Jean-Honoré Fragonard

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Fragonard.

Jean-Honoré Fragonard

Description de cette image, également commentée ci-après

L'Inspiration, 1769, Musée du Louvre
(Autoportrait de Jean-Honoré Fragonard).

Nom de naissance Jean-Honoré Nicolas Fragonard[1]
Naissance 5 avril 1732
Grasse, Drapeau de la France France
Décès 22 août 1806 (à 74 ans)
Paris, France
Nationalité Français
Activités Peintre, dessinateur
Formation Académie de France à Rome
Chardin, Boucher et Charles André van Loo
Mouvement artistique Rococo
Récompenses Prix de Rome

Œuvres réputées

Les Hasards heureux de l'escarpolette
La Liseuse
Le Verrou

Jean-Honoré Nicolas Fragonard (né le 5 avril 1732 à Grasse et mort le 22 août 1806 à Paris) est un des principaux peintres français du XVIIIe siècle. Il fut peintre d'histoires, de genre et de paysages.

Biographie[modifier | modifier le code]

Détail du Monument à Jean-Honoré Fragonard (1907) par Auguste Maillard à Grasse.

Jean-Honoré est fils de François Fragonard, garçon gantier, et de Françoise Petit. Après le décès à dix mois de son petit frère Joseph, il reste enfant unique. Jean Honoré Fragonard quitte sa ville natale à l'âge de six ans pour s'installer avec sa famille à Paris, où se déroule la plus grande partie de sa carrière. Les dispositions artistiques de Fragonard sont précoces et c'est le notaire chez qui il devient clerc à treize ans qui remarque ses dons artistiques. Après avoir quelque temps travaillé avec Jean Siméon Chardin, il entre comme apprenti, à l'âge de quatorze ans, dans l'atelier de François Boucher. C'est grâce à lui que le jeune Fragonard affirme ses dons et apprend à copier les maîtres. Boucher le présente bientôt au prestigieux Grand prix de Peinture de l'Académie royale qu'il remporta en 1752. Une carrière dans la peinture d'histoire lui semble alors toute tracée. Il entre alors durant trois années à l'École royale des élèves protégés alors dirigée par le peintre Carle Van Loo. Fragonard effectue son Grand Tour et part en 1756 pour l'Académie de France à Rome en compagnie de son ami Hubert Robert (un autre peintre ayant remporté le prix de Rome) et l'architecte Victor Louis. Il y résidera jusqu'au mois d'avril 1761 et y est notamment influencé par le peintre Giambattista Tiepolo et le style baroque de Pierre de Cortone, mais il s'épuise à pasticher les grands maîtres selon un style encore académique. Jean-Claude Richard de Saint-Non devient, à cette époque, son protecteur et principal commanditaire. Il quitte dès lors la Ville éternelle pour la France durant un long périple achevé en septembre à travers les villes de Florence, Bologne et Venise notamment[2].

Il se distingue d'abord dans le genre sérieux et donna en 1752 son tableau de Jéroboam sacrifiant aux idoles (Paris, École des Beaux-Arts) qui est justement admiré. C'est ce tableau qui lui fait gagner le Grand prix de l'Académie royale de Peinture. Il obtient un atelier au Louvre où il vit et est chargé de décorer la galerie Apollon. En 1765, son tableau Corésus et Calirrhoé, commandé pour la manufacture des Gobelins pour la tenture des amours des dieux, le fait entrer à l'Académie[3]. Mais, désespérant d'atteindre au premier rang dans ce genre classique, il le quitte pour le genre érotique, dans lequel ses toiles galantes obtiennent le plus grand succès auprès de la Cour licencieuse de Louis XV. Il devient bientôt le peintre à la mode, peint des paysages illusionnistes et des portraits puis des tableaux de cabinets. En 1769, il se marie avec Marie-Anne Gérard (1745-1823), une peintre en miniature aussi originaire de Grasse, belle-sœur de Marguerite Gérard. Cette même année nait leur première fille Rosalie (1769-1788).

En 1773, après un voyage en Flandre pendant l'été, le fermier général Pierre-Jacques-Onésyme Bergeret de Grandcourt lui propose d'être son guide pour un voyage en Italie, puis en Europe centrale, qui débutera en octobre. Bergeret de Grandcourt était comte de Nègrepelisse, et l'itinéraire du voyage, à l'aller, passe par cette localité, où la petite troupe de voyageurs séjourne une quinzaine de jours. Fragonard y dessine le château, propriété de Bergeret[4]. Le voyage prend fin en septembre 1774 après les visites successives de Vienne, Prague, Dresde, Francfort et enfin Strasbourg.

En 1780, le couple Fragonard donne naissance à un nouvel enfant Alexandre-Évariste Fragonard (1780-1850), qui deviendra lui aussi artiste. Huit ans plus tard meurt leur fille Rosalie à seulement 19 ans au château de Cassan en région parisienne. Après un séjour à Grasse (1790-91), Fragonard devient membre de la Commune des Arts en 1793. Par la suite, Fragonard est nommé l'un des conservateurs du musée du Louvre par l'Assemblée nationale à la suite de l'intervention de Jacques-Louis David.

En 1805, tous les artistes résidents, dont Fragonard, sont expulsés du Louvre par décret impérial, consécutif à la réorganisation de l'édifice en musée Napoléon. La disparition de l'aristocratie commanditaire (ruinée ou exilée) lui fait perdre sa grande fortune. Il s'installe alors chez son ami Veri, au Palais Royal. L'année suivante, il meurt, apparemment terrassé par une congestion cérébrale dans son nouveau logement situé aux galeries du Palais-Royal. Les funérailles sont célébrées à l'église Saint-Roch. Il est inhumé dans l'ancien cimetière de Montmartre, où sa tombe n'est plus visible.

Famille[modifier | modifier le code]

La famille de Fragonard comprenait de nombreux artistes :

Son cousin, Honoré Fragonard, est un anatomiste célèbre dont les « écorchés » sont conservés dans le musée Fragonard (École Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort)

Il est l'arrière-grand-oncle de l'artiste-peintre Berthe Morisot, une célèbre impressionniste du siècle suivant.

Œuvre[modifier | modifier le code]

À l'instar de François Boucher, Fragonard est considéré comme le peintre de la frivolité, du Rococo, bien qu'il ait peint dans de nombreux autres registres : grands paysages inspirés de peintres hollandais, peintures religieuses ou mythologiques, ou scène de bonheur familial notamment.

Le Chat angora (vers 1783-1785) - Wallraf museum, Cologne

D'un trait virtuose, Fragonard savait montrer le tourbillonnement du monde par des gestes expressifs et gracieux ou des drapés pleins de vigueur. Fragonard est le dernier peintre d'une époque sur le déclin, ses scènes de genre seront bientôt rendues obsolètes par la dureté néoclassique de David, par la cruauté de la Révolution et celle de l'Empire.

Les scènes de genre de Fragonard sont volontiers égrillardes comme par exemple Les Hasards heureux de l'escarpolette, fantasme d'un commanditaire libidineux (M. de Saint-Julien, receveur général des biens du clergé) qui donna à l'artiste des conseils de mise en scène : « Je désirerais que vous peignissiez Madame sur une escarpolette qu'un évêque mettrait en branle. Vous me placerez de façon, moi, que je sois à portée de voir les jambes de cette belle enfant et mieux même, si vous voulez égayer votre tableau. »

Mais même ces scènes effectivement frivoles peuvent être lues à un niveau différent, on peut y voir percer, souvent, une inquiétude, un sentiment de fin de fête parfois (et cela rappelle Watteau ou encore le roman Point de lendemain par Vivant Denon), ou encore une menace diffuse : les couples dans l'intimité, les belles qui s'épouillent, les endormies, tout ce petit monde de grâce et de sympathie est observé par un peintre qui nous rappelle que la jeunesse ne dure pas et que les moments de tendresse lascive sont fugaces et rares.

Fragonard avait travaillé notamment avec Hubert Robert (1733-1808), leur collaboration fit l'objet d'une exposition à Rome à la Villa Médicis[5].

Le Verrou[modifier | modifier le code]

Le Verrou, (vers 1774-1778) - musée du Louvre, Paris.

Malgré les multiples analyses effectuées sur ce tableau, conservé au musée du Louvre, il n'y a pas eu une explication concise, mais plusieurs éventualités, quant à sa signification. S'agit-il d'un viol, ou d'une scène d'amour ?

Une esquisse de taille réduite (26 × 32,5 cm) de ce tableau a été vendue chez Christie's le 17 décembre 1999 pour la somme de £5 281 500, lot no 95, soit environ 8 080 000 €.

La version originale du Verrou a été acquise[6] par le musée du Louvre en 1974. Elle fut conçue par le peintre comme pendant à l'Adoration des bergers (offerte au Louvre en 1988 par monsieur et madame Roberto Polo[7]). Sont ainsi opposés l'amour sacré et l'amour profane.

Le verrou a fait l'objet d'un arrêt classique de la première chambre civile de la Cour de cassation du 24 mars 1987, qui a fait jurisprudence sur la théorie de l'erreur en Droit des obligations français.

Les Progrès de l'amour dans le cœur d'une jeune fille[modifier | modifier le code]

Ce projet fut commencé en 1771 à la suite d'une commande de Madame du Barry, la dernière maîtresse de Louis XV. Il consistait en quatre tableaux intitulés La Poursuite, La Surprise (ou La Rencontre), L'Amant couronné et La Lettre d'amour et destinés à être installés au pavillon de Louveciennes dans le salon de forme ovale (appelé aujourd'hui le salon Fragonard). Mais, quelque temps après l'installation, les tableaux furent rejetés car ils ne s'accordaient pas avec le style d'architecture néoclassique du pavillon.

Ainsi, Fragonard conserva tous les tableaux dans son atelier et les apporta avec lui quand il retourna à Grasse, sa ville natale. Il décida alors de les installer dans l'un des salons de la villa de son cousin, mais les murs restant encore vides après cette installation, Fragonard décida de peindre dix tableaux supplémentaires afin de meubler l'espace.

Les panneaux qui sont aujourd'hui à Grasse, dans la villa qui est devenue le musée Jean-Honoré Fragonard, sont des copies réalisées par Auguste de La Brély, avant la vente des originaux au collectionneur américain Pierpont-Morgan (ensuite achetés par Frick en 1915, ils se trouvent aujourd'hui dans la Collection Frick de New York).

Cela fait au total quatorze tableaux que l'on peut diviser en trois groupes.

  • Six scènes d'amour :
    • La Poursuite
    • La Surprise ou La Rencontre
    • L'Amant couronné
    • La Lettre d'amour
    • L'Abandonnée
    • L'Amour triomphant
  • Quatre allégories des amours :
    • L'Amour en sentinelle
    • L'Amour folie
    • L'Amour poursuivant une colombe
    • L'Amour assassin
  • Quatre peintures décoratives.

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

L'Adoration des bergers, 1775 - Musée du Louvre, Paris.

Galerie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Expositions récentes[modifier | modifier le code]

  • Jean-Honoré Fragonard, dessins du Louvre, Musée du Louvre, du 3 décembre 2003 au 8 mars 2004[11].
  • Fragonard, les plaisirs d'un siècle, Musée Jacquemart-André, Paris, du 3 octobre 2007 au 13 janvier 2008 [12]
  • Les Fragonard de Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'archéologie de Besançon, du 8 décembre 2006 au 2 avril 2007[13].
  • Fragonard Dessinateur; Exposition au musée des Beaux-arts de Caen du 17 octobre 2009 au 18 janvier 2010. Il s'agit sous un autre titre de l'exposition de Besançon en 2006-2007[14].
  • De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes, Musée Jacquemart-André, Paris, du 14 mars au 21 juillet 2014 [15].

Philatélie[modifier | modifier le code]

  • En 1939 un premier timbre en faveur de la création d'un musée postal, d'une valeur de 40 centimes et surtaxe de 60 centimes, brun-lilas et brun et sépia, représentant "L'inspiration favorable" d'après Fragonard[16] est émis par la poste. Il porte le n° YT 446
  • En 1962 deux timbres sont émis au profit de la Croix-Rouge, le premier, lilas-brun d'une valeur de 20 centimes et 10 centimes de surtaxe représente "Rosalie", et le second, vert, d'une valeur de 25 centimes et 10 centimes de surtaxe, représente "L'enfant en Pierrot". Ils sont mis en vente 1er jour le 8 décembre à Angoulême. Ils portent les n° YT 1366 et 1367.
  • En 1972 un timbre de 1 franc, polychrome, représentant "L'étude" est émis par la poste. Il est mis en vente 1er jour à Paris le 22 janvier. Il porte le n° YT 1702[17].

Sources[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Jean-Honoré Fragonard » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

  • Florian Rodari, Fragonard, l'instant désiré, (1994)
  • Jean-Pierre Cuzin, Fragonard, 2003

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Thuillier, Fragonard, Paris, Skira, 1967, coll. : « La Peinture », (éd. anglaise et allemande).
  • Philippe Sollers, Les surprises de Fragonard, monographie illustrée, Gallimard, 1987; texte repris dans La guerre du goût, Gallimard, 1994, (existe en poche collection Folio).
  • Jean-Pierre Cuzin, Jean-Honoré Fragonard. Vie et œuvre. Catalogue complet des peintures, Fribourg-Paris, éd. Herscher, 1987 (éd. anglaise et allemande, 1988).
  • Jean-Pierre Cuzin, Dimitri Salmon, Fragonard, Regards croisés. Mengès, novembre 2007. 240 pages, 365 illustrations. ISBN 978-2-85620-478-8. [1]
  • Martin Schieder: Jean-Honoré Fragonard und der Pariser Kunstmarkt im ausgehenden Ancien Régime, in: Kritische Berichte 21-3/1993, p. 10–20.
  • Étienne Jollet, Les figures de la pesanteur - Newton, Fragonard et « Les hasards heureux de l'escarpolette », Éditions Jacqueline Chambon, 1998.
  • Pierre Rosenberg, Fragonard, exposition Paris, Grand-Palais et New York, Metropolitan Museum of Art, 1987-1988[18]
  • Pierre Rosenberg, Tout l'œuvre peint de Fragonard, Paris, Flammarion, 1989, coll.: " Les classiques de l'art ".
  • C.- A. Klein, Le grand Fragonard : du berceau de Grasse aux galeries du Louvre, Paris, Équinoxe, 1996, coll.: " Mémoires du sud ".
  • Fragonard, Paris, Musée du Louvre, département des arts graphiques, Paris, 5 continents éditions-musée du Louvre, 2003, coll.: " Louvre-cabinet des dessins, 3 ".
  • Guillaume Faroult, Le Verrou, Ed. Le Musée du Louvre, Paris, novembre 2007, collection solo, ISBN 978-2-7118-5387-8.
  • Alain Jaubert: Collection Palettes: "le Verrou"
  • Dictionnaire Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres,sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, vol. 5, éditions Gründ,‎ janvier 1999, 13440 p. (ISBN 270003015X), p. 626-629

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) Philippe Houël de Chaulieu, « L'histoire en marche; Anniversaire : Jean-Honoré Fragonard », sur Google Books,‎ Mai 2006 (consulté le 19 septembre 2010).
  2. Jean Honoré Fragonard
  3. Corésus et Calirrhoé
  4. En souvenir de cet arrêt, un collège de cette ville porte le nom de Fragonard.
  5. Jean-Pierre Cuzin, références exactes à venir
  6. Pour 5 150 000 de francs du marchand François Heim qui l'avait acheté aux enchères 50 000francs environ, la majeure partie de la somme provenant d'une subvention exceptionnelle du ministère des Finances, alors dirigé par Valéry Giscard d'Estaing. Celui-ci, devenu candidat à la présidence de la République, n'apprécia pas vraiment d'être traité par la Presse de Pigeon de la rue de Rivoli.
  7. La société d'investissement fondée par Roberto Polo ayant fait faillite, ses créanciers essayèrent, vainement, de faire annuler ses donations, un diadème de l'Impératrice Eugénie avait été aussi offert.
  8. Nouveau titre donné à l'œuvre par le Musée du Louvre suite au travail de Carole Blumenfeld : Une facétie de Fragonard, les révélations d'un dessin retrouvé, éd. Gourcuff-Gradengo, 2013 (source : Grande Galerie - Le Journal du Louvre, mars/avril/mai 2013, n°23).
  9. Collection privée de Jeff Koons (journal Le Monde du 5 novembre 2011).
  10. Contes de La Fontaine illustrés par Fragonard, Paris, Diane de Selliers, 1994.
  11. http://www.lyc-fragonard-isle-adam.ac-versailles.fr/frago.pdf lien de l'exposition
  12. Musée Jacquemart-André, exposition "Fragonard, les plaisirs d'un siècle", du 3 octobre 2007 au 13 janvier 2008
  13. http://www.musee-arts-besancon.org/pages.php?idMenu=3&idPage=2&idExpo=8
  14. http://www.mba.caen.fr/expos/2009/DPFragonard.pdf
  15. http://www.musee-jacquemart-andre.com/fr/evenements/watteau-fragonard-fetes-galantes
  16. Gravé par Piel, d'après une estampe de Louis Michel Halbou reprenant plus chastement une composition peinte de Fragonard.
  17. Catalogue Yvert et Tellier, Tome 1
  18. La dédicace du catalogue est Gens, honorez Fragonard !

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :