Escadron de la mort

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Un escadron de la mort est le nom couramment donné à un groupe armé qui organise, généralement en secret, des exécutions sommaires ou des enlèvements d'activistes, de dissidents, d'opposants politiques ou économiques ou toute personne perçue comme interférant avec un ordre social ou politique établi. Les escadrons de la mort sont souvent associés, d'une manière ou d'une autre, aux méthodes de répression orchestrées par les dictatures ou les régimes totalitaires. Ils mettent en œuvre une politique de terrorisme d'État décidée par ou avec l'accord tacite des plus hauts échelons du pouvoir. Les escadrons de la mort peuvent être une police secrète, un groupe paramilitaire ou une unité spéciale d'un gouvernement où ont été détachés des membres de la police ou de l'armée.

On distingue en général, les escadrons de la mort des terroristes dans le fait que leur violence est utilisée pour maintenir un statu quo plutôt que pour rompre avec l'ordre social existant.

Historiquement[modifier | modifier le code]

Bien que le terme d'« escadron de la mort » ne fut popularisé qu'avec l'émergence de ces groupes en Amérique centrale et du Sud pendant les années 1970 et années 1980, l'existence de ces escadrons est attestée en bien d'autres lieux et époques : ainsi, après la guerre de Sécession américaine, certains groupes affiliés au Ku Klux Klan eurent des activités apparentées à celles d'escadrons de la mort envers les Noirs des États du Sud. Après la chute du Kaiser allemand, des escadrons d'anciens combattants, les Freikorps, furent également utilisés dans les années 1920 pour mater les révoltes communistes. Dans l'Italie dès 1919 les anciens combattants de la droite nationaliste se regroupèrent dans des Squadre et menèrent une lutte armée (qui passa progressivement de la simple rixe à la bataille rangée) contre la gauche qui entretenait des troubles sociaux (grèves, occupations de terre et d'usine...). Cependant à la différence des escadrons de la mort latino-américains les squadre italiennes étaient des créations spontanées qui n'entretenaient aucun lien de subordination avec les pouvoirs publics.

C'est cependant au cours des années 1930 que l'utilisation des escadrons de la mort au service de la répression prend vraiment de l'ampleur. Le gouvernement soviétique de Joseph Staline met en place des unités spéciales du NKVD pour traquer et éliminer les opposants politiques durant les Grandes Purges. Nombreux seront les simples passants raflés et exécutés pour avoir été au mauvais endroit au mauvais moment.

Adolf Hitler fait à la même époque un usage tout aussi massif des escadrons de la mort, commençant lors de la Nuit des Longs Couteaux et culminant lors de l'invasion de l'Union soviétique en 1941. Suivant la progression de la Wehrmacht, quatre unités spécialisées, les Einsatzgruppen A à D s'occupaient d'éliminer juifs, communistes, partisans et autres « indésirables » dans les zones occupées de l'Est. Entre 1941 et 1944, le nombre de victimes de ces Einsatzgruppen a été estimé à près de 1,2 million de personnes.

Toujours pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Armée impériale japonaise utilise également des escadrons de la mort pour terroriser et soumettre les populations des territoires nouvellement conquis.

Amérique latine[modifier | modifier le code]

Les escadrons de la mort étaient relativement courants en Amérique du Sud depuis les années 1970 et jusqu'au début des années 1990. Dans le cadre des dictatures militaires du Cône Sud, ils étaient notamment chargés de la mise en œuvre du plan Condor. Celui-ci se fondait au moins en partie sur le résultat du développement de méthodes de guerre contre-révolutionnaire par l'armée française après les guerres d'Indochine et d'Algérie. Elle avait en effet pu expérimenter de nouvelles formes de guerre contre-subversive : torture, quadrillage du pays, etc. Pendant et après la guerre d'Algérie, des généraux français seront donc envoyés en Amérique du Sud (basés à Buenos Aires, ils y resteront jusqu'à la chute de la junte du Général Jorge Rafael Videla) ainsi qu'à l'École militaire des Amériques pour y enseigner leurs méthodes contre-insurrectionnelles. Un documentaire Les escadrons de la mort, l'école française, de Marie-Monique Robin, décrit précisément les enseignements français auprès des armées sud-américaines dans la région. D'autres escadrons de la mort contre-insurrectionnels étaient également actifs en Amérique centrale pendant les différentes guerres civiles qui ont embrasé la région, telles les Forces punitives de gauche financées par le régime sandiniste et censées conserver les acquis de la révolution[1].

Des escadrons de la mort sont ou ont encore été récemment actifs au Brésil, en Colombie, au Venezuela et au Salvador[2],[3],[4],[5]. Souvent constitués de policiers ou anciens agents des forces de l'ordre, ils agissent dans les zones les plus pauvres de ces pays.

Israël[modifier | modifier le code]

Suite à la prise d'otage des Jeux olympiques de Munich en 1972, les gouvernements israéliens successifs organisèrent des campagnes d'exécutions sommaires de leaders ou de représentants du mouvement palestinien, ayant ou non participé directement ou indirectement à des actes violents. La première et la plus connue de ces campagnes est l'Opération Colère de Dieu, reprise en 2005 dans le film Munich, de Steven Spielberg.

Côte d'Ivoire[modifier | modifier le code]

En , Balla Keita, ancien ministre de l'enseignement sous Félix Houphouët-Boigny et opposant à Laurent Gbagbo, est retrouvé assassiné à Ouagadougou. Le général Robert Guéï, sept membres de sa famille et sa garde rapprochée, ainsi que le comédien Camara Yéréféré sont également retrouvés assassinés au même moment[6]. Le , le quotidien français Le Monde évoque l'existence d'escadrons de la mort, et cite des noms d'hommes supposément impliqués tels que Anselme Séka Yapo, alors aide de camp de Simone Gbagbo, ou encore Patrice Bahi, proche de Laurent Gbagbo[6].

En 2003, lors du 22e sommet France-Afrique le président Jacques Chirac déclare que les escadrons de la mort « sont une réalité ». Le , Philippe Bolopion, correspondant de RFI aux Nations unies, fait part d'un rapport secret rédigé par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme : celui-ci impliquerait les plus hautes personnalités de l'État ivoirien dans la direction des escadrons de la mort. Les noms de Simone Gbagbo, l’épouse du président, et Bertin Kadet, ex-ministre de la Défense et neveu du président, y seraient notamment mentionnés.

À partir de 2006[7], et jusqu'à la fin de la crise ivoirienne de 2010-2011, les unités du centre de commandement des opérations de sécurité procèdent à des actes de violence et à des enlèvements. Considérés comme une milice paramilitaire au service du pouvoir, ces actes leur vaut d'être assimilés aux « escadrons de la mort » par la population[8].

Le , Anselme Séka Yapo a reconnu avoir assassiné Robert Guéï et son épouse Rose Doudou Guéï le [9].

Haïti[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Tonton Macoute.

Uruguay[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Escadrons de la mort (Uruguay).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Jacques Filleul, François Asensi, Michel Meylan, Jean Besson, Alain Cousin et Jacques Guyard, « Assemblée nationale française, Rapport d'information »,‎ 2001 (consulté le 30 aout 2011)
  2. Angus Stickler, « Brazilian police 'execute thousands' »,‎ 2005-11-23 (consulté en 30.08.2011)
  3. (en) Karin Goodwin, « Amnesty demands crackdown on police death squads in Brazil », The Independent, London,‎ 03.12.2005 (lire en ligne)
  4. Rangel, Alfredo (editor); William Ramírez Tobón, Juan Carlos Garzón, Stathis Kalyvas, Ana Arjona, Fidel Cuéllar Boada, Fernando Cubides Cipagauta (2005). El Poder Paramilitar. Bogotá: Editorial Planeta Colombiana S.A., 26.
  5. Raúl Gutiérrez, « El Salvador Death Squads Still Operating »,‎ 4 septembre 2007 (consulté le 30 aout 2011)
  6. a et b Cheikh Yérim Seck, « Qui est derrière les escadrons de la mort? », sur Jeune Afrique,‎ 2 mars 2003 (consulté le 4 février 2014)
  7. Transport : face aux exactions du CeCOS, les transporteurs menacent de garer les véhicules le 30 octobre - Article du Patriote sur allAfrica.com. Consulté le 31 janvier 2013.
  8. « Quelques minutes plus tard, un camion des Cecos [Centre de commandement des opérations de sécurité, rebaptisé «les escadrons de la mort» par certains Ivoiriens, ndlr] est arrivé sur les lieux. J'ai entendu le jeune de la Fesci qui disait: "C'était un manifestant, un rebelle". Entendant cela, un policier de la Cecos est descendu de son véhicule et il a tiré quatre fois sur le jeune à la tête avec un long fusil. » - Témoignage recueilli par Human Rights Watch et transcrit dans un article de Slate Afrique. Consulté le 31 janvier 2013.
  9. Le Commandant Séka Séka avoue avoir tué Robert Gueï et son épouse - Burkina24 sur Abidjan.net. Consulté le 16 janvier 2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]