Galle (prêtre)

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Statue d’un prêtre Gallus, IIe siècle, musées du Capitole, Rome.

Galle est le nom donné par les Romains aux prêtres eunuques du culte, d'origine phrygienne et de son époux Attis, de Cybèle, qui a été incorporé dans les pratiques religieuses de la Rome antique.

Origine[modifier | modifier le code]

Statue d’un galle, IIe siècle après J.-C., musées du Capitole.

Le nom est sans doute issu du fleuve Gallus en Galatie, qui coulait près du temple originel de Cybèle et dont on disait que les eaux rendaient fou quiconque s'y abreuvait.

Les premiers galles sont arrivés à Rome après 203 av. J.-C. lorsque le Sénat romain a officiellement intégré Cybèle au panthéon romain[1] à la suite de la victoire de Scipion l'Africain sur Hannibal à la Zama, durant les guerres puniques. Menacés par l’avancée de l’armée de ce dernier sur Rome, les Romains avaient consulté les livres sibyllins qui leur avaient préconisé d’adopter la déesse de Phrygie, Cybèle[2] et de lui vouer un culte, afin d’aider Rome dans sa guerre contre Carthage. Après quelques hésitations, Attale Ier, roi de Pergame, remit à une ambassade romaine une pierre noire tombée du ciel, ou était supposée résider la déesse[3]. La statue fut transportée depuis Pessinonte, en Asie Mineure, sur un bateau qui s’échoua à l’embouchure du Tibre, où Claudia Quinta, une jeune vestale injustement accusée d’avoir rompu son vœu de chasteté prouva son innocence et sa virginité en tractant le bâtiment avec son écharpe. Les oracles ayant exigé que la déesse soit accueillie à Ostie par le meilleur citoyen de Rome, ce fut le jeune cousin de Scipion l’Africain, Publius Cornelius Scipio Nasica, alors tout jeune homme qui n’avait encore exercé aucune magistrature[4], qui fut désigné pour accomplir la ramener jusqu’à Rome. Installée dans le temple de la victoire, sur la colline du Palatin, après la victoire romaine sur les Carthaginois, la déesse reçut le titre officiel de Magna Mater deorum Idaea (Grande mère des dieux, venue des monts Ida) et célébrée tous les ans au début d’avril au cours des Megalesia[5]. Jusqu’à la levée de cette interdiction par Claude[6], les citoyens romains n’eurent pas le droit de devenir galles, ce qui signifiait que ceux-ci étaient ou esclaves ou d’originaires Orient. En revanche le prêtre principal, ou archigalle, était citoyen romain et n’était donc pas eunuque. Finalement, Domitien a réaffirmé qu’il était interdit aux citoyens romains de pratiquer l’eviratio (castration)[7].

À propos des galles[modifier | modifier le code]

On pense que les prêtres se castraient eux-mêmes, pour imiter le geste d'Attis, le parèdre de Cybèle, lors d’une célébration extatique à l'occasion de la fête annuelle de Cybèle, le dies sanguinaria (jour du sang), qui se déroulait le 24 mars[8]. Ils arboraient, pour la circonstance, des vêtements de femmes, la plupart du temps de couleur jaune, et une sorte de turban, avec des pendentifs et des boucles d’oreilles. Ils portaient également leurs cheveux longs et décolorés, avec un maquillage épais. Ils erraient avec les fidèles, priant pour la charité, en échange de quoi ils étaient prêts à dire la bonne aventure. Le jour de deuil d’Attis, échevelés, ils couraient sauvagement dansant au son de flutes et de tambourins et, en extase, se fouettaient jusqu’au sang[7].

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Un prêtre de Cybèle au musée de Cherchell, IIe-IIIe siècle après J.-C.

Bien que les étymologies fantaisistes aient été très répandues à l’époque classique, il a été suggéré que gallu vient du sumérien gal qui signifie « grand » et lu qui signifie « homme », les humains ou les démons sexuellement ambivalentes qui ont libéré Inanna des enfers[9]. Ils semblent avoir été consacrés à l’origine au dieu Enki. Par coïncidence il y avait une catégorie de prêtres mésopotamiens appelés kalu ou gala en sumérien. Ces prêtres ont joué du tympan et participaient au sacrifice du taureau. Une autre catégorie de prêtres mésopotamiens appelés assinnu, galatur et kurgarru étaient dotés d’une fonction sacrée. Ces prêtres eunuques ou transgenres participaient à des rites liturgiques, au cours desquels ils étaient costumés et masqués. Ils jouaient de la musique, chantaient et dansaient, le plus souvent dans des cérémonies dédiées à la déesse Ishtar[10].

Les galles et Attis[modifier | modifier le code]

Sa relation avec les galles est fondamentale pour comprendre le sens et la fonction du mythe et du rituel lié à Attis à Rome. Le rôle du prototype de la castration d’Attis mythique, fût-ce à différents degrés, dans l’institution du « sacerdoce » des galles a presque toujours été souligné. Les chercheurs ont tenté d’établir un lien entre l’épisode de la castration d’Attis et de la mutilation rituelle des galles comme le reflet du mythe d’une action rituelle secondaire ou à l’inverse, que le fondement mythique d’une action rituelle. Ce genre d’interprétation semble trop simpliste que, dans une certaine mesure, il ne parvient pas à considérer que cette connexion a servi des fins différentes à différentes époques. La castration d’Attis dans la version « phrygienne » du mythe sert de base à une institution à la fois politique et religieuse, l’institution de ses prêtres dans Pessinous, les « non-rois », qui ne coïncide pas simplement avec les galles.

Bien qu’elles ne mentionnent pas explicitement l’émasculation, les premières références aux galles proviennent de l’Anthologia Palatina. Plus intéressant est le fragment attribué à Callimaque, dans lequel le terme désigne la castration qui a eu lieu sous le terme de gallai[11].

Archigalles[modifier | modifier le code]

Relief funéraire d’un archigalle de Lavinium, milieu du IIe siècle après J.-C., musées du Capitole.

Les grands prêtres sont bien documentés par l’archéologie. Au Pessinonte, le centre du culte de Cybèle, il y avait deux grands prêtres au cours de la période hellénistique, une avec le titre d’« Attis » et l’autre avec le nom de « Battakes ». Ils étaient tous deux eunuques[12]. Les grands prêtres eurent une influence politique considérable à cette période ; des lettres d’un grand prêtre Attis aux rois de Pergame, Eumène II et Attale II ont été gravés sur la pierre. Plus tard, pendant la période flavienne, il exista un collège de dix prêtres, non castrés, et désormais citoyens romains, mais utilisant toujours le titre d’« Attis »[13].

À Rome, le chef des galles était connu comme « archigalle », du moins à partir de la période claudienne. Un certain nombre de découvertes archéologiques représentent l’archigalle en costumes luxueux et extravagants. Celui-ci était toujours un citoyen romain nommé à vie par les quindecemviri sacris faciundis[14]. En tant que citoyen romain employé par Rome, l’archigalle se devait de préserver les traditions du culte de Cybèle sans violer les interdictions romaines en matière de règle religieuse. Celui-ci n’a, par conséquent, n’a jamais été eunuque, comme tous les citoyens de Rome à qui l’émasculation était interdite[15]. Les signes de son sacerdoce ont été décrits comme une sorte de couronne, peut-être de laurier, ainsi que d’un bracelet d’or connu sous le nom d’« occabus[16]. » Avec l’institution de l’archigalle, il y avait le sanctuaire phrygien, ainsi que le rite du taurobolium associé à la Magna Mater, deux aspects du culte de la Magna Mater qui relevaient de l’archigalle[16].

Disparition[modifier | modifier le code]

Sous Théodose, la religion chrétienne est devenue la seule religion acceptée et le paganisme est interdit. Le culte de Cybèle fut particulièrement visé au Ve siècle apr. J.-C. à cause de sa trop grande proximité avec celui de la Vierge Marie à qui il faisait de l’ombre[17].

Références dans la culture moderne[modifier | modifier le code]

Antonin Artaud a évoqué les Galles dans Héliogabale ou l'anarchiste couronné.

Notes[modifier | modifier le code]

Pince à castration, ornée des portraits de Cybèle et d’Attis
  1. (en) Luther H. Martin, Hellenistic Religions : An Introduction, Oxford University Press, 1987, (ISBN 978-0-19504-391-4), p. 83
  2. Xavier Darcos, Dictionnaire amoureux de la Rome antique, Paris, Plon, 2011, 756 p., (ISBN 978-2-25921-245-8).
  3. Tite-Live, romaine, 29, 14.
  4. Tite-Live, op. cit.
  5. Ovide, Fastes, livre IV.
  6. (en) Maarten J. Vermaseren, Cybele and Attis : the myth and the cult, translated by A. M. H. Lemmers, Londres, Thames and Hudson, 1977, p. 96 : « Furthermore Cybele was to be served by only oriental priests; Roman citizens were not allowed to serve until the times of Claudius. »
  7. a et b (en) Maarten J. Vermaseren, Cybele and Attis : the myth and the cult, translated by A. M. H. Lemmers, London: Thames and Hudson, 1977, p. 97.
  8. (en) Maarten J. Vermaseren, Cybele and Attis : the myth and the cult, translated by A. M. H. Lemmers, London: Thames and Hudson, 1977, p. 115 : The Day of Blood (dies sanguinis) is the name given to the ceremonies on 24 March. On this day the priests flagellated themselves until the blood came 662 and with it they sprinkled the effigy and the altars in the temple.
  9. (en) William Muss-Arnolt, A Concise Dictionary of the Assyrian Language, Original from Harvard University : Reuther & Reichard ; Lemcke & Büchner ; etc., 1905, p. 216.
  10. (en) Philippe Borgeaud, Mother of the Gods, JHU Press,‎ 2004 (ISBN 978-0-80187-985-2, lire en ligne).
  11. (en) Maria Grazia Lancellotti, Attis, between myth and history : king, priest, and God; tome 149 of Religions in the Graeco-Roman world, BRILL,‎ (ISBN 978-90-04-12851-4, lire en ligne), p. 96-97.
  12. (en) A. D. Nock, Eunuchs in Ancient Religion, ARW, XXIII, 1925, p. 25-33 = Essays on Religion and the Ancient World, I Oxford, 1972, p. 7-15.
  13. (en) Maarten J. Vermaseren, Cybele and Attis : the myth and the cult, translated by A. M. H. Lemmers, Londres, Thames and Hudson, 1977, p. 98.
  14. (en) Lesley Adkins, Roy A. Adkins, Dictionary of Roman religion by Oxford University Press, 1996, (ISBN 978-0-19514-233-4), p. 91
  15. (en) Robert Turcan, The cults of the Roman Empire, The Great Mother and her Eunuchs, Wiley-Blackwell, 1996, (ISBN 978-0-63120-047-5), p. 49.
  16. a et b (en) Robert Turcan, The cults of the Roman Empire, The Great Mother and her Eunuchs, Wiley-Blackwell, 1996, (ISBN 978-0-63120-047-5), p. 51.
  17. Philippe Borgeaud, La Mère des dieux. De Cybèle à la Vierge Marie, Le Seuil, 1996, 261 p., (ISBN 978-2-02010-903-1).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Lesley Adkins, Roy A. Adkins, Dictionary of Roman religion by Oxford University Press, 1996, (ISBN 978-0-19514-233-4).
  • Philippe Borgeaud, La Mère des dieux. De Cybèle à la Vierge Marie, Le Seuil, 1996, 261 p., (ISBN 978-2-02010-903-1).
  • Xavier Darcos, Dictionnaire amoureux de la Rome antique, Paris, Plon, 2011, 756 p., (ISBN 978-2-25921-245-8).
  • (en) A. D. Nock, Eunuchs in Ancient Religion, ARW, XXIII, 1925, p. 25-33 = Essays on Religion and the Ancient World, I Oxford, 1972.
  • (en) Maria Grazia Lancellotti, Attis, between myth and history: king, priest, and God; tome 149 of Religions in the Graeco-Roman world, BRILL,‎ (ISBN 978-90-04-12851-4, lire en ligne), p. 96-97.
  • (en) Maarten J. Vermaseren, Cybele and Attis : the myth and the cult, translated by A. M. H. Lemmers, Londres, Thames and Hudson, 1977.

Articles connexes[modifier | modifier le code]