Alfred Kinsey

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Alfred Charles Kinsey
Description de l'image Alfred Charles Kinsey.jpg.
Naissance
Hoboken (New Jersey) (États-Unis)
Décès (à 62 ans)
Bloomington (Indiana) (États-Unis)
Nationalité Drapeau des États-Unis Américaine
Champs Biologie
Institutions Université de l'Indiana à Bloomington
Diplôme PhD de l'université d'Harvard
Renommé pour Sexologie et sexualité humaine, Rapports Kinsey, Institut Kinsey

Alfred Charles Kinsey (23 juin 1894 - 25 août 1956) est un professeur d'entomologie et de zoologie, célèbre pour avoir publié deux importantes études descriptives sur le comportement sexuel de l'homme et de la femme : Sexual Behavior in the Human Male (1948) et Sexual Behavior in the Human Female (1953). Ces publications ont provoqué certain émoi dans la communauté scientifique mais aussi auprès du grand public : devenus des succès de librairie, ces deux études révélaient par exemple les pratiques assez communes de masturbation, de rapports sexuels avant le mariage et extraconjugaux, d'expériences homosexuelles, le tout dans la population générale. La sexologie ne s'est réellement développée auprès du grand-public qu'au moment de la période historique et sociologique de la révolution sexuelle des années 1960-1970. Initialement, la sexologie concernait surtout les troubles de la sexualité. Ce n'est que récemment que la sexologie tend à étudier l'ensemble des faits sexuels des animaux et des humains, et Kinsey fut un pionnier à ce niveau.

En 1947, il a fondé au sein de l'université de l'Indiana à Bloomington, un Institute for Sex Research (« Institut pour la recherche sur le sexe »), rebaptisé plus tard Kinsey Institute for Research in Sex, Gender and Reproduction (appelé couramment Kinsey Institute). L’Institute for Sex Research est à ce jour le seul institut de recherche spécialisé dans l'étude de la sexualité humaine, si l'on excepte l’Université de Berlin qui possède le fonds le plus important sur ce domaine.

Les rapports et travaux de Kinsey ont ouvert la voie à ceux de William Masters et Virginia Johnson ainsi qu'à toute la sexologie clinique. En France, il faut attendre le Rapport Simon en 1971, pour que soit entreprise une telle recherche.

Biographie[modifier | modifier le code]

Kinsey est né le à Hoboken dans le New Jersey. Il est le fils de Sarah Ann (née Charles) et d'Alfred Kinsey Seguine. Kinsey était l'aîné de trois enfants. Son père était un professeur à l'Institut de technologie Stevens. Kinsey a reçu dans son enfance divers traitements pour de nombreuses de maladies. Il était atteint de rachitisme, de rhumatisme articulaire aigu, et de la fièvre typhoïde. Son rachitisme a eu pour conséquence une courbure de la colonne vertébrale, ce qui a entraîné son exemption en 1917 lui permettant ainsi de ne pas combattre durant la Première Guerre mondiale.

Les parents de Kinsey étaient de fervents chrétiens. Son père était connu comme l'un des membres les plus engagés dans la section locale méthodiste. Kinsey avait d'ailleurs peu de contact avec des personnes extérieur à son église. À 10 ans, Kinsey a déménagé avec sa famille à South Orange dans le New Jersey.

Au lycée, Kinsey était un étudiant tranquille mais qui travaillait dur. Pendant ses études au lycée de Columbia, il a consacré son énergie au travail scolaire et à jouer du piano. À un moment, Kinsey avait espéré devenir un pianiste professionnel, mais il a finalement décidé de se concentrer sur ses activités scientifiques. À l'automne 1914, Kinsey est entré au Bowdoin College, où il a étudié l'entomologie sous la direction de Manton Copeland, et a été admis à la fraternité Zeta Psi, dans la maison duquel il a vécu une grande partie de son temps à l'université. En 1916, Kinsey a été élu dans le club Phi Beta Kappa et diplômé magna cum laude, en biologie et psychologie. Son père, Alfred Kinsey Seguine n'a pas assisté à la cérémonie de remise des diplômes de son fils à Bowdoin, peut-être un autre signe de désapprobation des choix de son fils en matière de carrière et d'études. Kinsey a poursuivi ses études supérieures à l'université Harvard à l'Institut Bussey, qui était l'un des programmes de biologie les plus réputés des États-Unis. C'est là que Kinsey a étudié la biologie appliquée sous la direction de William Morton Wheeler, un entomologiste reconnu.

Kinsey a écrit un manuel, Introduction à la biologie, qui a été publié en . Kinsey a également co-écrit Les plantes sauvages comestibles de l'Est de l'Amérique du Nord avec Merritt Lyndon Fernald, publié en 1943. L'ébauche original de cet ouvrage livre a été écrit en 1919-1920, alors que Kinsey était encore étudiant au doctorat à l'Institut Bussey et Fernald.

Kinsey est décédé le , à l'âge de 62 ans, à cause d'une maladie de cœur et d'une pneumonie.

Vie privée et habitudes sexuelles[modifier | modifier le code]

Kinsey a épousé Clara Bracken McMillen en 1921. Ils ont eu quatre enfants. Leur premier-né, Donald, est mort en 1927, juste avant son cinquième anniversaire, des complications aiguës dû à un diabète juvénile. Sa fille, Anne, est née en 1924, suivie par Joan en 1925, et Bruce en 1928.

Kinsey s'impliquait très profondément et personnellement dans ses recherches. Au cours du long processus d'élaboration méthodologique des interviews qui lui ont permis de recueillir les données fondatrices de son œuvre, il s’est livré très intimement. Les pratiques sexuelles qu’il décrit faisaient de lui à son époque un délinquant dans certains états des États-Unis (masturbation, sodomie...). Les données sur sa vie privée et ses habitudes sexuelles intimes, alors recueillies pour les besoins de son étude scientifique ont été largement diffusées et exploitées de façon souvent sordides pour tenter de le discréditer.

Kinsey était bisexuel et avait choisi avec son épouse de vivre sur le mode d'un couple libre. C'est ainsi que Kinsey a eu, par exemple, son collaborateur Clyde Martin comme amant.

Étude de la sexualité humaine[modifier | modifier le code]

La sexualité humaine, subversive, tabou et toujours malconnue[modifier | modifier le code]

Conséquence des tabous sexuels rencontrés dans de multiples cultures, le sexe est très peu connu, à la mesure de l'interdit qui a longtemps marqué sa connaissance et qui persiste encore aujourd'hui. Ceux que Philippe Brenot, auteur de l’ouvrage «Le sexe et l'amour», a appelé les médecins de l'amour ont été persécutés à toutes les époques:

« * le poète Ovide, contraint à l'exil pour avoir publié «L’art d'aimer» qu’on accusait d’inciter les matrones romaines à la débauche

  • Léonard de Vinci, le premier à découvrir le mécanisme vasculaire de l'érection, mais qui est obligé de se taire et de cacher sa pensée
  • Havelock Ellis, premier anthropologue de la sexualité, qui publiera son œuvre aux États-Unis, car elle n'aurait pas été autorisée en Angleterre
  • Sigmund Freud, révolutionnaire qui fut accusé de «pansexualisme» c'est-à-dire de voir du sexe partout
  • Alfred Kinsey, auteur du premier rapport sur la sexualité humaine, qui vit ses recherches freinées par ses collègues et interdites par l'ordre des médecins
  • William Masters enfin, qui réalisa la première étude du coït humain, mais fut contraint de cacher l'objet de son travail à la direction de son hôpital. »

— selon Philippe Brenot,dans «Le sexe et l'amour» ISBN 2738112331, 9782738112330, 254 pages[1].

Le sexe est subversif, sa connaissance a longtemps passé pour dangereuse c'est pourquoi elle n'est que partielle et encore entachée de nombreuses fausses croyances.

Kinsey, pionnier de la sexologie scientifique[modifier | modifier le code]

Avant le 20e siècle, il n'y avait pratiquement pas d'études scientifiques de la sexualité. Depuis, le travail de quatre chercheurs en sciences sociales a eu de profondes répercussions sur notre compréhension de la sexualité humaine: Sigmund Freud, Alfred Kinsey, et l'équipe de William Masters et Virginia Johnson. Kinsey est largement considéré comme la première grande figure de la sexologie américaine[2]. Sa recherche est citée comme ayant ouvert la voie à une exploration plus profonde de la sexualité chez les sexologues et le grand public, et comme ayant libéré la sexualité féminine[3],[4]. Il a d'abord été intéressé par les différentes formes de pratiques sexuelles en 1933, après avoir discuté du sujet en profondeur avec un collègue, Robert Kroc. C'est pendant cette période qu'il développe une échelle mesurant l'orientation sexuelle, maintenant connue sous le nom d'échelle de Kinsey, qui va de 0 à 6, où 0 est exclusivement hétérosexuel et 6 est exclusivement homosexuel.

En 1935, Kinsey prononce un discours à un groupe de discussion du corps professoral de l'université d'Indiana, son premier débat public sur le sujet, dans lequel il attaque « l'ignorance généralisée de la structure sexuelle et de la physiologie » et soutient que "le retard du mariage" (et donc une expérience sexuelle retardée) est psychologiquement préjudiciable. Kinsey obtient des fonds de recherche de la Fondation Rockefeller, ce qui lui permet d'étudier plus avant le comportement sexuel humain[5]. Il publie Le Comportement sexuel de l’homme en 1948, suivi en 1953 par Le Comportement sexuel de la femme, qui tous deux sont des best-sellers et transforment Kinsey en célébrité. Ces publications seront plus tard connues sous le nom de rapports Kinsey. Des articles à propos de lui paraissaient dans les magazines comme Time, Life, Look, et McCall.

En privé, Kinsey a toujours été plus qu'un enquêteur. Il était un réformateur social, un homme qui a mené avec constance fanatique sa propre guerre privée contre la répression sexuelle et l’hypocrisie. Il espérait voir chacun se débarrasser du poids de sa culpabilité et s’abandonner, embrasser sa sexualité avec joie[6].

Les publications de Kinsey auront consisté à proposer au grand public la description exhaustive de formes de sexualités auparavant considérées comme marginales. Ainsi, selon ses travaux, les relations avant le mariage, l'adultère, la masturbation, l'homosexualité, le sado-masochisme, la prostitution, et la bisexualité qui, jusque là, étaient considérées comme immorales et souvent pénalement réprimées, s'avérèrent plus communément répandus que ne le pensait alors l'opinion publique. À cet égard, ses travaux de divulgation, qui ont engendré une tempête de controverses, sont considérés par beaucoup comme ayant joué un rôle promoteur dans la libération sexuelle des années 1960 et 1970 en permettant de parler ouvertement au grand public de pratiques jusqu'alors confinées avec pudeur dans les travaux des médecins spécialisés ou des criminologues, et en contribuant à faire évoluer profondément les pratiques sexuelles des Américains[7].

Échelle de Kinsey[modifier | modifier le code]

Les enquêtes menées par Alfred Kinsey au tournant des années 1950 auront entre autres permis de constater qu'homosexualité et hétérosexualité ne sont pas des orientations sexuelles et amoureuses mutuellement exclusives. Elles constituent plutôt deux pôles distinctifs ou complémentaires d'un même continuum sexuel humain. À partir de deux études effectuées sur le comportement sexuel des Américains auprès de quelque 5 300 hommes en 1948 et de 8 000 femmes en 1953, Kinsey établit une échelle portant sur la diversité des orientations sexuelles. Cette échelle, graduée (de 0 à 6) entre hétérosexualité et homosexualité, se proposait d'évaluer les individus à partir de leurs diverses expériences et réactions psychologiques :

Score Explication
0 Exclusivement hétérosexuel(le)
1 Prédominance hétérosexuelle, expérience homosexuel(le)
2 Prédominance hétérosexuelle, occasionnellement homosexuel(le)
3 Bisexuel sans préférence
4 Prédominance homosexuelle, occasionnellement hétérosexuel(le)
5 Prédominance homosexuelle, expérience hétérosexuel(le)
6 Exclusivement homosexuel(le)
X Asexuel(le)

Ce schéma démontra clairement toute la diversité des orientations sexuelles au sein d'une population donnée. Finalement, toujours selon Kinsey, l'être humain porte en lui une composante, à la fois et tour à tour, soit hétérosexuelle ou homosexuelle lesquelles s'aménageront diversement d'une personne à l’autre selon les circonstances particulières de son vécu. Partant on ne peut donc finalement établir de catégories sexuelles parfaitement définies ou « tranchées au couteau », d'autant plus qu'à l’acte sexuel viendront s'ajouter les traits personnels de sensibilité et de l'affectivité qui complexifieront davantage les comportements de chaque individu.

Critiques et controverses[modifier | modifier le code]

Représentativité de l’échantillon de population étudié[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rapports Kinsey.

6 ans après la publication du premier Rapport Kinsey, en 1954, une commission de l'American Statistical Association a recensé un certain nombre de problèmes dans la méthode d'échantillonnage de Kinsey[8] dans un rapport qui se veut modéré[9], qui loue les aspects statistiques et méthodologiques du travail de Kinsey [10], un rapport qui critique mais excuse les biais d’échantillonnage:

« Beaucoup des conclusions de Kinsey sont soumises à caution en raison d'erreurs possibles dans la constitution des échantillons. Cela n’est pas une critique de leur travail (même si elle est une critique de certaines de leurs interprétations). À ce jour, aucune étude de sexe d'une population humaine large, qu’elle soit médicale, psychiatrique, psychologique ou sociologique, n’a été en mesure d'éviter cette difficulté, et nous croyons que Kinsey ne pouvait éviter l'utilisation d'un échantillon non probabiliste au début de leur travail »

— rapport de l’ASA, page 2, 1954[11].

Le statisticien John Tukey, membre de la commission de l’ASA citée ci-dessus, critique la méthodologie de Kinsey, notamment quant à son choix des personnes interrogées. Tukey déclare : « Il aurait mieux valu trois personnes au hasard qu'un groupe de 300 personnes sélectionnées par M. Kinsey[12],[13]».

Abraham Maslow, psychologue, relève le « biais » dû au fait que les personnes interrogées sont exclusivement des volontaires, moins timides pour parler de leurs comportements intimes, gonflant probablement les pourcentages des comportement sexuels non conventionnels et/ou désapprouvés tel que la masturbation, le sexe oral, Le sexe pré-marital extra-marital. Maslow avait pris contact avec Kinsey pour l'alerter sur le fait que ce biais risquait de fragiliser son étude, mais Kinsey avait choisi de publier malgré tout[14].

Les points des rapports Kinsey sur la sexualité infantile ont fait l'objet de controverses, du fait des données contenues dans les tables 31-34 : La majeure partie des information sur la sexualité infantile a été obtenue à partir d'adultes se rappelant leur propre enfance. Certains était des parents qui avaient observé leurs enfants, certains des enseignants qui avaient observé les enfants interagir ou ayant des comportements à connotation sexuelle, Kinsey a recueilli des éléments sur l'orgasme pré-pubère de données censément fournies par neuf personnes ayant eu des expériences sexuelles avec des enfants[15]. Le Kinsey institute a déclaré:«Nous pensons que l’un de ces 9 hommes est la source des données publiées dans Sexual Behavior in the Human Male. Il disposait d’observations faites par d’autres hommes qu'il a utilisé dans d'autres analyses au cours de ce chapitre, mais il ne les a pas intégrées dans ces table 31-34 [16].

Les chiffres que Kinsey avança ont été depuis validés par son successeur Paul Gebhardt du Kinsey Institute qui, dans son rapport publié en 1979, conclut qu'aucun des estimés établis par son prédécesseur n'avait été significativement faussé ou affecté par ce présumé 'travers' de procédure[17]. Cependant, cette étude conserve un aspect problématique en raison de sa provenance partisane puisque le Kinsey Institute se veut l'héritier et le propagateur de la pensée du sociologue américain.

Controverses sur la personnalité du Dr Kinsey[modifier | modifier le code]

À l’apogée du maccarthysme et de ses campagnes contre les homosexuels[18], les opinions et pratiques sexuelles personnelles de Kinsey sont instrumentalisées pour discréditer ses publications, ses compétences scientifiques et pédagogiques. B. Carroll Reece, membre républicain du congrès, demande une enquête sur les soupçons de relations entre Kinsey, la fondation Rockefeller, sa principale source de financement, et le parti communiste. Cette enquête fut poussée jusqu’à ce que la fondation Rockefeller supprime ses subventions aux projets de Kinsey. L’AMA (American Medical Association) a accusé Kinsey d’avoir provoqué une vague d’hystérie sexuelle. Le sénateur McCarthy est mort un an après Kinsey. La réaction contre le maccarthysme et la prise de conscience du fait que les ultra conservateurs avaient montré autant d’autoritarisme et d’intolérance que ce qu’ils reprochaient à leurs ennemis communistes, conduit à un dégout général de l'hypocrisie moraliste. Bien qu’il n’ait connu de son vivant tout l'impact de son travail, à mesure que l'hystérie anticommuniste s’évanouissait, le prestige post-mortem de Kinsey grandit[19].

En 1997, James H. Jones, professeur d'histoire à l'université de Houston, publie une biographie de Kinsey (finaliste du prix Pulitzer)[20] que Roy Porter, professeur d'histoire de la médecine à Londres, la qualifie de «franche, savante, originale, magistrale.»[21]. Cette biographie majeure de Kinsey est sans concession, elle relève les fragilités méthodologiques sans oublier de mentionner que les évaluations scientifiques multiples, les études similaires et les corrections successives réalisées par l’institut Kinsey sont parvenues à des conclusions très proches de celles de Kinsey. Elle participe comme d’autres avant lui aux révélations des comportements sexuels intimes de Kinsey. James H. Jones conclut sur une note élogieuse[22],[23]:

« Kinsey fut un pionnier, un explorateur qui a ouvert la voie pour ceux qui ont suivi. Il a convaincu la plupart des Américains que le comportement sexuel humain pouvait et devait être étudié scientifiquement et, tout aussi important, que les données scientifiques devaient contribuer aux discussions de politique sociale. »

— Selon le professeur James H. Jones, Alfred C. Kinsey: A Life, page 771[24]

La parution de cette biographie de James H. Jones ravive les tentatives visant à discréditer Kinsey en exploitant les détails de sa vie privée. On appréciera par exemple, dans un journal de référence dans la France de 1998, 50 ans après la publication des œuvres de Kinsey et sa lutte contre l’intolérance, l’assimilation lourde de connotation péjorative «homosexuel-mr.Hyde», ainsi que l’insinuation que son homosexualité censément cachée dans le «jardin secret du ’’bon’’ Alfred Kinsey» le rende forcément un peu moins ’’bon’’.

« En six mois, plus de 200 000 exemplaires furent vendus, un succès que le magazine Time compara à celui d'Autant en emporte le vent. Il s'agit d'une « bombe atomique sociale », assura son confrère Look... La force de la démonstration de Kinsey est d'analyser les comportements sexuels de ses contemporains sous un œil froid, clinique, presque biologique... Alfred Kinsey devient le grand-prêtre de la sexologie. Aux États-Unis et en Grande- Bretagne, son rapport fera autorité pendant plus de quarante ans. Jusqu'à cette biographie iconoclaste de James Jones, publiée en novembre 1997, qui révèle le jardin secret du ’’bon’’ Alfred Kinsey. Car derrière le « Dr Jekyll » se cache un « Mr. Hyde » : un homosexuel sadomasochiste cohabite avec le scientifique respecté, travailleur infatigable, bon père, bon époux. »

— Laurent Zecchini, Le Monde, 15 mars 1998[25]

Le journaliste publie également le même jour une interview d’Edward Laumann dans laquelle le sociologue, en admettant n’avoir «pas fait d'étude personnelle sur» Kinsey comme son collègue historien, commente la biographie publiée par James H. Jones:

« Kinsey présume qu’il y a une sorte de signification fondamentale de l’homosexualité dans le fait que quelqu’un qui est pour l’essentiel hétérosexuel, mais qui a eu une expérience homosexuelle, est en réalité homosexuel, ce qui me paraît très contestable… Il a sélectionné des gens qui étaient prêts à parler du sexe selon leurs propres attirances sexuelles. L’un des principaux résultats de son rapport a été de normaliser des attitudes sexuelles très variées. Ce faisant, il a donné une sorte de permission générale faisant disparaître réticences et tabous… »

— Selon le professeur Edward Laumann, sociologue de l'université de Chicago, interviewé par Laurent Zecchini [26]

Le point de vue d’Edward Laumann est en complète contradiction avec l’échelle de Kinsey, un de ses héritages majeurs, et avec les écrits de Kinsey: celui-ci refuse de considérer qu’il existe des hommes définitivement hétérosexuels, ou définitivement homosexuels.

« On ne peut cataloguer les hommes en deux catégories distinctes: hétérosexuels et homosexuels... Seul l'esprit humain invente ces catégories et tente de faire entrer de force la réalité dans des cases étriquées. Le monde vivant est un continuum avec des personnes dans la population qui n’occupent pas seulement les sept catégories de l’échelle (dite de Kinsey)... Même une échelle de sept points ne peut prétendre que de se rapprocher des innombrables nuances qui existent en réalité »

— Selon Kinsey, Sexual Behavior in the Human Male pages 647-657 [27]

En déplorant la pénalisation de l’homosexualité, Kinsey regrettait par exemple qu’un homme, pour l’essentiel hétérosexuel, mais qui a eu une expérience homosexuelle, puisse être considéré par la loi et condamné comme étant un homosexuel, ce qui est sensiblement différent de ce qui ressort de la traduction de l’analyse faite par Laumann.

Le point de vue d’Edward Laumann est également infirmé par le biographe James H. Jones:

« Si Kinsey nous a appris une chose, c’est que la sexualité humaine est un continuum de variétés de comportements, et que chacun se situe à une place très personnelle sur ce continuum »

— Selon le biographe James H. Jones, interview pour NEW RIVER MEDIA [28]

Ses dernières années, son héritage, les prémices de la «révolution sexuelle»[modifier | modifier le code]

Dépénalisation de l'homosexualité aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire des LGBT aux États-Unis.

Le premier rapport Kinsey est publié en 1948, le second en 1953. Entre ces deux dates, les États-Unis voient la montée du maccarthysme, et de ses nombreuses facettes. L'une des facettes qui concerne personnellement Kinsey est l'attaque sur les gays dans l’administration, et la création d'une hystérie nationale sur les gays dans la société américaine[29].

Après la nomination de Dean Rusk à la direction de la Fondation Rockefeller en 1952, l’homophobie maccarthyste mis la crainte de Dieu dans la tête des membres de la Fondation, qui décidèrent rapidement la suppression des subventions qui constituaient la ressource principale de l’étude de Kinsey. Les hommes de la génération dirigeante pensaient que le débat public sur le sexe avait dépassé les limites de l’acceptable, et Kinsey consacra la majeure partie de ses dernières années à lutter contre la fermeture de son institut suite à ce contretemps financier majeur[30].

Kinsey mourut déçu ne pas avoir persuadé le monde que le sexe était une bonne chose, et qu'il était juste de montrer de la tolérance face à l'énorme variété les comportements sexuels qui existaient. Kinsey vécu juste assez longtemps pour voir les prémices de la dépénalisation de l'homosexualité: le modèle de code pénal de l’American Law Institute publié en 1955 inscrit dans la loi le droit d’adultes consentants à s'engager dans des relations homosexuelles. Au fur et à mesure que ce code était adopté état après état, le vieux crime de sodomie cessait progressivement d’exister. En 2003, la cour suprême des États-Unis mit un coup de grâce aux dernières réminiscences des lois sur la sodomie, en annulant les dispositions prohibant les relations homosexuelles dans la loi de l'État du Texas.

En 2012, Kinsey a été introduit dans le «Legacy Walk», une exposition publique en plein air qui rend hommage aux personnalité qui ont marqué l’histoire des LGBT[31].

Révolution sexuelle, travaux de Masters et Johnson[modifier | modifier le code]

Dans le sillage de Kinsey[32], William Masters et Virginia Johnson initièrent à leur tour une étude à grande échelle sur le comportement sexuel. Les travaux de Masters et Johnson coïncident avec la révolution sexuelle les années 1960, pendant lesquelles les hippies explorèrent les joies de l'amour libre, en scandant «faites l'amour, pas la guerre». L'approche comportementale de Kinsey servi de fondation à l'étude de Masters et Johnson[33], qui approfondissent les aspects biologiques et physiologiques de l'activité sexuelle dans leur étude de la réponse sexuelle humaine. Ils furent pionniers en matière de sexologie et de sexothérapie.

Qu'il s'agisse de Kinsey ou de Masters et Johnson, sans parler des écrivains comme Henry Miller, leurs écrits ont soulevé dans les années 1950 de violentes réactions aux États-Unis : ils se sont vu qualifiés de pornographes, mais sont parvenus à faire connaître leurs réflexions[34].

Droit des femmes à disposer de leur corps, contraception[modifier | modifier le code]

Kinsey fut un fervent supporter de la contraception sous toutes ses formes, tant à travers ses écrits que dans son enseignement[35]. Ses discussions avec ses étudiants lui révèlent un besoin criant, la plupart des jeunes gens étaient dans la plus totale ignorance des moyens de contraception déjà existants. À son apogée, le maccarthysme tendait à imposer la morale victorienne selon laquelle le sexe était acceptable uniquement s'il avait un but procréatif, et créait une atmosphère culturelle et politique défavorable aux recherches sur la sexualité en général (ainsi la presse généraliste se montra hostile à la publication du rapport Kinsey), et le contrôle des naissances en particulier. En 1960, la Food and Drug Administration fini par approuver la première pilule contraceptive orale.

Pour les femmes mariées, la pilule ne devient définitivement légale dans l'intégralité des cinquante États qu'après une décision de la Cour Suprême en 1965[36]. L'accès des femmes non mariées à la pilule ne sera définitivement acquise dans l'intégralité des états qu'après une décision de la Cour Suprême de 1972. En 1982, l'interdiction de toute publicité pour les contraceptifs est supprimée.

En l'espace de quelques années, des millions de femmes utilisaient ce moyen médical leur permettant d'éliminer le risque de grossesse dans l’équation des relations sexuelles, modifiant profondément et mondialement la perception morale et symbolique du sexe, ainsi que le niveau d’éducation sexuelle en général.

Publications[modifier | modifier le code]

En anglais
  • Alfred Kinsey, Wardell Pomeroy, Clyde Martin, Sexual Behavior in the Human Male, 1948, ISBN 0253334128, 9780253334121, 804 pages[37];
  • Alfred Kinsey, Wardell Pomeroy, Clyde Martin, Paul Gebhard, Sexual Behavior in the Human Female, 1953, ISBN 025333411X, 9780253334114, 842 pages[38];
En français
  • Alfred Kinsey, Le Comportement sexuel de l’homme, Pavois, Paris, 1948, 1020 pages[39];
  • Alfred Kinsey, Le Comportement sexuel de la femme, Amiot Dumont, Paris, 1954, 764 pages[40].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Philippe Brenot, dans «Le sexe et l'amour» page 11 [1]
  2. Introduction to Social Work and Social Welfare: Empowering People By Charles Zastrow page 227 Prior to the 20th century, there were practically no scientific studies of sexuality. Since about 1900 the work of four social scientists has had profound effects on our understanding of human sexuality: Sigmund Freud, Alfred Kinsey, and the team of William Masters and Virginia Johnson. [2]
  3. Janice M. Irvine, Disorders of Desire: Sexuality and Gender in Modern American Sexology, Temple University Press,‎ (ISBN 978-1592131518, lire en ligne), p. 37–43
  4. Charles Zastrow, Introduction to Social Work and Social Welfare: Empowering People, Cengage Learning,‎ (ISBN 0495095109, lire en ligne), p. 227–228.
  5. Jones, James H. Alfred C. Kinsey: A Life WW Norton New York, New York pages 441-445
  6. Alfred C. Kinsey: A Life Par James H. Jones page 4: «Privately, Kinsey had always been more than a fact-finder He was a social reformer, a man who waged with fanatical consistency his own private war against sexual repression and hypocrisy. Always he had been sustained by the belief that he would win. Once people learned the facts about human sexual behavior, he reasoned, they would jettison guilt and embrace their sexuality with abandonment and joy.» [3]
  7. Introduction to Social Work and Social Welfare: Empowering People By Charles Zastrow page 228 «Kinsey's findings were widely publicized by the mass media. For the first time, society was confronted with the wide gaps that existed between sexual mores and sexual practices. Kinsey's studies may have led people to become freer in their sexual behavior or at least to feel less guilt sexual behavior that was inconsistent with traditional sexual mores.» [4]
  8. (en) W; G. Cochran, F. Mosteller, et J. W. Tukey, Statistical Problems of the Kinsey Report on Sexual Behavior in the Human Male, Journal of the American Statistical Association, Washington, 1954 [5]
  9. Un rapport qui se veut modéré: "We have endeavored to write this report in a way that would minimize the possibility of misunderstanding. To do this, it is necessary to deal with many detailed aspects of the work, one at a time. By judicious selection of topics and attitudes, it would have been possible to write two factually correct reports, one of which would leave the impression with.the reader that KPM's work was of the highest quality, the other that the work was of poor quality and that the major issues were evaded. We have not written either of these extreme reports." (page 1 du rapport de l'ASA)
  10. Un rapport qui loue les aspects statistiques et méthodologiques du travail de Kinsey: "The statistical and, methodological aspects of KPM's work are outstanding in comparison with other leading sex studies. In a comparison with nine other· leading sex studies (four supported in part by the same NRC Committee) KPM were superior to all others in the systematic coverage of their material, in the number of items which they covered, in the composition of their sample as regards its age, educational, religious, rural-urban, occupational, and geographic representation, in the number -and variety of methodological checks which they employed, and in their statistical analyses. So far as we can judge from our present knowledge, or from the critical evaluations of a number of other qualified specialists, their interviewing was of the best." (page 2 du rapport de l'ASA)
  11. un rapport qui critique mais excuse les biais d’échantillonnage: "Many of KPM's findings are subject to question because of a possible bias in the constitution of the sample. This is not a criticism of their work (although it is a criticism of some of their interpretations). No previous sex study of a broad human population known to us, medi-. cal, psychiatric, psychological, or sociological, has been able to avoid this difficulty, and we believe that KPM could not have avoided the use of a nonprobability sample at the start of their work." (page 2 du rapport de l'ASA)
  12. "A random selection of three people would have been better than a group of 300 chosen by Mr. Kinsey." David Leonhardt, « John Tukey, 85, Statistician; Coined the Word 'Software' », [6], 28 juillet 2000
  13. (en) John Tukey criticizes sample procedure, swlearning.com
  14. (en) Maslow, A. H., and Sakoda, J. (1952). Volunteer error in the Kinsey study, Journal of Abnormal Psychology. 1952 Apr;47(2):259-62. [7]
  15. (en) Response to controversy : Allegations about Childhood data in the 1948 book, Sexual Behavior in the Human Male
  16. (en) Sex, science, and Kinsey: a conversation with Dr John Bancroft - head of the Kinsey Institute for Research in Sex, Gender, and Reproduction - Interview, par Gary Pool, in Humanist, Sept-Oct 1996 [8] "Dr Bancroft admits without hesitation that the man who provided the data for tables 31 through 34 undoubtedly sexually exploited the children whose behavior was chronicled. « The question is, » Bancroft continued, « why was Kinsey not totally open about his man being the only source for those tables? »(...)
  17. Book Review by Martin DubermanThe Nation, November 3, 1997, kinseyinstitute.org
  18. (en) David M. Oshinsky, A Conspiracy So Immense : The World of Joe McCarthy, Oxford University Press,‎ 2005, ix – xi
  19. Make Love, Not War: The Sexual Revolution, an Unfettered History Par David Allyn, page 17 [9]
  20. La biographie de Kinsey par James H. Jones finaliste du prix Pulitzer [10]
  21. (en) Alfred's brush with pleasure par Roy Porter dans le magazine Times Higher Education du 17 novembre 1997.
  22. (en)Conclusion élogieuse de James H. Jones sur Kinsey: His final assessment of his subject is positive: He was a pioneer, an explorer who blazed the trail for those who followed. It was he who convinced most Americans that human sexual behavior could and should be studied scientifically and, just as important, that scientific data should help inform discussions of social policy. Father of the Sexual Revolution par Richard Rhodes dans le New York Times du 2 novembre 1997.
  23. (en) ALFRED C. KINSEY : A Public/Private Life by James H. Jones Article de la revue américaine Kirkus.
  24. [11]
  25. [12]
  26. [13]
  27. Kinsey, Sexual Behavior in the Human Male pages 647-657 :«Males do not represent two discrete populations, heterosexual and homosexual... Only the human mind invents categories and tries to force facts into pigeonholes. The living world is a continuum with individuals in the population not occupying only the seven categories which are recognized here...a seven point scale comes nearer to showing the many graduations that actualy exist» [14]
  28. James H. Jones, interview pour NEW RIVER MEDIA: «If Kinsey taught us anything, it's that human sexuality has a continuum of behavior, and people locate themselves at different points on the continuum.» [15]
  29. {en} Le macarthysme et l’homophobie, NEW RIVER MEDIA INTERVIEW WITH: JAMES H. JONES, Author of Kinsey: A Life : «The male volume comes out in 1948, the female volume comes out in 1953. Sandwiched between those years is the rise of McCarthyism, and McCarthyism had many facets, but one of the facets that Kinsey found personally most distressing was the attack on gays in the State Department and elsewhere, and the creation of a national hysteria on gays in American society.» [16]
  30. {en} Macarthysme et problèmes financiers de l’institut Kinsey, Father of the Sexual Revolution By RICHARD RHODES, New York Times, November 2, 1997: «When Dean Rusk assumed the direction of the Rockefeller Foundation in 1952, Kinsey was soon cut off. Homophobic McCarthyism put the fear of God into the brave Eastern Establishment, but men of the ruling generation thought public discussion of sex beyond the pale in any case. ...his institute moved to a lower profile and barely survived, though Kinsey's successors were able in time to rescue it» [17]
  31. 2012 INDUCTEES. Legacyprojectchicago.org (June 2, 2013). Retrieved on 2015-06-30.
  32. Disorders of Desire: Sexuality and Gender in Modern American Sexology Par Janice M. Irvine, page 37 «An ideological precursor: Kinsey blazed a trail for the later sex researchers, Masters and Johnson.» [18]
  33. Human Sexual Response, William Masters Virginia Johnson, page 3 « Kinsey and co-workers published a monumental compilation of statistics reflecting patterns of sexual behavior in this country from 1938 to 1952. These reports of human sexual practices obtained by techniques of direct interrogation offer an invaluable baseline of sociologic informations» [19]
  34. Lire à ce sujet les articles « Kinsey, Alfred », « Masters & Johnson » in [Dictionnaire de la pornographie, Paris, Presses universitaires de France, 2005, p. 551-555.
  35. Alfred C. Kinsey: A Life Par James H. Jones page 331: «Kinsey supported contraception… his discussions with students had revealed a crying need…many young people were woefully ignorant about contraception…» [20]
  36. « Contraception : Les cinquante ans de la pilule », L'Alsace,‎ .
  37. Sexual Behavior in the Human Male, Alfred Kinsey, Wardell Pomeroy, Clyde Martin [21]
  38. Sexual Behavior in the Human Female, Alfred Kinsey, Wardell Pomeroy, Clyde Martin, Paul Gebhard [22]
  39. Le Comportement sexuel de l’homme, Alfred Kinsey, Wardell Pomeroy, Clyde Martin [23]
  40. Le Comportement sexuel de la femme, Alfred Kinsey, Wardell Pomeroy, Clyde Martin, Paul Gebhard [24]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sylvie Chaperon[1], "Kinsey en France, les sexualités masculine et féminine en débat", Le Mouvement social, no 198, janvier-mars 2002[2].
  • Eric Fassin, "Kinsey Alfred C.", Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Paris, Larousse, 2003.
  • (en) Jonathan Gathorne-Hardy, Kinsey: Sex the Measure of All Things, Indiana University Press, 2000.
  • (en) James H. Jones, Alfred C. Kinsey: A Life, New York, W. W. Norton, 2004.
  • Brigitte Lhomond et Stuart Michaels, "Homosexualité/hétérosexualité : les enquêtes sur les comportements sexuels en France et aux États-Unis", Journal des anthropologues, no 82-83, 2000.
  • T. C. Boyle, Le Cercle des initiés, titre anglais The inner circle, Grasset, 2004. Biographie romancée de Kinsey, le narrateur serait l'un de ses assistants.

Cinéma et télévision[modifier | modifier le code]

  • Dr Kinsey, de Bill Condon, sorti en avril 2005 (titre original : Kinsey, 2004) - avec Liam Neeson dans le rôle titre.
  • En 1998, un documentaire intitulé Kinsey's Paedophiles (Les Pédophiles de Kinsey) produit et réalisé par Tim Tate est diffusé sur la chaîne publique britannique Channel 4 pour l'émission Secret History (en) (Saison 6, épisode 10).

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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