Fourrage

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Fourrage (homonymie).
Séchoir à fourrage, utilisé en Slovénie, vers 1680

Un fourrage est, dans les domaines de l'agriculture et de l'élevage, une plante ou un mélange de plantes utilisé pour l'alimentation des animaux.

Il s'agit en premier lieu des parties végétatives de la plante (feuilles, tiges, éventuellement racines), à l'exclusion des fruits et des graines et que l'on utilise soit à l'état frais, soit conservés, généralement par séchage. Certaines parties de plantes comme la racine de la betterave à sucre sert à d'abord produire du sucre, puis la pulpe résiduelle, éventuellement fermentée en ensilage peut être utilisée comme fourrage.

Le fourrage est utilisé pour bovins, caprins, ovins, équins, mais également pour porcins, camélidés, canards, oies, lapins, etc.

Étymologie et vocabulaire dérivé[modifier | modifier le code]

Le terme fourrage est dérivé du français feurre (aussi fouarre), « fourrage pour les animaux » en ancien français, puis « paille de céréales » et « paille longue utilisée pour empailler les sièges, couvrir les habitations rurales » de manière plus contemporaine, suivi du suffixe -age[1]. Ce mot est désuet. Il trouve son origine dans un terme vieux bas francique *fodar, même sens, apparenté au moyen néerlandais voder, au vieux haut allemand fôtar qui a donné l'allemand Futter et à l'anglais food.

On parle aussi de

  • surface fourragère, qui est en France pour l'administration agricole la somme des surfaces destinées à l’alimentation des animaux (en France : de janvier à fin juillet, à l'exclusion des parcours ; elle est maintenant déclarée au travers des seuls intitulés de cultures et tout manquement au système de déclaration de surfaces fourragère peut impliquer une pénalité (réduction des aides PAC de l’année). Il peut s'agir de prés et prairies (naturelles ou non, permanentes ou non), d'estives (tant qu'il s'agit d'une surface non-partagée), de cultures fourragères annuelles (ex betterave fourragère, luzerne…) ainsi parfois que de maïs et céréales autoconsommées dans la cadre d'un système de type polyculture-élevage (notamment dans le cas des indemnités compensatoires de handicaps naturels, dits « ICHN »)[2]. Sous d'autres latitudes ou dans le passé, la surface fourragère peut aussi être partagée et gérée de manière communautaire (ex : près communaux en France)
  • système fourrager Cette notion est récente et évolutive[3] ; on lui a d'ailleurs donné plusieurs définitions ; elle désignait d'abord l' « ensemble organisé des moyens destinés à produire les fourrages d'une exploitation ou d'un ensemble d'exploitation », pour A. Pousset (1974, 1978)[4],[5], il s'agit d' « un descriptif des cultures fourragères pratiquées, permettant de classer les exploitations ou les régions agricoles » (notion proche de celle d'assolement fourrager ou pour d'autres, c'est - de manière plus précise - « un ensemble de techniques allant du choix des fourrages jusqu'au revenu de l'éleveur en passant par l'assolement fourrager, la conduite générale de l'élevage, ... les investissements et le travail à mettre en œuvre, sans négliger le niveau technique de l'éleveur, ses goûts et ses idées personnelles », puis la définition a encore évolué pour aussi désigner « un système d'information et de décision visant à équilibrer les ressources et les besoins en fourrages »[6], éventuellement (depuis les années 2000 à l'aide de logiciels de simulation[7] et/ou d'aide à la décision de choix de gestion et d’affectation/utilisation de parcelles en herbe[6],[8]. C'est en tous cas l'un des éléments caractérisant le « système d'exploitation » et sa mise en oeuvre dans l'espace et dans le temps. Pour L'ITCF et l'EDE d'Ille-et-Vilaine en 1977, il se définit aussi par le choix des espèces, de leur agencement combiné, de leurs proportions et de leurs modes de culture (fertiliation[9], irrigation[10]...) et d'exploitation (fauche, ensilage...), de l'assolement à la récolte[11].
    Il peut être simple, mixte ou complexe. Une diversification des espèces, et un choix d'espèces complémentaires en termes de période de germination et de croissance (pour avoir du fourrage toute l'année), et en termes de nutrition (en associant graminées et légumineuses par exemple) et une certaine biodiversité sont des facteurs permettant de sécuriser le système et de le rendre écologiquement plus résilient face à divers aléas (ex : forte pluviométrie, grêles, gel, sécheresses, inondations, sécheresse ou canicule, etc.)[12]. « Les systèmes mixtes associant prairies, fourrages annuels, et cultures dérobées sont les plus robustes ». Dans tous les cas, il faut que les plantes fourragères soient bien adaptées au contexte édaphique et écopaysager local.
  • Région fourragère, une région où les systèmes herbagers sont dominants.

Utilisation des fourrages[modifier | modifier le code]

Transport hippomobile de fourrage en Roumanie

Les fourrages donnés aux ruminants sont principalement cultivés sous formes de prairies, permanentes ou temporaires. La consommation du fourrage se fait alors directement par pâturage pendant la saison de pousse de l'herbe, pour les animaux de pacage. Les prairies peuvent aussi être fauchées et distribuées en frais, sous forme d'ensilage, ou en sec, aux animaux élevés dans des enclos.

Les différents fourrages et plantes fourragères sont distribués aux animaux seuls ou mélangés. Selon leur composition, il est généralement nécessaire d'ajouter à la ration d'autres produits tels que des concentrés afin de fournir une alimentation équilibrée.

L'ingestibilité d'un fourrage est d'autant plus faible que celui-ci est fibreux, c'est-à-dire riche en cellulose. La paille, sous-produit des cultures de céréales, peut ainsi être utilisée comme fourrage, notamment pour l'alimentation des bovins en période de sécheresse qui réduit les disponibilités en fourrage. Cependant ce produit peu nutritif et peu appétant doit être complémenté en urée (matière azotée) et en mélasse (pour améliorer l'appétence et la digestibilité).

Méthode de conservation[modifier | modifier le code]

Balles de foins ( séchage naturel )

Pour faire face aux besoins des animaux en toutes saisons, il est nécessaire de conserver le fourrage. Plusieurs méthodes sont utilisées :

  • le séchage naturel qui permet de produire le foin ;
  • le séchage en grange par ventilation du foin récolté, méthode permettant d'améliorer le séchage naturel ;
  • la déshydratation qui conduit au fourrage déshydraté, conditionné en bouchons ou granulés ;
  • l'ensilage, mode de conservation par voie humide, basé sur une fermentation acide plus ou moins contrôlée en stockant la matière humide densément serrée, dans des silos.
  • le stockage en tas pour des plantes qui respirent, telles que les betteraves fourragères.
  • l'enrubannage qui utilise le même principe de conservation que l'ensilage mais à l'échelle d'une balle de foin que l'on a préalablement mise en anaérobiose en l'entourant d'un film plastique spécifique.

Liste des plantes fourragères[modifier | modifier le code]

Les fourrages sont principalement constitués de plantes prairiales herbacées, essentiellement des graminées et secondairement des légumineuses, mais de nombreuses autres espèces de plantes sont cultivées pour l'alimentation des animaux domestiques herbivores et entrent dans la catégorie des plantes fourragères.


Plantes sarclées[modifier | modifier le code]

Plantes de prairies[modifier | modifier le code]

Poacées[modifier | modifier le code]

Fabacées[modifier | modifier le code]

Arbres fourragers[modifier | modifier le code]

Certaines espèces d'arbre peuvent être utilisées comme fourrage grâce à leur feuillage ou à leurs fruits. En climat tempéré, on peut citer le feuillage et les jeunes rameaux du frêne, de l'orme, du mûrier, du robinier, du peuplier ou de l'érable sycomore. Stocké pour l'hiver, le feuillage sec de frêne, de mûrier ou d'orme est souvent l'égal de la luzerne ou du sainfoin[13].

D'autres arbres sont utilisés à la fois comme arbre fourrager et en agroforesterie. On peut citer l'albizzia, le paulownia ou l'argousier[14] sous climat tempéré ou Faidherbia et Acacia en régions arides.

On peut également utiliser les fruits du chêne, du châtaignier ou du févier d'Amérique.


Références[modifier | modifier le code]

  1. Site du cnrtl : étymologie de feurre
  2. PAC : Surfaces fourragères - 2014, par la chambre d'Agriculture de Normandie (2014)
  3. Planquaert P & Mathieu J (1977) « Évolution probable des systèmes fourragers en France », Fourrages n? 72,239-246.
  4. Pousset A (1974) « Physionomie actuelle de la production fourragère et de sa fertilisation », Fourrages 57,3-42
  5. Pousset A (1978) : « Évolution récente des productions fourragères en France et de leur intensification », Fourrages 73, 3-30.
  6. a et b Moreau JC, Delaby L, Duru M, Guérin G (2009) Démarches et outils de conseil autour du système fourrager : évolutions et concepts ; Fourrages 200, 565-586
  7. CROS M.J., DURU M., GARCIA F., GRASSET M., LEGALLA., MARTIN-CLOUAIRE R., PEyRE D., DELABy L., FIORELLI J.L., PEyRAUD J.L. (2000) : “ Évaluation d’un simulateur de stratégies de pâturage de vaches laitières”, rencontres rech. ruminants, 333-336.
  8. Delaby L, Peyraud JL., Faverdin P (2001) : “Pâtur’IN : le pâturage des vaches laitières assisté par ordinateur”, Fourrages, 167, 385-398
  9. Salette J, Bonischot R, CapIllon A, Cossée B, Demarquilly C, Jourdan O, Pousset A & Saget J (1990) “remarques et réflexions sur les attitudes et comportements des éleveurs en matière de fertilisation”, Fourrages, 122, 113-118.
  10. Jarrige R (1988) « Dépenses, besoins et capacité d'irrigation » ; Alimentation des bovins, ovins et caprins, INRA, 17-28.
  11. ITCF EDE d'Ille-et-Vilaine (1977) Bilan de trois années d'observation d'un système fourrager destiné à l'alimentation des vaches laitières, Rennes, E.D.E. d'Ille-et- Vilaine.
  12. Produire des fourrages toute l'année pour faire face aux aléas climatiques, Polyculture-élevage, Arvalis, 2012-11-08, consulté 2014-07-08
  13. "Les haies rurales: rôles, création, entretien" par Fabien Liagre - Édition France agricole 2006
  14. Quelques idées sur les pratiques agroécologiques.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • DURU M., GIBON A & OSTy P.L. (1986) : pour une approche renouvelée du système fourrager, communication colloque DMDR, Paris, 13 p.
  • DURU M., FIORELLI J.L & OSTy P.L. (1988) : “Propositions pour le choix et la maîtrise du système fourrager, Notion de trésorerie fourragère”, Fourrages, 113, 37-56.
  • DURU M. (2000) : “Le volume d’herbe disponible par vache : un indicateur synthétique pour évaluer et conduire un pâturage tournant”, Inra prod. anim., 13, 5, 325-336
  • GREENE R.A & OLIVER D.P. (1983) : adas grassland management calendar, ADAS.
  • Guérin G& Rouquette JL (1990) : appui technique ovin, systèmes d’alimentation / 1. utilisation et gestion des surfaces fourragères et pastorales, PublITOVIC, 40 p.
  • Guérin G., Léger F & Pflimlin A. (1994) : stratégie d’alimentation. méthodologie d’analyse et de diagnostic de l’utilisation et de la gestion des surfaces fourragères et pastorales, Institut de l’Elevage, collection Lignes, 36 p.
  • Institut de l’Élevage (1999) : mallette référentiel pastoral parcellaire (document de présentation et d’utilisation, fiches d’itinéraires parcellaires), 405 p.
  • Institut de l’Elevage (1999) : renouvellement des références fourragères régionalisées, bilan de l’action 1997, compte rendu n° 9993301, Institut de l’Élevage, Unité de Programme “systèmes fourragers”, 80 p.
  • Lebrun V (1982) Comment gérer le pâturage, ITEB, Paris, 46 p.