Banquet des maires de 1900

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Représentation du banquet (quelques tablées visibles)
Le banquet des maires, illustration d’Ines et Méaulle.

Le banquet des maires de 1900 est un gigantesque banquet qui se tint à Paris le et où furent conviés l'ensemble des maires de France.

Organisé à l'initiative du président de la République Émile Loubet et de son président du Conseil Pierre Waldeck-Rousseau à l'occasion de l'exposition universelle de 1900 qui eut lieu à Paris du 14 avril au 12 novembre, il réunit 22 965 convives[1] qui répondirent à l'invitation.

La date du 22 septembre fut choisie comme étant le jour anniversaire de la proclamation de la République en 1792, soit 108 ans auparavant, et le président ne manqua pas de le rappeler, en parlant des ancêtres de la Révolution : « Lorsqu'ils proclamèrent la République, ils voulaient organiser la défense nationale en même temps que la démocratie, de sorte qu'ils nous ont donné l'exemple du courage sous ses deux plus belles formes, et que cet anniversaire est la fête du patriotisme autant que la fête de la liberté. »[2]. Cette festivité fut reportée comme conviviale et amicale dans la presse de masse, alors qu'elle fait à l'époque un possible usage de la caricature[3].

L'organisation de banquets de grande taille était une pratique qui remontait surtout à l'époque de la Deuxième République (alors organisés par les opposants à la monarchie de Juillet mécontents de la politique de Guizot[4]).
Elle s'était transformée en coutume moins hostile au cours de la Troisième République à l'instar du banquet du où le président Sadi Carnot, nouvellement élu, offrit un banquet à tous les maires des chefs-lieux d’arrondissement et de cantons et où environ 4 000 invités répondirent à l’invitation[5]. On trouve celui du donné aux maires des principales villes de France en l'honneur du centenaire de l'historien Michelet[6]. On trouve précédemment aussi à celui-ci le banquet du , dit banquet du Centenaire, prodigué par la municipalité de Paris à l'occasion du centenaire de la Révolution française et qui vit 11 182 maires réunis au palais de l'Industrie pendant l'exposition universelle de Paris de 1889[7].

Organisation[modifier | modifier le code]

Dans le jardin des Tuileries, furent dressées deux immenses tentes reliées entre elles par des tentes perpendiculaires. 700 tables de 10 mètres de long chacune pouvant recevoir de 32 à 36 couverts, soit sept kilomètres, furent installées[8].

À droite du président de la République, est assis le président du Sénat, Armand Fallières ; à sa gauche, se trouve Paul Deschanel, président de la Chambre des députés. Le président du Conseil, Waldeck-Rousseau, les ministres, les députés, les sénateurs, la magistrature, l'armée, les personnages éminents de la nation sont à la table présidentielle[9].

Les convives venant de France, d'Algérie et d'Outre-mer[3] furent classés par département et par ordre alphabétique, ce qui provoqua des querelles de préséance (par exemple le doyen en âge et le doyen en exercice de la fonction de maire).
Selon le vœu du président de la République, le repas ne dura pas plus de 90 minutes.

Les quantités de matériel nécessaire furent fort importantes, à l'image de la manifestation[8]:

  • dix km de nappes molletonnées,
  • sept km de molletons,
  • sept km de nappes,
  • 125 000 assiettes avec reproduction en fac-simile de la tapisserie « Armes de la République » exposée[3],
  • 55 000 fourchettes,
  • 55 000 cuillères,
  • 60 000 couteaux,
  • 126 000 verres

Six bicyclettes furent prévues pour transmettre rapidement les ordres de service.
De même, une automobile (De Dion-Bouton de 4 CV) permettait au général de brigade de circuler entre les tables.

Environ 3 000 personnes furent employées pour la cuisine et le service[8] et furent organisées par un seul traiteur [3] :

  • 11 chefs « gros bonnets »
  • 220 chefs de partie
  • 400 cuisiniers
  • 2 150 maîtres d'hôtel
  • 50 préposés aux vestiaires

De la même façon, les fournitures pour le repas sont encore impressionnantes[10] :

Menu[modifier | modifier le code]

  • Hors-d'œuvre
  • Darnes de saumon glacées parisienne
  • Filet de bœuf en Bellevue[11]
  • Pains de canetons de Rouen
  • Poulardes de Bresse rôties
  • Ballotines de faisans Saint-Hubert
  • Salade Potel[12]
  • Glaces Succès - Condés
  • Dessert

Pour les vins, 39 000 bouteilles dont 1 500 de Fine Champagne furent utilisées :

Le personnel ne fut pas en reste puisqu’il eut droit à 3 000 litres de « gros rouge ».

Festivités[modifier | modifier le code]

Parallèlement au repas, un spectacle se déroula dans la salle des fêtes et fut noté en programme à côté du menu.
La carte fut marquée du blason tricolore RF avec armoiries (médaillons) encadrantes, et avec en entête l'inscription « EXPOSITION UNIVERSELLE »; La partie à droite sur la carte:

PROGRAMME
La Marseillaise
       DANSES
 DE JADIS ET DE NAGUÈRE
 I- Danses Barbares
 II- Danses Grecques
 III- Danses Françaises
 IV- Danses Modernes
LE CHANT DU DÉPART

Avec le concours de la Comédie-Française et de l'Académie Nationale de Musique et de Danse (Orchestre de l'Opéra)

[3].

Plaquette[modifier | modifier le code]

Une plaquette en bronze fut éditée à cette occasion, d'après Frédéric de Vernon (1858-1912).

De format rectangulaire (4,5 cm sur 6,2 cm), elle est signée F. Vernon sur le revers où deux allégories féminines dont l'une représente Marianne portant des libations au banquet. Sur l'avers, inscription « Banquet des Tuileries offert aux maires de France sous la présidence de M.E.Loubet prest [président] de la République et de Waldeck Rousseau Prest [président] du Conseil Paris 22 septembre 1900 ». En dessous de l'inscription, dans un cartouche se détachant sur ramures de chêne et de laurier, était gravé l'initial du prénom et le nom du maire. Ces plaquettes bifaces se retrouvent encore dans les collections privées ou dans des mairies.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le chiffre est assez controversé. Certaines sources donnent jusqu'à plus de 29 000 convives. Le nombre de convives est à distinguer du nombre de maires présents. Adolphe Démy 1907, p. 645 : « Il y avait 22 278 invités, dont 20 777 maires ».
  2. (Adolphe Démy 1907, p. 646).
  3. a, b, c, d et e (en) Jane Hanks, « 23,000 for lunch? This was the banquet of the century », The Connexion (connexionfrance.com), no 183,‎ , p. 22 & 23 « ...Potel et Chabot, le traiteur choisi était déjà renommé...Son succès lors de cette fête de l'unité nationale...en période de coup d'état et d'affaire Dreyfus...pour ce repas froid au nombre de convives encore non battu de nos jours fut tel qu'il acquit une dimension mondiale. » « ...La décoration sous les tentes fut simple mais impressionnante...La tapisserie reproduite sur les assiettes porte les boucliers symboliques de la Vérité et la Justice, un lion représentant la force y est figuré avec deux enfants sous sa protection, le coq national tient un autre enfant et chante « Liberté, Égalité, Fraternité » « ...Il y eut une large couverture de cet évènement par les journaux...La Croix rapporta qu'il y avait « la plus franche cordialité »...La revue Municipale de Paris parle de «  splendide soleil...depuis 9h le matin la foule s'est amassée derrière les barrières pour être témoin des festivités...ils voulaient voir les couteaux et les fourchettes dans leur arrangement parfait sur les nappes parfaitement blanches...ils voulaient aussi accueillir les maires [qui déambulaient dans le jardin]... »
  4. Voir campagne des Banquets.
  5. Le Président reçoit sur le site Sénat - 14 juillet.
  6. Lucien Lambeau, L'Hôtel de Ville de Paris, Renouard, coll. « Les Richesses d'art de la ville de Paris », , 224 p. (lire en ligne) (Affichage d'extraits).
  7. (en) Annegret Fauser, Musical encounters at the 1889 Paris World's Fair, Rochester (New York), University of Rochester Press, , 391 p. (ISBN 1-58046-185-9, lire en ligne) (Aperçu limité).
  8. a, b et c Jean Vitaux, Les petits plats de l'histoire, PUF, , 208 p. (ISBN 2130587747).
  9. Souvenir de l'exposition d'après l'almanach Vermot, 1901.
  10. Les chiffres pour le bœuf et les canetons ne sont pas fournis.
  11. La cuisson « en Bellevue » consiste en un lustrage à la gelée des viandes, surtout pour les poissons (après cuisson au court-bouillon) et les volailles.
  12. Potel, histoire du plus grand banquet de tous les temps.
  13. A priori, ce cru n'a pas de rapport avec le vignoble de Margaux.

Voir aussi[modifier | modifier le code]