Tintin au pays de l'or noir

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Tintin au pays de l'or noir
15e album de la série Tintin
Image illustrative de l'article Tintin au pays de l'or noir

Auteur Hergé

Personnages principaux Tintin
Milou
Dupond et Dupont
Ben Kalish Ezab
Lieu de l’action Drapeau de la Belgique Belgique
Flag of Khemed.svg Khemed
Palestine-Mandate-Ensign-1927-1948.svg Palestine (dans les premières parutions)

Éditeur Casterman
Première publication 1950
ISBN ISBN 978-2-203-00114-5
Nb. de pages 62

Prépublication Le Petit Vingtième (noir et blanc et couleurs)
Tintin (couleurs)
Albums de la série Tintin
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Tintin au pays de l’or noir (initialement Au Pays de l’or noir) est le quinzième album de bande dessinée des aventures de Tintin, prépublié en noir et blanc et en couleurs du 28 septembre 1939 au 9 mai 1940 dans les pages du Petit Vingtième, supplément du journal Le Vingtième Siècle, ainsi que dans l'hebdomadaire Cœurs vaillants, en noir et blanc puis en couleurs. Il parut à nouveau en couleur du 16 septembre 1948 au 23 février 1950 dans les pages du journal Tintin.

Une première version de l’album est parue en 1950 situant l'action en Palestine sous occupation anglaise, puis une seconde en 1971 dans un pays devenu imaginaire du même Moyen-Orient.

À noter la première et unique apparition des Dupond et Dupont sur une couverture d'album.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Ancienne pompe à essence

Alors que des rumeurs de guerre se font persistantes, le marché est envahi par de l’essence frelatée qui fait littéralement exploser les moteurs… à explosion. Tintin embarque alors pour faire son enquête au Moyen-Orient.

Au Khemed, une lutte de pouvoir oppose l’émir Mohammed Ben Kalish Ezab au cheik Bab El Ehr, chacun financé par une compagnie de pétrole différente, respectivement l’Arabex et la Skoil Petroleum. Le docteur Müller, qui se fait passer pour un archéologue sous le nom de Professeur Smith, représente la Skoil. C’est un agent secret d’une « puissance étrangère » ayant pour mission de s’emparer des puits de pétrole, et pouvant saboter les réserves existantes grâce à un produit chimique, le N 14, et ainsi paralyser les armées en cas de guerre.

Dans la première version, Tintin est soupçonné d'être mêlé à un trafic de drogue, et est enlevé en voiture au moment de son transfert par des juifs de l'Irgoun qui le prenaient, pour un des leurs, Salomon Goldstein, très ressemblant et doté comme lui d'une houppe. Au moment où les ravisseurs se rendent compte de leur erreur, ils sont interceptés par des hommes du Cheik Bab-bel Eir également à la recherche de Salomon Goldstein. Ils commettent à leur tour la même erreur, puis s'en rendent compte et abandonnent Tintin dans le désert après que celui-ci se fut évanoui par manque d'eau. Dans la deuxième version de l'album, Tintin est soupçonné, à cause de documents cachés dans sa cabine, de vouloir livrer des armes à Bab El Ehr et arrêté. Bab El Ehr le fait alors enlever, et le garde en otage lorsqu’il s’aperçoit que Tintin n’est pas celui qu’il croyait. La bande du cheik prend alors la direction du désert et abandonne Tintin quand celui-ci s'évanouit d'épuisement.

Dans les deux versions Tintin revient à lui et surprend le Dr Müller en train de saboter un pipe-line. Puis il rencontre Dupont et Dupond, et tous trois arrivent dans la ville où se situe le palais de Ben Kalish Ezab. À ce moment-là, le Dr Müller enlève le jeune prince Abdallah pour obliger l’émir à chasser l’Arabex de son territoire et permettre à la Skoil de contrôler les puits de pétrole. Pour ne pas être soupçonné, il fait accuser de ses deux méfaits le cheik Bab-El Eir.

Tintin qui a compris son stratagème, va non sans peine faire libèrer Abdallah, parfaitement satisfait de son enlèvement, du moment qu'il dispose de ses jouets et farces et attrapes. Avec le capitaine Haddock, il fera arrêter Müller. Il met la main sur le produit servant à falsifier l’essence (N 14) et l’envoie au professeur Tournesol. Celui-ci conçoit au bout de quelques semaines de recherches un « antidote » neutralisant les effets de ce produit dans l’essence.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Différences avec la première version[modifier | modifier le code]

L’album est différencié de la publication hebdomadaire dans le Journal de Tintin, car Tintin ne débarque plus à Caiffa mais à Haifa dans ce qui serait la Palestine, alors sous mandat britannique. Il est arrêté par les Anglais, puis enlevé par des militants de l’organisation juive Irgoun (mentionnée dans l’album mais pas dans la version journal) qui l’ont confondu avec un certain Goldstein (Finkelstein dans la version journal), agent sioniste qui doit venir d’Europe. Il est ensuite enlevé par des Arabes, qui le conduisent auprès de leur chef Bab El Ehr. Tintin retrouve plus tard le docteur Müller, lequel travaille désormais pour le compte d’une compagnie qui tente par des moyens illicites de prendre le contrôle des puits de pétrole. Müller enlève ainsi le jeune prince Abdallah, le fils de l’émir Ben Kalish Ezab, pour obliger ce dernier à chasser de son territoire les concurrents anglais. La fin de l’album est la même.

Contexte[modifier | modifier le code]

Haifa en 1930

Tintin au pays de l’or noir est un album à part dans les aventures de Tintin, l'un des plus exceptionnellement intégrés à la réalité historique, car il s'inscrit, dans sa première version, dans la toute fin de l'Entre-deux-guerres, émaillée alors de rumeurs de guerre. Il se place d'ailleurs dans la continuité de l'album Le Sceptre d’Ottokar, le thème du sabotage de l’essence évoquant comme les deux précédentes aventures de Tintin les manœuvres pour déstabiliser les démocraties (par injection de fausse monnaie dans L’Île Noire, par une tentative d’annexion dirigée par un dénommé Mustler -contraction évidente de Mussolini et Hitler- dans Le Sceptre d’Ottokar) tandis que la menace de la guerre s'y fait sentir tout au long des pages. Mais au final, les pays finissent par trouver une solution, et le conflit semble évité. Cette atmosphère pesante fait d'ailleurs étonnamment penser aux tensions de l'année 1938, durant laquelle Hitler réalisait l'Anschluss, et manifestait ses revendications sur la région des Sudètes, en menaçant de prononcer l'annexion unilatéralement, quitte à violer les conventions internationales. La crise fut finalement résolue par les Accords de Munich, le 30 septembre 1938. Or justement, la chronologie de l'album est cohérente avec l'Histoire, puisqu'un calendrier affiche la date du Jeudi 18 août lorsque Dupond et Dupont espionnent la société de dépannage Simoun; date qui est conforme au calendrier de 1938[1], et qui rend crédible la durée du déroulement de l'intrigue avec la réalité historique. Enfin, la consonance allemande du nom du Dr Müller est sans équivoque en ce qui concerne la mystérieuse "puissance étrangère" qui cherchait à priver de carburants ses adversaires en cas de conflit.
La guerre éclata vraiment, interrompant le travail d’Hergé; ce n’est qu’en 1948 qu’il reprit ce récit, publié d’abord dans le Journal de Tintin. La première version en couleurs sortit donc sous forme d’album en 1950.

En 1971, à la demande de ses éditeurs anglais, Hergé modifia certains éléments de l’histoire trop près de l’actualité de 1948 (Guerre de Palestine de 1948). Ainsi, les combats entre terroristes juifs (l'Irgoun nommément cité) et arabes pour le contrôle de la Palestine se transforment en lutte de pouvoir entre tribus locales, les policiers anglais sont arabisés et Haïfa devient la plus discrète Khemkhâh…

Quel est le « pays de l’or noir » ?[modifier | modifier le code]

Jeddah en 1938

Dans la première version de l’album, Tintin passerait-il par la Palestine telle qu’elle était avant la création de l’État d’Israël ? En fait le bateau Speedol Star, sur lequel il travaille momentanément comme radiotélégraphiste, s’arrête à « Caïffa » dans l’édition du Petit Vingtième en 1939 puis dans la reprise dans le Journal de Tintin en 1949, toujours au port de Caiffa qui n’est peut-être pas sur la fenêtre méditerranéenne mais en mer Rouge. Le nom sera changé en Haïfa et il sera ajouté la mention du mouvement armé sioniste de l’« Irgoun » uniquement dans la première version en album parue ultérieurement. Ensuite, dans la dernière version à ce jour, toute la partie faisant référence à la présence militaire anglaise a disparu et le navire arrive au port de Khemkhâh au Khemed, qui lui est incontestablement en mer Rouge, entre Wadesdah et Jeddah.

Hergé faisant référence au mandat britannique et à la lutte entre Juifs et Arabes, il semble évident que la première version de l’album se passe dans la Palestine de la proche après-guerre. Plus tard dans cette version de l’album, Tintin, après une traversée du désert (au sens littéral), arrive dans la ville de Wadesdah, où vit l’émir Ben Kalish Ezab. Or, dans Coke en Stock, paru en 1958, on apprend à la page 14 que Ben Kalish Ezab est l’émir du Khemed. Cela veut dire que dans la première version de Tintin au pays de l’or noir, Tintin arrive au Khemed en passant par la Palestine.

On sait que le Khemed était lui aussi, sous mandat britannique comme l’ensemble du Moyen-Orient : dans la lettre qu’il envoie à l’émir après avoir enlevé Abdallah (à la page 37 de l’album), Müller lui demande de « chasser les Anglais de son territoire » s’il tient à revoir son fils. Abdallah a été inspiré à Hergé par une photo du jeune roi Fayçal II[2].

Haddock et Tournesol[modifier | modifier le code]

À l’origine, cette histoire devait se placer après le Sceptre d’Ottokar. À cause de la guerre, la version noir et blanc d’Au pays de l'Or Noir a été interrompue, notamment parce qu'elle était trop chargée politiquement par rapport à l’actualité. Hergé ne reprendra cette histoire que dix années plus tard. Le capitaine Haddock et le professeur Tournesol que Tintin ne connaissait pas dans la version originale, ont fait l'objet ensuite de l'insertion de quelques cases pour expliquer leur absence. Ainsi pour justifier l’arrivée imprévue du capitaine Haddock dans les dernières pages de l’album, Hergé eut recours à une astuce : le capitaine va essayer de raconter le motif « à la fois très simple et très compliqué » de son absence. Interrompu de multiples fois, il finit par renoncer dans l’énervement[3]. L’absence de Tournesol, elle, sera résolue par une lettre du professeur mentionnant les recherches qu’il effectue sur le mystérieux produit (à l’avant-dernière page), et par une photo du château de Moulinsart à moitié en ruines « après les premières expériences » (à la dernière page).

Aspects scientifiques et techniques[modifier | modifier le code]

Le N14 fait référence à l’azote (symbole N et nombre du nucléons 14) à la base de la fabrication des explosifs[4].

L’avion qui apparait planche 18 est inspiré du Spitfire[5], les Dupondt conduisent une Citroën 5 Hp de 1922[6] au début de l’album et une Jeep Willys de 1945 dans le désert[6]. Lors de la course-poursuite dans le désert, le Docteur Müller est au volant d'une Buick Roadmaster tandis que Tintin conduit une Lancia Aprilia, voiture techniquement très évoluée à l'époque[réf. nécessaire].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Prépublication[modifier | modifier le code]

L’histoire fut prépubliée dans le Journal de Tintin du 16 septembre 1948 au 23 février 1950, avec une interruption du 28 juillet au 27 octobre 1949, en raison de la dépression d’Hergé. L'annonce de la reprise de la série fut faite par la couverture du no 43 (édition belge) du 27 octobre 1949 où on voit Hergé menotté et encadré par les Dupondt, mais ce n'est qu'au no 44 que recommence l'histoire.

Série animée[modifier | modifier le code]

Cet album fut adapté dans la série animée de 1992.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir http://kalender-365.de/calendrier.php?yy=1938
  2. Benoît Peeters, Le monde d'Hergé, Tournai, Casterman,‎ décembre 1984, 2e éd. (1re éd. 1983), 320 p. (ISBN 2-203-23124-6)
  3. Greg y fera un clin d’œil dans son album d’Achille Talon L’appeau d’Éphèse.
  4. Franck Tétart, « Hergé et les dangers de la science », Sciences & Vie, Paris « Édition spéciale », no 14H « Tintin chez les savants, Hergé entre science et fiction »,‎ mars 2002, p. 86-92
  5. Charles de Granrut, « Hergé, un mordu des avions », Sciences & Vie, Paris « Édition spéciale », no 14H « Tintin chez les savants, Hergé entre science et fiction »,‎ mars 2002, p. 72-83
  6. a et b « Les voitures légendaires de Tintin », Sciences & Vie, Paris « Édition spéciale », no 14H « Tintin chez les savants, Hergé entre science et fiction »,‎ mars 2002, p. 26-27 (double poster)