Hugues III de Chypre

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Hugues III de Chypre
Titre
Roi de Chypre Armoiries Lusignan Chypre.svg
12671284
Prédécesseur Hugues II de Chypre
Successeur Jean Ier de Chypre
Roi de Jérusalem Armoiries Chypre Jérusalem.svg
12681284
Prédécesseur Conradin
Successeur Charles Ier de Sicile
Biographie
Date de naissance 1235
Lieu de naissance 1284
Père Henri de Poitiers-Antioche
Mère Isabelle de Lusignan
Conjoint Isabelle d'Ibelin
Enfant(s)

Hugues III de Lusignan (12351284) est un roi de Chypre (1267-1284), de Jérusalem (1268-1284), et le fils d'Henri de Poitiers-Antioche et d'Isabelle de Lusignan (ascendance).

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Rien ne le destinait à la royauté à sa naissance. Son père est un cadet de la maison de Poitiers-Antioche et n'est pas destiné à hériter d'Antioche. Sa mère est issue de la maison de Lusignan-Chypre, mais le roi de Chypre est Henri Ier de Lusignan, oncle d'Hugues, et encore assez jeune pour espérer un fils, Hugues II, qui naît en 1252. Mais cet oncle meurt pas plus d'un an après qu'il est devenu père. La régence est assurée par la veuve, Plaisance d'Antioche, qui meurt en 1261, puis Hugues de Poitiers, tandis qu’Isabelle de Lusignan, la mère d'Hugues assure la régence de Jérusalem jusqu’à sa mort en 1264. Si le titre de régent de Chypre implique d'assumer le gouvernement du royaume insulaire, celui de régent de Jérusalem est plus honorifique.


Onfroy IV
de Toron
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Isabelle
(† 1205)
r. Jérusalem
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Amaury II
(† 1205)
r. Chypre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Conrad
de Montferrat

(† 1192)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Henri II
de Champagne

(† 1197)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean de Brienne
(† 1237)
 
Marie
(† 1212)
r. Jérusalem
 
Hugues Ier
(† 1218)
r. Chypre
 
Alix
de Champagne

(1195 † 1246)
 
 
 
Philippe
(1196 † 1250)
x Érard de Brienne
 
Sibylle
x Léon II
r. Arménie
 
Mélisende
x Bohémond IV
pr. Antioche
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Frédéric II
(† 1250)
empereur
 
Isabelle II
(† 1228)
r. Jérusalem
 
Marie
(† 1252)
x Gautier IV de Brienne
 
Isabelle
(† 1264)
x Henri d'Antioche
 
Henri Ier
(† 1253)
r. Chypre
 
Henri de Brienne
(† 1250)
 
Isabelle
(† 1252)
r. Arménie
 
Marie d'Antioche
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Conrad IV
(† 1254)
r.Romains
 
 
 
Hugues
de Brienne

(† 1294)
 
Hugues III
(† 1284)
r. Chypre
 
Hugues II
(† 1267)
r. Chypre
 
descendance
 
rois
d'Arménie
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Conradin
(† 1264)
r. Sicile
 
 
 
descendance
 
rois
de Chypre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 


Descendance de la reine Isabelle de Jérusalem et situation d'Hugues de Brienne compétiteur à la régence de Jérusalem et de Marie d'Antioche, prétendante au trône.

La régence de Chypre et de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Trente deux ans plus tôt, après la croisade de Frédéric II, la noblesse du royaume s'était déchirée entre partisans et ennemis de l'empereur. Les opposants avaient pris le dessus en 1232, mais le roi de Jérusalem était alors Conrad IV de Hohenstaufen, le fils de Frédéric II. Les barons avaient décidé d'assurer une direction collégiale du royaume, tout en maintenant une fiction de la royauté. Pour que les prérogatives royales prévues dans les Assises de Jérusalem soient respectées et en l'absence du roi, ils avaient créé le titre de régent de Jérusalem, qu'ils confiaient à un descendant chypriote de la reine Isabelle de Jérusalem, à la condition qu'il soit adulte.

À la mort d’Isabelle de Lusignan, deux prétendants revendiquent cette régence, d’une part Hugues de Poitiers-Antioche, d’autre part Hugues de Brienne, dont la mère est la sœur aînée d’Isabelle. La Haute-Cour de Jérusalem tranche en faveur d’Hugues de Poitiers, probablement en raison du jeune âge d’Hugues de Brienne, qui n’a que vingt quatre ans[1]. La situation du royaume est difficile, car après le passage de Saint-Louis en Terre Sainte (1248-1254), le royaume sort d’une guerre civile, la guerre de Saint-Sabas (1256-1258). À la tête d'une armée, il débarque à Saint-Jean-d'Acre en octobre 1266, peu après la conquête de la Galilée par Baybars. Il tente une contre attaque, mais une embuscade à Safed l'oblige à battre retraite[2].

Roi de Chypre et de Jérusalem[modifier | modifier le code]

Hugues II meurt le 5 décembre 1267 et Hugues lui succéda sur le trône sous le nom d’Hugues III. Il décide de reprendre le nom de Lusignan. Peu après, le 29 octobre 1268, c’est son cousin Conradin de Hohenstaufen, le roi de Jérusalem en titre qui meurt[3]. Hugues III revendique la succession du royaume de Jérusalem, en tant qu’aîné des descendants de la reine de Jérusalem[4], succession contestée par Marie d’Antioche, en tant que plus proche parente du précédent roi[5]. Hugues est choisi par la Haute Cour, reçoit l’hommage de Geoffroy de Sargines, sénéchal du royaume et représentant de Saint-Louis et est sacré roi de Jérusalem le 24 septembre 1269 dans la cathédrale de Tyr[6].

Bien qu’Hugues III soit choisi par l’assemblée des barons du royaume, ce règne ne s’est pas déroulé sans difficulté. À l’intérieur, cela fait trente cinq ans que les barons du royaume se sont passés de roi. La difficulté est accrue par la fait que la noblesse chypriote ne se sent tenue de rejoindre l'ost royal que pour défendre le royaume de Chypre et ne se considère pas comme obligée de suivre le roi dans le royaume de Jérusalem. À l’extérieur, le sultan mamelouk Baybars a commencé la conquête du royaume depuis cinq ans[7] et aucun roi ou noble d’Europe Occidentale ne souhaite partir en croisade, Saint-Louis excepté.

Dès la fin du mois de mai 1268, après la prise d’Antioche par Baybars, il lui envoie une ambassade pour décider d’une trêve. Des envoyés du sultan se présente à Saint-Jean-d’Acre le 3 juillet et, après des négociations orageuses, la paix est conclue. Mais contrairement à ses prédécesseurs ayyoubides, le sultan ne respecte pas sa parole, et saccage la campagne de Tyr le 23 mai 1269, tente d’assiéger Marqab en décembre 1269 et en janvier 1270, et attaque sans succès le krak des Chevaliers le 28 janvier 1270[8].

Le royaume de Jérusalem se réduisait alors au domaine royal (Saint-Jean-d’Acre et ses environs), au comté de Sidon, tenu par les Templiers et la seigneurie de Tyr tenue par Philippe de Montfort, partisan des Génois alors que les Vénitiens dominent Acre. Désirant oublier les antagonismes entre chrétiens et voulant unifier les Francs, il confirme Philippe dans son fief de Tyr et marie sa sœur au fils de Philippe. Philippe devient le membre le plus éminent du conseil du roi et le remplace quand il doit se rendre à Chypre. Inquiet de cette alliance, Baybars paye deux Ismaéliens qui assassinent Philippe de Montfort le 17 août 1270[9].

Au mois de mai 1271, le sultan mamelouk envoie une escadre de dix-sept navires contre Chypre, mais une fausse manœuvre en fait échouer onze qui tombent aux mains des Chypriotes[10]. Peu après le roi Édouard Ier d’Angleterre débarque à la tête de la neuvième croisade, mais sa venue ne débouche sur aucun résultat concret, si ce n’est la négociation d’une paix à Césarée le 22 mai 1272[11]. La paix à peine revenue, les Francs du royaume de Jérusalem se livrent à nouveau à leurs querelles internes, tandis que les chevaliers chypriotes refusent de servir en Palestine et ne consentent, après négociation, à n'y servir que quatre mois par an, alors que l’état mamelouk se dote d’une armée permanente. Les vassaux recommencent à manifester leur opposition au roi et l’on voit Haymo Létrange, seigneur de Beyrouth, remettre à sa mort son fief et sa veuve sous la protection de Baybars (1273). Hugues réagit en assignant la veuve à résidence à Chypre, mais Baybars, soutenu par les Templiers qui s’opposent à la restauration monarchique, intervient et prend le contrôle de Beyrouth. C’est également la Commune de Saint-Jean-d’Acre qui, ayant profité de l’éloignement des rois Hohenstaufen pour s’administrer de manière autonome, accepte mal la présence du roi dans ses murs. En 1275, Guillaume de Beaujeu est élu maître du Temple et affirme ouvertement son opposition au roi, refusant même de le consulter et d’obtenir son assentiment pour des actes où les Assises l’exigeaient[12].

L’abandon du royaume[modifier | modifier le code]

Lassé, Hugues III quitte Acre en octobre 1276 pour rejoindre Tyr, puis Chypre et écrit une lettre au pape expliquant que l’insubordination des habitants de Sant-Jean-d’Acre et des Ordres militaires rendent impossible le gouvernement du royaume et qu’il y renonce. Les Acrois, se rendant compte du péril qui les guettent viennent supplier Hugues de rester, mais comme les Ordres militaires refusent de faire une telle démarche, Hugues persiste dans sa décision. Il accepte cependant de nommer un bayle pour le royaume, qui est Balian d’Ibelin [13].

Une fois Hugues parti, Guillaume de Beaujeu favorise les ambitions de Charles d’Anjou, qui rachète en janvier 1277 à Marie d’Antioche ses droits sur le royaume de Jérusalem. Charles d’Anjou envoie son représentant Roger de San-Severino pour gouverner le royaume, mais ce dernier ne parvient pas à faire l’unité dans un pays mal remis de la guerre de Saint-Sabas et qui se déchire entre partisans du Chypriote et ceux de l’Angevin. Hugues revient sur sa décision d’abandonner le royaume et débarque à Tyr en 1179, mais n’ayant pas eu le ralliement escompté repart au bout de quatre mois. En 1282, les Vêpres siciliennes mettent fin aux ambitions méditerranéennes de Charles d’Anjou, qui doit rappeler ses troupes de Terre sainte. Hugues en profite pour revenir dans le royaume de Jérusalem au cours de l’été 1283, mais son beau-frère Jean de Montfort meurt le 27 novembre 1283, suivi du frère de ce dernier le 12 février 1284, de Bohémond de Lusignan, fils d’Hugues, le 13 novembre 1283. Hugues III meurt lui-même à Tyr le 26 mars 1284[14].

Bilan[modifier | modifier le code]

Hugues III est un roi qui aurait pu redresser la situation du royaume de Jérusalem, mais qui s’est heurté à l’anarchie féodale, à l’opposition d’une partie de ses sujets et des ordres militaires. Il a malgré tout tenté de réconcilier les différentes factions et d’unifier les forces franques contre les Mamelouks. Lassé par les intrigues et les luttes au bout de huit ans d’effort et de patience, il renonce au royaume de Jérusalem, et ne fera une seconde tentative que sept ans plus tard mais meurt juste après. Sept ans après sa mort, la ville de Saint-Jean-d’Acre est définitivement prise par les Mamelouks.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariage et enfants[modifier | modifier le code]

Il épouse le 23 janvier 1255 Isabelle d'Ibelin (1241 † 1324), fille de Guy d'Ibelin, maréchal et connétable de Chypre, et de Philippa Berlais, qui donne naissance à :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Grousset 1936, p. 560.
  2. Foundation for Medieval Genealogy.
  3. Grousset 1936, p. 616.
  4. Hugues de Brienne était reparti en Occident depuis plusieurs années, avait rejoint les troupes de Charles d’Anjou et avait participé à la conquête du royaume de Sicile. C’est au cours de cette campagne qu’étaient morts les rois de Sicile Manfred et Conradin.
  5. Ils sont tous deux descendants de la reine Isabelle, Hugues étant un arrière-petit-fils et Marie une petite fille.
  6. Grousset 1936, p. 616-8.
  7. Grousset 1936, p. 626-7.
  8. Grousset 1936, p. 638-9.
  9. Grousset 1936, p. 639-642.
  10. Grousset 1936, p. 652.
  11. Grousset 1936, p. 653-6.
  12. Grousset 1936, p. 657-660.
  13. Grousset 1936, p. 662-5.
  14. Grousset 1936, p. 665-671.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]