Édouard Schuré

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Édouard Schuré

Philippe Frédéric « Édouard » Schuré (né le 21 janvier 1841 à Strasbourg, et mort le 7 avril 1929 à Paris) est un écrivain, philosophe et musicologue français, auteur de romans, de pièces de théâtre, d'écrits historiques, poétiques, et philosophiques. Il est surtout mondialement connu pour son ouvrage Les Grands Initiés, dont le succès ne s'est jamais démenti et qui est constamment réédité dans de nombreuses langues.

Marguerite Albana, le grand amour de sa vie, le décrit ainsi :

« Il est blond, grand et beau. Ses traits sont menus et mobiles. Son front est large et blanc; le galbe de son visage est délicat et charmant. Ses yeux brillent d'une lumière chaude. Le corps est souple et fort comme celui d'une panthère dont il a parfois le mouvement onduleux. Tour à tour indolent et fougueux, doux et violent, il a la colère léonine, et le regard serein d'un ange d'amour dans ses moments d'inspiration. Toujours à l'affût des impressions, dévoré par sa passion de vivre, assoiffé d'émotions, il se laisse parfois entraîner par le délire des sens. C'est alors l'incarnation du jeune Bacchus, c'est Dionysos qui brûle en lui de toutes ses flammes et de tous ses délires. Ces états sont suivis, en lui de longs et cruels désespoirs ».

C'est ainsi un être idéaliste, romantique, passionné, qui passe par des phases d'exaltation suivies de phases de dépression.

Il dira de lui-même, comme le souligne G. Jeanclaude dans son ouvrage sur Schuré :

« Trois grandes personnalités ont agi d'une manière souveraine sur ma vie : Richard Wagner, Marguerite Albana et Rudolf Steiner. Si je pouvais sonder le mystère de ces trois personnalités et en faire la synthèse, j'aurais résolu le problème de ma vie. » (Journal, 1910).

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse (1841-1865)[modifier | modifier le code]

Plaque sur sa maison natale à Strasbourg

1841. Il naît le 21 janvier à Strasbourg, d'une famille protestante, dans la maison n°25 "derrière Saint-Nicolas.

Il est l'unique fils Jean Frédéric Schuré (1810-1855), docteur en médecine et de Sophie Pauline Bloechel (1816-1845); leur fille aînée Pauline Adèle étant décédée d'un pneumonie à l'âge de 5 mois.

Les familles paternelles et maternelles d'Edouard Schuré sont liées depuis longtemps; son grand-père paternel était le parrain de son grand-père maternel[1].

Sa mère meurt d'une péritonite en 1845, elle avait 29 ans et son fils 4. Le père d'Edouard Schuré meurt lui d'une pleurésie en 1855 à l'âge de 45 ans alors qu'Edouard en avait 14. Il vit ensuite chez son professeur d'histoire au Gymnase Jean Sturm jusque l'âge de 20 ans.

Après son baccalauréat, Édouard Schuré s'inscrit à la Faculté de Droit pour faire plaisir à son grand-père maternel qui en est le doyen ; mais cette discipline l'ennuie considérablement. Il passe la plupart de ses après-midis à la Faculté de Lettres où il sympathise avec de jeunes étudiants et artistes épris comme lui de littérature et d'art. Parmi eux, son ami musicien Victor Nessler, dont il épousera la sœur Mathilde, et l’historien Rodolphe Reuss.

Tout en terminant ses études de droit, il décide de se vouer à la poésie.

1860. À la mort de son grand-père maternel le 23 mai et de sa grand-mère le 17 novembre, il hérite suffisamment pour vivre de ses possessions et rentes et aller où bon lui semble. Il abandonne bien vite le droit.

1861. Il obtient cependant sa licence en droit. Il étudie les philosophes avec grand intérêt, notamment Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, Schelling, Fichte, Schopenhauer. Intuitivement, il est attiré par les mystères antiques et lit avec passion La Symbolique de Creuzer, un livre qui contient une description détaillée des Mystères d'Eleusis, et qui fait sur lui une grande impression.

1864. Il part voyager en Allemagne pour rassembler la documentation nécessaire à une Histoire du Lied qu'il avait déjà entreprise sous la direction d'un de ses professeurs du Gymnase, Albert Grün, un réfugié politique allemand, qui l'a initié à la littérature allemande et à la philosophie de Hegel. Alsacien, Édouard Schuré possède une double culture, ce qui lui donne un esprit ouvert, voire universel, qui s'élargira encore à la suite de sa rencontre avec Marguerite Albana.

La période Wagner (1865-1876)[modifier | modifier le code]

1865. Le 10 juin, il assiste à la première représentation de Tristan et Isolde de Wagner, à l'opéra de Münich, et fait la connaissance du compositeur. Ce dernier, âgé de 52 ans, invite le jeune poète. Ils se revoient plusieurs fois par la suite et une correspondance amicale s'établit entre eux. Schuré est profondément marqué par l'œuvre de Wagner.

1866.

  • Schuré, encore à Berlin, fréquente assidûment les salons littéraires, qui le passionnent.
  • 18 octobre. Il épouse Mathilde Nessler (1836-1922)[2], et le couple s'établit à Paris. Schuré y publie son Histoire du Lied, ce qui l'introduit dans les milieux littéraires. Il est reçu dans les salons de la Comtesse d'Agoult, et y fait la connaissance de nombreuses personnalités, notamment Ernest Renan, Jules Michelet, Hippolyte Taine, Jules Ferry.

1869. Schuré publie un article sur Wagner dans la Revue des Deux Mondes, événement fondateur du wagnérisme en France.

1870. La guerre franco-allemande n'interrompt pas leurs relations, malgré la virulence anti-française de Wagner. Par ses articles et ses conférences, Schuré tente cependant d'initier les Français à cette musique dont la portée est si profondément universelle.

1875. Édouard Schuré publie Histoire du Drame musical où il analyse chaque drame wagnérien. Il reçoit une chaleureuse approbation de Wagner.

1876. Il rencontre Wagner pour la dernière fois à Bayreuth, lors du premier festival ; par la suite il ne répondra plus aux invitations du Maître à venir lui rendre visite. Schuré admire l'œuvre grandiose de Wagner et son caractère universel, mais supporte de moins en moins les attaques de Wagner contre la France, son nationalisme outrancier, son chauvinisme prussien. Il écrit dans une lettre:

« Wagner, qui avec son génie colossal a tous les défauts des Allemands au centuple degré, plus les siens qui sont légion, Wagner qui est insolent comme un manant, vindicatif comme une harpie et méchant comme un démon, avait déjà tout fait pour se rendre impossible en France. »

La passion que Wagner suscita chez Schuré est très révélatrice de son âme.

Par la suite, Schuré s'intéressa passionnément au Celtisme, à propos duquel il écrira plusieurs ouvrages, dont un drame sur Vercingétorix.

La période Marguerite Albana Mignaty (1870-1887)[modifier | modifier le code]

(Léger retour en arrière).

1871. En décembre, il fait la connaissance de Marguerite Albana Mignaty, qui dirige un salon littéraire à Florence, où Édouard Schuré séjourne à l'invitation de Malwida von Meysenbug. Schuré tombe éperdument amoureux de cette Grecque originaire de Corfou ; l'idylle durera pratiquement de 1871 à la mort de Marguerite en septembre 1887. Elle est pour lui la femme inspiratrice par excellence. Le fait d'avoir été privé dans son enfance de tendresse féminine le conduit à attribuer une valeur particulièrement élevée à l'influence de la femme sur la destinée de l'homme, et il fit sien le vieux thème de l'Éternel-Féminin. Il écrit :

« Par une attraction magnétique instantanée le coup de foudre était sur nous ».
Marguerite devait sa séduction à sa grande beauté, à ses origines grecques, à son éducation anglaise, son expérience indienne, notamment dans l'ésotérisme, et à son goût pour l’art et la littérature, ainsi qu'au fait qu'elle pratique de manière courante l'anglais, l'italien et le français. Schuré a écrit environ 9000 lettres, qui se trouvent actuellement aux archives de Strasbourg, dont une grande partie lui sont adressées témoignant de leur grand amour.
Subjugué par cette femme remarquable, intuitive, dominatrice, à la personnalité aussi riche, qu'il la compare d'abord à un sphinx. Cette relation eut une grande importance sur la créativité de Schuré, qui s'en trouva décuplée. Au point que l'on peut dire que sans Marguerite Albana, Édouard Schuré n'aurait pas écrit Les Grands Initiés, livre qu'il dédicace à sa mémoire.

La période Rudolf Steiner (1900-1929)[modifier | modifier le code]

1900. Les Enfants de Lucifer, publié avec La Sœur gardienne, attire l'attention de Mademoiselle Marie de Sivers, une théosophe qui, sans connaître Schuré, propose de traduire cette œuvre en allemand. Une correspondance entre eux commence, et par son intermédiaire il fait la connaissance de Rudolf Steiner. Steiner et Marie de Sivers organiseront ultérieurement une représentation de cette pièce.

1906. Rudolf Steiner, qui est alors secrétaire général de la section allemande de la Société théosophique, vient à Paris pour donner un cycle de 18 exposés ésotériques. Il prend des notes très complètes qu'il publie à la Librairie Académique Perrin, précédées d'une importante introduction. Les cours notés par Schuré sont aussi publiés dans la revue anthroposophique La Science Spirituelle sous le titre Esquisse d'une Cosmogonie psychologique et rassemblées ultérieurement dans un livre L'ésotérisme chrétien.

1907.

  • Il devient membre de la Société théosophique.
  • Septembre. Il invite Steiner et Marie de Sivers pour un séjour chez lui à Barr. Il questionne inlassablement Steiner sur toutes sortes de sujets. À sa demande, Steiner rédige une courte esquisse autobiographique, connue sous le nom de Document de Barr.
  • Schuré accepte que son drame Les Mystères d'Eleusis soit joué au Congrès théosophique de Munich.

1909. Les Enfants de Lucifer sont joués à Munich à plusieurs reprises. Jusqu'en 1914, Schuré retournera chaque été à Munich, où il retrouvait joie et confiance et inspiration au contact de Steiner, puis rentrait à Barr plein d'enthousiasme et plein de projets.

1913. Il démissionne de la Société théosophique, soutenant le point de vue de Steiner au sujet du rôle universel du Christ et l'impossibilité d'une nouvelle incarnation de ce dernier en la personne d'Alcyone, comme le soutenaient Annie Besant et Leadbeater.

1914. La guerre déclarée, s'il admire toujours Steiner, il le considère comme trop entouré d'influences pangermaniques, il démissionne de la Société anthroposophique, malgré sa profonde affection et sa vénération pour lui. Ce qu'il considère comme un acte tragique, mais nécessaire. La rupture avec celui qu'il considère comme son maître spirituel est une souffrance qui ne s'apaisera pas.

1921. Finalement, Schuré se réconcilie avec Steiner aux Semaines françaises au Goetheanum à Dornach.

1929. Il meurt à Paris le 7 avril, quatre ans après Steiner.

Postérité[modifier | modifier le code]

Il laisse derrière lui une œuvre importante mais qui a quelque peu sombré dans l'oubli après sa mort. Il y a toutefois un regain d'intérêt de nos jours. Par contre Les Grands Initiés, œuvre dont il a dit « Je ne laisse qu'une seule œuvre : Les Grands Initiés. Les autres sont des essais, des tentatives d'écolier », ont constamment été réédités et furent et sont encore un succès mondial.

Certaines de ses œuvres ont été rééditées depuis les années 1980, notamment :

  • aux Éditions du Rocher, L'Évolution divine, du Sphinx au Christ et La Prêtresse d'Isis, en 1981 ;
  • aux Éditions Novalis, Le Drame sacré d'Eleusis en 1993, Les Enfants de Lucifer en 2005 ;
  • aux Éditions Triades, en 2003, Le Double, L'Ange et la Sphinge, Femmes inspiratrices, La Prêtresse d'Isis et Richard Wagner, sa Vie et son Œuvre.

Une cité scolaire (Collège et Lycée) porte son nom à Barr, où il habitait. Durant la Première Guerre Mondiale, le collège de Barr servait d'hôpital. Édouard Schuré prêta alors son domaine situé dans la vallée pour y héberger les cours.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • 1877. Les chants de la Montagne.
  • 1893. La vie mystique.
  • 1909. L'Âme des temps nouveaux.

Romans[modifier | modifier le code]

  • 1879. Mélidona.
  • 1897. L'ange et la sphinge.
  • 1899. Le Double.
  • 1907. La Prêtresse d'Isis (Légende de Pompéi).

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • 1887. Vercingétorix, drame en cinq actes[3].
  • 1890. Le drame sacré d’Éleusis.
  • 1902. La Roussalka.
  • 1900. Les enfants de Lucifer.
  • 1900. La Sœur gardienne.
  • 1902. L'Ange et la Sphynge.
  • 1905. Léonard de Vinci.
  • 1905. Rêve élusinien à Taormina.
  • 1913. La Druidesse.
  • 1921. Merlin l'enchanteur, légende dramatique.

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • 1928. Le Rêve d'une vie, autobiographie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Strasbourg, N, 1841, 4E482/3, Adeloch p. 33/88, registre n°1. Les témoins sont Philippe Jacques Bloechel, 60 ans, professeur à la Faculté de Droit, et Jean Daniel Ehrmann, 56 ans, négociant.
  2. Soeur de Victor Ernst Nessler. Mariage à Barr (Bas-Rhin) le 16 octobre 1866. Barr, M, 1866, 4E21/20, Adeloch p. 20/24.
  3. Paris, Alphonse Lemerre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alphonse Roux et Robert Veyssié, L'Œuvre d'Édouard Schuré, Librairie Académique Perrin, Paris, 1914
  • Jean Dornis, Un celte d'Alsace, vie et pensée d'Édouard Schuré, Librairie Académique Perrin, 1923
  • Jacques Vincent, Un Salon parisien d'avant-guerre, éditions Jules Tallandier, 1929, ch. IV
  • G. Jeanclaude, Édouard Schuré - Sa vie - Son œuvre, Éd. Fischbacher, Paris, 1968
  • Georgette Jeanclaude, « Philippe Frédéric Édouard Schuré », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 34, p. 3555
  • Alphonse Roux, In memoriam Édouard Schuré, Librairie Académique Perrin, Paris
  • Alain Mercier, Édouard Schuré et le renouveau idéaliste en Europe, Lille 1980

Liens externes[modifier | modifier le code]