Distinction entre sexe et genre

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La distinction entre sexe et genre différencie le sexe (l'anatomie d'une personne, le système reproducteur, et les caractères sexuels secondaires) du genre, qui peut se référer aux rôles sociaux fondés sur le sexe de la personne (rôle de genre) ou à l'identification personnelle de son propre genre basée sur une perception interne (identité de genre)[1],[2]. Dans certaines circonstances, le sexe assigné à la naissance et le genre d'un individu peuvent ne pas être en cohérence, et la personne peut être transgenre[1], non-binaire, ou de genre non-conforme.

La distinction entre le sexe et le genre n'est pas universelle. Dans le langage courant, le sexe et le genre sont souvent utilisés de façon interchangeable[3],[4]. Certains dictionnaires et disciplines universitaires leur donnent des définitions différentes, mais d'autres ne le font pas.

Parmi les scientifiques, l'expression différences entre les sexes (par rapport à différences entre les genres) est généralement appliquée aux traits du dimorphisme sexuel qui sont supposés être consécutifs à la sélection sexuelle[5],[6].

Sexe[modifier | modifier le code]

L'anisogamie, ou les différences de taille des gamètes (cellules sexuelles), est ce qui caractérise les sexes. Par définition, les gamètes masculines sont petites et mobiles (spermatozoïdes), les gamètes féminines sont généralement immobiles (ovules)[7]. Chez l'être humain, ce qui est typique de la différenciation sexuelle entre homme et femme, est la présence ou l'absence du gène SRY (présent généralement sur le chromosome Y), le type de gonades, les hormones sexuelles, l'anatomie interne de l'appareil reproducteur (tels que l'utérus), et les organes génitaux externes[8]. Les gens ayant un mélange des deux sexes sont intersexes. Les personnes dont l'identité de genre ressentie diffère de leur sexe assigné à la naissance sont transgenres (ou transsexuelles si elles réalisent les opérations).

Parmi les scientifiques, le consensus est que tous les comportements résultent d'interactions complexes issus à la fois de la biologie et de l'environnement ; le débat inné et acquis étant donc trompeur[9],[10],[11]. L'expression différences entre les sexes est généralement appliquée aux caractéristiques du dimorphisme sexuel qui sont supposés résulter de la sélection sexuelle. Par exemple, chez l'humain, la « différence entre les sexes » en termes de taille est une conséquence de la sélection sexuelle, tandis que la « différence entre les genres » est généralement perçue par des caractéristiques telles que la longueur des cheveux (les femmes ayant des cheveux longs)[5],[6]. La recherche scientifique montre que le sexe d'une personne influence son comportement[12],[13],[14],[15],[16].

Le sexe a une définition différente du genre dans l'Oxford English Dictionary, puisqu'il « tend maintenant à se référer aux différences biologiques »[17]. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a établi une définition similaire : « le sexe correspond aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui définissent les hommes et les femmes » et « homme et femme sont des catégories sexuelles »[18].

Cependant, la 5e édition du dictionnaire American Heritage liste le sexe comme correspondant aux « deux divisions femme et homme, par lesquels la plupart des organismes sont classés sur la base de leurs organes et leurs fonctions reproductives » et « l'identité qui est soit féminine ou masculine » parmi d'autres définitions[19].

Histoire[modifier | modifier le code]

De la Renaissance au XVIIIe siècle, il y avait une inclinaison dominante chez les médecins quant à l'existence d'un seul sexe biologique[20]; ce point de vue a persisté aux XVIIIe et XIXe siècles[21],[22]. À son apogée, ce modèle a été repris par les érudits européens, mais il n'est ni connu pour avoir été populaire, ni comme ayant fait consensus chez les médecins qui ont traité la population en général[23]. Le sexe et le genre ont été au devant de la scène américaine pendant les temps de guerres, lorsque les femmes ont dû travailler et que les hommes étaient à la guerre[24]. Dans les années 1990, les concepts de sexe et de sexualité sont devenus un mouvement culturel sur la question de l'identité[25].

Genre[modifier | modifier le code]

Dans le dictionnaire anglais Oxford, le genre est défini comme « un euphémisme concernant le sexe d'un être humain, souvent destiné à souligner la dimension sociale et culturelle, par opposition à la biologie, dans les distinctions entre les sexes », avec le premier exemple cité à partir de 1963[26]. L'American Heritage Dictionary (5e édition), en plus de définir le genre de la même façon qu'il définit le sexe biologique, affirme également qu'il peut être défini comme « ni féminin, ni masculin » ; sa note ajoute :

Certains prétendent que le mot sexe devrait être réservé pour la référence aux aspects biologiques de l'homme ou de la femme, ou de l'activité sexuelle, et que le mot genre devrait être utilisé uniquement pour désigner les rôles socioculturels. En conséquence, on pourrait dire que l'efficacité du traitement semble dépendre du sexe du patient et dans la société, les rôles de genre sont clairement définis.

Un travail de définition fait par l'Organisation Mondiale de la Santé est en cours ; actuellement elle serait celle-ci : « le genre se réfère à la construction sociale des rôles, des comportements, des activités et des attributs qu'une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes » et « masculin et féminin sont des catégories de genre »[18]. La Food and Drug Administration (FDA) emploie le genre à la place de sexe pour se référer aux différences physiologiques entre les hommes et les femmes[27]. En 2011, ils ont inversé leur position sur cette question et ont commencé à utiliser le sexe en tant que classification biologique et le genre comme « la représentation qu'a une personne d'elle-même en tant que femme ou homme, ou la façon dont une personne répond aux institutions sociales basées sur la présentation genrée d'un individu »[28].

Le GLAAD (anciennement la Gay & Lesbian Alliance Against Defamation) fait une distinction entre le sexe et le genre dans leur édition la plus récente du Média Reference Guide : le sexe est « la classification des personnes en tant que homme ou femme » à la naissance, basée sur des caractéristiques corporelles telles que les chromosomes, les hormones, les organes reproducteurs internes, et les organes génitaux. L'identité de genre est « un sentiment interne, personnel, d'être un homme ou une femme (ou d'être un garçon ou une fille) »[29].

Certains philosophes féministes soutiennent que le genre est totalement indéterminé par le sexe. Voir, par exemple, La Dialectique du Sexe: Le Cas de Révolution Féministe, texte féministe largement influent[30].

Le cas de David Reimer qui a été, selon des études publiées par John Money, élevé comme une fille après que sa circoncision ait été bâclée, a été décrit dans le livre As Nature Made Him: The Boy Who Was Raised as a Girl. Reimer n'était pas à l'aise en tant que une fille, et plus tard, quand il a découvert la vérité de son intervention, il a décidé de revenir à son identité de genre masculine d'origine ; il a fini par se suicider à 38 ans[31].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le genre, dans le sens des distinctions sociales et comportementales, selon les données de l'archéologie, existe « au moins depuis quelques 30 000 ans »[32] . La preuve[Laquelle ?] a été constatée[Par qui ?] « il y 26 000 ans »[33], au moins sur le site archéologique de Dolní Věstonice I et d'autres, dans ce qui est maintenant la République tchèque[34], au cours du Paléolithique supérieur[35].

Le terme de « genre » apparaît entre 1970 et 1980 :

« Au milieu des années 1980, le genre est devenu le maître mot parmi bien des historiennes féministes. Déjà, dans les années 1970, certaines universitaires américaines, parmi lesquels Davis, affirmaient que l’histoire des femmes avait pris un chemin trop séparé et que l’histoire des femmes ne pouvait pas être comprise, sauf à la mettre en relation avec l'histoire des hommes et les représentations des femmes qu’ils avaient créées 19. Ces historiennes utilisaient le terme « genre » pour suggérer une histoire qui placerait les femmes à l’intérieur d’un ensemble de relations sociales, politiques et culturelles plus vaste »[36].

La signification historique de genre, dérivé du latin genus, était « espèce » ou « diversité ». Dès le XXe siècle, ce sens est devenu obsolète, et sa seule utilisation formelle était en grammaire[3]. Cela a changé au début des années 1970, lorsque les travaux de John Money, notamment le manuel de l'université populaire Man & Woman, Boy & Girl, ont été adoptés par la théorie féministe. Ce sens du genre est maintenant répandu dans les sciences sociales ; bien que dans de nombreux autres contextes, le genre inclut le sexe, ou le remplace[4].

Distinction en linguistique[modifier | modifier le code]

Étant donné que les sciences sociales d'aujourd'hui distinguent la biologie définie par le sexe, des constructions sociales définies par le genre, le terme genre est également parfois utilisé par les linguistes pour se référer à l'égalité sociale, ainsi que le genre grammatical. Traditionnellement, cependant, une distinction a été faite par les linguistes entre le sexe et le genre, où le sexe se réfère principalement aux attributs « concrets » et le genre se réfère à une catégorie grammaticale, telle que masculin et féminin (souvent fondée sur le sexe, mais pas exclusivement dans toutes les langues), qui détermine l'accord entre les noms de différents genres et les mots associés, tels que des articles et des adjectifs[37],[38].

Un manuel de grammaire de langue anglaise a, par exemple, établi que :

L'allemand, par exemple, a trois genres : masculin, féminin et neutre. Les noms faisant référence aux personnes et aux animaux de sexe connu sont généralement désignés par des noms avec le genre équivalent. Ainsi Mann (signifiant « homme ») est masculin et est associé à un article masculin pour donner der Mann, alors que Frau (signifiant « femme ») est féminin et est associé à un article féminin pour donner die Frau. Cependant, les mots pour les objets inanimés sont généralement masculins (par exemple der Tisch, la table) ou féminins (die Armbanduhr, la montre), et le genre grammatical peut diverger du sexe biologique ; par exemple, le nom féminin [die] Person se réfère à une personne de l'autre sexe, et le nom neutre [das] Mädchen signifie « la fille » .

En anglais moderne, il n'y a pas de vrai genre grammatical dans ce sens[37], si la différenciation, par exemple, entre les pronoms « il » et « elle », qui en anglais se réfère à une différence de sexe (ou genre social), se réfère parfois à la distinction entre les genres.

Critique de la distinction entre la « différence entre les sexes » et la « différence entre les genres »[modifier | modifier le code]

La distinction actuelle entre la différence entre les sexes par rapport à la différence entre les genres a été critiquée comme étant trompeuse et contre-productive. Ces termes suggèrent que le comportement d'un individu peut être partitionné en facteurs biologiques et culturels distincts, alors qu'il semblerait qu'il résulte d'un enchevêtrement complexe entre caractéristiques innées et acquises. (Cependant, les différences de comportement entre les individus peuvent être statistiquement cloisonnés, et étudier par la génétique comportementale)[39].

Diane Halpern, dans son livre Sex Differences in Cognitive Abilities, a mis en lumière des problèmes avec la terminologie concernant le sexe et le genre : « I cannot argue (in this book) that nature and nurture are inseparable and then... use different terms to refer to each class of variables. The ...biological manifestations of sex are confounded with psychosocial variables.... The use of different terms to label these two types of contributions to human existence seemed inappropriate in light of the biopsychosocial position I have taken. » Elle a également déclaré que « Pinker (2006b, para. 2) provided a clear summary of the problems with the terms « sex and gender » : part of it is a new prissiness of many people today are squeamish about sexual dimorphism as the Victorians were about sex. The word sex refers... (both) to copulation and to sexual dimorphism... »[40]. Richard Lippa écrit dans Gender, Nature and Nurture : « Some researchers have argued that the word sex should be used to refer to (biological differences), whereas the word gender should be used to refer to (cultural differences). However, it is not at all clear the degree to which the differences between males and females are due to biological factors versus learned and cultural factors. Furthermore, indiscriminate use of the word gender tends to obscure the distinction between two different topics: (a) differences between males and females, and (b) individual differences in maleness and femaleness that occur within each sex. »[41]

Il a été suggéré que les distinctions les plus utiles à faire seraient de savoir si une différence de comportement entre les sexes est d'abord due à une évolution adaptative, puis, si c'est le cas, si l'adaptation est associée à un dimorphisme ou monomorphisme sexuel. La différence entre les sexes pourrait alors être redéfinie comme les différences entre les sexes qui sont des manifestations d'une adaptation du dimorphisme sexuel[42],[43], alors que la différence entre les genres pourrait être redéfinie comme étant une différence de socialisation entre les sexes d'une adaptation monomorphique. Par exemple, la plus grande propension des hommes à l'agression physique et à la prise de risque serait appelée « différence sexuelle » et la propension à avoir une longueur de cheveux plus importante chez les femmes serait appelée « différence entre les genres »[44].

Transgenres et genderqueer[modifier | modifier le code]

Les personnes transgenres souffrent d'une inadéquation entre leur identité de genre ou l'expression de genre, et leur sexe assigné à la naissance[45],[46],[47]. Les personnes trans sont parfois appelés transsexuelles si elles souhaitent se faire opérer afin de transitionner d'un sexe à l'autre. Transgenre est également un terme générique qui comprend les personnes dont l'identité de genre est à l'opposé de leur sexe (homme trans et femme trans), elle peut inclure des personnes qui ne sont pas exclusivement masculine ou féminine (personnes genderqueer, par exemple bigenre, pangenre, genderfluid, ou agenre)[46],[29],[48]. D'autres définitions de transgenres incluent aussi les personnes qui appartiennent à un troisième genre[49],[50]. Rarement, le terme transgenre a une définition assez large pour y inclure les travestis[51].

Féminisme[modifier | modifier le code]

Général[modifier | modifier le code]

De nombreux féministes considèrent le sexe comme étant seulement une question de biologie (sans construction sociale ou culturelle). Par exemple, Lynda Birke, une féministe biologiste, affirme que « la biologie ne peut pas être vue comme quelque chose qui pourrait changer »[52]. Cependant, la distinction sexe/genre est critiquée par les féministes qui pensent qu'il y a une importance excessive placée sur le fait que le sexe soit un aspect biologique, quelque chose qui est fixe, naturel, immuable, et consistant en une dichotomie homme/femme. Ils croient que la distinction ne parvient pas à reconnaître quoi que ce soit en dehors de la dichotomie strictement homme/femme et qu'elle crée une barrière entre ceux qui y correspondent et ceux qui sont « anormaux ». Afin de prouver que le sexe n'est pas seulement limité à deux catégories, le livre d'Anne Fausto-Sterling, Sexing the Body, traite de la naissance des enfants qui sont intersexués. Dans ce cas, le modèle standard (distinction sexe/genre) est considéré comme incorrect. En effet, « la masculinité complète et la féminité complète représentent les extrémités d'un spectre de types de corps possibles »[53]. En d'autres termes, Fausto-Sterling fait valoir qu'il y a une multitude de sexes entre les deux extrêmes homme et femme.

Plutôt que de considérer le sexe comme une construction biologique, il y a des féministes qui acceptent le sexe et le genre comme étant tous les deux une construction sociale. Selon la Intersex Society of North America, « la nature n'a pas décidé où la catégorie homme finit et la catégorie intersexe commence, ou où la catégorie intersexe finit et la catégorie femme commence. Les humains décident comment un petit pénis doit être, ou comment une combinaison inhabituelle de parties doit être, avant qu'il soit défini comme intersexué »[54]. Fausto-Sterling pense que le sexe est socialement construit parce que la nature ne décide pas de qui est considéré physiquement comme un homme ou une femme. En outre, le genre, le comportement, les actions, et l'apparence des hommes/femmes sont également considérés comme socialement construits parce que les codes de la féminité et de la masculinité sont choisis et jugés aptes par la société pour un usage social. Des féministes comme Nicole-Claude Mathieu, Linda Nicholson et Alexandre Baril ont également proposé des typologies pour répertorier les différentes conceptions du sexe et du genre et les liens que ces concepts entretiennent, notamment sous la forme de tableaux présentant divers paradigmes du sexe et du genre [55],[56].

« Doing gender » de West et Zimmerman[modifier | modifier le code]

Principalement utilisé en sociologie et dans les études de genre, l'expression doing gender (en) (« faire le genre ») se réfère à la notion de genre comme étant une performance socialement construite qui a lieu pendant les interactions sociales, plutôt que comme un ensemble de qualités essentialistes fondées sur le sexe biologique[57]. Le terme est d'abord apparu dans l'article de Candace West et Don Zimmerman « Doing Gender », publié dans la revue de pairs, Gender and Society[58]. Originairement écrit en 1977 mais non publié jusqu'en 1987[59], Doing Gender est l'article le plus cité publié dans Gender and Society[58]. West et Zimmerman ont établi que pour comprendre le genre comme activité, il est important de faire la différence entre le sexe, la catégorie de sexe, et le genre[57]. Ils disent que le sexe fait référence à des spécifications socialement convenues qui établissent ce qu'est un homme ou une femme ; le sexe est le plus souvent basé sur les parties génitales d'un individu, ou même sur leur caryotype connu avant la naissance[57]. West et Zimmerman considèrent que les catégories de sexe sont dichotomiques, et que la personne est placée dans une catégorie de sexe en présentant des qualités exclusives de l'une ou l'autre catégorie. Au cours de la plupart des interactions, les gens situent le sexe d'une personne par identification de leur catégorie sexuelle ; cependant, West et Zimmerman pensent que le sexe d'une personne n'a pas besoin d'être aligner avec leur catégorie sexuelle[57]. West et Zimmerman (1987) maintiennent que la catégorie sexuelle est « établie et soutenue par les affichages identificatoires requis socialement qui proclament une adhésion à l'une ou l'autre catégorie » (p. 127). Le genre est l'ensemble des attitudes et des actions qui sont considérés comme socialement acceptables pour une catégorie sexuelle[57]. West et Zimmerman suggèrent que le processus interactionnel du « doing gender », combiné aux attentes socialement convenues entre les genres, détient les individus responsables de leurs performances de genre[57]. Ils croient également que tout « doing gender » renforce de manière appropriée et favorise des structures sociales fondées sur la dichotomie entre les genres, et ne remet pas en cause ces mêmes structures sociales ; seul l'individu acteur est remis en question[57],[57].

Limites[modifier | modifier le code]

Certains féministes vont plus loin et affirment que ni le sexe ni le genre sont des concepts strictement binaires. Judith Lorber, par exemple, a déclaré que de nombreux indicateurs classiques de sexe ne sont pas suffisants pour établir une démarcation entre les hommes et les femmes. Par exemple, toutes les femmes ne peuvent pas allaiter, tandis que certains hommes le peuvent[60]. De manière similaire, Suzanne Kessler, dans une étude de 1990 auprès de médecins spécialistes en pédiatrie de l'intersexualité, a découvert que quand un enfant nait avec des chromosomes XY, mais avec des organes génitaux ambigus, son sexe a souvent été déterminé en fonction de la taille de son pénis[61]. Ainsi, même si la distinction sexe/genre existe, Lorber et Kessler suggèrent que les dichotomies femmes/hommes et masculin/féminin ne sont pas eux-mêmes exhaustifs. Lorber écrit : « Mon point de vue va au-delà des vues féministes qui établissent que le genre est une superposition culturelle qui modifie les différences sexuelles physiologiques [...] Je soutiens que les corps diffèrent à bien des égards physiologiquement, mais qu'ils sont complètement transformés par les pratiques sociales pour entrer dans les catégories saillants d'une société, les plus répandues étant « féminin » et « masculin », et « femme » et « homme ». »[60].

En outre, Lorber a prétendu qu'il existait une plus grande diversité au sein des différentes catégories de sexe et de genre -femme/homme et féminin/masculin, respectivement- qu'entre eux[60]. Par conséquent, sa revendication fondamentale est que les deux, sexe et genre, sont des constructions sociales.

Un point de vue comparable a été avancé par Linda Zerilli, qui écrit : « [Monique] Wittig critique la dichotomie sexe/genre dans une grande partie de la théorie féministe parce qu'une telle dichotomie laisse incontestée la croyance qu'il existe un « noyau naturel » qui résiste à l'examen, une relation exclue du social dans l'analyse, une relation dont la caractéristique se trouve inéluctablement dans la culture, ainsi que dans la nature, et qui est la relation hétérosexuelle. Wittig suggère qu'associer le sexe à la nature, et le genre à la société a permis d'interroger les féministes sur la construction culturelle de la féminité ; mais cette stratégie a également permis aux discours dominants de reconnaître la distinction sans repenser les fondements de leurs diverses entreprises théoriques et leurs concepts de subjectivité »[62][note 1].[note 2]

Judith Butler critique également la distinction sexe/genre. Le genre, selon Butler, cause une apparence sexuée naturellement et politiquement neutre. Toutefois, elle affirme : « the ostensibly natural facts of sex [are] discursively produced in the service of other political and social interests. » Butler conclut : « Si le caractère immuable du sexe est contesté, peut-être que cette construction appelée « sexe » est culturellement construit comme le genre ; en effet, il s'agit peut-être encore du genre, avec comme conséquence que la distinction entre sexe et genre s'avère être impertinente à tous »[63].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Monique Wittig, feminist theorist and author of Les Guérillères, a lesbian feminist novel
  2. Monique Wittig, feminist theorist and author of Les Guérillères, a lesbian feminist novel

Références[modifier | modifier le code]

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