Transparentalité

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La transparentalité est un type familial dans lequel au moins un des parents est transgenre.

Définition[modifier | modifier le code]

Elisabetta Ruspini définit la transparentalité comme une « situation familiale où l’un ou l’autre des parents a réalisé ou est en train de réaliser la transition d’un sexe vers un autre »[1],[2]. Laurence Hérault la définit à partir des « familles où l’un des parents au moins est une personne transgenre »[3].

Enjeux[modifier | modifier le code]

Les enjeux portent sur l'éducation, la procréation et la structure hétéronormative de la famille[4].

Les études ne montrent pas d'influence des transidentités parentales sur le développement sexuel et de l'identité de genre de leurs enfants[2].

Procréation médicalement assistée et auto-conservation des gamètes[modifier | modifier le code]

En Belgique[modifier | modifier le code]

Pour respecter le principe selon lequel « la mère est celle qui accouche », les hommes trans qui mettent au monde un enfant sont considérés comme des mères à l’état civil[4].

L'Hôpital Universitaire de Gand n'a mis en place aucune démarche spécifique concernant les personnes trans. Paul De Sutter explique: « N’oublions pas qu’il y a environ 30 ans, les mêmes discussions ont eu lieu en ce qui concerne les couples gays ou lesbiens, dont on disait qu’ils ne pourraient pas être de bons parents, et la société leur était très hostile. De nombreuses études ont montré qu’il n’en est rien. Ne faisons pas la même erreur deux fois. Si la société est injustement hostile à certains individus, il est notre devoir d’aider à changer ces mentalités, en ne refusant pas à ces personnes les enfants qu’elles veulent avoir »[5].

En France[modifier | modifier le code]

En 2021, les personnes trans n'ont accès à la PMA avec donneur en France que dans deux situations.

La première est celle où les parents sont un couple hétérosexuel, c'est-à-dire quand le couple est composé d’une femme cisgenre et d’un homme trans ayant déjà effectué un changement d’état civil. Ce type de situation a été considéré favorablement, par exemple à l'hôpital Cochin, depuis le milieu des années 1990[4]. Un protocole de soin particulier, confié à la SoFECT, a cependant été utilisé dans cet hôpital pour diagnostiquer et trier les couples et les futurs “bons pères” qui pouvaient avoir accès à cette procédure[6],[7]. Laurence Hérault analyse que les réticences des équipes qui ont mis en place et mettent en œuvre ce protocole renvoient « à la conception pathologisante des personnes trans » et « à la mise en doute de leur capacité à s’inscrire de manière adéquate dans la filiation et la parentalité »[8].

La deuxième situation est celle des couples formés d'une femme cis et d’une femme trans, elle est permise depuis la révision en 2021 de la loi bioéthique qui a ouvert la PMA aux couples de femmes. Un amendement à la loi permettant l’accès des hommes trans à la PMA a été écarté[4].

En ce qui concerne la conservation des gamètes des personnes trans, les standards de soins de l'Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres recommandent d’assurer la possibilité de l’auto-conservation des gamètes avant toute transformation, et la loi française prévoit que « toute personne dont la prise en charge médicale est susceptible d'altérer la fertilité (...) peut bénéficier du recueil et de la conservation de ses gamètes ou de ses tissus germinaux ». Des CECOS refusent cependant la conservation des gamètes des personnes trans, prétextant l’impossibilité d’utiliser ces gamètes à l’avenir[9],[10]. Saisi, le défenseur des droits a demandé plusieurs avis avant de rendre le sien: la loi implique que ne soient prises en compte que la situation certaine de l’intéressé et sa préoccupation au moment où il formule sa demande, « sans pouvoir donner lieu à une spéculation sur des intentions futures ou sur une situation personnelle à venir, qui ne peuvent en aucun cas être présumées » et que « L’intérêt de l’enfant, [devra être] pris en compte (...) au cas par cas », il conclut que « L’article L.2141-11 du Code de la santé publique doit pouvoir être interprété comme permettant aux personnes qui s’engagent dans un parcours de transition de l’homme vers la femme, de se prévaloir de ses dispositions »[11]. D'après Mediapart en 2019, cet avis n'a rien changé au fonctionnement des CECOS[12].

En 2022, un an après que la nouvelle loi de bioéthique a autorisé la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, l’exclusion des hommes trans de la PMA est jugée conforme par le Conseil constitutionnel[13]. Les amendements déposés pour élargir l’accès à la PMA à toutes les personnes ayant un utérus avaient tous été rejetés.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Fortier Corinne, « Transparentalité : vécus sensibles de parents et d’enfants (France, Québec) », Enfances Familles Générations, no 23,‎ (lire en ligne)
  • Martine Gross et Marie-France Bureau, « L’homoparentalité et la transparentalité au prisme des sciences sociales : révolution ou pluralisation des formes de parenté ? », Enfances, Familles, Générations, no 23,‎ , i–xxxvii (lire en ligne)
  • Jean-Baptiste Marchand, « La transparentalité, une nouvelle façon d’être parent », Dialogue, vol. 216, no 2,‎ , p. 105-117
  • Elisabetta Ruspini (dir.), Monoparentalité, homoparentalité, transparentalité en France et en Italie, Paris, L'Harmattan, , 222 p. (ISBN 978-2-296-13627-4)
  • Patricia, Porchat, « Transidentité, non-binarité et parentalité. De quoi parle-t-on ? », Recherches en psychanalyse, 2020/2 (N° 30), p. 122-130.[lire en ligne]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martine Gross et Marie-France Bureau, « L’homoparentalité et la transparentalité au prisme des sciences sociales : révolution ou pluralisation des formes de parenté ? », Enfances, Familles, Générations, no 23,‎ , i–xxxvii (ISSN 1708-6310, DOI 10.7202/1034196ar, lire en ligne, consulté le )
  2. a et b Jean-Baptiste Marchand, « La transparentalité, une nouvelle façon d’être parent », Dialogue, vol. 216, no 2,‎ , p. 105 (ISSN 0242-8962 et 1961-8662, DOI 10.3917/dia.216.0105, lire en ligne, consulté le )
  3. Laurence Hérault, « Transparentalités contemporaines », Mouvements, vol. 82, no 2,‎ , p. 106 (ISSN 1291-6412 et 1776-2995, DOI 10.3917/mouv.082.0106, lire en ligne, consulté le )
  4. a b c et d Florian Bardou, «En France, on a complètement mis de côté la filiation des personnes trans», sur Libération (consulté le )
  5. (en) Paul De Sutter, « Donor inseminations in partners of female-to-male transsexuals: should the question be asked? », Reproductive BioMedicine Online, vol. 6, no 3,‎ , p. 382 (ISSN 1472-6483 et 1472-6491, DOI 10.1016/S1472-6483(10)61861-5, lire en ligne, consulté le )
  6. Florian Bardou, «En France, on a complètement mis de côté la filiation des personnes trans», Libération, (consulté le ) : « En plus de divers entretiens habituels, il y avait, avant de démarrer la procédure, un entretien avec un psychiatre spécialiste des questions de «transsexualisme». Le Cecos de Cochin a également mis en place un suivi périodique, tous les deux ans, des enfants nés de ces couples. Ce protocole expérimental a duré plus d’une dizaine d’années mais a ensuite été critiqué en interne car des voix le jugeaient discriminant et il a été abandonné récemment. »
  7. Louise Fessard, « PMA: le projet de loi oublie les personnes transgenres », sur Mediapart,  : « La psychiatre Colette Chiland, très contestée pour son approche psychiatrisante du genre et des transidentités, avait mis en place un protocole particulier, imposant à ces couples un entretien supplémentaire avec « un psychiatre ayant l’expérience du transsexualisme ». Un suivi des enfants ainsi conçus fut également proposé. Selon l’Académie de médecine, les premiers résultats « ont montré que les hommes affirmaient une identité de père et se comportaient comme tels » et que « le développement psychomoteur des enfants ne montrait pas de perturbation majeure ni de trouble de l’identité de genre ». Ouf ! pas de trouble dans le genre… »
  8. Laurence Hérault, « La gestion médicale de la parenté trans en France », Enfances Familles Générations. Revue interdisciplinaire sur la famille contemporaine, no 23,‎ (ISSN 1708-6310, lire en ligne, consulté le )
  9. Eloïse Bartoli et Eléonore Hughes, « Préservation de la fertilité : les personnes transgenres exclues », sur Libération (consulté le )
  10. Agnès Condat, Nicolas Mendes, Véronique Drouineaud et Nouria Gründler, « Biotechnologies that empower transgender persons to self-actualize as individuals, partners, spouses, and parents are defining new ways to conceive a child: psychological considerations and ethical issues », Philosophy, Ethics, and Humanities in Medicine, vol. 13, no 1,‎ , p. 1 (ISSN 1747-5341, PMID 29343272, PMCID PMC5772725, DOI 10.1186/s13010-018-0054-3, lire en ligne, consulté le )
  11. Défenseur des droits, « Avis du Défenseur des droits MSP-2015-009 » [PDF],
  12. Louise Fessard, « PMA: le projet de loi oublie les personnes transgenres », sur Mediapart (consulté le )
  13. « L’exclusion des hommes transgenres de la PMA jugée conforme par le Conseil constitutionnel », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )