganisation des processus neurobiologiques de l'orientation hétérosexuelle[5]. L'analyse des études récentes confirme qu'il n'existe apparemment plus de processus simple de l'orientation sexuelle chez l'être humain[23].

Néanmoins, comme tous les récepteurs aux phéromones ne sont pas altérés, il existe encore des effets des phéromones sexuelles chez l'être humain[24] ; mais ces effets seraient faibles et résiduels[25]. Une étude à l'échelle d'une population entière indique que l'orientation sexuelle humaine ne dépend plus uniquement des facteurs biologiques et devient multifactorielle[26].

Modélisation de l'apprentissage plurifactoriel des préférences sexuelles chez l'être humain (NB: L'importance de chaque facteur reste encore à évaluer plus précisément)[5].
Article détaillé : Préférences sexuelles.

Ainsi, en raison de l'altération de l'olfaction, les phéromones sexuelles deviennent secondaires. Les processus principaux de l'orientation sexuelle devenant secondaires, d'autres facteurs exercent une influence plus significative : le vécu affectif, les attentes sociales, la cognition, l'environnement culturel… En particulier, en raison du développement considérable du néocortex humain, la cognition devient un facteur majeur (influence des conditionnements, de la mémoire et des expériences passées, de l'imagination et des fantasmes, des attentes personnelles, des attitudes et des valeurs sexuelles…)[27].

En fonction de toutes ces données, le consensus qui semble émerger actuellement entre les spécialistes est que l'orientation sexuelle, ainsi que la motivation sexuelle, sont devenues multifactorielles[28]. La question encore controversée est d'évaluer l'influence relative de chaque facteur dans le développement des préférences sexuelles ; et en particulier, puisque les circuits olfactifs sont altérés, quelle est l'influence résiduelle des hormones et des phéromones[2]. La plupart de ces données neuroscientifiques récentes ne sont pas encore intégrées dans les modèles culturels contemporains. Bien que toutes les personnes aient des préférences sexuelles avérées (préférences pour certaines femmes et/ou hommes, pour la taille des seins, la forme du visage, l'âge, des positions, certaines activités, etc.), on parle surtout d'orientation sexuelle.

Autres processus putatifs de l'orientation sexuelle[modifier | modifier le code]

En raison de la perte d'importance de la communication chimique chez les hominidés[29], plusieurs auteurs ont supposé que d'autres processus auraient remplacé l'olfaction et les phéromones. Concernant l'audition, des expériences montrent que les signaux sonores ne sont pas des signaux innés de l'orientation sexuelle chez les rongeurs[30],[31]. En raison de l'importance de la vision chez les primates, plusieurs hypothèses supposent que les signaux visuels pourraient participer à la reconnaissance du partenaire de sexe opposé. Une hypothèse suggère que la peau sexuelle des femelles primates, colorée et bien visible durant l'oestrus, serait un signal inné ; mais des expériences ont montré que ce signal visuel était appris[32]. Une autre hypothèse suggère que le rapport taille/hanche des femmes serait un signal attractif pour l'homme[33] ; mais plusieurs études montrent que ce signal serait également appris : en effet, le rapport taille/hanche préféré change en fonction du statut socio-économique[34] ou de l'évaluation cognitive[35], et surtout il change d'une société à l'autre[36]. En l'état actuel des connaissances, aucun processus inné et spécifique permettant l'orientation sexuelle, autre que l'olfaction et les phéromones sexuelles, n'a été mis en évidence.

Orientation affective[modifier | modifier le code]

L'orientation affective, appelée aussi « orientation romantique », « orientation amoureuse » ou « orientation sentimentale », indique le sexe ou le genre avec lequel une personne est plus susceptible d'avoir une relation amoureuse ou de tomber amoureux. Cette expression est utilisée avec et en parallèle de celle d'orientation sexuelle à long terme, et repose sur le fait que l'attirance sexuelle est un composant d'une dynamique plus large[37]. Par exemple, même si une personne pansexuelle peut se sentir sexuellement attirée par une personne sans distinction de genre, elle peut être prédisposée à l'intimité romantique avec les femmes. Pour les personnes asexuelles, l'orientation affective est souvent considérée comme une mesure plus utile de l'attraction que l'orientation sexuelle[38],[39].

Identité romantique[modifier | modifier le code]

Drapeau aromantique.

Selon les personnes, il est possible de se livrer ou non à des relations amoureuses purement émotionnelles. Les principales identités relatives à l'orientation romantique sont[38],[39] :

  • l'aromantisme : absence d'attraction romantique envers quiconque (personne aromantique) ;
  • l'hétéroromantisme : attraction envers une personne du sexe opposé (personne hétéroromantique) ;
  • l'homoromantisme : attraction envers une personne du même sexe (personne homoromantique) ;
  • le biromantisme : attraction envers les deux genres (personne biromantique) ;
  • le panromantisme : attraction envers tout genre (personne panromantique).

D'autres orientations sont également reconnues :

  • le demiromantisme : attraction romantique envers une personne uniquement si un lien affectif fort, comme de l'amitié, est déjà partagé avec cette personne (personne demiromantique)[40] ;
  • le polyromantisme : attraction romantique envers plusieurs genres mais pas tous[41] ;
  • le gray-romantism : attraction romantique rare[41].

Plusieurs de ces orientations peuvent être combinées. Il est possible de se définir par exemple comme « demi-homoromantique »[41].

Relation avec la sexualité et l'asexualité[modifier | modifier le code]

Les implications de la distinction entre les orientations amoureuses et sexuelles n'ont pas été pleinement reconnues, et n'ont pas été étudiées en profondeur. Il est courant de décrire l'orientation sexuelle en incluant l'attirance sexuelle et romantique. De même, l'expression romantic love (« amour romantique ») implique que les attirances sexuelle et affective ne sont pas nécessairement liées[42]. En ce qui concerne l'asexualité, les personnes asexuelles peuvent éprouver une attirance amoureuse, les deux termes n'ayant pas forcément de liens[38],[39].

Analyses psychologiques et sociales[modifier | modifier le code]

Dans les sciences humaines et sociales, l'orientation sexuelle est actuellement définie comme un mode durable d'attirance sexuelle pour le sexe opposé, le même sexe, ou les deux sexes, et les genres qui vont avec. Ces attirances sont communément acceptées comme étant l'homosexualité, la bisexualité, et l'hétérosexualité[note 1]. L'asexualité (l'absence d'attirance sexuelle pour les autres) est parfois identifiée comme la quatrième orientation[43],[44],[45].

Ces catégories sont des aspects de la nature plus nuancée de l'identité sexuelle. Par exemple, certaines personnes utilisent d'autres étiquettes, ou aucune[46]. D'après la Société américaine de psychologie, l'orientation sexuelle renvoie aussi à un sentiment « d'identité sociale et personnelle basé sur ces attirances, sur les comportements qui les expriment, et sur l'appartenance à une communauté de personnes qui les partagent[46]. »

Il convient de noter que l'on peut se définir d'après une certaine orientation sexuelle, sans que son comportement ou sexuel ne soit en accord avec l'identité affirmée[47],[48] ; par exemple, de nombreuses personnes s'étant engagés avec des relations avec des personnes des deux sexes à des degrés divers ne se définissent pas comme bisexuelles mais comme « hétérosexuelles » ou « homosexuelles »[47].

Classification[modifier | modifier le code]

L'échelle de Kinsey, comme l'ensemble des travaux de l'auteur, montre qu'en termes d'orientation sexuelle, « tout n'est pas blanc ou noir[49]. » Le désir ou les expériences sexuelles ne sont pas nécessairement polarisées selon un unique axe hétérosexualité (0) - homosexualité (6). Si le degré d'attirance pour un sexe ou l'autre peut varier (1,2,3,4,5), on parlera de « bisexualité » dès lors qu'il y a attirance pour les deux sexes, même si l'un prédomine sur l'autre[47].

L'orientation sexuelle d'une personne est classée en fonction du sexe du ou des partenaires désirés :

Le terme de pansexualité (ou omnisexualité) désigne l'attirance indifférenciée envers tout type de personne, peu importe son genre ou son sexe[50].

Certaines orientations ne sont pas des sexualités effectives, pas « actives » :

  • asexuelle, s'il y a absence d'inclinaison sexuelle.
  • altersexuelle, s'il s'agit du refus de catégorisation sexuelle (spécifiquement dans une sexualité ou orientation ou une autre).

L'orientation sexuelle peut évoluer au cours du temps, c'est un phénomène appelé « fluidité sexuelle. » Par exemple, une étude américaine de 2005 indique que parmi un groupe d'adolescents ayant tous déclaré n'avoir qu'une attirance exclusive envers les personnes de même sexe, seuls 11 % d'entre eux déclaraient la même chose un an plus tard[51].

L'orientation sexuelle, que son origine soit innée et/ou acquise, est attribuée par l'individu à ses sensations et conceptions personnelles (voir rationalisation) ; le comportement sexuel d'une personne peut être différent de son orientation. Ainsi, par exemple, l'abstinence sexuelle n'est pas toujours la conséquence d'une orientation asexuelle. Des personnes peuvent pratiquer une sexualité différente de leur orientation si elles y sont contraintes par des circonstances principalement sociales (soumission à une autorité réelle ou imaginée) ou matérielles (incarcération en milieu unisexe). Il n'a pas encore été montré s'il était possible de modifier l'orientation sexuelle d'une personne par le biais de l'influence (psychothérapie, autorité, etc.), malgré de nombreuses tentatives contestables au cours des siècles.

Dans le Préambule des Principes de Jogjakarta, document sur le droit international des droits de l'homme, l'orientation sexuelle est comprise comme faisant référence à la capacité de chacun de ressentir une attirance sexuelle envers des individus de sexe opposé, de même sexe ou de plus d'un sexe, et d'entretenir des relations intimes et sexuelles avec ces individus.

Législation anti-discriminations[modifier | modifier le code]

En 2012, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a publié un document « Nés Libres et Égaux » relatif à l'orientation sexuelle et l'identité sexuelle dans le droit international des droits de l'Homme[52].

La Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne interdit toutes les discriminations, y compris fondées sur l'orientation sexuelle[53]. Cette interdiction est également inscrite dans certaines législation nationales, comme dans la Constitution de l'Afrique du Sud[54].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce sont notamment les trois orientations sexuelles reconnues par l'article 1 de la résolution 1728 du Conseil de l'Europe (cf. SOS Homophobie, « Rapport sur l'homophobie 2013 », page 42).

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]