Vertus cardinales

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Les quatre vertus cardinales identifiées depuis Platon jouent un rôle charnière (d'où leur nom de « cardinales », du latin cardo : charnière, pivot) dans l'action humaine et déterminent les autres vertus :

  1. La prudence ou sagesse dispose la raison pratique à discerner en toutes circonstances le véritable bien et à choisir les justes moyens de l’accomplir ;
  2. La tempérance assure la maîtrise de la volonté sur les instincts et maintient les désirs dans les limites de l’honnêteté, procurant l’équilibre dans l’usage des biens ;
  3. La force, c'est-à-dire le courage, force morale encore appelée fortitude, permet dans les difficultés la fermeté et la constance dans la poursuite du bien, affermissant la résolution de résister aux tentations et de surmonter les obstacles ;
  4. La justice consiste dans la constante et ferme volonté de donner moralement à chacun ce qui lui est universellement dû.

Selon Platon[modifier | modifier le code]

Selon Platon, les biens, soit existent par eux-mêmes, soit sont le résultat d'une perception. La seconde sorte ici décrite découle de la première : ce sont les vertus. La prudence, la justice, le courage et la continence[1]. Des quatre vertus, c'est la prudence la première et la principale. Les vertus sont des attitudes fermes, des dispositions stables, des perfections habituelles de l’intelligence et de la volonté qui règlent les actes, ordonnent les passions et guident la conduite. Elles procurent facilité, maîtrise et joie pour mener une vie moralement bonne. L’homme vertueux, c’est celui qui librement pratique le bien. Ce groupe de quatre vertus célébré par Pythagore au retour de ses séjours proche-orientaux[réf. nécessaire] fut repris par Socrate puis mis en évidence par Platon, suivi par Aristote et les philosophes stoïciens. Il est également présent dans le judaïsme hellénisé (Philon d'Alexandrie, IVe livre des Maccabées) et chez les Pères de l'Église. L'ordre d'importance platonicien est le suivant[2] :

  • La prudence,
  • La tempérance,
  • La justice,
  • Le courage

Vertus cardinales et vertus théologales[modifier | modifier le code]

Giotto, La Force (fortitudo), avec le bouclier, arme défensive, et la peau de lion d'Hercule.

Dans le christianisme, ce groupe de quatre vertus humaines, cardinales, est complété par trois autres vertus dites vertus théologales (foi, espérance et charité) qui les rendent plus parfaites. Leur ensemble est parfois appelé celui des sept vertus catholiques. Vertus proprement morales et tournées vers la société, les vertus cardinales ont été opposées par Charles Péguy aux saintes vertus surnaturelles que sont les vertus théologales, qu'il appelle « vertus divines, filles de Dieu »[3] ; elles se rapportent en effet directement à Dieu, or il y a antinomie entre la grâce et la vertu.

Dans la perspective chrétienne, les vertus humaines acquises par l’éducation, par des actes délibérés et par une persévérance toujours reprise dans l’effort, sont purifiées et élevées par la grâce divine. Avec l’aide de Dieu, elles forgent le caractère et donnent aisance dans la pratique du bien. L’homme vertueux est heureux de les pratiquer. Les vertus sont les fruits et les germes des actes moralement bons ; elles disposent toutes les puissances de l’être humain à communier à l’amour divin. Vertu cardinale, la justice est appelée « vertu de religion » quand il s'agit de justice envers Dieu.

Saint Paul rappelle que les vertus théologales ne sont pas toutes trois destinées à durer éternellement. À la fin des temps selon le christianisme, le retour de Dieu sera une évidence – et la foi n'aura donc plus de raison d'être, aucun doute ne pouvant subsister sur ce dont on est en permanence témoin. L'espérance, ne sera pas davantage de mise puisque, tout étant accompli, il n'y aura plus lieu d'espérer quoi que ce soit de supplémentaire. Seule subsistera donc, dit-il, la charité – ou amour[4].

Elles sont directement évoquées dans le Livre de la Sagesse (8,7), livre tardif de rédaction grecque de l'Ancien Testament, non inclus au canon juif ni protestant :
« Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont les fruits de ses travaux, car elle enseigne tempérance et prudence, justice et force. »

Histoire de l'art — Attributs des vertus cardinales[modifier | modifier le code]

Dans les œuvres littéraires et les œuvres d'art du Moyen Âge et de la Renaissance, les vertus sont généralement représentées sous les traits de femmes. Les vertus sont représentées avec des attributs symboliques, qui varient selon les artistes et les auteurs. Néanmoins certains attributs donnent lieu à de nombreux réemplois, par exemple :

  • pour la prudence : miroir et serpent ;
  • pour la tempérance : deux récipients avec l'eau passant de l'un à l'autre ;
  • pour la force : glaive ou couronne ;
  • pour la justice : balance ou épée.

À la Renaissance, certains ouvrages se sont attachés à normaliser ces attributs ou à les rencenser tout en fournissant des explications sur leur origine et leur symbolique. Le plus connu est l’Iconologia (1593) de Cesare Ripa, qui sera suivi de nombreux autres livres d'emblèmes.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La continence et ses variantes : le premier nom donné à la continence est tempérance ; cette tempérance sous-entend, entre autres synonymes, la continence, la pudeur et la prudence.
  2. Apulée, De la doctrine de Platon, Livre II.
  3. Charles Péguy, « La Ballade du cœur qui a tant battu », Œuvres poétiques complètes, Bibliothèque de La Pléiade, 1975, p. 1361.
  4. Saint Paul, Première épître aux Corinthiens, chapitre 13, verset 13.

Articles connexes[modifier | modifier le code]