Philippe-Joseph Salazar

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Le philosophe et rhétoricien Philippe-Joseph Salazar

Philippe-Joseph Salazar, né le , est un rhétoricien et philosophe français, ancien «directeur de programme »(séminaire Rhétorique et Démocratie) au Collège international de philosophie (1998-2004)[1]. Ses travaux, issus de l’école française de rhétorique fondée par Marc Fumaroli, sont considérés comme une importante contribution au rhetorical turn dans les sciences humaines (Blackwell International Encyclopedia of Communication)[2]. Il tient la « Chronique du rhéteur cosmopolite » sur Les Influences[3]. Lauréat en 2008 du prix annuel de la fondation Harry Oppenheimer Memorial Trust [4].

Biographie et œuvre[modifier | modifier le code]

Études secondaires au lycée Lyautey (Casablanca) et au lycée Théophile-Gautier (Tarbes). Hypokhâgne au lycée Pierre-de-Fermat (Toulouse, enseignement de Louis Jugnet). Khâgne au lycée Louis-le-Grand (Paris) où il est l’élève d’Hubert Grenier et suit les cours d’André Pessel sur Descartes. Intègre Normale Sup en 1975, où il assiste au séminaire de Jacques Derrida.

Dès 1974, il rejoint le séminaire fermé de Roland Barthes (mémoire sur Le corps lyrique : éléments de sémiologie de l’opéra, 1979) ; travaux de second cycle en Sorbonne, en science politique sous la direction de Maurice Duverger (mémoire de DEA sur Jérôme Savonarole publié en 1978, « Savanarola : une dictature de la voix », Cahiers internationaux de sociologie, 64) et, en philosophie, sous celle d’Emmanuel Levinas (1977). Georges Dumézil, qui travaille alors à son Apollon sonore[5] et qui reçoit chez lui un groupe choisi de normaliens, dont Hubert Laizé, le futur spécialiste de la Poétique d’Aristote et de l’Iliade, lui conseille de faire de la voix un objet d’étude [6].

Critique d’opéra (sémiotique) à l’Avant-Scène Opéra (collaborations avec l’analyste et critique de cinéma Anna Guédy), à Lyrica et Opéra International (1976-1984). Se lie d’amitié avec l’écrivain et psychanalyste Michel Orcel et publie, sur la voix, dans les revues Avalanche et L’Alphée créées par ce dernier (1978-1981). Il collabore à cette époque aux revues libérales Contrepoint (avec Michel Maffesoli, Alain-Gérard Slama) et Commentaire.

Rencontre, en 1977, Georges Balandier qui publie son essai sur Savonarole, lui commande son premier livre, Idéologies de l’opéra (1980) et l’oriente vers l’anthropologie des représentations politiques et vers l’Afrique, avec l’aval de Louis Althusser, son caïman de philosophie à la Rue d’Ulm. Travail anthropologique de terrain en Afrique du Sud (1978-1981, 1983) qui prend la forme d’une thèse de doctorat en anthropologie sociale et culturelle, dirigée par Georges Balandier puis par Michel Maffesoli : mise sous embargo par la police de sécurité sud-africaine, soutenue en 1983, elle sera publiée en 1989 sous le titre de L’Intrigue raciale. Essai de critique anthropologique, avec une préface de Louis-Vincent Thomas. Il engage une réflexion sur le rhetorical turn, les rapports entre la rhétorique et les sciences humaines (« Ut Rhetorica Sociologia, essai sur une naissance des sciences sociales », Cahiers de l'imaginaire, la revue fondée par Gilbert Durand, 1989 ; « Formes de la voix », Sociétés, 1987 ; et « The Rhetoric of French Positivism », Current Sociology, 1993).

Marc Fumaroli lui propose en 1981 d’approfondir les sources orales du classicisme rhétorique (sous la direction de celui-ci, thèse de doctorat d’État, soutenue en 1992 et publiée en 1995 sous le titre : Le Culte de la voix au XVIIe siècle. Formes esthétiques de la parole à l’âge de l’imprimé). Il organise, en septembre 1993, le colloque de Cerisy consacré à l'œuvre de Marc Fumaroli. Il rejoint à cette époque (1981) le Cartel de rédaction de Spirales, Journal International de Culture, la revue d'avant-garde en psychonalyse lacanienne d'Armando Verdiglione (it) dont il traduit La Frontière n'est pas la Limite, discours d'ouverture de l’International Congress of Psychoanalysis (New York, mai 1981) « Sexe et Langage » organisé par l’International Freudian Movement-Movimento Internazionale Freudiano[7] (aussi, ses entretiens avec Elizabeth Franzheim, Augustin Berque, William Styron et la romancière Dominique Rolin).

Entame un travail transversal, dans l'esprit du Collège international de philosophie, sur la rhétorique comme une sceptique du politique. Ce travail est initialement centré sur la culture politique classique : édition du Projet d'éloquence royale d'Amyot (1992) et des Mémoires de Pierre-Daniel Huet (1993), traduction du traité (fortement influencé par la rhétorique) de l'Académie royale de peinture et de sculpture, le De arte graphica de Charles Dufresnoy (1991); en philosophie, deux ouvrages consacrés au maître du scepticisme La Mothe Le Vayer (La Divine Sceptique. Éthique et Rhétorique (2000) et une édition de De la Patrie et des étrangers (2003), saluée par Michel Onfray et commentée dans Libération (Éric Loret, La Mothe piquant, 4 mars 2004). Ses travaux s'ouvrent sur d'autres marges rhétoriques: en 2005, publication des cours du Collège de France d'Adam Mickiewicz sur Les Slaves et d'un Mahomet, objet d'un entretien avec Abdelwahab Meddeb[8].

Élu doyen de la Faculté des lettres de l'université du Cap (Afrique du Sud) au moment de l'accession du pays à la démocratie (1994), il fonde, suite à l’abolition de l’apartheid, le Centre for Rhetoric Studies (1994) à l’université du Cap, s'engage activement dans des activités de conseil (auprès du nouveau Parlement sud-africain) et de recherche; il crée l'Association for Rhetoric and Communication in Southern Africa, affiliée à la FILLM-UNESCO et à la National Communication Association des États-Unis, et il établit un réseau scientifique international de rhétoriciens[9]. Il forme les premiers magisters et doctorants en rhetoric studies sur le continent africain[10]. Dès 1994, il s'engage avec la philosophe Barbara Cassin dans une collaboration soutenue sur la rhétorique et le politique[11].

En 1998, il est élu au Collège international de philosophie en tant que directeur du programme en Rhétorique et démocratie[12]. Pierre Berès lui demande d'écrire Afrique du Sud. La révolution fraternelle, prolégomènes d'un travail de réflexion sur la réconciliation et ses régimes rhétoriques, approfondi dans An African Athens. Rhetoric and the Shaping of Democracy in South Africa (2002) et mené à terme dans Amnistier l’Apartheid (2004)] (éditorial du Monde 2 par Edwy Plenel, « Ubuntu, ce mot d'humanité », 30 décembre 2004). Se rejoignent dans ces travaux la rhétorique classique[13], l'anthropologie de la parole (collaboration avec Marcel Detienne)[14] et l'analyse politique pragmatique (cours sur France Culture), locale et globale[15], le leadership (profile dans Le Nouvel Economiste), un travail d'intersection dont il présente une formalisation dans Perspectiva retórica de la Antropología (2006)[16]. "Philosophe atypique", selon Emmanuel Lemieux (Le Pouvoir intellectuel, 2003) il plaide pour une "réappropriation des moyens de production de la parole politique" [4] (à propos de L'Hyperpolitique) [17]. Marcela Iacub, à propos de son dernier livre, Paroles de leaders, comment décrypter le discours des puissants, entame une polémique sur son "conservatisme républicain" qui est en réalité un scepticisme radical et critique sur les effets de puissance de la rhétorique[18]. La revue Atlantico reprend deux textes fondationnels sur la présidence rhétorique et les déclarations de guerre[19]. Il participe au réseau Transeuropeennes. Fondateur et coprésident du Macmillan Club, un club de rèflexion du parti conservateur britannique.

L’université du Cap le nomme Life Fellow en 1995 et Distinguished Professor of Rhetoric en 2004. Depuis Le Cap, il conseille en Eloquent Leadership et dirige des projets internationaux en rhétorique[20]. La Fondation nationale de la recherche d'Afrique du Sud lui accorde en 2007 sa plus haute distinction d'excellence (A1). Il a été ou est conférencier invité en Russie (dans le cadre de la chaire UNESCO de philosophie de la paix), Pologne, Suède, Hongrie, Slovénie, Italie, au Royaume-Uni, au Maroc, au Canada, aux États-Unis et Argentine[21](Rétor). En 2010 il donne la prestigieuse Kenneth Burke Lecture en Rhétorique à l'université Penn State[5] et au prestigieux Colegio Nacional de Buenos Aires (2013)[22].

Il fonde en 2006 la collection Pouvoirs de Persuasion, chez Klincksieck. Il siège aux comités de rédaction des influentes revues de rhétorique Quarterly Journal of Speech et Philosophy and Rhetoric, rédacteur en chef de l'Open Communication Journall[23] et directeur des éditions AfricaRhetoric Publishing[6].

Publications[modifier | modifier le code]

Monographies, direction d’ouvrages collectifs, éditions savantes[modifier | modifier le code]

Direction de numéros de revues scientifiques[modifier | modifier le code]

  • "Surveillance/Rhetorique", African Yearbook of Rhetoric, 3 (1), 2012.
  • "Trente années de recherches rhétoriques", Dix-Septième Siècle, LIX (3), no. 236, 2007, 421-426. (ISBN 978-2-13-056096-8).
  • "The Rhetorical Shape of International Conflicts", Javnost-The Public, 12 (4), 2005. (ISSN 1318-3222) Online (ISSN 1854-8377).
  • "Vérité, réconciliation, réparation", avec Barbara Cassin et Olivier Cayla, Le Genre Humain, 43, 2004, 365 p. (ISBN 2-02-062886-4).
  • "Truth in Politics", avec Sanya Osha et Wim van Binsbergen, Quest. An African Journal of Philosophy/Une Revue Africaine de Philosophie, XVI (1-2), 2004, 274 p. (ISSN 1011-226X).
  • "Democratic Rhetoric and The Duty of Deliberation", Javnost-The Public, 8(3), 2001, 78 p. (ISSN 1318-3222). Online (ISSN 1854-8377).
  • "Institution de la parole en Afrique du Sud", Rue Descartes, 17, 1997, 178 p. (ISBN 2-13-048336-4).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.ciph.org/direction.php?rub=directeurs
  2. http://www.blackwellreference.com/public/tocnode?id=g9781405131995_yr2012_chunk_g978140513199523_ss39-1
  3. « Le Rhéteur cosmopolite » sur www.lesinfluences.fr
  4. The Mail & Guardian, May 25, 2009, Education Section
  5. Dumézil, Apollon sonore et autres essais, Paris, Gallimard, 1982
  6. Salazar, Le Culte de la voix au XVIIe siècle. Formes esthétiques de la parole à l’âge de l’imprimé, dédicace et introduction, Paris, Honoré Champion, 1995
  7. www.fondazioneverdiglione.org
  8. radiofrance.fr
  9. [PDF] Democratic Rhetoric and the Duty of Deliberation Javnost-The Public, 8 (3), 2001.
  10. [PDF] Truth in Politics, Quest. An African Journal of Philosophy, 2002
  11. *[PDF] Vérité, réconciliation, réparation, Le Genre Humain, 43, 2004
  12. [PDF] (1998-2004)ciph.org Papiers du Collège international de philosophie 56
  13. Entretien avec l'écrivain Alain Veinstein, sur France-Culture, 2004 [1] et avec Antoine Perraud [2]
  14. “Afrique du Sud. Eloges démocratiques', dans Marcel Detienne (dir.), Qui veut prendre la parole ?, Le Genre Humain, 40-41, 2003.
  15. [PDF] Rhetorical shape of international conflicts Javnost-The Public, 12 (4), 2004
  16. [PDF][3], Revista de antropologiá social, 15, 43-61, 2006
  17. France Inter, revue de presse, 27/1/2010 http://sites.radiofrance.fr/franceinter/pod/#r
  18. http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/08/18/petit-eloge-de-la-manipulation_1560762_3260.html
  19. http://www.atlantico.fr/decryptage/afghanistan-guerre-militaires-morts-168963.html
  20. rhetoricafrica.org
  21. “Retórica, derecho y política. Acerca de algunos retoremas franceses”, Rétor No 1(2), 2011, 215-229.
  22. La Retoricidad de la política
  23. Publié par Bentham Science