Nino Ferrer

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Nino Ferrer
Nom de naissance Agostino Arturo Maria Ferrari
Naissance
Gênes, Drapeau du Royaume d'Italie Royaume d'Italie
Décès (à 63 ans)
Saint-Cyprien, Drapeau : France France
Activité principale Auteur-compositeur-interprète, producteur
Genre musical Jazz, rhythm and blues, pop, rock, rock progressif
Instruments Basse, guitare, banjo, piano, contrebasse, percussions
Années actives 1959-1998
Labels Riviera, CBS, WEA, Vogue
Fnac Music
Barclay
Site officiel nino-ferrer.com

Nino Ferrer est le nom de scène d’Agostino Arturo Maria Ferrari, auteur, compositeur et chanteur franco-italien né le à Gênes et mort le à Saint-Cyprien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance (1934-1946)[modifier | modifier le code]

Agostino Ferrari est l'unique enfant de Pietro (dit Pierre) Ferrari (1901-1981), né dans une des familles les plus fortunées de Gênes, élevé de façon stricte par des parents amateurs de musique classique, et de Raymonde Magnien (1901-1998), née à Nouméa dans une famille modeste, vite surnommée Mounette par ses parents, et passionnée de théâtre et de littérature. Pierre Ferrari, dont les parents contrarient la vocation littéraire, obtient un doctorat de chimie, puis rejoint la Nouvelle Calédonie comme directeur d'une usine de la Société Le Nickel grâce à l'entregent de son père. En 1932, Mounette et Pierre s'y rencontrent à l'issue d'une représentation de théâtre. Marié en 1933, le couple décide quelques mois plus tard de passer des vacances en Italie. Agostino Ferrari naît à Gênes alors que ses parents résident chez ses grand-parents paternels. De retour en Nouvelle Calédonie, sa famille lui offre un cadre insouciant au sein duquel son caractère déterminé voire colérique apparaît rapidement. Ses parents décident de passer de nouvelles vacances en Italie en 1939, et s'y trouvent bloqués par le début de la Seconde Guerre mondiale [1].

La famille s'installe à Rome, puis manquant d'argent, rejoint les Ferrari qui vivent en communauté, à l'écart de la guerre dans une demeure familiale située à Stazzano [2]. Agostino, rapidement appelé Nino, y grandit au milieu de ses cousins et cousines, découvre l'opéra italien, et des chanteurs de variétés des années 1930. Son père ayant souhaité qu'il apprenne prioritairement l'italien, sa maîtrise du français, qu'il ne pratique qu'oralement avec sa mère, se dégrade. Celle-ci, par peur des bombardements de plus en plus fréquents, le retire de l'école communale pour assurer elle-même son éducation. En grandissant, il devient un enfant solitaire, s'adonnant à la lecture et parcourant la campagne à la recherche de coléoptères dont il fait la collection. En 1943, il réalise sa première communion, étant également enfant de chœur [3].

Jazz, premier amour et études (1947-1959)[modifier | modifier le code]

La guerre terminée, le couple Ferrari s'installe à Paris en 1947. Pierre Ferrari souhaite en effet s'éloigner de l'Italie, et a gardé un bon souvenir de la France où il a passé quelques mois avant de partir pour la Nouvelle Calédonie. Le jeune Nino, qui maîtrise assez mal la langue française qu'il pratique avec un fort accent italien, est victime de railleries à l'école, auxquelles il réagit violemment. Sa scolarité est marquée par des changements fréquents d'établissement, ses parents s'efforçant de l'inscrire à chaque renvoi dans un établissement huppé (Henri IV, Janson de Sailly, Saint-Louis) où il est l'objet de moqueries en raison de moyens financiers limités. Vers 15 ans, il commence à dessiner, peindre, et écrit ses premiers textes, certains étant mis en musique par lui bien plus tard [4].

Adolescent "mal dans sa peau", il découvre le jazz sur un poste à galène qu'il écoute la nuit dans sa chambre, et qui lui "permet de décoller vers un autre monde"[5]. Au début des années 50, il s'essaie à divers instruments qu'il loue dans une boutique du boulevard St Germain [6]. Le banjo et la contrebasse ont rapidement sa préférence. En 1953, alors qu'il est en première année de propédeutique à La Sorbonne, il rencontre Richard Bennett, un lycéen qui comme lui fait partie de la bourgeoisie de la Rive gauche, et veut se consacrer à la batterie. Les deux jeunes hommes fraternisent [7].

Entrée du théâtre du Vieux-Colombier. Le club de jazz du même nom se situait dans la cave de cet édifice.

Avec un cousin de Bennett qui joue de la clarinette, ils forment un trio jouant du jazz Nouvelle-Orleans dans les jardins publics de Paris ou sur les quais de Seine du côté du Pont Neuf. Leur groupe, baptisé Les Dixie Cats, et au sein duquel il joue désormais de la contrebasse, se fait remarquer. En 1956, il remporte un concours réservé aux orchestres de jazz amateurs organisé par la revue Jazz Hot. Les jeunes hommes animent les 3 années suivantes des bals de grandes écoles parisiennes [8], passent dans des clubs réputés comme le Vieux-Colombier, animent l'été des casinos de province [9], si bien qu'ils envisagent de faire de leur passion un métier. Régulièrement, Nino propose ses chansons au public, parmi lesquelles "Un an d'amour" écrite suite à la rupture en 1953 de sa relation amoureuse avec une étudiante prénommée Claire, rupture subie qui l'a beaucoup marqué. Mais sa voix cassée ne séduit guère les amateurs de jazz[10].

Poussé par ses parents pour lesquels une carrière de musicien, hormis la musique classique, n'est pas envisageable, il poursuit en parallèle ses études à la Sorbonne. Après une licence de lettres obtenue en 1953 axée sur l'ethnologie et l'histoire des religions[11], il s'oriente vers l'archéologie. Elève d'André Leroi-Gourhan, il participe plusieurs fois à des fouilles sur le site d'Arcy-sur-Cure, où il anime les soirées autour du feu de camp avec sa guitare. En 1957, toujours sous la conduite de Leroi-Gourhan, il participe à des fouilles à Santander [12].

L'heure des choix (1959-1960)[modifier | modifier le code]

Les Dixie Cats accompagnent régulièrement des jazzmen dans les clubs où ils se produisent. Cherchant à sortir un premier disque, Richard Bennett convainc les Disques Président de publier un 45 tours avec le trompettiste Bill Coleman qui doit se produire lors d'une soirée organisée par HEC. Bill Coleman presents Richard Bennett & The Dixie Cats , un super-45 tours contenant 3 titres publié en février 1959, se vend uniquement dans le monde étudiant. Peu de temps après, un second disque est publié à l'occasion d'un gala de l'école vétérinaire de Maison-Alfort [13].

Baie d'Upi, Île des Pins, Nouvelle-Calédonie

La collaboration de Nino Ferrari avec les Dixie Cats s'interrompt opportunément pour lui à l'été 1959. Sa grand-mère maternelle, sentant la fin de sa vie proche, et avec le prétexte de la fin des études de son petit-fils, l'invite en Nouvelle-Calédonie. Hésitant entre une carrière de musicien, et une autre d'archéologue, il y voit l'opportunité de se donner du temps. Le 1er août, il embarque sur un paquebot dont il devient rapidement la vedette, animant des soirées arrosées au champagne en s'accompagnant de sa guitare [14]. Ce voyage est ponctué par plusieurs escales lors desquelles il s'adonne à la peinture, et accumule les rencontres. Apprenant le décès de sa grand-mère alors qu'il se trouve à Tahiti, Nino se rend tout de même en Nouvelle-Calédonie où il retrouve une partie de sa famille et les paysages de sa petite enfance. Il y participe à une campagne de fouilles archéologiques néo-zélandaise sur l'Île des Pins [15].

Revenu en France durant l'été 1960, il est en plein désarroi au moment de devoir choisir une voie. Selon la volonté de ses parents pour lesquels on ne devient pas chanteur, il a achevé ses études tout en écrivant des chansons sans vraiment penser pouvoir en faire un métier. Il renonce finalement à une carrière d'archéologue qui, outre les faibles revenus qu'elle permet d'envisager, ne l'attire guère, et envisage un temps de se faire représentant de commerce. Il s'accorde finalement une période de 2 ou 3 ans pour connaître le succès dans le domaine musical et retrouve sa place dans les Dixie Cats qui accompagnent toujours Bill Coleman [16].

Des débuts difficiles (1960-1965)[modifier | modifier le code]

Son ambition est contrariée par le déferlement en France du Rock. Il constate rapidement que le jazz des Dixies Cats est passé de mode. Le groupe, rebaptisé RB RB ("Richard Bennet Rythm'n and Blues") se réoriente vers le Blues et le Rhythm and Blues et Nino troque sa contrebasse pour une basse électrique[17]. Durant l'été 1961, RB RB accompagne la tournée des Chaussettes noires, puis joue tous les soirs en première partie, alternativement, de Ray Charles et Count Basie au Festival de Jazz d'Antibes[18]. Mais comme l'explique Richard Bennett, constater l'immense succès d'une nouvelle génération " de types qui avaient le même niveau que nous 10 ans avant, à nos débuts", est un choc. Le groupe dépité se sépare à la fin de l'été[19].

Ne se considérant pas à sa place dans la génération des yéyés, Nino Ferrari enchaîne sans succès les auditions à Paris, espérant se faire connaître comme chanteur "rive gauche". Il se fait engager en 1962 comme bassiste dans un orchestre de twist, où il peut interpréter des reprises, ce qui lui permet de se familiariser davantage avec le chant. Ce second groupe, baptisé TNT, disparaît à l'automne 1962, une fois la mode du twist retombée. Nino Ferrari est alors recontacté par Richard Bennett qui lui propose de remonter les Dixie Cats, une jeune artiste américaine, Nancy Holloway, cherchant un groupe pour l'accompagner. Elle connaît le succès au printemps 1963, et lui laisse souvent la place pour une ou deux chansons au milieu de ses concerts[20] en plus des nombreux duos qu'ils interprètent[21]. Durant cette période, Il apparaît sous le nom de Nino Ferrari, ou de Laurent Tosca. Il se cherche en effet un nom de scène, par respect pour ses parents et grand-parents qui réprouveraient une carrière de saltimbanque sous son vrai nom[22].

En plus d'accompagner Nancy Holloway, il multiplie les prestations avec Bennett dans des cabarets de jazz et finit par être repéré. En novembre 1963, un magazine annonce le lancement de "Nino Ferrair, déjà surnommé le Ray Charles français" : l'artiste a trouvé son nom de scène, et été présenté au responsable du label Bel Air. Son premier disque, Pour oublier qu'on s'est aimé sort fin novembre 63 mais les difficultés de gestion de ce label contrarie sa promotion[23]. Y figure la chanson Un an d'amour (c'est irréparable), écrite dix ans plus tôt et qui connaîtra un important succès à travers de nombreuses reprises[24] .

Le chanteur participe à sa première émission de télévision en février 1964, et découvre le cinéma en jouant un petit rôle dans le film "Ces dames s'en mêlent" de Raoul André, sorti en 1965[25]. Un second super 45 tours est publié en mars, alors que le label Bel Air est en pleine déroute. A la fin de l'été 1964, il est transféré chez Riviera, un autre label Barclay. Un troisième enregistrement sort en janvier 1965, et ne rencontre pas plus de succès que les deux premiers. Il manque alors à ses chansons sophistiquées l'étincelle qui permettrait au public de s'embraser : le chanteur italien, qui a une noble idée de la musique, refuse d'appliquer des recettes faciles[26]. Alors qu'il est sur le point d'être renvoyé, il obtient un sursis grâce à son ami Richard Bennett qui vient d'intégrer Riviera comme producteur musical[27].

Mirza, autres succès populaires et exil italien (1965-1970)[modifier | modifier le code]

Nino Ferrer à la télévision italienne (1970).

Comme chaque été depuis quelques années, Nino Ferrer s'engage pour animer les soirées de divers clubs du sud de la France. Alors qu'il se produit en trio au Playa, un club-restaurant de Saint-Raphael, il se livre à une improvisation bon enfant lors d'un entre-acte. Le propriétaire du lieu, inquiet, cherche son chien ; Nino s'empare du micro : "Z'avez pas vu Mirza ?" puis enchaîne avec "La la la la la la", s'inspirant d'un succès de Little Stevie Wonder[28], Fingertips[29]. En quelques jours, la chanson est entièrement composée, et le chanteur a l'occasion de mesurer son bon accueil par le public devant lequel il se produit.

Le disque de la dernière chance, Mirza, sort fin 1965 et devient un phénomène en 1966, en partie grâce au soutien de l'émission Salut les copains[30] : Nino Ferrer connaît enfin le succès. Le chanteur est pendant deux semaines la première partie d'Hugues Auffray à l'Olympia en mars 1966, et convié à figurer sur la Photo du siècle pour le magazine Salut les Copains. Il est finalement absent du cliché, s'étant présenté volontairement trop en retard à la séance photo[31].

La même année, il apparaît comme bassiste sur deux disques EP des Gottamou (Bernard Estardy, Nino Ferrer, Richard Hertel), ce trio étant en fait celui qui s'était produit au Playa l'année précédente : il s'agit pour lui de s'offrir un moment de détente avant d'enchainer avec un nouveau disque en son nom propre[32].

Savourant cette réussite après laquelle il a longtemps couru, Nino Ferrer cultive cette veine humoristique avec des titres comme, Le Téléfon, ou Oh ! Hé ! Hein ! Bon !, qui l'imposent dans le rôle du chanteur décalé qu'il trouve rapidement trop restrictif[31].

En 1967, il embauche Jacqueline Monestier, surnommée Kinou, une jeune femme âgée de 20 ans, comme assistante personnelle. Elle installe son bureau dans l'appartement des parents du chanteur[33], et une relation intime naît entre Nino Ferrer et elle quelques semaines plus tard, alors que le couple du chanteur rencontre de nombreuses difficultés[34].

Nino Ferrer dans une émission en Italie en mars 1970.

Alors que des disques continuent de sortir en France avant autant de succès ( Mao et Moa, Mon copain Bismarck, nettement plus ironiques), il décide de s'exiler en Italie, pour prendre du recul avec cette célébrité qui ne correspond pas à ses ambitions artistiques, et mettre de l'ordre dans sa vie privée. Il y anime une émission de télévision, Io, Agata e tu.

Sa chanson Les Hommes à tout faire, extraite de l'album Agata (1969) accompagne le générique du feuilleton télévisé Agence Intérim, réalisé par Marcel Moussy et Pierre Neurrisse et diffusé en septembre de la même année sur la première chaîne de l'ORTF. Il apparaît même à l'écran interprétant la chanson, accompagné de ses musiciens, vers le milieu de ce générique[35].

Une ambition artistique incomprise (1971-1975)[modifier | modifier le code]

Après des mois d'une écriture personnelle et de composition, sort en 1972 l'album Métronomie qui rencontre cependant un succès mitigé[Information douteuse] [?]. Certains morceaux de cet album peuvent être associés au genre du rock progressif (Métronomie 1 et 2, Cannabis…), le sortant ainsi du genre « variétés » auquel il était assigné. À partir de cette date, on note une évolution vers un travail plus complexe en matière de composition. L'album Nino Ferrer and Leggs paraît en 1973.

En 1968[36],[37], il avait acheté une maison de style colonial à Rueil-Malmaison, La Martinière, côte de la Jonchère qu'il a fait équiper d'un studio d'enregistrement. Cette propriété, lui rappelant la Nouvelle-Calédonie, sa terre d'enfance, lui inspire les paroles de la chanson South qu'il enregistre d'abord en anglais (novembre 1973), premier titre de l'album Nino and Radiah sorti en 1974[38]. Le premier enfant de Nino et Kinou, Pierre, nait en septembre 1973.

Mais c'est avec sa version française, Le Sud, que sa composition connaît un immense succès. Le disque se vend à plus de 600 000 exemplaires en France[39] et devient un des « tubes » du printemps 1975. Ce succès permet à l'artiste d'acquérir en 1976 « La Taillade », une bastide située au cœur du Quercy Blanc dans la région des Vaux près de Montcuq, qu'il équipe également d'un studio d'enregistrement.

Rupture avec l'industrie musicale (1976-1977)[modifier | modifier le code]

Comme précédemment, les albums de Nino Ferrer qui suivront le succès de la chanson Le Sud (Suite en œuf en 1975, Véritables variétés verdâtres en 1977) seront des échecs commerciaux.

Echec d'une nouvelle carrière musicale et retraite (1978-1989)[modifier | modifier le code]

Kinou et Nino Ferrer se marient dans la plus grande intimité le 30 décembre 1978 à Saint Cyprien, et leur deuxième fils, Arthur, naît le [36].

En 1979 sort l'album Blanat, puis le chanteur part en tournée avec Jacques Higelin.

Entre 1980 et 1983, sortent les albums La Carmencita, Ex-Libris et Rock'n'roll cowboy dont Frank Margerin dessine la pochette.

En 1982, il tente de se lancer avec enthousiasme dans le cinéma[Information douteuse] [?] en jouant l'un des rôles principaux (celui du docteur Steve Julien) du film Litan : La Cité des spectres verts de Jean-Pierre Mocky, mais le film est un cuisant échec à sa sortie, violemment mis à bas par la critique. Du fait de cet échec, les producteurs et réalisateurs ne lui proposeront plus de rôles, ce qui affectera grandement l'artiste.

En 1986, 13e album , publié sur un label confidentiel, passe complètement inaperçu.

Durant ces années de retrait, il s'adonne à la peinture dans le calme de sa propriété La Taillade située dans le Lot.

Un nouveau départ ? (1989-1995)[modifier | modifier le code]

En 1989, Nino Ferrer demande et obtient la nationalité française pour, selon ses dires, célébrer le bicentenaire de la Révolution française. Il enregistre l'hymne national La Marseillaise, accompagné par une chorale de Montcuq qu'il fait se produire lors d'une émission Champs-Élysées de Michel Drucker.

Au début des années 1990, il est redécouvert par une nouvelle génération, en Italie puis en France, grâce à la sortie d'une compilation. La musique le reprend et il se lance dans un nouvel album en compagnie de proches parmi lesquels Mickey Finn et Diane Véret. L'album La Désabusion sort en 1993 sous l'égide d'Yves Bigot et Philippe Poustis, respectivement directeur général et directeur artistique du label Fnac Music. La Vie chez les automobiles, composé de différents titres chantés et/ou écrits par des membres de sa famille (son fils Arthur et sa femme Kinou) accompagne La Désabusion en 1994 en tant que bonus.

Durant cette période, Nino Ferrer expose ses peintures à Paris, puis part en tournée pour promouvoir La Désabusion. Son dernier enregistrement, Concert Chez Harry, se veut un témoignage de cette tournée.

Suite et fin (1995-1998)[modifier | modifier le code]

En sa mère Mounette, qui vivait à ses côtés dans sa propriété de La Taillade depuis le décès de son père en 1982, meurt à l'âge de 86 ans après plusieurs mois durant lesquels elle a connu d'importants problèmes de santé (AVC, arrêt cardiaque) et s'est progressivement affaiblie. Kinou Ferrari attribue sa mort aux conséquences d'une violente chute qu'elle avait faite alors que Nino Ferrer lui faisait visiter de nouveaux aménagements sur sa propriété[40]. Deux mois après, le , le chanteur se tire une balle dans le cœur au milieu d'un champ de blé jouxtant la Taillade à Saint-Cyprien (Lot), deux jours avant son soixante-quatrième anniversaire[41].

Selon ses premiers biographes, le suicide aurait hanté Nino Ferrer dès l'âge adulte. Au printemps 1998, alors que l'état de santé de sa mère ne laisse plus de doute quant à sa fin prochaine, il débute l'écriture d'un journal intime manuscrit (le précédent ayant été arrêté 40 ans plus tôt), qu'il intitule 1998 et suite (peut-être). Il n'y couche que les brouillons de nouvelles chansons et un testament en rimes, dans lequel il demande pardon à ses proches pour son caractère irascible, et lance ses dernières accusations contre le showbiz . Après le décès de sa mère dont il s'estime responsable, Nino Ferrer s'enfonce dans une profonde dépression qui inquiète ses proches et interrompt les premières sessions d'enregistrement de ce qu'il veut être son dernier album, Suite et fin. Début août, de nombreux signes laissent deviner qu'il est en train d'organiser sa mort. Inquiète, sa femme fait venir un médecin, auquel Nino déclare qu'il va se tuer dans deux jours. Celui-ci ne le prend pas au sérieux, et lui prescrit des anxiolytiques qui le font plonger dans un état d'intense exaltation. Le lendemain, à l'occasion d'un repas donné pour l'anniversaire de son épouse Kinou, il exige qu'on l'appelle désormais « Don Nino Ferrer », en référence à Don Quichotte, avant de se dévêtir et plonger nu dans la piscine de sa propriété. Le 13 août 1998, il s'arrange pour éloigner Kinou en lui demandant d'aller disperser les cendres de sa mère dans le jardin de La Taillade. Il endosse une vieille veste qu'il portait en concert dans les années 1960, revêt un chapeau rappelant ceux qu'il arborait dans les années 1970. Il dépose à divers endroits de sa propriété des lettres pour ses proches, prend sa voiture pour se rendre au milieu d'un champ d'où il appréciait la vue sur la région du Quercy, et se donne la mort[42].

Son ami Richard Bennett raconte que, quelques mois avant sa disparition, le chanteur lui avait téléphoné, passant dans une discothèque où il va le retrouver. Il est désabusé et déclare : « « La prochaine fois que l'on va se voir, ça sera pour se raconter nos maladies, nos histoires de prostate. » J'essaie de lui remonter le moral, mais il ajoute : « Tu te rends compte, j'ai écrit, composé et produit près de deux cents chansons, et les gens n'en connaissent que trois. C'est comme un peintre prolifique dont on ne connaîtrait que trois tableaux, car tous les autres sont dans des coffres. » Bennett ajoute que « Nino a toujours été excessif, ultra-sensible et contradictoire et sa situation le minait. »[réf. souhaitée]

Discographie[modifier | modifier le code]

Albums[modifier | modifier le code]

45 tours quatre titres (EP) et singles[modifier | modifier le code]

Bel Air - Score pour les 2 premiers, Riviera ensuite, jusqu'en 1971. Ne sont cités que les pressages français.

  • 1963 : Pour oublier qu'on s'est aimé ; Souviens-toi / C'est irréparable ; 5 bougies bleues
  • 1964 : Ferme la porte ; Je reviendrai / Oh ! Ne t'en va pas ; Ce que tu as fait de moi (Nino Ferrer et les Jubilées)
  • 1965 : Viens je t'attends ; Au bout de mes vingt ans / Jennifer James ; Tchouk-ou-tchouk
  • 1966 : Mirza ; Les cornichons / Il me faudra… Natacha ; Ma vie pour rien
  • 1966 : Le monkiss de la police ; Monkiss est arrivé / Avec toi j'ai compris le monkiss ; Y'a que toi monkiss (Nino ferrer et les Gottamou)
  • 1966 : Alexandre ; Oh ! Hé ! Hein ! Bon ! / Le blues des rues désertes ; Longtemps après
  • 1966 : Je veux être noir ; Si tu m'aimes encore / La bande à Ferrer (1re partie) ; La bande à Ferrer (2e partie)
  • 1967 : Le téléfon ; Je cherche une petite fille / Madame Robert ; Le millionnaire
  • 1967 : Mao et Moa ; Je vous dis bonne chance / Mon copain Bismarck ; N-F in trouble
  • 1968 : Le roi d'Angleterre ; Il me faudra… Natacha / Les petites jeunes filles de bonne famille ; Monsieur Machin
  • 1968 : Mamadou Mémé ; Œrythia / Les yeux de Laurence ; Non ti capisco più
  • 1969 : Je vends des robes ; La Rua Madureira / Tchouk-ou-tchouk ; Le show-boat de nos amours
  • 1969 : Agata ; Un premier jour sans toi / Justine ; Les hommes à tout faire
  • 1970 : Oui mais ta mère n'est pas d'accord / Le blues anti-bourgeois
  • 1970 : Viens tous les soirs / L'amour, la mort, les enterrements
  • 1971 : Les Enfants de la patrie / La Maison près de la fontaine
  • 1975 : Le Sud / The garden (CBS) (Le Sud n'a été ajouté sur la réédition vinyle de l'album Nino and Radiah qu'en 1982, puis sur CD)
  • 1975 : Alcina de Jesus / Les morceaux de fer (CBS)
  • 1976 : Chanson pour Nathalie / Moon (CBS)
  • 1978 : Joseph Joseph / L'Inexpressible (CBS)
  • 1981 : Pour oublier qu'on s'est aimé / Michael et Jane (WEA)
  • 1982 : Semiramis / Micky Micky (WEA)
  • 1983 : Il pleut bergère / Blues des chiens (WEA)
  • 1986 : L'arche de Noé : Création ; Chita Chita / L'arche de Noé (Le Chant du Monde)
  • 1989 : La Marseillaise / Il pleut bergère (2e plage réenregistrée avec les gens de son village) (Barclay)
Participations
  • 1964 : Les Dolly Brothers : chant sur Hello Dolly (EP Barclay 72638), mais son nom ne figure pas sur la pochette.
  • 1966 : Jerk avec Les Gottamou : Gamma-goochee ; All about my girl / Blues des Gottamou ; Gribouille (EP Riviera + rééd.CD. guitare sur les 4 plages).
  • 1969 : B.O.F. Tout peut arriver : chant sur La route (inédit) (EP Riviera)
  • 1969 : La chanson de "Génie" (45 T AFP Bates, disque publicitaire monoface, avec 9 jingles composés et chantés par Nino Ferrer)
  • 1972 : sur l'album de l'adaptation française de Jésus-Christ Superstar, chant de Dites-moi ce qui se passe, avec J. Bennett (Barclay 80459)
  • 1975 : chant de Croco du ciel sur un single de Radiah Frye (CBS 3753)

Musique de film ou de série télévisée[modifier | modifier le code]

Principales compilations[modifier | modifier le code]

  • 1990 : L'indispensable (coffret Barclay 6 cd, 110 titres), à ne pas confondre avec le double cd du même titre, contenant 24 chansons.
  • 2004 : L'intégrale (coffret Barclay 12 cd + 1 dvd et 1 bd de 50 pages). Le vol. 2 des années 1960 contient 6 titres en version différente de l'originale. Le coffret contient plusieurs titres inédits uniquement sortis en 45 T ou seulement en Italie.
  • 2008 : Sacré Nino... (coffret Long Box Universal 3 cd 53 titres)
  • 2012 : Les 50 plus belles chansons de Nino Ferrer (coffret Barclay 3 cd)
  • 2013 : L'intégrale des enregistrements studio & live (coffret Barclay/Universal 14 cd) 206 pistes dont 9 inédites.

Enregistrements video[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 18-27.
  2. Henry Chartier 2018, p. 17.
  3. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 28-30.
  4. Henry Chartier 2018, p. 18.
  5. Nino Ferrer, dans l'émission de France Inter "La bonne mémoire", le 3 novembre 1986. Cité par Henry Chartier dans son ouvrage "Nino Ferrer un homme libre", page 18.
  6. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 33.
  7. Henry Chartier 2018, p. 19-20.
  8. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 26-38.
  9. Henry Chartier 2018, p. 22.
  10. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 46.
  11. Henry Chartier 2018, p. 23.
  12. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 39-42.
  13. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 49-50.
  14. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 51.
  15. Henry Chartier 2007, p. 24-25.
  16. Henry Chartier 2018, p. 24.
  17. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 59.
  18. Henry Chartier 2018, p. 28.
  19. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 60-61.
  20. Henry Chartier 2018, p. 28-30.
  21. Henry Chartier 2007, p. 31.
  22. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 63.
  23. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 75-76.
  24. « Nino Ferrer romantique », sur RTS.ch, .
  25. « Ces dames s'en mêlent », sur IMDB.com
  26. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 83.
  27. Henry Chartier 2018, p. 36-38.
  28. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 84.
  29. Henry Chartier 2007, p. 39.
  30. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 88.
  31. a et b Henry Chartier 2007, p. 40-42.
  32. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 89-90.
  33. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 98.
  34. Christophe Conte et Joseph Ghosn 2005, p. 100.
  35. [vidéo] AGENCE INTÉRIM - 1969 sur YouTube.
  36. a et b Nino Ferrer, il était une fois l'homme, Bibliothèque de Toulouse
  37. Biographie sur Dandy-magazine.com
  38. Voir sur lefigaro.fr.
  39. Ventes de 1975
  40. Nino Ferrer (« Blues en fin de monde », « Rock’n’roll cow-boy ») : « La désabusion », les années 1990. Kinou Ferrari (Épouse de Nino Ferrer)
  41. « Décès de Nino Ferrer », sur RFI Musique, .
  42. Christophe Conte et Joseph Ghosn, Nino Ferrer, du noir au sud, Editions N°1, (ISBN 9782846121897), pages 215-230
  43. 1979 en France.
  44. « Joël Segura », sur Joël Segura, .
  45. Voir sur bibliotheque.toulouse.fr.
  46. « L'Espace Nino FERRER », sur http://www.mairie-dammarie-les-lys.fr, (consulté le 17 février 2016).
  47. « Vingt ans après sa mort, le Sud chante à nouveau Nino Ferrer », sur Libération.fr, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article[modifier | modifier le code]

  • « Interrogations écrites : entretien avec Nino Ferrer », L'Autre Journal, no 93 04,‎ , p. 44-45

Documentaires vidéo[modifier | modifier le code]

  • 2011 : Douce France : Nino Ferrer, documentaire de Laurent Lichtenstein et Jacques Pessis, France Télévisions / P6 Productions, 52 min[1].

Liens externes[modifier | modifier le code]