Cesare Ripa

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Cesare Ripa, né aux alentours de 1555 à Pérouse et mort le 22 juin 1622, est un érudit italien du XVIe siècle, amateur d'art et auteur de l'Iconologie (Iconologia overo Descrittione dell'Imagini universali), livre d'emblèmes extrêmement célèbre en son temps.

Biographie[modifier | modifier le code]

Tout jeune, Cesare Ripa entre à la cour du cardinal Anton Maria Salviati avec la fonction d'écuyer tranchant[1]. À la mort du cardinal en 1602, il passe au service du cardinal Gregorio Petrocchini.

Membre de l’Académie dei Filomati et des Intronati de Sienne (sociétés d'érudits qui se consacrent à l’étude d'œuvres littéraires classiques et de pièces anciennes), il aurait eu des contacts avec l’Accademia degli Incitati à Rome où il résida entre 1611 et 1620.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Iconologia[modifier | modifier le code]

Phrases tirées de l'Iconologia reprises pour illustrer la marqueterie de secrétaire à cylindre de Louis XV à Versailles.

En 1593, il fait paraître le recueil d'allégories, Iconologia[2]. L'œuvre est publiée à Rome chez l'imprimeur Heredi di Giovanni Gigliotti ; elle est dédicacée au cardinal Giovanni Salviati. Les sources littéraires de l’œuvre sont les Hieroglyphica de Pierio Valeriano, l’Emblematum libellus d'Andrea Alciato, le Discorso sopra le medaglie degli antichi de Sebastiano Erizzo et les Pitture d'Anton Francesco Doni.

L'œuvre, qui a pour ambition de « servir aux poètes, peintres et sculpteurs, pour représenter les vertus, les vices, les sentiments et les passions humaines », est une encyclopédie où sont présentées par ordre alphabétique des allégories telles que la Paix, la Liberté ou la Prudence, reconnaissables aux attributs et aux couleurs symboliques. Ainsi cette description de l'Astrologie tirée de l'édition parisienne de 1643 :

« Cette figure de l’Astrologie est tirée de la description que plusieurs excellents Poètes en ont faite. Elle a un habillement bleu, des ailes au dos, un Compas en la main droite, & en la gauche, un Globe celeste. Elle est vestuë de bleu pour nous apprendre, qu’elle a la contemplation des Cieux, & des Estoilles, qui leur servent d’ornement ; ainsi en est-elle couronnée. »

— Iconologie, Paris 1643, Emblème XV, Astrologie

L'édition originale de 1593 ne comprend pas d'illustrations, bien que Ripa en prévoyait, aussi elle est suivie en 1603 d'une nouvelle édition qui comporte 150 gravures sur bois, certaines d'après des dessins du Cavalier d'Arpin[3], d'autres d'après Giovanni Guerra.

Rééditions[modifier | modifier le code]

Le succès de l'œuvre est tel que les éditions, les traductions et les imitations se succèdent.

En 1603 le texte est réédité à Rome par Lepido Faci et dédicacé à Lorenzo Salviati, avec 400 articles supplémentaires et de nouvelles gravures. Il existe plusieurs exemplaires de cette édition, notamment à la Bibliothèque nationale de France (BNF, cote Z-3605) et celle de l'Arsenal (RES 4-BL-5093). Les dessins ayant servi aux gravures seraient en partie du Cavalier d'Arpin et aussi de Giovanni Guerra[4].

En 1611, paraît une nouvelle édition à Padoue chez l'imprimeur Pietro Paolo Tozzi, avec un nombre encore plus important de gravures. En 1613, le livre est réédité par la famille d'imprimeurs Matteo Florimi à Sienne sous le titre Nuova Iconologia, avec une dédicace à Filippo d’Averardo Salviati et l’ajout de 200 nouvelles illustrations. La dernière réédition, du vivant de l'auteur, celle de l'imprimeur Pietro Paolo Tozzidate, paraît en 1618 à Padoue.

Après la mort de Cesare Ripa, paraissent : en 1625, la Novissima Iconologia (Tozzi, Padoue) puis en 1630, la Più che novissima Iconologia, chez Donato Pasquardi, avec des ajouts de Giovanni Zaratino Castellini.

Influence[modifier | modifier le code]

Clio, détail du tableau L'Art de la peinture, Jan Vermeer (1662-1666)

Le livre de Cesare Ripa est une compilation savante de motifs antiques et ésotériques. Il va servir de manuel de référence à plusieurs générations de poètes et d'artistes[5]. Un des exemples les plus connus est le tableau de Vermeer, L'Art de la peinture (1662-1666), représentant le peintre et son modèle représentée en Clio, muse de l'histoire. La jeune femme porte la couronne de lauriers qui signifie la gloire de ceux qui sont dignes de passer à la postérité, la trompette de la renommée, et le volume dans lequel sont consignés les faits par les historiographes. On retrouve l'influence de Ripa dans un autre tableau de Vermeer, L'Allégorie de la foi (1671 ou 1674) qui est exposé au Met.

Le livre aura également une grande influence dans les arts appliqués, par exemple la tapisserie[6] et l'architecture[7]. La décoration du palais de Versailles, notamment, devra beaucoup à L'Iconologie de Ripa[8], qui fournira aussi des modèles pour les costumes allégoriques portés par les danseurs lors des ballets et des fêtes données par le jeune Louis XIV.

Pour les lecteurs, c'est une source d'inspiration, mais également une encyclopédie iconographique savante qui leur fournit des dizaines de motifs dont la présence est attestée chez les auteurs classiques. De nombreux artistes s'en inspireront, notamment le peintre baroque Antonio Cavallucci, dont le tableau L'Origine de la musique est inspiré de l'ouvrage de Ripa.

Traductions[modifier | modifier le code]

Des traductions paraissent dans toute l'Europe et attestent de la popularité pérenne de l'œuvre :

Sources[modifier | modifier le code]

Critique[modifier | modifier le code]

L’Iconologia de Ripa a été l’objet d’une importante étude d’Émile Mâle, publiée d'abord en italien, puis reprise dans L'Art religieux du XIIe au XVIIIe siècle[9]. Un autre travail notable est celui d'Erna Mandowsky[10]. On y trouve une longue liste de monuments pour la décoration desquels on reconnaît l’utilisation des définitions des allégories de Ripa.

En 1992, paraît une édition commentée de l'Iconologia signée Piero Buscaroli, avec une préface de Mario Praz[11].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Virginie Bar : La Peinture allégorique au Grand siècle : fortune de l' Iconologie de Cesare Ripa et Jean Baudoin, Éditions Faton, 2003 (ISBN 978-2878440607)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Celui qui coupe la viande » (CNRTL).
  2. Iconologia overo Descrittione Dell’imagini Universali cavate dall’Antichità et da altri luoghi
  3. Utpictura18 : Religione (Ripa, 1603) - Chevalier d’Arpin
  4. Lire l'étude produite par le chercheur Stefano Pierluigi : Dare forma humana a l'Honore et a la Virtù : Giovanni Guerra, 1544-1618 e la fortuna delle figure allegoriche da Mantegna all' Iconologia di Cesare Ripa, Rome, Bulzoni, 2008 pp. 158-175
  5. Voir par exemple l'auto portrait d'Artémisia Gentileschi commenté Autoritratto come allegoria della Pittura (Artemisia Gentileschi)
  6. "Les quatre parties du monde", l'une des collections remarquables du Musée du Nouveau Monde de La Rochelle.
  7. Il inspire par exemple de nombreux retables baroques de Savoie [1], des éléments de décoration du Palais de Justice de Dijon ([2]
  8. ([3] ou [4])
  9. Chapitre 9 : Lo spirito del XVI secolo continua. L'Allegoria.
  10. "Ricerche intorno all’Iconologia di Cesare Ripa", in La Bibliofilia, vol. XLI (1939), Leo S. Olschki, Florence)
  11. Tea Editore (ISBN 978-8878192694[à vérifier : ISBN invalide])