Engin explosif improvisé

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Diverses munitions transformées en EEI et découvertes par la police de Bagdad en novembre 2005.

Les engins explosifs improvisés (EEI) ou engins explosifs de circonstance[1],[2] (EEC) (en anglais, Improvised Explosive Device : IED) sont principalement employés lors de conflits asymétriques par les forces terroristes, de guérilla ou par des commandos.

Ce type d'armes existe depuis l'invention de la poudre à canon. Depuis l'intervention américaine de 2003 en Irak, les médias mentionnent souvent ce type d'armes, également connues sous le nom de pièges explosifs, de mines ou de bombes artisanales.

Généralités[modifier | modifier le code]

Véhicule piégé désamorcé en Irak. La charge est composée d'obus d'artillerie et de bidons de carburant.

Un EEI est un engin positionné ou fabriqué de manière improvisée et incorporant des composants chimiques explosifs, incendiaires ou toxiques. Il est conçu pour détruire, handicaper, ralentir ou distraire. Il peut incorporer des éléments provenant d'arsenaux militaires (par exemple une grenade), mais le plus souvent il est composé d'un assemblage de pièces non militaires.

L'EEI consiste typiquement en une charge explosive, une charge d'amorçage, un détonateur et un système soit mécanique, soit électronique de mise à feu. Il existe de nombreux types d'engins explosifs improvisés, souvent assemblés à partir d'éléments hétéroclites.

La plupart du temps, les EEI sont de conception rudimentaire et n'explosent pas au moment voulu, ou pas du tout. Toutefois, certains groupes sont connus pour avoir produit des engins sophistiqués à partir de munitions militaires (souvent des obus d'artillerie) et d'éléments disponibles dans le commerce, tels que des téléphones mobiles pour les systèmes de mise à feu... Le degré de sophistication dépend de l'ingéniosité du constructeur, des outils et matériaux disponibles.

Ce type d'EEI sophistiqué est principalement porteur d'explosifs brisants. Il existe cependant la menace que de tels engins soient combinés avec des éléments toxiques chimiques, biologiques, ou radioactifs (voir bombe radiologique) qui augmenteraient grandement leur puissance destructrice et leur effet psychologique.

Les EEI sont parfois camouflés en objets d'apparence innocente et aussi placés à bord de véhicules tels que voitures, camions et bateaux pour perpétrer attentats-suicides et assassinats.

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

Les principes de base du déclenchement d'un engin explosif improvisé sont l'un ou la combinaison des trois suivants :

Déclenchement piégé[modifier | modifier le code]

L'engin explose par la manipulation, le contact ou la proximité d'un individu ou d'un véhicule. Un mécanisme caché fait exploser la charge ; plusieurs forces peuvent intervenir dans ce mécanisme de mise à feu, par exemple : tirer, pousser, relâcher la pression, tendre. Certains engins piégés font aussi intervenir les forces électromagnétiques dans leur déclenchement (exemple : l'engin explose lorsqu'un objet métallique se trouve à proximité).

Déclenchement à retardement[modifier | modifier le code]

L'engin explose après une durée déterminée fixée par une horloge mécanique ou électronique, voire une réaction chimique.

Déclenchement contrôlé[modifier | modifier le code]

L'engin explose sous l'action d'un opérateur, celui-ci pouvant se trouver soit en contact direct avec l'engin (exemple : ceinture explosive), soit à distance. Dans le second cas l'engin est télécommandé le plus souvent par fil, radio (exemple : téléphone mobile), ou infrarouge.

Détection et désarmement d'un EEI[modifier | modifier le code]

Un démineur de l'USMC se préparant à faire détoner un EEI enterré, à l'aide d'un robot de déminage.

Comme il s'agit d'engins non conventionnels, il n'existe aucune procédure précise pour les désamorcer, les démineurs préfèrent donc souvent les détruire lorsqu'ils ne se trouvent pas en zone urbaine peuplée. De plus, la possible présence d'éléments toxiques ou radioactifs requiert des précautions particulières.

Emploi dans les conflits[modifier | modifier le code]

Afghanistan[modifier | modifier le code]

En 2008, 3 276 bombes artisanales ont été découvertes, que ce soit avant ou non leur explosion, soit une hausse de 45 % par rapport à 2007. Le nombre des militaires étrangers engagés dans la guerre d'Afghanistan tués par ces engins passant de 75 à 161. Il est estimé que 722 soldats ont été blessés par des EEI.

En 2009, ces engins ont tué 1 054 civils afghans et 275 des 520 soldats de la coalition ayant trouvé la mort en Afghanistan[3]. Il est estimé qu’environ 5 % des militaires étrangers déployés en Afghanistan entre 2009 et 2011 ont été exposés à la déflagration d’un IED[4].

Irak[modifier | modifier le code]

Une étude française[5] montre qu'en Irak, de mars 2003 à novembre 2006, sur 3 070 morts de la coalition militaire en Irak, 1 257 ont été causés par des EEI, soit 41 %. C’est-à-dire plus que dans les combats « classiques » (1 027 tués, soit 34 %). Partant de ce constat, des véhicules spécialement étudiés pour résister aux IED ont commencé à équiper les forces armées dans plusieurs pays. Ces véhicules MRAP ont un châssis inférieur en V qui permet d'évacuer l'onde de choc produite par l'explosion et de protéger l'équipage.

En 2006, on comptait 24 302 bombes artisanales contre 8 999 en 2008[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. EEC/IED : Une menace mortelle pour nos soldats, Maison du Combattant et du Citoyen de Combs-la-Ville
  2. Termes uniformisés par l'OTAN et l'OACI, TERMIUM Plus
  3. (fr) Réorienter le renseignement en Afghanistan, Général Michel Masson, 21 janvier 2010, Centre français de recherche sur le renseignement
  4. « Les blessures invisibles causées par les engins explosifs improvisés », sur Zone Militaire,‎ 18 mai 2012 (consulté le 21 mai 2005)
  5. Jean-Pierre Steinhofer : « Irak : les pertes de la Coalition par EEI », le Casoar janvier 2007.
  6. (fr) « Plus de moyens contre les bombes artisanales en Afghanistan », sur http://www.opex360.com,‎ 3 septembre 2009 (consulté le 8 septembre 2009)