Aléria

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Aléria
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Vue d'Aléria
Vue d'Aléria
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Corse
Département Haute-Corse
Arrondissement Corte
Canton Moïta-Verde
Intercommunalité Communauté de Communes de l'ORIENTE
Maire
Mandat
Ange Fraticelli
2008-2014
Code postal 20270
Code commune 2B009
Démographie
Gentilé Alériens
Aleriacci, Alerini (co)
Population
municipale
2 129 hab. (2011)
Densité 36 hab./km2
Géographie
Coordonnées 42° 06′ 53″ N 9° 30′ 48″ E / 42.1147222222, 9.51333333333 ()42° 06′ 53″ Nord 9° 30′ 48″ Est / 42.1147222222, 9.51333333333 ()  
Altitude 10 m (min. : 0 m) (max. : 102 m)
Superficie 58,33 km2
Localisation

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Site web Site Officiel de la Commune d'Aléria Corse

Aléria (en corse Aleria, prononcé [a.ˈleˑ.rjă]) est une commune française située dans le département de la Haute-Corse et la collectivité territoriale de Corse. Seul noyau d'habitations ancien de la Plaine orientale et autrefois lieu d'estive des troupeaux de très nombreux villages de l'intérieur (comme Serraggio, Vivario ou Vezzani), Aléria est malgré sa petite taille la cité tutélaire de la façade orientale de l'île et étend son influence de Pianello à Sari-Solenzara en passant par Piedicorte-di-Gaggio et Ghisoni.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Aléria est au centre de la plaine orientale de Corse, souvent nommée plaine d'Aléria .A l'initiative de la Collectivité Territoriale de Corse, un nouveau territoire a été créé "la Costa Serena" ainsi nommée par les professionnels du tourisme. Idéalement située, au carrefour de la RN 200 et de la RN 198 Aléria est à 73 km de Bastia, 71 km de Porto-Vecchio et 48 km de Corte. Le bourg centre de Cateraghju est à 2.7 km de la mer. Le Tavignano, second fleuve de l'île, traverse la commune en ouest/est sur environ 10KM et se jette dans la Tyrrhénienne au lieu-dit Padulone. Son littoral s'étend sur 12 km entre l'embouchure de l'étang de Diana au Nord et celle de l'étang d'Urbino au Sud. Les zones humides del Sale et de Siglione constituent un habitat privilégié pour de nombreuses espèces d'oiseaux, d'insectes et de petits mammifères. Son relief vallonné autorise de nombreuses cultures (vignes, céréales, fruitiers) et de l'élevage, essentiellement ovin et bovin. Avec Tallone et Linguizzetta, elle constitue le plus grand espace agricole de Corse.

Relief[modifier | modifier le code]

La commune est en grande partie une plaine alluviale formée par le remaniement marin des alluvions du Tavignano dont les méandres sillonnent la commune au pied des hameaux de Rotani, A Vaccaghja, Calviani, U Cateraghju et U Forte d'Aleria, site de la ville antique, jusqu'à la mer Tyrrhénienne, au sud de l'étang de Diane. La plaine, très riche durant la période Gréco-romaine a semble t-il été abandonnée à partir de la fin du 5e siècle.La destruction de la ville par les Vandales et un probable réchauffement climatique ont vu un fort développement du paludisme obérant ainsi toute possibilité de culture jusqu'au 20e siècle. L'assainissement de la plaine initié par les Génois aux XVIe et XVIIe siècles sans succès fut de nouveau entrepris à la fin du 19e siècle grâce à la main d'œuvre pénitentiaire sans plus de réussite malgré de gros travaux. C'est durant le deuxième conflit mondial que les américains grâce au DDT, interdit de nos jours, ont jugulé la malaria en exterminant son vecteur, l'anophèle. Dès lors, la plaine redevint le jardin de la Corse et vit se développer la viticulture, les céréales (blé, maïs, luzerne etc..) l'arboriculture(prunes, olives, amandes, kiwis, pommes, pêches, clémentines et oranges)et l'élevage(ovins et bovins).

La façade maritime[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Étang de Diane.

Toute la côte n'est qu'une bande de sable fin de douze kilomètres, entrecoupée seulement par l'embouchure du Tavignano. Les limites sont définies par deux graus :

  • au nord, le grau de l'étang de Diane qu'Aléria partage avec la commune de Tallone.
  • au sud le grau de l'étang d'Urbino qui est sur la commune de Ghisonaccia. Seule la rive nord de l'étang partant du grau jusqu'à l'embouchure du ruisseau de Frassone lui appartient.
L'étang de Diana

L'intérieur du littoral est en grande partie occupé par des étangs et des zones humides qui sont, du nord au sud : le marais de Padulone, le long et étroit étang del Sale (site naturel protégé) avec son canal d'assèchement se deversant dans le Tavignano à son embouchure, le marais de Siglione au sud de Casabianda, enfin les Pozzi Brandinchi et Pozzi Piatti.

L'intérieur des terres[modifier | modifier le code]

La commune s’étend sur les domaines agricoles environnants, du plan d’eau de Teppe Rosse (à l'ouest), à l’étang de Diana (au nord-est) et au pénitencier de Casabianda (au sud-est). Quelques petites collines modèlent son relief dont celle (59 m d'altitude) sur laquelle près du site néolithique de Terrina a été bâtie l'antique Alalia par les Phocéens vers 565 av.JC.

Les limites de la communes sont définies depuis le sud par une ligne partant du grau de l'étang d'Urbino, longeant la rive nord jusqu'à l'embouchure du ruisseau de Frassone, le bas cours de ce ruisseau jusqu'à la RN 198. De là, la ligne longe le bord nord de cette nationale sur environ 600 mètres puis part sur Punta di Paldomo une petite colline haute de 54 m qui est « à cheval » à la fois sur Ghisonaccia, Aghione et Aléria. La ligne repart ensuite direction NO rejoindre la route D343 qui relie la RN 198 à la RN 193 à Vivario (distance 43 km) via Pietroso, Vezzani et Muracciole. De la D343, elle se dirige tout droit au nord pour atteindre la partie occidentale du réservoir de Teppe Rosse, servant à l'irrigation et passe par Punta San Giovanni (102 m) qui délimite les communes de Aghione, Antisanti et Aléria, jusqu'au ruisseau de Figamorella, et suit son cours jusqu'à la confluence avec le Tavignano. La ligne remonte le cours du fleuve jusqu'à la confluence du ruisseau de Barallo, remonte son cours jusqu'à proximité de Pointe Rondella (123 m - Tallone) à l'extrémité nord de la commune. Cette ligne repart ensuite vers l'est en passant par Pointe Baratto (97 m), Pointe di Rondelle (70 m), Punta Bianca (50 m), Puntallone, coupe la RN 198 d'où elle suit le cours du ruisseau de Pietroni jusqu'à l'étang de Diane et atteindre enfin le sud de son grau, partageant l'étang avec Tallone.

Hydrologie[modifier | modifier le code]

La commune est traversée par le fleuve Tavignano qui achève ici sa course dans la mer. Le bourg Cateraggio (U Cateraghju qui signifie le vieux portail en corse) domine le fleuve légèrement en retrait de la côte.

Le littoral comporte plusieurs zones humides préservées, les plans d'eau littoraux : Étang de Diana, Marais del Sale, Marais de Silione et Pozzi Piatti, mais aussi l'embouchure du Tavignano.

Accès[modifier | modifier le code]

Aléria est située au carrefour des RN 200 et RN 198, leurs jonctions se fait dans l'agglomération de Cateraggio. Ces 2 nationales relient ainsi Aléria au nord à Bastia, à l'ouest à Corte au centre de l'île, et au sud à Porto-Vecchio, Bonifacio. La Côte Orientale servant de parcours aux Italiens pour se rendre via la mer et la route, de l'Italie en Sardaigne, la RN 198 est empruntée par beaucoup de voyageurs devant se rendre dans l'île voisine.

La route D43 permet de gagner les villages du canton de Vezzani en passant par le village haut perché d'Antisanti, distant de  21km. La D43 prend naissance à la RN 198, sous le fort d'Aléria. Elle peut être rejointe depuis la RN 200 en prenant la « route de l'ancienne voie ferrée », passant par le hameau de la Gare.

Aléria était autrefois desservie par les Chemins de fer de Corse. La ligne de la côte orientale jusqu'à Ghisonaccia dans un premier temps (elle a été prolongée jusqu'à Porto-Vecchio en 1935), avait été ouverte le 17 juin 1888. Mais avec les importantes destructions subies durant la Seconde Guerre mondiale, la ligne ne devrait plus jamais desservir cette ville.

Un projet de la Collectivité territoriale de Corse serait de reconstruire une partie de la ligne depuis la gare de Casamozza sur une dizaine de kilomètres jusqu'à Folelli.

Communes limitrophes[modifier | modifier le code]

Rose des vents Antisanti Tallone Mer Tyrrhénienne Rose des vents
Aghione N Mer Tyrrhénienne
O    Aléria    E
S
Aghione,
Ghisonaccia
Ghisonaccia Mer Tyrrhénienne

Urbanisme[modifier | modifier le code]

Avec ses petites collines qui étaient déjà occupées depuis l'antiquité et ses constructions nouvelles en plaine et en bordure de mer, la commune allie le moderne avec l'ancien. Autrefois insalubre, assainie par l'armée américaine durant la Deuxième guerre mondiale, la fertile plaine a été remise en valeur, morcelée avec des fermes implantées sur de vastes parcelles aujourd'hui plantées de vigne et d'arbres fruitiers.

Ses habitants sont disséminés dans une douzaine de hameaux qui pour la plupart, étaient à l'origine des fermes agricoles. Le bourg principal est aujourd'hui U Cateraghju qui concentre plus de la moitié de la population.

Aléria[modifier | modifier le code]

Aleria colonia : le village et fort d'Aleria, nom de lieu mentionné par Ptolémée dont l'emplacement est indiqué par les cartes topographiques[1].

Aléria est l'antique village devenu un pôle touristique et culturel d'importance dans la plaine orientale de l'île. Quelque peu retiré des anciennes maisons, le fort Matra, du nom de la puissante famille qui régnait sur la pieve de Serra au temps des Génois, visible à la ronde, en est le point fort. Il abrite depuis 1978 le Musée départemental d'archéologie Jérôme Carcopino dans lequel sont exposés nombres d'objets et vestiges découverts lors de fouilles sur le site d'Aléria et dans les environs.

En face du fort s'élève l'église paroissiale Saint-Marcel, sans doute première cathédrale de Corse, probablement construite durant le IVe ou le Ve siècle de notre ère. Le légendaire Ugo Colonnal'aurait reprise aux barbaresques au IXe siècle. Un peu plus loin, proche des fouilles, se trouve le cimetière.

Cateraggio[modifier | modifier le code]

Vue de Cateraggio

Le hameau de Cateraggio (U Cateraghju) à la croisée des RN 198 et RN 200, s'est développé rapidement depuis la fin du siècle dernier, devenant une agglomération active avec immeubles de logements et habitations nouvelles, des commerces de bouche en tous genres, banques, supermarché, station service, et des services publics de proximité, etc. Sa situation à un carrefour stratégique, permet de gagner rapidement Bastia, Corte et Porto-Vecchio qui se trouvent à des distances quasi équivalentes. "U Cateraghju" a supplanté "U forte d'Aleria" dans l'immédiat après guerre en raison des contraintes liées à la protection du Site Antique et à la plus grande disponibilité de terres constructibles au bord de la nationale.

Casabianda[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Casabianda.

Casabianda est le nom donné au pénitencier et au grand domaine qui l'entoure, exploité par l'administration pénitentiaire. Familles du personnel et détenus semi-libres résident dans de grands bâtiments.

Teppe Rosse et la Gare[modifier | modifier le code]

Teppe Rosse et la Gare sont deux hameaux habités de la commune. Autrefois la voie ferrée des Chemins de fer de Corse Casamozza / Porto Vecchio traversait la commune et son tracé passait par l'actuel réservoir de Teppe Rosse qui sert aujourd'hui à l'irrigation des cultures environnantes. Depuis longtemps supprimée suite aux destructions de la dernière guerre, la voie a disparu, les terrains et bâtiments ont été vendus. Le hameau de la Gare subsiste néanmoins, comme l'est également le hameau de Ghisonaccia-gare dans la commune voisine de Ghisonaccia où la voie ferrée a été déposée également à la même époque.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Si la cité d'Aléria existe depuis le VIe siècle av. J.-C., la commune d'Aléria n'a été créée qu'en 1824, avec des terres prises à Tallone, Zuani, Vivario et Muracciole[2].

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Les premiers signes d’occupation du plateau d’Aléria par l’homme remontent au VIe millénaire av. J.-C. Du néolithique à l’âge du fer, les habitants des environs vivent d’élevage et d’agriculture, de pêche dans les étangs voisins, exploitant peu à peu les ressources naturelles, et développant la métallurgie.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Vers 565 av. J.-C., les Phocéens chassés d’Asie Mineure par les Perses, fondent Alalia, à l’emplacement actuel d’Aléria. La Corse entre ainsi en contact avec les autres civilisations méditerranéennes, par le commerce notamment. La cité est peuplée de familles d’immigrés grecs. Les autochtones ne viennent en ville que pour commercer mais voient leurs habitations refoulées vers les hauteurs et les forêts. Les Phocéens qui introduisent en Corse la culture de la vigne de l’olivier et du blé, importent amphores et céramiques, développent les arts, la littérature, construisent des édifices en dur entre des rues et des places tracées par des urbanistes, élèvent un temple.

Les Étrusques s’intéressent à l’opulente Alalia puis les Carthaginois s’allient à eux pour la bataille navale de 535 av. J.-C., au large de la cité. Les Phocéens perdent soixante de leurs navires et sont obligés de fuir en masse vers Massilia ou l’Italie. Le comptoir d’Alalia se métisse : des populations étrusques et carthaginoises y cohabitent avec les Grecs.

La présence carthaginoise dans ce comptoir cosmopolite attire plus tard les ambitions de Rome. « À cette époque Aléria se trouvait sur les bords de la mer, comme l'indique Ptolémée, et la bande de dunes, d'environ 2 kilomètres, qui aujourd'hui la sépare du rivage, est due à un continuel sur-exhaussement du sol »[1]. En vérité le rivage était plus près d'une centaine de mètres du village. En attestent les vestiges du port de commerce trouvés au sud du Tavignani à 150 ou 200 mètres de la mer.

Alalia est prise en 259 av. J.-C. et devient Aléria. Après la conquête de l’île, un fort de légionnaires y est établi par Sylla. Auguste promeut la ville au rang de colonie qui devient capitale de la Corse : le procurateur de l’empereur y réside dans un palais.

« La colonie d'Aléria fondée par Sylla, au profit de ses vétérans, comprenait la vaste plaine d'Aléria ; bâtie sur l'emplacement de la colonie phocéenne d'Alalia, près de Rotani, elle se trouvait au centre de la région la plus fertile de l'île et devint un évêché de très bonne heure »[1].

Le consul Lucius Cornélius Scipion avait vite pris conscience du rôle stratégique occupé par Aléria qui pouvait servir aussi bien de base opérationnelle idéale d'un corps expéditionnaire pouvant en deux jours de marche atteindre l'emplacement actuel de Corte, véritable pivot de la défense intérieure, ou pour se porter rapidement sur toutes les autres villes maritimes.

Avec le temps, Aléria prend des allures romaines, on y trouve un forum romain, un prétoire, des villas, des boutiques, un temple, des thermes romains et des égouts. Pour sept siècles, elle constitue le centre de la forte romanisation de la Corse et un grand port d’exportation de granite, de minerais, d’huile et de liège.

À proximité de la ville les Romains disposent d'un port de guerre situé sur la côte même ou dans l'étang de Diana : Dianæ portus[3]. « Bons cavaliers et bons fantassins, les Corses étaient aussi d'excellents marins. La flotte de Misène avait deux stations dans l'île, l'une à Aléria et l'autre à Mariana. Le commandement de la flottille était exercé par un triérarque des galères », comme l'indique Tacite[4],[1].

La christianisation s’y déroule très tôt (vers 60 apr. J.-C.). Sainte Dévote y est martyrisée vers le IIIe siècle. La légende veut que sa dépouille ait été miraculeusement conduite à Monaco dans une barque guidée par une colombe. C'est certainement à partir d'Aleria que se développa la christianisation de l'ile, sans doute durant le IVe siècle avec la création de la première église cathédrale de Corse dédiée à Saint Marcel. Cette dernière sans doute située sous la maison "Caminati" et l'actuelle église fut détruite et reconstruite à de multiples reprises.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

À la chute de Rome, vers le Ve siècle, les Vandales qui déferlent sur la Corse rasent la ville. Apportant avec eux les germes de la malaria, ils rendent la présence humaine impossible sur la plaine d’Aléria pour les siècles à venir.

Le samedi saint 809, les Maures d'Espagne abordèrent en Corse et enlevèrent toute la population d'une ville, à l'exception de l'évêque et de quelques vieillards trop débiles pour trouver des acheteurs sur les marchés d'esclaves, dit dom Bouquet. Le chroniqueur Pietro Cirneo dira que cette ville était Aléria et ajouta : « Les habitants d'Aléria, pour se mettre à l'abri de ces invasions incessantes, jugèrent à propos de chercher un refuge les uns à Serra (la Serra était une pieve comprenant vers 1520 les lieux habités de Zuani Zalana, Ampriani, Pianellu Matra et Moïta), d'autres à Alesani, d'autres à Campoloro, dans les domaines qu'ils tenaient de leurs aïeux »[1].

En 935, la vieille colonie d'Aléria était devenue un des principaux boulevards des Sarrasins[1]. « Les premiers corsaires qui la prirent, la saccagèrent de fond en comble, mais lorsque le nombre de leurs compatriotes s'accrut, ils durent chercher à relever les ruines romaines et à s'y établir. Passionnés pour les courses de taureaux et les luttes d'hommes, il ne serait pas extraordinaire qu'ils eussent rebâti, ou même seulement restauré l'amphithéâtre. De ses proportions toutes mesquines, on peut conclure que la population d'Aléria était très faible, à l'époque où il fut construit, car je ne suppose pas qu'il ait jamais pu contenir plus de deux mille spectateurs »[5].

Au début du XIe siècle, probablement après la bataille de Luni (1016), des seigneurs toscans ou génois, sans mandat du Saint-Siège, passent en Corse et, aidés par les populations chrétiennes, chassent les musulmans du Nebbio, de la Balagne, de Mariana et d'Aleria (Par un traité conclu, au mois d'avril 1020, entre l'Empereur Henri II et le Pape Benoît VIII, la Corse est reconnue au Saint Siège. Soit par négligence, soit par impuissance, les Papes paraissent ne pas s'être occupés de la Corse avant 1077[6],[1].

En 1077, le Saint-Siège revendique ses droits de suzeraineté sur la Corse. Il envoie des seigneurs pisans achever la conquête de l'île. En 1091, sur les instances de la comtesse Mathilde, la Corse est donnée en fief par Urbain II à l'évêque de Pise, moyennant un cens annuel et sous la condition qu'il resterait fidèle à l'Église Romaine.

En 1347, ayant obtenu le consentement des seigneurs et des populations, les Génois décident l'occupation entière de l'île. En 1359, le territoire compris entre Brandu et Aléria, Corte et la mer, qui s'est libéré du joug féodal, s'allie à la commune de Gênes.

Au XVe siècle, les Génois tentent vainement de relever la ville et construisent un fort. La famille De Matra en a le commandement jusqu'au XVIIIe siècle. En 1736 Francesco Saverio MATRA à la tête des insurgés y reçoit Théodore de Neuhoff, alors que les Corses de l’intérieur luttent pour se libérer de Gênes. Vingt ans plus tard, son fils se brouillera avec Paoli et s'alliera de nouveau aux Génois.

Temps modernes[modifier | modifier le code]

L’histoire de la ville n’est pas bien connue ensuite. Elle restera néanmoins jusqu'à l'époque française un des cinq évêchés corses, même si à partir de 1578 les évêques d'Aléria résident à Cervione. En 1729 lors des premiers soulèvements contre Gênes, l'évêque d'Aléria est Mgr Camillo de Mari.

Aléria fera partie des pieve d'Opinu, de Serra puis de Rogna. Avec la Révolution, les pieve prennent en 1790 le nom de cantons. La pieve de Serra devient le canton de Moïta.

En 1824 la commune d'Aléria est créée avec des terres prises à Tallone, Zuani, Vivario et Muracciole. Son territoire sera modifié plus tard.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

Le repeuplement des lieux est enfin possible après la Seconde Guerre mondiale, grâce à l’assainissement de la plaine par l’armée américaine.

Les évènements d’Aléria[modifier | modifier le code]

Le 21 août 1975, quelques dizaines d'hommes, entraînés par Edmond Simeoni, occupent la ferme d'un viticulteur d’Aléria d'origine pied-noir suspecté d'être mêlé à un scandale financier. Le leader de l'Action régionaliste Corse (ARC) fait connaître les raisons de ce coup de force en ces termes :

« Il s'agit de dévoiler le scandale des vins mettant en cause le propriétaire de la cave et plusieurs de ses amis négociants. Après avoir bénéficié de prêts exorbitants, les responsables des caves vinicoles ont mis sur pied une énorme escroquerie de plusieurs milliards d'anciens francs, au préjudice de petits viticulteurs. »

Par la suite, 1 200 gendarmes et CRS sont acheminés afin de donner l'assaut avec l’appui de blindés et d'hélicoptères, et faire sortir de la cave ses occupants.

Le vendredi 22 août voit la reddition des occupants de la ferme Depeille, après une fusillade qui fera deux morts parmi les forces de l'ordre et un blessé grave (Pierrot Susini a le pied arraché) parmi les manifestants. Les autonomistes quittent leur retranchement les armes à la main alors que de nouveaux renforts arrivent par hélicoptères. La foule tente alors de forcer les barrages, entonne l’hymne corse et finit par venir incendier les restes de la ferme et des bâtiments viticoles. Toute la nuit à Bastia ont lieu de violents affrontements.

L’ARC est dissoute le 27 août, ce qui donne lieu à de nouveaux affrontements armés à Bastia, qui se soldent par un mort et plusieurs blessés parmi les forces de l'ordre dépêchées du continent.

Le drame d’Aléria jette l’opprobre sur les finances et la politique locale, et portera même un grave préjudice aux vins corses. « Ces trois minutes qui ébranlèrent la Corse » marquent le point de départ de la radicalisation du nationalisme corse.

Administration[modifier | modifier le code]

Liste des maires successifs
Période Identité Étiquette Qualité
Les données manquantes sont à compléter.
mars 2001 en cours Ange Fraticelli UMP Conseiller général

Démographie[modifier | modifier le code]

Évolution démographique[modifier | modifier le code]

En 2011, la commune comptait 2 129 habitants. L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1831. À partir du XXIe siècle, les recensements réels des communes de moins de 10 000 habitants ont lieu tous les cinq ans, contrairement aux autres communes qui ont une enquête par sondage chaque année[Note 1],[Note 2].

           Évolution de la population  [modifier]
1831 1836 1841 1846 1851 1856 1861 1866 1872
97 42 75 75 57 75 791 1 450 1 636
1876 1881 1886 1891 1896 1901 1906 1911 1921
1 412 1 634 588 623 760 740 786 722 836
1926 1931 1936 1946 1954 1962 1968 1975 1982
793 791 780 734 907 778 1 913 2 885 2 410
1990 1999 2006 2007 2011 - - - -
2 022 1 966 2 002 2 007 2 129 - - - -
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[7] puis Insee à partir de 2004[8])
Histogramme de l'évolution démographique


Pyramide des âges[modifier | modifier le code]

Pyramide des âges à Aléria en 2007 en pourcentage[9].
Hommes Classe d’âge Femmes
0,1 
90  ans ou +
0,8 
5,3 
75 à 89 ans
9,7 
16,5 
60 à 74 ans
13,4 
28,2 
45 à 59 ans
23,3 
20,7 
30 à 44 ans
19,2 
16,7 
15 à 29 ans
16,7 
12,5 
0 à 14 ans
16,8 
Pyramide des âges du département de la Haute-Corse en 2007 en pourcentage[10].
Hommes Classe d’âge Femmes
0,5 
90  ans ou +
1,4 
7,0 
75 à 89 ans
10,5 
15,7 
60 à 74 ans
16,1 
21,2 
45 à 59 ans
20,6 
20,9 
30 à 44 ans
20,7 
18,7 
15 à 29 ans
16,4 
16,0 
0 à 14 ans
14,4 

Économie[modifier | modifier le code]

Le climat et la fertilité des terres environnantes ont permis à la plaine d’Aléria d'être depuis toujours le cœur de la production corse par son agriculture et son pastoralisme :

Le tourisme prend de l’importance. L'appellation Costa Serena apparaît désormais sur les brochures indiquant le contraste qui existe entre le littoral oriental serein (plages de sable en pente douce) et la côte occidentale abrupte, rocheuse et tourmentée. Aléria a l'avantage de posséder de grandes plages de sable fin qui attirent un grand nombre d'estivants. Dans son projet de développement touristique, la commune a acquis en mai 2010 l'ancien village-vacances de Casabianda, un espace de 11 ha au sud du domaine de Casabianda qui n'était plus exploité depuis une dizaine d'année par son créateur, le Comité des œuvres sociales, sportives et culturelles de l'administration pénitentiaire.

Culture locale et patrimoine[modifier | modifier le code]

Lieux et monuments[modifier | modifier le code]

Patrimoine civil[modifier | modifier le code]

Site archéologique de la ville antique d'Aléria[modifier | modifier le code]

Le site archéologique d'Aléria se compose d'un rempart de la période grecque (actuellement non accessible), de la nécropole pré-romaine, des vestiges de l’ancienne cité romaine, d'une villa romaine, partiellement mis au jour (depuis 1965). Les constructions urbaines constituent le premier ensemble antique corse, avec forum, portiques, temple, nymphée, maisons et boutiques, balneum et mosaïques, établissement industriel, voirie… La Collectivité Territoriale de Corse en est propriétaire et projette un aménagement conséquent du site, avec un centre d'interprétation. De nombreuses pièces (mobilier, céramiques, monnaies, sculptures, bronzes…) se trouvent cependant aujourd’hui au Musée départemental d'archéologie Jérôme Carcopino, bénéficiant du label "Musée de France".

Le site archéologique est classé Monument historique par arrêté du 18 décembre 1990[12].

Vestiges de la nécropole préromaine et villa romaine[modifier | modifier le code]

Ces vestiges antiques qui se trouvent à Mattonata, Casabianda et Lavandagio, recèle un cimetière classé Monument historique par arrêté du 30 novembre 1972[13].

Thermes romains dits de Santa Laurina[modifier | modifier le code]

Les ruines des thermes romains du site archéologique d'Aléria datent du IIe siècle. Propriétés d'une personne privée, elles sont d'un grand intérêt archéologique et sont inscrites Monument historique par arrêté du 23 janvier 2007, modifié par arrêté du 12 novembre 2007[14].

Fort de Matra[modifier | modifier le code]
Fort de Matra

Le fort se situe sur un éperon rocheux au nord du plateau d’Aléria et domine le fleuve Tavignanu et la plaine alentour. Construit vers 1484 par les Génois, il constituait un poste de garnison et de surveillance de la côte et des étangs, ainsi qu’un dépôt d’armes génois. C’est pourquoi il fut pillé par les insurgés lors de la révolte corse de 1729. Le 12 mars 1736, Théodore de Neuhoff, alors nommé roi de Corse, débarquant en Corse, y fut accueilli solennellement. Enfin, les Matra s’en servirent de point d’appui dans leur lutte contre le gouvernement de Pascal Paoli.

Le fort de Matra est classé Monument historique par arrêté du 12 octobre 1962[15].

Tour de Diana[modifier | modifier le code]

Les vestiges de la tour de Diana, ancienne tour génoise, sont encore visibles entre la côte et l’étang de Diana.

Patrimoine religieux[modifier | modifier le code]

L’église Saint-Marcel[modifier | modifier le code]
Église Saint-Marcel
Porte de l'église Saint-Marcel

Elle fut la première bâtie en Corse (au cours du Ier millénaire), détruite puis reconstruite plusieurs fois, en réutilisant des pierres de la ville romaine.

L’église Saint-Marcel est classée Monument historique par arrêté du 15 janvier 1987[16].

Elle recèle un tableau Saint Marcel entre deux martyrs, peinture à l'huile sur toile du XVIIe siècle. L'œuvre est classée Monument historique par arrêté du 23 octobre 1989[17].

Patrimoine naturel[modifier | modifier le code]

L'étang del Sale[modifier | modifier le code]

L'étang del Sale est un site naturel protégé au sud-est du village, séparé de la mer Tyrrhénienne par un cordon lagunaire long d'environ 3,2 km. Il est délimité au nord par l'embouchure du Tavignano dans lequel il est ouvert, et au sud par une ancienne station de pompage. Il est un ensemble de marais d'eau douce, d'une superficie de 210 ha. Il est situé entre des étangs plus importants : au nord l'étang de Diane et au sud l'étang d'Urbino et l'étang de Palo.

Cette zone humide est davantage une zone roselière qu'un étang ; il est d'une richesse ornithologique remarquable. L'avifaune nicheuse et hivernante est caractéristique des zones humides corses. Toutefois, en l'absence de vasières, les limicoles et grands échassiers restent discrets.

L'étang del Sale appartient au Conservatoire du littoral et est géré par le conseil général de Haute-Corse. Il est une réserve de chasse.

Domaine de Casabianda[modifier | modifier le code]

Le domaine de Casabianda (sud-est) s’étend sur 1 800 ha. Il est occupé par une réserve naturelle et par un pénitencier modèle (expérience de travail en semi-liberté)[18].

Musée départemental d'archéologie Jérôme Carcopino[modifier | modifier le code]

Le fort de Matra abrite aujourd’hui le Musée départemental d'archéologie Jérôme Carcopino d’Aléria, relevant du Conseil Général de Haute-Corse. Le musée prend depuis 1969 le nom du savant corse Jérôme Carcopino, à l’origine de la reprise des fouilles sur le site antique. Près de 8 000 ans d’histoire sont exposés. Les objets les plus anciens datent du Ve siècle av. J.-C. et les plus récents du Ve siècle apr. J.-C. Les vestiges préhistoriques, les céramiques grecques, étrusques et romaines, les éléments de parure, les objets utilitaires et les armes qu’on y voit sont d’un grand intérêt archéologique pour la Corse antique.

Quelques-uns des objets qui y sont exposées :

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au début du XXIe siècle, les modalités de recensement ont été modifiées par la loi no 2002-276 du 27 février 2002, dite « loi de démocratie de proximité » relative à la démocratie de proximité et notamment le titre V « des opérations de recensement », afin de permettre, après une période transitoire courant de 2004 à 2008, la publication annuelle de la population légale des différentes circonscriptions administratives françaises. Pour les communes dont la population est supérieure à 10 000 habitants, une enquête par sondage est effectuée chaque année, la totalité du territoire de ces communes est prise en compte au terme de la même période de cinq ans. La première population légale postérieure à celle de 1999 et s’inscrivant dans ce nouveau dispositif est entrée en vigueur au 1er janvier 2009 et correspond au recensement de l’année 2006.
  2. Dans le tableau des recensements et le graphique, par convention dans Wikipédia, et afin de permettre une comparaison correcte entre des recensements espacés d’une période de cinq ans, le principe a été retenu, pour les populations légales postérieures à 1999 de n’afficher dans le tableau des recensements et le graphique que les populations correspondant aux années 2006, 2011, 2016, etc., ainsi que la dernière population légale publiée par l’Insee.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g La Corse dans l'antiquité et le Haut Moyen Âge - Xavier POLI - Librairie Albert FONTEMOING 1907
  2. ADECEC - CORSE : Éléments pour un dictionnaire des noms propres
  3. (notice BnF no FRBNF405910500)
  4. Tacite, Histoires, Livre II, 16.
  5. « J'ai attribué ces constructions aux musulmans, mais elles peuvent encore être l'ouvrage des chrétiens du VIe au VIIIe siècle, époque de barbarie, s'il en fut. » Note de Mérimée, p. 81
  6. Pietro Cirneo, p. 96
  7. Des villages de Cassini aux communes d'aujourd'hui sur le site de l'École des hautes études en sciences sociales.
  8. Fiches Insee - Populations légales de la commune pour les années 2006, 2007, 2011
  9. « Evolution et structure de la population à Aléria en 2007 », sur le site de l'Insee (consulté le 31 juillet 2010)
  10. « Résultats du recensement de la population de la Haute-Corse en 2007 », sur le site de l'Insee (consulté le 31 juillet 2010)
  11. Cave Coopérative d’Aleria
  12. « Notice no PA00099262 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  13. « Notice no PA00099151 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  14. « Notice no PA2B000005 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  15. « Notice no PA00099150 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  16. « Notice no PA00099149 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  17. « Notice no PM2B000666 », base Palissy, ministère français de la Culture
  18. "Jean-Marie Bockel a visité le centre de détention de Casabianda", 31 août 2009