Fantaisie militaire

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Fantaisie militaire

Album de Alain Bashung
Sortie
Enregistré Studio Miraval
Studio Davout (cordes)
Studio Pierce Entertainment (mixage)[1]
Durée 50 min 38 s
Genre Chanson française, rock
Producteur Ian Caple
Label Barclay Records

Albums de Alain Bashung

Fantaisie militaire est le dixième album studio d'Alain Bashung, paru en 1998 chez Barclay. Il s'agit de l'un des albums les plus importants du chanteur et des plus récompensés.

Pour cet album, Alain Bashung s'est entouré de musiciens de renom, tels que les Valentins, Rodolphe Burger, Joseph Racaille, Adrian Utley (guitariste de Portishead) et Ian Caple, un ingénieur du son et réalisateur anglais. La plupart des textes sont cosignés par Alain Bashung et Jean Fauque. Cet album a été l'un des plus grands succès critiques et commerciaux du chanteur, grâce, entre autres, au titre La nuit je mens.

Le titre Samuel Hall, aux arrangements drum and bass, s'inspire librement de Sam Hall, une vieille chanson country interprétée par de nombreux chanteurs américains, dont la version de Johnny Cash reste la plus célèbre.

Historique[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1995, après la tournée de l'album Chatterton (en témoigne le live Confessions publiques sorti la même année), Alain Bashung se sépare de sa femme Chantal et est admis en maison de repos à Meudon pour dépression. Il reçoit la visite de son ami le parolier Jean Fauque, avec qui il collabore depuis 1989. Cet épisode leur inspire la chanson Au pavillon des lauriers.[2] Après son divorce, le chanteur achète un appartement dans le quartier de Belleville à Paris. Début 1996, le duo se remet au travail. Chaque nuit, le parolier écrit des paroles qu'il transmet à son ami chez lui le lendemain, où ils passent leurs journées à faire des échanges verbaux et littéraires, méthodes qu'ils utilisent depuis le début de leur collaboration en 1989.

Sur l'album précédent, les sessions se déroulaient dans un coûteux studio et dans lequel il n'avait pas toutes les solutions musicales en main, et a dû faire venir des musiciens en urgence pour achever ses morceaux. Cette fois-ci, Bashung décide de travailler sur plusieurs chansons à la fois, alors qu'il les faisait une par une sur Chatterton. Il enregistre ses voix de façon brute avec parfois un métronome ou une guitare acoustique pour les confier à des producteurs (ou les « bidouilleurs », comme il les appelle)[2].

Préproduction[modifier | modifier le code]

Sa maison de disque Barclay décide d'envoyer une jeune directrice artistique, Anne Lamy, afin d'aider le chanteur dans son projet en lui proposant des influences ou lui présenter des producteurs et musiciens avec qui il va collaborer. Elle fera d'abord appel à Antonin Morel (qui ne sera finalement pas gardé, n'étant pas apprécié par le chanteur), puis Les Valentins (Jean-Louis Piérot et Edith Fambuena), qui se reforment après une courte séparation, tandis que Bashung reprend contact avec son ami le guitariste Richard Mortier pour réaliser les maquettes. Pour faire la synthèse entre le travail de Mortier et celui des Valentins, Anne engage l'ingénieur du son Jean Lamoot. D'une part, c'est un des rares, en France, à maîtriser le logiciel Pro Tools (logiciel appelé à révolutionner la musique assistée par ordinateur) et, d'autre part, c'est un gars avec qui Bashung peut travailler facilement[2].

Une fois l'équipe de travail constituée, Anne réserve le studio Antenna à Paris au printemps 1997 pour une durée de plus de trois mois consacrée à la préproduction de l'album, qui n'a pas encore de nom. Les Valentins occupent une pièce proche de la cuisine, Richard Mortier est à l’étage, tandis que Jean Lamoot est dans le studio principal. Pendant ce temps-là, Bashung est à la fois présent et absent, laissant les autres travailler dans leur coin et en écoutant attentivement ce qui sort de ces pièces, pendant qu'il bavarde souvent avec le cuisinier, qu'il surnomme le duc de Guise en raison de sa barbe[2].

“De temps en temps, on buvait un coup et on refaisait le monde, témoigne Mortier. Il savait que j’avais commencé à travailler avec des machines, et comme il était venu habiter pas loin de chez moi, à Belleville, il m’a demandé de lui fournir des boucles rythmiques pour poser les voix des futurs morceaux. Ensuite, il m’a proposé de faire des essais d’arrangements, de directions musicales, et finalement je me suis retrouvé à faire une quarantaine de maquettes. Moi, je jubilais d’avoir cette chance de construire des décors autour de ses mélodies, qui même sans rien possédaient déjà une force incroyable.”

“La cuisine, c’était son poste de commandement. Il était perché sur son tabouret avec ses clopes, ses journaux et, mine de rien, il tendait l’oreille sur ce qui sortait des différents espaces de travail. Je pense qu’il envisageait déjà des mélanges dans sa tête, mais il ne voulait rien entendre du résultat tant que nous n’en étions pas nous-mêmes satisfaits.” témoigne Jean-Louis Piérot.

Le temps passe et les maquettes avancent, des chansons évoluent, parfois grandement comme Angora, comme on peut constater avec la maquette intitulée Angora irréel, paru dans la compilation Climax en 2000. Cette dernière sera retravaillée complètement et de nombreux vers seront supprimés (dont On m’a vu dans le Vercors, voleur d’amphores, faire la cour à des cerbères, faire l’amour, faire le mort…) pour obtenir une version plus courte et épurée, complètement différente de la maquette. De ces vers supprimés, Bashung et Fauque créent une nouvelle chanson, La nuit je mens, qu'ils confient aux Valentins en leur demandant s'ils peuvent "en faire quelque chose". Ils en tireront un futur classique de la chanson française.

“On cherchait à faire un truc sur l’héroïsme un peu bidon, se rappelle Jean Fauque. Moi j’avais une ébauche de texte qui s’intitulait ‘Vercors’, dont il n’a gardé que la première phrase. On a déroulé tous les termes liés aux jeux du cirque, aux Romains, pour parler d’un type dont la femme s’est barrée et qui tente de la reconquérir en essayant de passer pour un héros. Dans l’actualité de l’époque, il y avait aussi pas mal de sujets qui tournaient autour de la Résistance et de la collaboration. Les histoires avec Touvier, Papon, le passé de Mitterrand qui commençait à remonter en surface, ça nous a sans doute influencés indirectement.”[3]

La réédition de Fantaisie militaire en version augmentée contenant vingt-huit versions alternatives des titres de l'album montre l'étendue du travail, où les matières sonores et textuelles sont bien "malaxées" par l'artiste et son équipe. Le claviériste belge Jean-Marc Ledermann rejoint l'équipe et compose principalement la maquette d'Ode à la vie. Après la sortie de l'album, cette dernière sera réenregistrée en duo avec le chanteur Rachid Taha et sort dans la compilation Climax en 2000.

Enregistrement[modifier | modifier le code]

En été, l'équipe se rend au studio Miraval dans le Var. Cependant, Richard Mortier, fatigué par la préproduction, fait un infarctus peu de temps avant le départ vers le sud, et ne sera pas du voyage. Alors que l'équipe ignore la direction que l'album suit, le producteur anglais Ian Caple (qui a collaboré avec Tindersticks), qui ne connaît pas l'artiste, est engagé pour produire l'album. “Lors de notre première rencontre, Alain m’a confié vouloir créer un mélange de ces différentes atmosphères, confirme Ian Caple, et il était impressionné que le même homme ait pu produire les deux !” Le batteur Martyn Barker, Simon Edwards et le guitariste de Portishead Adrian Utley sont également engagés pour l'enregistrement.

Un film amateur des Valentins témoigne de l'ambiance très sereine qui règne dans le Var, entre sessions et parties de baby-foot. “Cet enregistrement, c’était comme une bulle pour nous tous, se souvient Jean-Louis Piérot. On traversait tous des périodes difficiles, Alain avec son divorce, Edith et moi dont les pères étaient tombés malades et allaient décéder pendant l’album, mais chacun laissait ses soucis en dehors du studio. On bossait comme des dingues mais l’ambiance était joyeuse, et Alain faisait tout pour ça, il semblait vraiment heureux.”

Durant ces session, Bashung va collaborer avec le dramaturge Olivier Cadiot et le guitariste de Kat Onoma, Rodolphe Burger, pour la chanson Samuel Hall, écrite par le second et composée par ce dernier, qui s'occupe de la maquette.

Le , un drame survient : la mort de Lady Diana dans le tunnel de l'Alma. La nouvelle parvient jusqu'au studio, le producteur anglais est particulièrement choqué comme ses compatriotes, pendant que Bashung évoque, dans la chanson 2043, une “belle au bois dormant” qui “a fermé ses écoutilles”.

Une fois les enregistrements terminés en Provence, une section de cordes composée uniquement de filles et dirigée par Joseph Racaille se tient au studio Davout à Paris. Puis Bashung se rend à Londres pour les chants définitifs et le mixage au studio Pierce Entertainment.

Caractéristiques artistiques[modifier | modifier le code]

Analyse du contenu[modifier | modifier le code]

Pochette et disque[modifier | modifier le code]

Liste des chansons[modifier | modifier le code]

No TitreAuteur Durée
1. MalaxeAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung - Les Valentins 4:33
2. La nuit je mensAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung - Les Valentins 4:25
3. Fantaisie militaireAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung 4:48
4. 2043Alain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung 3:45
5. Mes prisonsAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung 4:07
6. Ode à la vieAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung - Jean-Marc Lederman (en) 4:16
7. DehorsAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung - Les Valentins 3:29
8. Samuel HallOlivier Cadiot / Rodolphe Burger 5:05
9. Aucun expressAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung 4:05
10. Au pavillon des lauriersAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung 4:43
11. Sommes-nousAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung 3:56
12. AngoraAlain Bashung - Jean Fauque / Alain Bashung 2:07

Parution et réception[modifier | modifier le code]

Cet album marque un tournant dans la carrière d'Alain Bashung. Il sera récompensé en 1999 par trois Victoires de la musique : artiste interprète de l'année pour Bashung ; album de l'année ; vidéoclip pour La nuit je mens, et surtout par une Victoire des victoires du meilleur album de ces vingt dernières années, décernée en 2005[4].

Selon le magazine Rolling Stone en 2010, cet album est classé 9e dans le classement des 100 meilleurs albums de rock français[5]. L'album est inclus dans l'ouvrage La Discothèque parfaite de l'odyssée du rock de Gilles Verlant, qui qualifie l'album de « chef-d'œuvre » ou encore de « diamant scintillant de l'hiver 1998 ». Il ajoute que l'album vit « Bashung malaxer les sons et son inspiration avec une maîtrise parfaite des accidents de studio » et que « sa précision était celle d'un orfèvre, d'un joaillier, d'un horloger maniaque »[4].

Classements[modifier | modifier le code]

Chart Meilleur
classement
Nombre de semaines
dans le Top 50
Certification
Drapeau de la France France[6] 1 36 Disque de platine Platine[7]
Drapeau de la Belgique Belgique[8] 15 15

Personnel[modifier | modifier le code]

Musiciens[modifier | modifier le code]

Production[modifier | modifier le code]

  • Anne Lamy : production exécutive
  • Richard Mortier et Les Valentins : réalisation pré-production
  • Pascale Jaupard : régie
  • Jean-Marc Ledermann : réalisation pré-production sur Ode à la vie
  • Ian Caple : ingénieur du son, réalisation et mixage
  • Jean Lamoot : assistant ingénieur du son, assistant Pro Tools, réalisation pré-production, programmation, enregistrement

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fantaisie militaire, Alain Bashung, 1998, livret album, Barclay Records, 539 488-2
  2. a b c et d « "Fantaisie Militaire" : retour sur la genèse du chef-d’oeuvre d’Alain Bashung », sur lesinrocks.fr,
  3. « Il y a vingt ans, Bashung publiait “Fantaisie militaire” », sur lesinrocks.fr,
  4. a et b Gilles Verlant, La discothèque parfaite de l'odyssée du rock, Hors Collection, (ISBN 978-2-258-08007-2)
  5. Rolling Stone, n°18 de février 2010, p. 29
  6. Fantaisie militaire sur chartsinfrance.net
  7. Infodisc/certifications
  8. Fantaisie militaire sur www.ultratop.be

Liens externes et sources[modifier | modifier le code]