Hugues X de Lusignan

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Hugues X de Lusignan[1] dit le Brun (vers 1185 - † 5 juin 1249 devant Damiette), sire de Lusignan, comte de la Marche et d'Angoulême, fils d'Hugues IX de Lusignan. Il était un grand seigneur, comptant parmi les plus puissants barons du royaume de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

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En 1200, alors qu'il était encore tout jeune, la fiancée de son père Hugues IX de Lusignan, Isabelle Taillefer, héritière du comté d'Angoulême lui est enlevée par le roi d'Angleterre Jean sans Terre lors de son mariage à Angoulême. Le scandale est immense, le fiancé bafoué et de nombreux seigneurs d’Aquitaine indignés font appel au roi de France. L’attitude de Jean justifie la rupture du lien féodal. Le roi d’Angleterre refusant de comparaître devant ses pairs, Philippe Auguste, roi de France, profite de l’occasion pour déclencher « la commise » des terres de Jean. La Normandie et de nombreuses autres provinces vont ainsi revenir au roi de France. Ce fait est à l'origine du démantèlement de l'empire Plantagenêt sur le continent.

Depuis cet évènement, la famille des Lusignan a rallié le camp capétien et s'est montrée hostile aux intérêts du roi Plantagenêt. Le 25 mai 1214, pour asseoir sa position en Poitou et apaiser les Lusignan, Jean d'Angleterre, passe un traité avec ces derniers. Il est conclu entre Jean d'une part, Hugues IX (comte de la Marche), Raoul de Lusignan (comte d'Eu) et Geoffroi de Lusignan, d'autre part, que le roi donne en mariage sa fille Jeanne, née d'Isabelle à Hugues de Lusignan, fils d'Hugues comte de la Marche, et la confie à la garde du comte de la Marche et d'Hugues de Lusignan, son fils. Hugues se voit donné en bailli Saintes et Oléron, en Saintonge.

En 1219, à la mort de son père, Hugues X devient seigneur de Lusignan et comte de la Marche. Il n'est toujours pas marié et la jeune princesse anglaise Jeanne réside toujours en terre poitevine, trop jeune encore pour prendre époux. Isabelle, sa mère est veuve depuis 1216. Elle quitte Londres sous la pression des grands seigneurs anglais et retrouve Angoulême. Vingt ans après, l’occasion se présente à nouveau de constituer autour des fiefs Lusignan du Poitou, avec les comtés de la Marche et d’Angoulême, un vaste ensemble territorial.

C'est en 1220, qu'Hugues épouse Isabelle Taillefer, fille d'Aymar Taillefer comte d'Angoulême, laquelle avait été fiancée à son père Hugues IX de Lusignan[2], ou à lui-même selon d'autres auteurs[3],[3],[4] avant que Jean sans Terre ne la lui ravisse pour l'épouser en 1200[5].

Hugues de Lusignan, un grand feudataire[modifier | modifier le code]

Hugues demande immédiatement à entrer en possession du douaire de sa femme. Henri III d'Angleterre lui donne donc les terres anglaises, normandes, et surtout les seigneuries de Saintes et Niort. En 1221, après une dispute, ses terres anglaises sont brièvement saisies. Elles sont définitivement confisquées en juin 1224, lorsque Hugues de Lusignan s'allie au roi de France Louis VIII, ce qui déclenche une invasion française du Poitou, Saintonge, Angoumois, Périgord et Guyenne.

Le décès prématuré de Louis VIII, va bouleverser l'équilibre politique du royaume. Mécontents de la régence, assurée par la reine Blanche, Hugues et Isabelle s'entourent de grands seigneurs tout aussi désireux qu'eux de voir grandir leur indépendance. Le sacre du jeune Louis IX eut lieu le 29 novembre 1226, Hugues X et Isabelle en sont absents. Avec eux, c'est toute une ligue contre la régente qui s'organise, composée notamment de Thibault IV[Informations douteuses], comte de Champagne et de Pierre Mauclerc de Dreux, duc de Bretagne.

En dépit de quelques ralliements à la royauté, les principaux chefs de la révolte ne désarmèrent pas pour autant. Leur dessein était de supprimer la régence à Blanche de Castille, cette étrangère moitié espagnole, moitié anglaise, disait-on alors et par suite d’enlever le jeune roi. Pour ce faire, ils comptaient sur l’aide du roi d’Angleterre et surtout sur celle de son frère Richard, alors à Bordeaux, et qui les pressait d’agir[6].

Après la défection du comte de Champagne, Hugues de Lusignan et Pierre Mauclerc, à bout de ressources, acceptèrent une ultime rencontre et se rendirent à Vendôme. Louis IX, sur les conseils de sa mère, fut des plus magnanimes avec eux ; il accepta d’emblée leurs excuses et reçut leurs hommages.

Le traité de Vendôme[modifier | modifier le code]

Le 16 mars 1227, Hugues X de Lusignan se fit octroyer par la reine Blanche de Castille (mère de Saint Louis) la somme colossale de 10 000 livres tournois. Son fils (le futur Hugues XI) sera marié à Isabelle de France, unique sœur de Louis IX, et sa fille Isabelle de Lusignan promise à Alphonse de Poitiers, frère cadet du roi. En contre partie, Hugues X, rendit à la régente tous les biens qu’il tenait de Louis VIII. Il promit, en outre, la soumission de ses vassaux et surtout de ne pas s’allier aux ennemis du royaume. En gage de son bon vouloir, le comte de la Marche donna pour otages les vicomtes de Brosse et de Châtellerault.

A cette époque Hugues et Isabelle font partie des grands feudataires du royaume de France. Son beau-fils n'est autre que le roi d'Angleterre, Henri III Plantagenêt. Hugues X possède l'Angoumois, la Marche, la Saintonge, une partie de l'Aunis, Oléron et plusieurs domaines et places fortes en Poitou, soit directement, soit détenus par un membre de sa famille. Leurs possessions sont à la frontière des domaines plantagenêt et capétien. Sans l'autorisation d'Hugues aucun des deux souverains ne peut entrer en Poitou. Hugues et Isabelle ont créé un état dans l'état, quasi indépendant.

Malgré les concessions faites par Blanche de Castille, le traité de Vendôme ne sera suivi que d'une simple trêve. La soumission de Lusignan n'est qu'apparente. Dès le mois de décembre suivant, Pierre de Dreux, duc de Bretagne, Enguerrand de Coucy, Hugues X et Philippe Hurepel (oncle du roi Louis IX), toujours fortement déçus par la régence de Blanche de Castille, se réunirent secrètement à Corbeil et projetèrent d’enlever le jeune roi lors d’un de ses déplacements.

Ainsi, alors que la reine mère et son fils se dirigeaient vers Orléans, les barons rassemblés à Étampes, Dourdan et Melun, saisirent l’occasion pour leur tendre une embuscade du côté d’Étrechy. Toutefois, avertis par un envoyé du comte de Champagne Thibault, le complot échoua. Louis IX mis en sûreté au château de Montlhéry échappait à ses ravisseurs. Le traité de Vendôme venait d’être bafoué.

Les alliances et les priorités politiques enterrent définitivement ce qui a été acté à Vendôme. Les projets de mariages, clauses principales du traité, sont remis en cause. Le mariage d’Alphonse de France avec Isabelle de Lusignan avorta. Alphonse devait épouser, en 1234, Jeanne, l’héritière du comté de Toulouse.

Le futur Hugues XI, celui-là même qui avait été promis à Isabelle de France épouse en 1236 Yolande de Dreux, fille du duc de Bretagne Pierre Mauclerc.

Isabelle de France, après avoir refusé la main de Conrad fils de l’empereur Frédéric II, fonda le monastère des clarisses à Longchamp près de Paris et resta célibataire sa vie durant.

La révolte de 1242[modifier | modifier le code]

Le comte Hugues conserva le grand fief d'Aunis jusqu'en 1241, année où Alphonse, frère cadet de Louis IX, est déclaré majeur et reçoit le Poitou en application du testament de son père. Cette même année Hugues X prête hommage à Alphonse mais entre presque aussitôt dans un complot qui éclate au mois de décembre 1241, lorsque, sans doute à l'instigation de son épouse, Hugues X insulte le comte de Poitiers dans son palais.

Hugues n'accepte pas de perdre l'autonomie qu'il avait auparavant. À la tête de la noblesse d'Angoumois et de Saintonge, Hugues et Isabelle se liguent contre leur suzerain trop puissant. A ce complot s'associent plusieurs seigneurs poitevins et gascons, il reçoit le soutien de Raymond VII, comte de Toulouse, et l'aide du roi d'Angleterre Henri III et de son frère Richard duc d'Aquitaine et comte de Poitiers en titre depuis 1225.

Blanche de Castille est avertie du complot par une lettre que lui adresse un marchand de La Rochelle. Immédiatement, la famille capétienne réagit. Le 5 janvier 1242, Alphonse de Poitiers convoque la noblesse poitevine à Chinon pour la Pâques. Des seigneurs fidèles, d'autres moins fidèles mais ennemis des Lusignan, répondent à l'appel : ainsi Geoffroi IV de Rancon, seigneur de Gençay et de Taillebourg. Louis IX décide de porter secours à son frère et dirige la campagne. Il arrive à Chinon le 28 avril, à Poitiers le 4 mai, avec une armée de 30 000 hommes, chevaliers et fantassins, et des engins de siège.

La révolte est promptement réprimée par Saint Louis. Le 9 mai, les Français réussissent à s'emparer du château de Montreuil-Bonnin, place forte des Lusignan. Après avoir pris la tour de Béruges, les châteaux de Moncontour, Vouvant (le 6 juin) et Fontenay-le-Comte, et surtout celui de Frontenay, autre place forte des Lusignan, ils se dirigent vers Saintes.

Le roi d'Angleterre, Henri III, a débarqué à Royan à la mi-mai, avant de rejoindre à Pons son beau-père, Hugues de Lusignan.

Le roi de France est hébergé au château de Taillebourg (fief de Geoffroy de Rancon, ennemi déclaré d'Hugues), qui surplombe le premier pont sur la Charente depuis son embouchure. C'est un passage stratégique entre Saint-Jean-d'Angély et le Poitou au nord, et Saintes (qui appartenait alors aux Lusignan) et l'Aquitaine au sud. Le 19 juillet, les deux armées se font face de chaque côté du pont, sans qu'un véritable combat ait lieu. La bataille a lieu le 21 juillet, et se résume en une charge massive des chevaliers français, qui déboulent du château et bousculent leurs adversaires, contraints à fuir.

Après cet engagement qui leur permet de contrôler un pont stratégique, les Franco-Poitevins exploitent leur avantage. Le 23 juillet, a lieu la bataille qui est réellement décisive sous les murs de Saintes. Les Anglo-Poitevins sont à nouveau battus, de façon définitive.

Article connexe : Bataille de Taillebourg.

Le déclin[modifier | modifier le code]

Hugues de Lusignan est finalement vaincu et doit se soumettre le 1er août 1242 à Pons avec sa femme Isabelle et ses enfants à Louis IX avant de rendre hommage au frère du roi, le comte de Poitiers, Alphonse.

Le règlement de la révolte féodale est sévère pour Hugues X de Lusignan et sa femme. Le roi de France garde les terres conquises sur eux et les attribue à son frère Alphonse ; à savoir Saintes et sa châtellenie, La Forêt-sur-Sèvre, La Vergne, Pont-l'Abbé, Montreuil-Bonnin, Frontenay, Langeais, Saint-Gelais, Prahecq, Tonnay-Boutonne, la Clouse, Beaussais, les fiefs que le comte d'Eu tient du seigneur de Lusignan, le fief de Renaud de Pons, le fief de Geoffroy de Rancon, les fiefs de Geoffroi de Lusignan, le grand fief d'Aunis, soit un tiers de ses domaines est confisqué. Louis IX est désormais quitte des 5000 livres tournois qu'il payait chaque à Hugues depuis 1227. Le roi reçoit le comte de la Marche à hommage lige pour le comté d'Angoulême avec les châteaux et châtellenies de Cognac, Jarnac, Merpins, Aubeterre, Villebois.

Le 3 août, Louis IX impose en outre au comte Hugues la remise pour quatre ans de ses châteaux de Merpins et Château-Larcher, pour huit ans du château de Crozant (dans le comté de la Marche) à charge pour le Lusignan de payer les frais de garde.

En mars 1242, Hugues X partage ses états entre ses enfants. Ses testaments sont datés du 1er et du 8 août 1248.

Henri III d'Angleterre renonce à ses droits sur les châtellenies de Jarnac, Châteauneuf, Cognac, Merpins et Archiac, en décembre 1242 au profit d'Isabelle d'Angoulême, sa mère.

Hugues devient veuf en 1246. Obligé de suivre en 1248 Saint Louis en croisade, il meurt en 1249 devant Damiette, au même lieu que son père en 1219. Hugues X est enterré à l'abbaye de Valence, près de Couhé qu'il avait fondée avec sa femme Isabelle.

Sa petite-fille Isabelle de Lusignan, à peine pubère, épouse en 1250 le fils de son ennemi Geoffroi de Rancon, seigneur de Gençay, qui fait reconstruire son château avec la dot.

Descendance[modifier | modifier le code]

  1. Hugues XI de Lusignan, († 6 avril 1250), sire de Lusignan, comte d’Angoulême, comte de la Marche. Il épousa en janvier 1236 Yolande de Dreux (fille de Pierre Ier Mauclerc, duc de Bretagne), comtesse de Pemthièvre, de Porhoët.
  2. Agathe alias Agnès de Lusignan, († ap. le 7 avril 1269), épouse de Guillaume II de Chauvigny, baron de Châteauroux.
  3. Alice de Lusignan, († ap. le 9 février 1256), épouse en 1247 Jean Ier de Warenne († 1304), comte de Surrey, de Warenne, de Sussex, vice-roi d'Écosse.
  4. Guy de Lusignan, († ap. le 18 octobre 1288), seigneur de Cognac, d'Archiac, de Merpins.
  5. Geoffroy de Lusignan († av. 4 mars 1274), seigneur de Jarnac de Château-Larcher et de Châteauneuf, épousa avant 1246 Aumode de Sainte-Hermine et avant 1259 Jeanne, vicomtesse de Châtellerault.
  6. Guillaume de Valence, († en mai 1296), seigneur de Valence, de Montignac, de Bellac, de Rancon, de Champagnac, de Westford & comte de Pembroke, épousa avant le 13 août 1247 Jeanne de Montchensy ou de Munchensy († ap. 20 sept.1307). Jeanne, petite fille de Guillaume le Maréchal, lui apporte le comté de Pembroke et fait de Guillaume l'un des barons le plus puissant d'Angleterre, grâce à la volonté politique de son frère utérin, Henri III Plantagenêt.
  7. Aymar de Lusignan, dit de Valence, († 4 déc. 1260 à Paris), seigneur de Couhé ; Clerc en 1248, évêque de Winchester (1250-1260), successeur de Guillaume de Raley. Aymar a été élu le 4 novembre 1250, et son élection a été confirmée à Lyon par Innocent IV le 14 janvier de l'année suivante.
  8. Isabelle de Lusignan, († 14 janvier 1300), épouse (~1243/44) Maurice de Craon († av. 27 mai 1250) seigneur de Craon, sénéchal d’Anjou, de Touraine, du Maine (1249-1272).
  9. Marguerite de Lusignan, († 1288), épouse Raymond VII de Toulouse, comte de Toulouse, puis Aimery IX de Thouars, vicomte de Thouars, et en 3è noces, après 1257, Geoffroy V de Châteaubriant, baron de Châteaubriant.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sa généalogie sur le site Medieval Lands
  2. Jean Marvaud, Amitiés charentaises, éditeur Marvaud, 1975, p. 55
  3. a et b Grand Larousse encyclopédique en dix volumes, page 414 : « Peu après sa mort (1216), Isabelle épousa son ancien fiancé Hugues X de Lusignan, comte de la Marche (1217), et leur fils aîné Hugues XI hérita des comtés de la Marche... », librairie Larousse, 1960
  4. Société archéologique et historique de la Charente, Bulletins et mémoires, 1994, p. 74
  5. École practique des hautes études (France). Section des sciences historiques et philologiques, [1] Bibliothèque de l'École des hautes études: Sciences historiques et philologiques, Numéro 296, 1950, p. 480
  6. A. Duvau, Blanche de Castille à Vendôme en 1227, Bulletin de la Société Archéologique, Scientifique & Littéraire du Vendômois ; tome XV, 1876, pp. 22-35