Mégenrage

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Le mégenrage est l'action de désigner une personne par un genre qui ne correspond pas à son identité de genre[1]. Il peut être volontaire ou accidentel. Les formes les plus courantes en sont l'utilisation de pronoms et d'accords qui ne sont pas ceux utilisés par la personne[2],[3], appeler une personne « madame » ou « monsieur » en contradiction avec son identité de genre[4], utiliser l'ancien prénom d'une personne trans[3] (pratique appelée morinommage ou deadnaming), ou encore insister pour qu'une personne se conforme aux normes d'un genre qui n'est pas le sien (par exemple dans l'utilisation des toilettes)[réf. nécessaire].

Personnes trans[modifier | modifier le code]

Les personnes trans subissent fréquemment le mégenrage avant leur transition, et même après pour beaucoup de ces personnes[5]. Les personnes trans sont fréquemment mégenrées par des membres du corps médical[6],[7], par la police, les médias, ou leurs camarades. Ces expériences ont été décrites comme humiliantes[8], blessantes, cruelles[9], et rendant les vies des personnes trans plus difficiles.

Une étude de 2019 sur 129 jeunes trans[10], publiée dans le Journal of Adolescent Health (en), a déterminé que « pour chaque contexte social où le nom choisi était utilisé, il y avait une baisse statistiquement significative des symptômes dépressifs, des idées et des comportements suicidaires »[11]. Aucune causalité ne peut néanmoins être déduite de cette corrélation, et l'échantillon reste faible, mais même avec ces limites l'étude montre qu'il s'agit d'un important problème[11]. Mégenrer volontairement une personne trans est considéré extrêmement comme agressif par des personnes transgenres[9].

Des chercheurs suisses et québécois avancent également que le mégenrage est une des oppressions qui contribueraient à la suicidalité particulièrement élevée chez les jeunes trans[7].

Pour les personnes non-binaires, le mégenrage peut s'éviter par des techniques de langage épicène, comme l'utilisation du point-milieu (« élu·e »), de néologismes comme iel ou de formules neutres[12].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Serano, Julia., Whipping girl : a transsexual woman on sexism and the scapegoating of femininity, Seal Press, (ISBN 978-0-7867-4791-7, 0-7867-4791-9 et 1-58005-154-5, OCLC 726734680, lire en ligne)
  2. Herman, JoAnne., Transgender explained for those who are not, AuthorHouse, (ISBN 978-1-4490-2957-9 et 1-4490-2957-4, OCLC 469762719, lire en ligne)
  3. a et b Bender-Baird, Kyla., Transgender employment experiences : gendered perceptions and the law, State University of New York Press, (ISBN 978-1-4619-0630-8, 1-4619-0630-X et 978-1-4384-3676-0, OCLC 756501393, lire en ligne)
  4. Atkins, Dawn., Looking queer : body image and identity in lesbian, bisexual, gay, and transgender communities, Haworth Press, (ISBN 1-56023-931-X, 978-1-56023-931-4 et 0-7890-0463-1, OCLC 38519315, lire en ligne)
  5. Harrison, Kelby., Sexual deceit : the ethics of passing, Lexington Books, [2013] (ISBN 978-0-7391-7706-8, 0-7391-7706-0 et 1-299-55774-0, OCLC 842929903, lire en ligne)
  6. (en) Y. Gavriel Ansara et Peter Hegarty, « Cisgenderism in psychology: pathologising and misgendering children from 1999 to 2008 », Psychology and Sexuality, vol. 3, no 2,‎ , p. 137–160 (ISSN 1941-9899 et 1941-9902, DOI 10.1080/19419899.2011.576696, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2020)
  7. a et b Denise Medico, Annie Pullen Sansfaçon, Gabriel Galantino et Adèle Zufferey, « « J’aimerais mourir. » Comprendre le désespoir chez les jeunes trans par le concept d’oppression développementale », Frontières, vol. 31, no 2,‎ (ISSN 1180-3479 et 1916-0976, DOI 10.7202/1070338ar, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2020)
  8. (en) Y. Gavriel Ansara, « Cisgenderism In Medical Settings: Challenging Structural Violence Through Collaborative Partnerships », dans Ian Rivers et Richard Ward, Out of the ordinary : representations of LGBT lives, Cambridge Scholars Pub, (ISBN 978-1-4438-3873-3 et 1-4438-3873-X, OCLC 836848876, lire en ligne), p. 93-111
  9. a et b (en-CA) « Gender Block: media misgendering and Chelsea Manning », sur This Magazine, (consulté le 17 octobre 2020)
  10. (en) Stephen T. Russell, Amanda M. Pollitt, Gu Li et Arnold H. Grossman, « Chosen Name Use Is Linked to Reduced Depressive Symptoms, Suicidal Ideation, and Suicidal Behavior Among Transgender Youth », Journal of Adolescent Health, vol. 63, no 4,‎ , p. 503–505 (PMID 29609917, PMCID PMC6165713, DOI 10.1016/j.jadohealth.2018.02.003, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2020)
  11. a et b (en) Stanley R. Vance, « The Importance of Getting the Name Right for Transgender and Other Gender Expansive Youth », Journal of Adolescent Health, vol. 63, no 4,‎ , p. 379–380 (DOI 10.1016/j.jadohealth.2018.07.022, lire en ligne, consulté le 17 octobre 2020)
  12. (en) Michaël Lessard et Suzanne Zaccour, « Quel genre de droit? Autopsie du sexisme dans la langue juridique (Autopsy of Sexism in Legal Language) », Revue de droit de l'Université Sherbrooke, Université Sherbrooke, no 227,‎ , p. 246 (lire en ligne, consulté le 17 octobre 2020)