Gaby oh Gaby

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Gaby oh Gaby

Single de Alain Bashung
Face B Ell's'fait rougir toute seule
Sortie
Enregistré janvier 1980[1]
Studio Ferber, Paris
Durée 3:40
Genre Pop rock
Format single 45 tours
Auteur Boris Bergman
Compositeur Alain Bashung
Producteur Claude Alvarez-Pereyre
Label Philips
Classement Drapeau : France 1er

Singles de Alain Bashung

Gaby oh Gaby est une chanson interprétée par Alain Bashung. Écrite par Boris Bergman et composée par Bashung, elle fut d'abord publiée en single en 1980 chez Philips, avec la chanson Ell's'fait rougir toute seule en face B. Devant l'immense succès du single, la chanson est incluse dans la réédition de l'album Roulette russe dite Nouveau couplage.

Contexte[modifier | modifier le code]

En 1980, Alain Bashung a déjà quatorze années de carrière professionnelle, mais il est considéré aux yeux de la profession comme l'archétype du loser : un type brillant, à qui le succès commercial échappe, et qui ne pourrait jamais l'atteindre[2]. C'est ce que pense Philips, le label de Bashung, qui songe à lui rendre son contrat. Mais c'est sans compter sur le directeur de production Gérard Baqué, sensible au talent du chanteur, qui avouera à Boris Bergman lors des obsèques de Bashung, qu'il a financé l'enregistrement d'un 45 tours « en détournant une partie du budget de Paul Mauriat »[2]. Le musicien réputé, roi de l'easy listening à la française aurait, sans le vouloir, sauvé la carrière de Bashung[2].

Le texte de Gaby oh Gaby est écrit par Bergman au Japon et devait être la face B du single Ell's'fait rougir toute seule, puis Bashung demanda à son parolier d'écrire un nouveau refrain pour le morceau Max Amphibie, titre initial en référence à l'éditeur des chansons du duo Bashung/Bergman, Max Amphoux, qualifié de « gros fumeur, amateur de whisky qui ne s'étonnait de rien, nous reprochait de fumer des joints, était un peu homophobe sans le vouloir », selon Bergman, qui lui a inspiré « ce personnage qui se balade sous l'eau »[2]. En témoigne l'attaque de cette première mouture : « J'fais mon footing au milieu des algues et des coraux, et j'fais mes pompes sur les restes d'un vieux cargo »[2]. Bergman réécrit les paroles, s'attachant à évoquer un travesti ou un transsexuel, Gaby, provenant de l'argot des Apaches[3] gaboune, qui désignait un homosexuel[2].

Gaby oh Gaby est enregistré aux Studios Ferber, à Paris, où elle sera complétée pour les dernières phrases. Alors que Bashung s'absente pour aller aux toilettes, Bergman griffonne sur le pupitre : « Il m'avait demandé d'ajouter des phrases pour la fin, j'ai décidé d'écrire des conneries pour le faire rire. Je m'attendais qu'il bute sur À quoi ça sert la frite si t'as pas les moules, mais il l'a chantée avec un sang-froid incroyable », dira plus tard le parolier[2]. À la fin des prises, l'ingénieur du son Dominique Blanc-Francard lâche « Vous avez un truc énorme, là », mais Bergman pensait qu'il disait ça pour leur remonter le moral[2].

Accueil[modifier | modifier le code]

Accueil commercial[modifier | modifier le code]

À la sortie du single, en février 1980[2], Bashung a déjà quatorze ans de métier derrière lui. Des singles enregistrés de 1966 à 1977 ont été des échecs commerciaux et son premier album Roman-photos, sorti en 1977, qu'il renia par la suite car peu satisfait, connaît le même sort. Gaby oh Gaby change la donne en faisant découvrir le chanteur au grand public[4]. La chanson est diffusée dans de nombreuses émissions télévisuelles le soir et la nuit, à la radio, et fait même l'objet d'une « une » dans le journal Libération[5].

Toutefois, le lancement du single est difficile, car « aucune radio ne voulait passer le titre », selon Jacky Jakubowicz, alors attaché de presse du chanteur, ajoutant que « le seul à nous avoir soutenus fut Jean-Bernard Hebey, dans l'émission de nuit Poste restante, sur RTL »[2]. Jakubowicz ne lâche pas le morceau pendant six ou sept mois, mais se voit répondre par les radios que cela « ne marchera jamais », le titre peinant à se faire connaître dans un paysage médiatique encore limité à trois radios périphériques et deux mensuels de rock[2]. Mais une chronique parue dans le magazine Best convainc Europe 1 de diffuser le titre trois fois par jour, puis RTL et France Inter suivent[2]. Entré dans le top 20 des ventes de 45 tours à partir du durant dix-huit semaines, le single se classe durant deux semaines en première place du classement IFOP du au [6] et s'écoule à plus de 800 000 exemplaires[7].

Pourtant, s'il reconnaît que ce tube l'a sauvé professionnellement, le chanteur est décontenancé par ce succès imprévu. Dans l'album Play blessures paru en 1982, Bashung évoque ces tourments face à son nouveau statut de vedette de la chanson, dans le titre J'croise aux Hébrides : « J'dédie cette angoisse à un chanteur disparu, mort de soif dans le désert de « Gaby ». Respectez une minute de silence, faites comme si j'étais pas arrivé… »

Le , le disque d'or du 45 tours original est mis aux enchères à Paris par le collectionneur particulier qui le possédait. Il a été vendu à 3 717 euros[8].

Accueil critique[modifier | modifier le code]

La chanson est incluse dans une liste de 3 000 morceaux classiques du rock dans l'ouvrage La Discothèque parfaite de l'odyssée du rock de Gilles Verlant, qui y qualifie par ailleurs le morceau Gaby oh Gaby de l'un des « sommets de la décennie » avec Vertige de l'amour[9].

Thème[modifier | modifier le code]

Boris Bergman, parolier de la chanson, a expliqué après la mort d'Alain Bashung : « C’est un texte sur les minorités, ceux que « la différence » fait tomber dans les puits de solitude ; ceux qui ne peuvent pas dormir et qui « ne font que des conneries ». Le petit Ashkénaze que je suis, le Kabylo-Alsacien qu’est Alain, s’en doutent depuis leur première rencontre avec l’autre : Gaby est aussi un hymne caché à la solitude de l’homo qui ne connaît pas encore l’existence du pacs[5]. »

Bergman considère la chanson J’sors avec ma frangine comme la suite de Gaby oh Gaby : « “Le” héros de Gaby est sorti du placard avec les robes de sa grande sœur. Il peut enfin s’imaginer que la rue des Blancs-Manteaux ressemblera à Christopher Street. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.discogs.com/fr/Bashung-Roulette-Russe/release/6077360
  2. a b c d e f g h i j k et l Olivier Nuc, « Gaby oh ! Gaby d'Alain Bashung », sur lefigaro.fr, (consulté le 25 avril 2014)
  3. Aude Dassonville, « Boris Bergman sur France Culture : “Quand j’écris, je suis comme un fakir en transe” », sur telerama.fr, .
  4. Olivier Nuc, « Alain Bashung, l'astre noir de la chanson », Le Figaro, .
  5. a et b Boris Bergman, « Les années «Gaby» », Libération, .
  6. http://www.top-france.fr/html/hebdo/cadre.htm
  7. Ventes de 1980
  8. « 11 000€ pour un disque d'or de Bashung », Le Figaro, .
  9. Gilles Verlant, La discothèque parfaite de l'odyssée du rock, Hors Collection, (ISBN 978-2-258-08007-2).

Liens externes[modifier | modifier le code]