Ésope

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Ésope représenté dans une édition allemande des Fables de 1479

Ésope (en grec ancien Αἴσωπος / Aísôpos, VIIe-VIe siècle av. J.-C.) est un écrivain grec d'origine phrygienne, à qui on attribue la paternité de la fable comme littérature ou genre littéraire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Données historiques[modifier | modifier le code]

Aesopus moralisatus, 1485

Il n'existe rien de certain sur la vie d'Ésope. Le témoignage le plus ancien est celui d'Hérodote, selon lequel Ésope avait été esclave d'Iadmon, avec Rhodopis[1]. Ce point de vue est repris plus tard par Héraclide du Pont, qui le présente comme originaire de Thrace, près de la mer Noire. Cette thèse est confirmée par un certain Eugeiton[2] qui affirme qu’Ésope était de Méssembrie, ville des Cicones, sur la côte de Thrace. Comme le note Chambry, « si cet Eugeiton doit être identifié avec un certain Eugéion, qu’on a conjecturé être la source d’Hérodote, son témoignage aurait du poids, et le fabuliste pourrait être tenu pour un Thrace. Mais la tradition la plus répandue faisait d’Ésope un Phrygien. Phèdre, Dion Chrysostome, Lucien, Aulu-Gelle, Maxime de Tyr, Aelius Aristide, Himérios, Stobée, Suidas (rapportant le mot prêté à Crésus, « μᾶλλον ὁ Φρύξ » : « Le Phrygien a parlé mieux que tous les autres. »), s’accordent à lui assigner la Phrygie pour patrie. Quelques-uns précisaient même la ville de Phrygie où il était né : c’était, d’après la Souda et Constantin Porphyrogénète, Cotyaion ; c’était Amorion, d’après la vie légendaire d’Ésope[3]. »

Selon Chambry encore, « si l’on a cherché la patrie d’Ésope hors de la Grèce, en Phrygie, c’est que le nom Αἴσωπος ne semble pas être un nom grec ; on a cru y voir un nom phrygien, qu’on rapprochait du nom du fleuve phrygien Αἴσηπος, et peut-être du guerrier troyen Αἴσηπος dont il est question chez Homère[4] ; on l’a rapproché aussi du mot Ἢσοπος qu’on lit sur un vase de Sigée[5]. Une Vie d’Ésope le fait Lydien, sans doute parce que, d’après la tradition qui apparaît pour la première fois dans Héraclide, il fut esclave du Lydien Xanthos. En somme, toutes ces traditions ne reposant que sur des conjectures, il serait vain de s’arrêter à l’une d’elles : mieux vaut se résigner à ignorer ce qu’on ne peut savoir[6]. »

Quant à l'époque où il a vécu, il règne la même incertitude. Si l'on suit Hérodote, qui en fait un contemporain de Rhodopis, il aurait vécu entre 570 et 526. Phèdre le place entre 612 et 527[7].

Selon une hypothèse de M.L. West, c'est à Samos que se serait formée sa légende[8].

La légende[modifier | modifier le code]

La légende d'Ésope nous est connue grâce au récit de Maxime Planude, érudit byzantin du XIIIe siècle qui popularisa une Vie d’Ésope à partir d'un matériau datant probablement du Ie siècle. Le texte est issu de traditions diverses, certaines anciennes, d'autres de l'époque romaine. L’emprunt le plus important est le récit de la vie d’Ésope à Babylone qui est une transposition du récit de la vie d'Ahiqar, qui circulait en Syrie à cette époque[9]. La Fontaine a adapté ce récit et l'a placé en tête de son recueil de fables sous le titre La Vie d'Ésope le Phrygien. Selon ce récit, « Ésope était le plus laid de ses contemporains ; il avait la tête en pointe, le nez camard, le cou très court, les lèvres saillantes, le teint noir, d’où son nom qui signifie nègre ; ventru, cagneux, voûté, il surpassait en laideur le Thersite d’Homère ; mais, chose pire encore, il était lent à s’exprimer et sa parole était confuse et inarticulée[10]. »

Ces traits caricaturaux ont suffi à certains auteurs pour spéculer sur sa négritude[11]. Selon la légende, Ésope, ayant rêvé que la Fortune lui déliait la langue, s'éveille un jour guéri de son bégaiement. Acheté par un marchand d'esclaves, il arrive dans la demeure d'un philosophe de Samos, Xanthos, auprès duquel il rivalise d'astuces et de bons mots. Finalement affranchi, il se rend alors auprès de Crésus pour tenter de sauvegarder l'indépendance de Samos. Il réussit dans son ambassade en contant au roi une fable. Il se met ensuite au service du «roi de Babylone», qui prend grand plaisir aux énigmes du fabuliste. Il résout aussi avec brio les énigmes qu'aurait posées à son maître le roi d'Égypte. Voyageant en Grèce, il s'arrête à Delphes, où, toujours selon la légende, il se serait moqué des habitants de Delphes parce que ceux-ci, au lieu de cultiver la terre, vivaient des offrandes faites au dieu. Pour se venger, les Delphiens l'auraient accusé d'avoir volé des objets sacrés et condamné à mort. Pour se défendre, Ésope leur raconte deux fables, La Grenouille et le Rat et L'Aigle et l'Escarbot, mais rien n'y fait et il meurt précipité du haut des roches Phédriades[12].

Au cours de sa vie d'esclave, Ésope livre un combat incessant contre son maître Xanthos, dont le nom signifie « Blond ». On a souvent mis en doute la réalité historique de la prodigieuse destinée de cet ancien esclave bègue et difforme qui réussit à se faire affranchir et en vient à conseiller les rois grâce à son habileté à résoudre des énigmes. « Tout le récit de la vie d'Ésope est parcouru par la thématique du rire, de la bonne blague au moyen de laquelle le faible, l'exploité, prend le dessus sur les maîtres, les puissants. En ce sens, Ésope est un précurseur de l'anti-héros, laid, méprisé, sans pouvoir initial, mais qui parvient à se tirer d'affaire par son habileté à déchiffrer les énigmes[13]. ».

Ésope était déjà très populaire à l’époque classique, comme le montre le fait que Socrate lui-même aurait consacré ses derniers moments de prison avant sa mort à mettre en vers des fables de cet auteur. Le philosophe s’en serait expliqué à son disciple de la façon suivante : « Un poète doit prendre pour matière des mythes [...] Aussi ai-je choisi des mythes à portée de main, ces fables d’Ésope que je savais par cœur, au hasard de la rencontre[14]» Diogène Laërce attribue même une fable à Socrate, laquelle commençait ainsi : « Un jour, Ésope dit aux habitants de Corinthe qu'on ne doit pas soumettre la vertu au jugement du populaire. » Or, il s'agit là d'un précepte aujourd'hui typiquement associé au philosophe plutôt qu'au fabuliste. Socrate se servait sans doute du nom d'Ésope pour faire passer ses préceptes au moyen d'apologues[15].

Les fables[modifier | modifier le code]

Ésope représenté dans les Chroniques de Nuremberg de 1493.
Article détaillé : Fables d'Ésope.

Les fables d'Ésope sont de brefs récits en prose, sans aucune prétention littéraire. Il est pratiquement certain qu'il ne les écrivait pas[16]. La fable existait avant Ésope, mais celui-ci est devenu tellement populaire par ses bons mots qu'on en a fait le « père de la fable » : « le grec ne possédant pas de terme spécifique pour désigner la fable, le nom d'Ésope a servi de catalyseur, et ce d'autant plus facilement que toute science, toute technique, tout genre littéraire devait chez eux être rattaché à un « inventeur ». Ainsi s'explique, en partie, qu'Ésope soit si vite devenu la figure emblématique de la fable[17]. »

Le recueil original est perdu. Le premier recueil de fables attribuées à Ésope a été compilé par Démétrios de Phalère vers 325 av. J.-C.. Ce recueil, perdu, a donné naissance à d’innombrables versions. Une de celles-ci a été conservée sous la forme d’un ensemble de manuscrits datant probablement du Ie siècle, collection appelée Augustana. C’est à celle-ci que l’on se réfère lorsqu’on parle aujourd’hui des « fables d'Ésope ». Elle compte plus de 500 fables, toutes en prose, parmi lesquelles figurent les plus populaires, tels Le Corbeau et le Renard, Le lièvre et la Tortue, Le Bûcheron et la Mort, Le Vent et le Soleil, etc. Il est probable que le nom d'Ésope a servi à regrouper toute sorte de récits qui circulaient jusque là de façon orale et qui présentaient des caractéristiques communes[18]. Dans son édition critique, Chambry a retenu 358 fables.

Une des premières traductions françaises est celle faite par le Suisse Isaac Nevelet en 1610, qui compte 199 fables [19]. C'est le recueil qu'a utilisé La Fontaine.

Ésope inspira notamment :

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, Histoires, II, 134. Cité par Chambry 1927, p. IX
  2. cité par Suidas
  3. Chambry 1927, p. XV
  4. Z 21
  5. C. J. G., I, 8
  6. Chambry 1927, p. XV-XVI
  7. Chambry 1927, p. XVI
  8. West 1984
  9. Jouanno 2006
  10. Chambry 1927, p. XIX
  11. Thuram 2010, p. 25-29.
  12. Chambry 1927, p. XI-XII
  13. Canvat 1993, p. 8
  14. Platon, Phédon, 61b.
  15. Canvat 1993, p. 7
  16. Chambry 1927, p. XXIII
  17. Canvat 1993, p. 11
  18. Canvat 1993, p. 10
  19. Texte intégral sur Google Livres

Sources[modifier | modifier le code]

  • Karl Canvat et Christian Vandendorpe, La fable : Vade-mecum du professeur de français, Bruxelles-Paris, Didier Hatier, coll. « Séquences »,‎ , 104 p.
  • Émile Chambry, Ésope : Fables, Paris, Les Belles Lettres,‎ . Wikisource: Fables d’Ésope
  • Corinne Jouanno, Vie d'Ésope : livre du philosophe Xanthos et de son esclave Ésope : du mode de vie d'Ésope, Paris, Les Belles Lettres,‎ .
  • Lilian Thuram, Mes étoiles noires : de Lucy à Barack Obama, Paris, Philippe Rey,‎
  • Martin Litchfield West, La Fable : huit exposés suivis de discussions, Genève, Fondation Hardt,‎ .

Autres[modifier | modifier le code]

  • Le nom d'Ésope est attaché à un palindrome en langue française : « Ésope reste ici et se repose ».
  • La douzième étude de Charles-Valentin Alkan s'intitule Le festin d’Ésope.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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