Traite négrière à Bordeaux

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Mascaron : visage africain, Place de la Bourse.

La traite négrière à Bordeaux est à l'origine de la déportation de près de 150 000 esclaves noirs entre 1672 et 1837. Avec 508 expéditions, Bordeaux se place en deuxième position des ports français pour l'ensemble de la période concernée (11,4% des opérations de traite), derrière Nantes.

Si la traite négrière contribue à développer la puissance économique de Bordeaux dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, c'est bien davantage le commerce direct avec les colonies qui enrichit la ville.

Contexte[modifier | modifier le code]

La traite atlantique débute à la fin du XVIIe siècle. Des Européens et des Américains acquièrent des captifs en Afrique et leur font traverser l'océan sur leurs navires pour les revendre comme esclaves en Amérique. Le trajet s'inscrit dans une rotation maritime, le commerce triangulaire. En 1997, l'historien Hugh Thomas évalue à 54 200 le nombre de traversées, ayant acheminé 13 000 000 captifs, dont 11 328 000 arrivent à destination[1]. Tous les grands ports européens ont plus ou moins pratiqué la traite négrière. Après le Portugal, les ports anglais sont en première ligne : Liverpool organise 4 894 expéditions et Londres 2 704.

La France métropolitaine arme environ 4 220 navires négriers et se classe au troisième rang des nations négrières après la Grande-Bretagne et le Portugal[2]. La ville de Nantes organise 1 744 expéditions soit 41,3 % du total français (Nantes bénéficie de certains privilèges fiscaux et de sa proximité avec Lorient où est installée la Compagnie des Indes, qui la fournit en indiennes ou cauris très appréciés des marchands africains d'esclaves[3]). Suivent trois villes d'égal trafic : Bordeaux (11,4%), La Rochelle et Le Havre qui totalisent à elles trois 33,5 % des expéditions négrières[4]. Saint-Malo, Lorient, Honfleur, Marseille, Dunkerque et plus marginalement Sète, Brest, Saint-Brieuc, Rouen, Cherbourg, Vannes, Bayonne, Rochefort et Marans ferment la marche[5].

Chronologie de la traite bordelaise[modifier | modifier le code]

Les relations sourcées entre Bordeaux et l'esclavage africain commencent au XVIe siècle : en 1571 le parlement de Bordeaux exige la libération d'une cargaison d'esclaves noirs amenés dans le port de la Lune pour y être vendus. Cet épisode préfigure mal les relations ultérieures entre l'Afrique et des Bordelais[6][réf. incomplète].

Évolution annuelle du nombre d'expéditions bordelaises de traite armées par des maisons bordelaises (d'après Saugera, 2002[6][réf. incomplète]).

Les origines (1672-1728)[modifier | modifier le code]

Le premier voyage négrier bordelais s'effectue un siècle plus tard, en 1672 : le Saint-Étienne appareille pour Saint-Domingue, via « la Guinée » ; on ignore s'il achève sa rotation. Jusqu'en 1724 neuf expéditions lui font suite, affrétées par les Compagnies Royales des Indes, de Guinée ou d'Afrique, souvent avec les navires du négociant bordelo-rochelais Etienne Dharriette[6][réf. incomplète].

La croissance (1729-1780)[modifier | modifier le code]

Ainsi fin 1728, dix expéditions de traites en tout ont été organisées à Bordeaux, quand Nantes en a déjà lancé plus de deux cent vingt. Le port girondin dispose en effet d'un arrière-pays dont la prospérité permet de fructueuses exportations, vers l'Europe continentale et l'Angleterre d'abord, vers les colonies américaines à partir du XVIIIe siècle. Au retour, Bordeaux en importe des denrées — sucre, café, coton, etc. — qu'elle distribue Europe ; la ville s'impose au milieu du siècle comme la première place française pour ce commerce. Pourquoi alors, dans un tel contexte de croissance, se lancer dans des opérations onéreuses et risquées comme la traite ?

Le véritable précurseur est un certain Jean Marchais, commerçant d'origine bordelaise qui a travaillé auprès des grands armateurs nantais. Il en rapporte le savoir-faire, et les fonds nécessaires à l'organisation d'une expédition négrière. Cas atypique parmi ses successeurs, la traite va constituer l'essentiel de son activité d'armement (alors qu'elle n'occupe pas plus de 5% de la flotte marchande d'un David Gradis, par exemple). De 1729 à 1746, il ne lance pas moins de onze voyages vers l'Afrique avec ses quatre navires[6][réf. incomplète]. Dans son sillage, un groupe de dix-sept individus se constitue, qui sont à l'origine ou contribuent à trente-quatre expéditions de traite. Outre l'acquisition du savoir-faire, c'est l'accumulation des revenus d'un commerce maritime plus classique qui permet désormais à la bourgeoisie d'immobiliser les capitaux nécessaires à des opérations de cette envergure[7].

A deux reprises pendant les décennies qui suivent les guerres interrompent l'activité négrière — et affectent plus généralement le commerce de la capitale aquitaine — : les vaisseaux ennemis se font trop menaçants pendant la guerre de Succession d'Autriche de 1744 à 1748, puis pendant la guerre de Sept Ans de 1755 à 1762. Il faut dire qu'un 1743, six des huit navires de traites qui appareillent de Bordeaux sont pris par les Anglais[6][réf. incomplète] ! Chaque fois, dès la paix rétablie la traite reprend au même rythme d'environ un départ tous les deux mois.

Les principaux négociants négriers sont alors les maisons David Gradis & fils, Paul Nairac & fils, Jacques-Alexandre Laffon de Ladébat, Isaac Couturier, Rocaute de Bussac, Pierre Feydieu, Raphaël Mendès, suivies de Dommenget & fils, des frères Féger, Jean Jaure, d'une veuve Duffour, de Jean Laffon Aîné, Pierre Mongeon, Jean-Valentin Quin, Jean Auger, d'une dame de Belouan, de Dominique Cabarrus (dont la petite-fille Thérésa Cabarrus épousera Tallien), Delzolliès-Lagrange, René-Marie Floch, Léonard Lafitte, François Lartigue, Salomon Lopès-Dubec, Joseph Ménoire, Jacques Montet, Jacques Salleneuve, Antoine Séguy, etc.[6][réf. incomplète]

Progressivement, ils obtiennent des mesures d'encouragement d'un État soucieux de la bonne santé de ses colonies : exemptions fiscales, règlements protectionnistes, incitations financières au « troque » lointain (en Angola en 1777, sur la côte orientale d'Afrique en 1787). En 1768, le ministre Étienne François de Choiseul récompense les Bordelais en ces termes : « Le Roi étant informé que les négociants du port de Bordeaux se livrent avec beaucoup de zèle au commerce de la Traite des Nègres, qu'il résulte des états qui lui ont été présentés que, depuis le jusqu'au 30 octobre de la même année, ils ont armé sept navires pour la côte de Guinée, qu'ils en ont actuellement six autres en armement pour le même objet ; et que si la traite était favorable, ils pourraient introduire 5 190 nègres aux colonies [...] ils jouiront de l'exemption du droit de livres par tête »[8][réf. incomplète].

De 1778 à 1783, la guerre d'Indépendance des États-Unis donne un nouveau coup de frein à cette expansion et on ne dénombre plus de départ de Bordeaux.

L'âge d'or (1783-1792)[modifier | modifier le code]

Traite négrière, une ignominie parmi d'autres : extrait du livre de bord du navire Le Patriote, capitaine Paul-Alexandre Brizard[9] (expédition de 1788, au profit de Journu Frères[6][réf. incomplète]).

Cette décennie voit la bourgeoisie commerçante de la ville organiser plus de la moitié (deux cent vingt-cinq) des opérations de traites de toute l'histoire du port. La part du commerce d'esclaves dans l'armement colonial triple pour atteindre 12% en 1783.

La stagnation du commerce direct avec les îles, due à l'engorgement tant des marchés coloniaux que de ceux des produits d'outre-mer en métropole, rend la traite négrière plus attractive. Évitant la concurrence, les bâtiments bordelais se concentrent sur la côte orientale de l'Afrique (Mozambique, Zanzibar), pour approvisionner en main d’œuvre non seulement les îles françaises de l'Océan Indien mais toujours Saint-Domingue.

De nouvelles compagnies d'armement se partagent l'essentiel du trafic aux côtés des inamovibles Paul Nairac & fils, Dommenget & fils, Jean Laffon Aîné et Dominique Cabarrus : Jean Sénat, Romberg, Bapst et Cie, A. Cochon & Troplong, Pierre Baour, Pierre Ladurantie, les frères Journu, Jacques Delorthe, Testard & Gaschet, Balguerie, Jean Rodolphe Wirtz sont les plus actifs[6][réf. incomplète].

Bordeaux en marche vers l'abolition[modifier | modifier le code]

Le débat[modifier | modifier le code]

L'influence des philosophes et du mouvement abolitionniste lancé par l'anglais Thomas Clarkson permet de développer en Europe un débat à la fois politique et économique sur l'esclavage dans les colonies et le commerce des esclaves.

Franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Article connexe : Franc-maçonnerie à Bordeaux.

Comme pour bien des idées des Lumières, les loges maçonnes sont les principaux creusets d'une nouvelle pensée sociale. Cependant, si des francs-maçons comme Montesquieu ou Étienne Polverel — commissaire de la République de Saint-Domingue, il y est à l'origine de l'affranchissement des esclaves en 1793 — participent de façon significative au mouvement abolitionniste, d'autres comme l'armateur Élisée Nairac font fortune dans la traite.

Montesquieu ne s’accommode pas de l’idée d’esclavage, et choisit de ridiculiser les esclavagistes dans le chapitre 5 du livre XV de De l’esprit des lois : « Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais ». Suit alors une liste d’arguments caricaturaux dont le grinçant « si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens », précurseur du Pangloss de Candide[10].

Certains ont considéré que Montesquieu avait eu des intérêts dans la traite négrière, s’appuyant sur le fait qu’en 1722, il achete des actions de la Compagnie des Indes. Mais, selon Jean Ehrard, c'est en tant que commissaire de l’Académie de Bordeaux et non à titre personnel qu'il effectue cette opération[11].

À la fin du XVIIIe siècle, près de la moitié des francs-maçons appartiennent au négoce bordelais. Ainsi Élisée Nairac, membre d'une puissante famille d'armateurs protestante, reçoit « les lumières de L'Amitié » en 1790. Or de 1764 à 1792, la famille Nairac a organisé 24 expéditions dont 18 déportèrent plus de 8 000 africains[12]. L'universitaire bordelais Jean Tarrade évoque un conflit entre « les principes et les réalités concrètes de l'économie qui l'emporteront. »

Outre Montesquieu, quelques Bordelais participent au courant abolitionniste de la traite négrière et de l'esclavage.

L'abolitionnisme[modifier | modifier le code]

Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies, 26 août 1788.
Article connexe : Abolition de l'esclavage.

André-Daniel Laffon de Ladebat, fils du banquier et armateur négrier Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat, rédige en 1788 un Discours sur la nécessité et les moyens de détruire l'esclavage dans les colonies à l’Académie des sciences de Bordeaux. Cet ouvrage sera publié et lu quelques années plus tard en séance à l'Assemblée législative et sera exploité par la Société des amis des Noirs à laquelle il sera associé[13].

Dès son arrivée à Paris, le député bordelais girondin Armand Gensonné s'inscrit à la Société des amis des Noirs, dont l'objectif est d'obtenir l'égalité entre les hommes blancs et les hommes de couleur[6][réf. incomplète].

La défense de la traite[modifier | modifier le code]

En août 1789, le négociant et député Jean Béchade-Casaux rejoint Paris avec Jean-Baptiste Nairac et des députés de Nantes, Marseille et du Havre, afin de plaider la défense de la traite auprès des ministres, mais aucun de ceux-ci ne les reçoit. Dans une lettre aux directeurs de la chambre de commerce de Guyenne, il écrit « Les États généraux sont encore occupés de la Déclaration des droits de l'homme qui doit servir d'introduction à la constitution ; j'ai peur que cela ne conduise à la suppression de la traite des noirs »[14].

Toujours en 1789, plusieurs députés dont les élus bordelais Jean-Marie Corbun et Béchade-Casaux, envoient une adresse à l'Assemblée Nationale concernant l'esclavage[15].

Les négociants bordelais ont une démarche semblable, écrivant à l'Assemblée nationale pour plaider le maintien de la traite. Ils argumentent sur les plans humanitaire et économique : ainsi la déportation des Noirs permettrait selon eux de les soustraire à la mort dans les guerres dont l'Afrique serait perpétuellement en proie ; la suppression de la traite et l'affranchissement des esclaves ruineraient les colonies et la France ; les Noirs, en plus grand nombre dans les colonies, finiraient par opprimer les Blancs ou les massacrer[14].

L'abolition[modifier | modifier le code]

Le vent tourne[modifier | modifier le code]

En 1793, les primes pour la traite sont supprimées (calculées selon le nombre de Noirs transportés dans les colonies, le lieu de débarquement et la jauge des navires, elles récompensaient le commerce négrier depuis un arrêt royal de 1784)[16][réf. incomplète]. La même année, plusieurs négociants sont guillotinés, dont le frère de Bonaventure Journu, Antoine-Auguste, accusé entre autres d'avoir « taxé de fanatisme l'amour des nègres pour la liberté »[17].

La Convention montagnarde abolit l'esclavage le . Le 18 février, Tallien préside à Bordeaux la Fête de l'abolition pour célébrer d'événement, où les quelque deux cents Noirs habitant Bordeaux se joignent en liesse à la foule. La traite s’interrompt pour quelques années après cette loi — trêve aidée sans aucun doute par la reprise de la guerre avec l'Angleterre et sa marine toujours menaçante.

La restauration et l'ultime période[modifier | modifier le code]

Bonaparte rétablit la traite et l'esclavage en mai 1802 - mais le blocus par les Anglais la limite fortement -, jusqu'à ce qu'à la fin de l'Empire plusieurs lois se succèdent qui mettront progressivement fin à la pratique : suspension provisoire par Napoléon le , pendant les Cent Jours, interdiction par Louis XVIII en 1818, renforcement des mesures répressives en 1827 et 1831, et abolition finale le .

La décroissance effective est plus rapide à Bordeaux qu’à Nantes : les négociants Bordelais comprennent vite que le métier de négrier n’est plus aussi rentable, et devient même dangereux. Leur tradition négrière est de toutes façons plus récente, moins prédominante dans l’activité économique de la ville.

Aussi lorsque le gouvernement adresse aux ports concernés le décret d’application de la loi du , le capitaine du port de Bordeaux, Bergevin, peut répondre : « Je crois à ce sujet, Monseigneur, faire observer à Votre Excellence, en l’honneur du Commerce de Bordeaux, qu’avant les décisions du gouvernement qui défendent la traite des noirs, les armateurs de cette ville avaient renoncé à cet infâme trafic et fait publier eux-mêmes cette noble détermination dans différents journaux ». Il ajoute cependant — frappé d'amnésie sélective, ou négligeant en tout cas les quelque 5% de navires armés pour la traite au long du XVIIIe siècle — « de tout temps, Monseigneur, le commerce de Bordeaux, grand dans ses entreprises, a dédaigné la traite des noirs, pour expédier ses navires dans les mers du sud, de l’Inde et du Mexique »[18].

La traite prend fin à Bordeaux en 1826. Une ultime expédition isolée — et avortée — s'élance en 1837, celle du Voltigeur.

Bilan[modifier | modifier le code]

L'étude la plus complète recense 508 expéditions de traite organisées par des armateurs bordelais, sur la période qui s'étend de 1672 à 1837. 480 d’entre elles s'élancent de Bordeaux (les 28 autres appareillent depuis d'autres ports français), représentant 11,4% des expéditions négrières françaises[6][réf. incomplète].

Part des expéditions bordelaises dans la traite française.

Les capitaines négriers embarquent principalement les captifs sur ce qu'on appelle alors la Côte des Esclaves (rivages des actuels Ghana, Togo, Bénin et Nigéria), au Congo et en Angola, et au Mozambique. Les ports du Sénégal, de Sierra Leone et Guinée sont plus rarement visités[6][réf. incomplète]. 15 000 personnes environ seront ainsi déportées, dont deux tiers de sexe masculin.

Les esclaves sont majoritairement débarqués dans les possessions françaises en Amérique (85%) et notamment à Saint-Domingue (70%). Les destinations de 386 expéditions bordelaises étudiées se répartissent ainsi[6][réf. incomplète] :

Lieu de vente des captifs Nombre d'expéditions
Saint-Domingue 270
Martinique 31
Guadeloupe 13
Autres possessions françaises en Amérique 13
Maurice et La Réunion 38
Cuba 14
Autres destinations antillaises 7

Aspects économiques[modifier | modifier le code]

De formidables fortunes s'édifient sur la pratique de l'esclavage, que ce soit par la traite, par la possession de plantation aux îles ou par le commerce des denrées coloniales qui y sont produites[3]. Leurs propriétaires font construire ou acquièrent de somptueux hôtels en ville (l'essentiel des immeubles du cours du Chapeau-Rouge par exemple) ou châteaux en périphérie (Quadrille à Caudéran pour Journu, Bourran à Mérignac pour Saige, etc.). Les familles investissent dans des propriétés viticoles (La Louvière et Rieussec pour J.B. Mareilhac, le château Lagrange pour un héritier de Cabarrus, Beychevelle pour Jacques Conte, Batailley pour Daniel Guestier, Gressier-Grand Poujeaux pour Kater, etc.).

Les armateurs[modifier | modifier le code]

L'universitaire Silvia Marzagalli indique que le commerce en droiture (liaisons directes entre l'Europe et les colonies, sans effectuer un détour par l'Afrique qui permet la traite des Noirs) offre un taux de rentabilité de l'ordre de 10 %, nettement moins qu'une opération réussie de commerce triangulaire. Aussi, nombre d'armateurs investissent dans celui-ci[19]. Toutefois il est bien plus risqué : les durées de navigation d'environ dix-huit mois sont deux à trois fois plus longues qu'un voyage en droiture, le taux de mortalité des captifs est élevé (de un sur quatre au XVIIe siècle à 11 % à la fin du XVIIe siècle) et le risque de voir un bateau pris par une puissance étrangère n'est pas négligeable. Les capitaux sont donc immobilisés plus longtemps, et le risque de perdre toute sa mise existe.

186 armateurs bordelais se partagent les 508 expéditions négrières recensées. Parmi eux, 105 maisons ont organisé une seule expédition. Sept sont à l'origine d'au moins dix traites : les Nairac avec vingt-cinq expéditions, Jacques-Alexandre Laffon de Ladebat (quinze voyages), Isaac Couturier (quatorze expéditions), Jean Senat et Jean Marchais avec onze traites chacun, Dommenget & fils et la famille Gradis avec dix voyages de traite chacun[6][réf. incomplète].

Paul Nairac par exemple possède une flotte de quatre navires, dont trois navires négriers et deux raffineries[20] dans le quartier Sainte-Croix.

Les Bordelais aux îles[modifier | modifier le code]

La traite négrière bordelaise permet de développer le commerce sucrier des Antilles et notamment celui de Saint-Domingue.

L'historien Jacques de Cauna a retrouvé comme propriétaires aux îles les noms du grand négoce bordelais, négriers ou non : Testard et Gachet, Viard, Journu, Mesplès, Blancas, Agard, Laffon de Ladébat, Schröder et Schyler, Romberg et Bapst, de Kater [...] Balguerie, Clarac, Bonnafé, Nairac, Guestier, etc. Les familles de parlementaires suivent : Ségur, Poissac, Lalabde, Dubergier de Favars, Dupaty, Gobineau[8][réf. incomplète],[21].

Normalement, en vertu du code noir, les Juifs ne peuvent pas posséder d'esclaves aux colonies. Mais David Gradis, surnommé le « roi juif de Bordeaux », grâce à l'autorisation de Louis XIV pour services rendus, acquiert la propriété Prunes en Martinique (avec la famille bordelaise Bethmann) et reçoit d'un de ses débiteurs une propriété de Saint-Domingue[8][réf. incomplète].

Autres investisseurs et commerçants[modifier | modifier le code]

Afin de partager les risques mais aussi les bénéfices, il est possible à tout un chacun de prendre des parts financières dans les expéditions. Les sommes nécessaires à l'armement d'un navire sont en effet colossales (achat et préparation du bateau, avitaillement, matériel et armes, avances à l'équipage, etc.) : aussi, comme pour n'importe quelle opération d'investissement d'envergure, l'armateur principal constitue une association, recherchant des partenaires auprès de la bourgeoisie bordelaise, de banques européennes, parfois auprès de ses officiers-majors.

La préparation du départ génère des flux financiers importants : il faut équiper le navire (outils, cordages, etc.), acquérir les provisions de bouche pour nourrir marins et esclaves pendant le voyage, charger la « cargaison d'échange » que l'on troquera en Afrique contre les captifs (textiles, eau-de-vie, armes, métaux, tabac, cauris, etc.). Ces produits sont produits dans l'Europe occidentale entière, et alimentent significativement le commerce bordelais[6][réf. incomplète].

Ainsi « on peut considérer que plusieurs milliers de Bordelais ont participé directement ou indirectement à ce trafic d'êtres humains »[21][réf. incomplète].

La présence des Noirs à Bordeaux[modifier | modifier le code]

Comme le signalent quelques tableaux conservés dans les musées d'Aquitaine[22],[23], des Noirs vivaient dans la région au XVIIIe siècle.

Portrait de Marie-Anne Grellier avec sa Négrillonne, huile de Chanteloub, La Rochelle, 1721.

L’étude des archives permet de distinguer 5 200 personnes d’origine africaine présentes à Bordeaux à un moment ou à un autre de la période de la traite[24]. Un autre décompte, effectué par l'universitaire Léo Elisabeth, y dénombre 3 242 esclaves et 358 Noirs ou métis libres, au cours du XVIIIe siècle (l’effectif total est quoi qu'il en soit certainement supérieur, car tous n’étaient probablement pas déclarés).

En 1777, une Déclaration royale oblige à recenser toute personne de couleur vivant en métropole : on compte à Bordeaux 208 esclaves ou domestiques, et 94 Noirs libres — incluant des métis issus d’un père blanc[25]. Elle exige que soit créé, dans chaque port, un « dépôt des Noirs » pour les loger pendant leur séjour en France. (François-Armand Cholet, procureur du Roi à l'Amirauté de Bordeaux, s'indigne alors des mauvaises conditions de détention des prisonniers, alors qu'il était question de faire séjourner les Noirs au même endroit : « l’amirauté de Bordeaux n’a d’autres prisons que celles du palais ; mais elles sont si affreuses que la seule idée d’y enfermer les Noirs révolte l’humanité. Les prisonniers y sont rongés de gale et de vermine »). L'édit proscrit en théorie les nouvelles arrivées (à l'exception des nourrices qui peuvent rester auprès des enfants), mais cette obligation n'est pas respectée.

Toutes ces personnes viennent des colonies d’Amérique, amenées par des capitaines des navires de traite[26] ou, plus fréquemment, par les familles créoles pour qui elles travaillaient, soit que celles-ci aient voulu conserver leurs domestiques à leur retour en Europe, soit qu’elles aient souhaité les affranchir (en métropole, le Code noir ne s’applique pas et un propriétaire peut libérer son esclave sans payer de taxe), soit enfin qu’il s’agisse d’enfants illégitimes. Peu à peu, certains sont affranchis par leur propriétaire (et parfois dotés d’une rente), par mariage (les prêtres en métropole refusent de marier des esclaves) ou, plus simplement, par la loi (puisque le séjour non déclaré d’un esclave pendant plus de trois ans donne automatiquement droit à l’affranchissement)[24].

La plupart des affranchis restent dans la domesticité. On dénombre en particulier plusieurs nourrices, souvent ramenées des Antilles par des familles européennes ou créoles pour accompagner leurs enfants en bas âge[23],[22]. D’autres exercent avec succès les professions de cuisinier, perruquier, coiffeur, tonnelier, forgeron, marins, sous-officiers de marine – et les rôles des navires montrent qu’ils n’étaient pas discriminés en salaire. Certains même s’embarquent pour la traite[24], à l'exemple de Dominique Toscan.

Quelques-uns font fortune : en 1794 Casimir Fidèle est propriétaire d’un hôtel restaurant, cours Clémenceau ; vers la même époque Marie-Louise Charles procède à plusieurs transactions immobilières[24] ; pendant la Révolution, Louis Belard Saint-Silvestre, qui possède sa propre auberge près de la place de la Victoire, investit dans des terres à Saint-Domingue[27].

Leur communauté est organisée, elle loge principalement hors des murailles, dans le quartier Saint-Seurin, alors en pleine urbanisation. Les liens sociaux sont forts, des mariages sont célébrés au sein du groupe (souvent sur le tard, pour s’épauler dans la vieillesse ou se mettre en règle vis-à-vis de la religion), ou parfois entre un homme noir et une femme blanche (un type d’alliance rarissime aux colonies)[24].

Après la première abolition (1794-1802), cette population s’étiole progressivement : certains repartent dans les colonies, les autres s’assimilent (au sens où leur couleur de peau n’est plus mentionnée dans les textes d’époque). En 1830, on n’en identifie plus qu’une trentaine dans la ville[24].

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, des afro-descendants sont cités dans beaucoup de villages de la Gironde ou de la région. Cas sans doute exceptionnel, Placide Louverture, un des fils de Toussaint, épouse en 1821, à Astaffort, Joséphine de Lacaze, originaire d’une famille de l’ancienne noblesse. Il leur faut plusieurs années avant d'obtenir une dispense de l’administration, une ordonnance de 1803 prohibant alors ce genre d’alliances[28].

Traces et mémoire[modifier | modifier le code]

Toponymie[modifier | modifier le code]

Plusieurs voies de Bordeaux (vingt-deux, selon l'association Mémoires et Partages dirigée par Karfa Diallo) portent le nom d'un armateur, d'un colon ou d'un capitaine de navire, sans qu'il soit souvent établi si le personnage ainsi honoré a été lui-même impliqué dans la traite négrière ou s'il s'agit d'un autre membre de la même famille : on trouve ainsi des cours Balguerie-Stuttenberg, Journu-Auber et Portal, des places Johnston, Mareilhac et Ravezies, des rues Pierre Baour, de la Béchade, de Bethmann, Bonnafé, Brizard, Desse, Fontfrède, David Gradis, de Gramont, Daniel Guestier, de Kater, Lewis-Brown, Emile Pereire, Saige et Wüstenberg, les passages Féger et Sarget, l'impasse Laîné[16][réf. incomplète].

D'autres rues ont été baptisées d'après des escales africaines ou américaines du commerce triangulaire : cours de la Martinique, quai du Sénégal, rues Bourbon (ancien nom de l'île de la Réunion), des Belles-Îles, de Beira (port du Mozambique), de Mahéla, de Fort-Dauphin (tous deux à Madagascar). La rue du Petit Goave (ville principale d'Haïti au XVIIe et XVIIIe siècles) tire probablement son nom de la communauté de Noirs qui vivaient au XVIIIe siècle dans le quartier Saint-Seurin[24] qu'elle traverse (cf plus haut).

Quatre artères de la ville honorent à l’inverse la mémoire de personnalités ayant œuvré contre l’esclavage : la rue Victor Schoelcher, la rue Gensonné et les impasses (!)[non neutre] Toussaint Louverture et André-Daniel Laffon de Ladébat.

Fresques[modifier | modifier le code]

Dans plusieurs monuments ou espaces publics de la ville, des œuvres picturales évoquent de longue date cet aspect du passé de Bordeaux en mettant en scène des personnages africains. La plupart symbolise l'importance de l'Afrique et des Antilles pour la richesse du port. On peut ainsi citer :

  • le plafond du Grand Théatre, peint par Claude Robin en 1780 ;
  • le vitrail principal de l'église Saint Pierre, réalisé par Joseph Villiet vers 1860 ;
  • la fresque de la Bourse du travail, dessinée par Camille de Buzon en 1937 ;
  • la toile Le port de Bordeaux et les relations outre-mer (1925) de Frédéric Marius de Buzon, au Musée d'Aquitaine ;
  • le vitrail décoratif La Garonne de René Buthaud, à la Maison du Vin (1951) ;
  • la fresque La Gironde accueillant l'Afrique peinte par André Lhote en 1955, à l'institut d'odonto-stomatologie.

Plaques et monuments commémoratifs[modifier | modifier le code]

  • Une plaque a été apposée en 2003 par la Mairie de Bordeaux pour indiquer la maison de la rue Fondaudège où vécut Isaac Louverture, fils de Toussaint Louverture, héros de l’abolition de l’esclavage et de l’indépendance de Haïti.
  • Isaac, mort à Bordeaux en 1894, repose au cimetière de la Chartreuse dans une tombe signalée par une discrète plaque de marbre qui mentionne le rôle de son père dans la lutte contre l’esclavage.
  • Un buste de Toussaint Louverture orne depuis le le square du même nom ; depuis la rive droite de la Garonne il fait face au port de Bordeaux. Le bronze, œuvre de Ludovic Booz[29], a été offert à la ville par la République de Haïti à l’occasion du bicentenaire de la fondation de celle-ci[30],[31].
  • Enfin, sur le quai des Chartrons, la Mairie de Bordeaux a inauguré le [32] une plaque commémorative où est inscrit :

« À la fin du XVIIe siècle, de ce lieu est parti le premier navire armé dans le port de Bordeaux pour la traite des Noirs. Plusieurs centaines d’expéditions s’ensuivirent jusqu’au XIXe siècle. La Ville de Bordeaux honore la mémoire des esclaves africains déportés aux Amériques au mépris de toute humanité[33] . »

Musées[modifier | modifier le code]

Autres traces visibles[modifier | modifier le code]

Des Bordelais impliqués dans la traite aux XVIIIe et XIXe siècles — ou tout au moins dans le commerce avec les colonies d'Amérique —arboraient avec satisfaction les emblèmes de l'origine de leur fortune : des mascarons aux traits d'Africains sur les façades de leurs immeubles (quai Lyautey, quai Richelieu, place Gambetta, rue Fernand Philippart), des « Têtes de Nègre » (c'est l'expression consacrée en héraldique) sur leur blason[36],[37].

Le storytelling de certaines marques locales évoque des liens avec cette sombre période de l'histoire (anisette Marie Brizard[38], vinaigre Tête Noire, vin du château Nodoz - Le Nègre[39]).

Controverses[modifier | modifier le code]

Si personne ne nie l'activité négrière du port ou le caractère de crime contre l’humanité de ce trafic, des controverses sont nées dans les années 1990 sur une prétendue réticence des élites politiques, économiques ou intellectuelles bordelaises à reconnaitre et à mettre à la lumière ce passé : l'anthropologue Christine Chivallon évoque la « mémoire oublieuse » de Bordeaux[40].

Une moindre visibilité qu'à Nantes ?[modifier | modifier le code]

Sont pointés notamment le retard et la moindre ampleur du travail mémoriel à Bordeaux, au regard de démarche menée à Nantes : exploitation des archives, publications d’ouvrages, érection de monuments ou de lieux de mémoire, etc. Eric Saugera écrit en 2002 : « si Nantes, faute de pouvoir continuer à taire son passé, a fini par l’admettre, Bordeaux en revanche persiste dans une attitude de faux-semblants »[18].

Il est par exemple fréquemment souligné que les premiers historiens à étudier le sujet ne sont pas Bordelais[41] (Eric Saugera est Nantais, Julie Duprat[24] Toulousaine). Cette situation n’est d’ailleurs pas une spécificité de Bordeaux, puisque Serge Daget, spécialiste reconnu de la traite des Noirs, n'a pas pu mener ses recherches de Nantes et a été obligé d'accepter une nomination à l'université de Lille[42].

De fait il s’écoule une décennie entre la publication des premiers travaux à Nantes (colloque à l’université, 1985) et à Bordeaux (Saugera, 1995). Plusieurs explications objectives de ce délai sont avancées : la destruction totale par un incendie en 1919 des archives de l'Inscription maritime de Bordeaux[18], la part relativement faible de la traite dans l’activité commerciale du port de Bordeaux (4,4% au XVIIIe siècle[18]), l’arrêt de la traite dans le port girondin quelques années avant son interdiction officielle[18], la présence moindre de traces visibles dans le patrimoine architectural – mascarons par exemple[18]. Des causes psychologiques ou mercantiles ont probablement été également à l’œuvre : ainsi Camille Jullian, dans son Histoire de Bordeaux (1895) ne consacre déjà que quelques lignes à ce pan d’histoire peu reluisant[18] [à vérifier dans l'ouvrage].

Certains jugent en outre insuffisants les monuments commémoratifs édifiés dans les années 2000 : le buste de Toussaint Louverture est placé sur « une rive peu fréquentée de la Garonne »[9], la plaque commémorative du quai des Chartrons est « plus petite que prévu », « apposée dans un parking », « trop basse »[42]. L'inauguration des salles dédiée du Musée d'Aquitaine est en revanche saluée comme l'événement qui change la donne : « à Bordeaux, le tabou est bien tombé »[9]

Le nom des rues[modifier | modifier le code]

Plaque de la place Johnston à Bordeaux, barrée d'un autocollant qui souligne l'implication dans la traite négrière de l'armateur éponyme (W. Johnston, 1699-1772) - photo 2010.

Le débat se concentre sur le devenir des noms de rues dont les personnalités éponymes sont ternies par leur implication dans l'esclavage : certains réclament qu’on les rebaptise au profit de héros de la lutte contre l’esclavagisme, d’autres qu’on ajoute aux plaques un texte explicatif. Une commission mise en place par la mairie de Bordeaux estime en 2005 qu’effacer ces noms pourrait être perçu comme une volonté d’en occulter la mémoire[43], et Alain Juppé déclare en mai 2009 qu’il n’y a pas de raison de stigmatiser des familles qui portent le nom de négriers[44]. Certains cas sont en outre discutables : ainsi la rue John Lewis Brown honore plus vraisemblablement le peintre animalier du XIXe, ami de Toulouse-Lautrec, que son ancêtre armateur[9]. Une étude de fin 2017 réduit ainsi à six le nombre de rues de la ville dont l'éponyme était un négrier — les autres cas identifiés étant en général des parents de trafiquants — : Mareilhac, Gramont, Journu-Aubert, Féger, David Gradis et Desse (plus peut-être Johnston et Guestier)[45].

L'apaisement[modifier | modifier le code]

Karfa Diallo et son association Mémoires et Partages incitent la mairie à ouvrir le débat. En 2005, le député-maire de Bordeaux Hugues Martin crée un Comité de réflexion et de propositions sur la traite des Noirs à Bordeaux, présidé par l’écrivain, journaliste et éditeur Denis Tillinac, chargé d’établir des propositions pour en pérenniser la mémoire[46] (pour l'anecdote, l'universitaire et historien Éric Saugera démissionne de ce comité à l'annonce de sa composition car selon lui il n’inclut pas — à part lui — de chercheurs sur la traite négrière, et uniquement des personnalités « n'ayant jamais écrit une ligne sur le sujet »[47]). En 2016, une nouvelle commission est mise en place par Alain Juppé afin d’aller plus loin dans le travail de pédagogie[48].

Depuis 2010, la polémique semble en voie d’apaisement tant les efforts de mémoire des autorités et des associations convergent. Ainsi, quand en juillet 2017[5] le CRAN exige qu’on débaptise certaines rues de la ville, ou tout au moins qu’on mette en place un « comité de réconciliation entre les familles qui ont bénéficié de l’esclavage et les descendants d’esclaves », le maire de Bordeaux qualifie la proposition de « loufoque »[9] et Karfa Diallo répond « [Cette demande] n’a pas de sens. Nous n’avons pas à nous réconcilier avec ces familles. Nous ne sommes pas fâchés avec ces familles-là. Nous sommes fâchés avec ce que leurs ancêtres ont commis. Nous sommes fâchés avec les crimes contre l’humanité. Nous avons besoin que ces familles mettent à disposition les archives qu’elles détiennent pour que les historiens puissent travailler »[49]. Ainsi des descendants de certaines familles, comme l'héritière de l’armateur Pierre Baour, lèguent leurs collections au Musée d’Aquitaine[9]. D'autres, comme Axelle Balguerie[50] — lointaine parente de Jean-Etienne Balguerie — travaillent depuis 2016 avec Karfa Diallo sur l’héritage esclavagiste de Bordeaux, afin d'aborder la question de manière pédagogique et de favoriser une juste reconnaissance des mémoires[51].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • La marine bordelaise : corsaires, pirates, négriers, Les Dossiers d'Aquitaine, , 91 p., 24 cm x 16 cm (ISBN 2-84622-301-7)
  • François Hubert, Christian Block et Jacques de Cauna, Bordeaux au XVIIIe siècle : Le commerce atlantique et l'esclavage, Bordeaux, Les Festin, , 205 p.
  • Danielle Pétrissans-Cavaillès, Sur les traces de la traite des Noirs à Bordeaux, L'Harmattan, coll. « Sociétés africaines et diaspora », , 124 p.
  • Éric Saugera, Bordeaux port négrier : chronologie, économie, idéologie, XVIIe-XIXe siècles, Karthala, (1re éd. 1995), 382 p., 23,6 x 15,6 x 3,2 cm (ISBN 2865375846 et 978-2865375844)
  • Hélène Sarrazin, Bordeaux, la traite des Noirs, Éditions CMD, coll. « Questions de Mémoire », , 64 p.

Articles[modifier | modifier le code]

  • Philippe Gardey, « Bordeaux, un port colonial au temps des Lumières », L'estuarien, Blaye, Conservatoire de l'estuaire de la Gironde, no 33,‎ , p. 4-5

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Hugh Thomas, "La traite des Noirs, 1440-1870", éd. R. Laffont pour la traduction française, Paris 2006, p. 870-871 : "Statistiques approximatives". Voir aussi la note consacrée à ces statistiques, p. 933-935, où l'auteur retrace la succession d'estimations depuis les années 1950.
  2. Jean Mettas, Serge Daget, Répertoire des expéditions négrières françaises au XVIIIe siècle, L'Harmattan, , 972 p..
  3. a et b Gérard Vindt, Jean-Michel Consil, « Nantes, Bordeaux et l'économie esclavagiste - Au XVIIIe siècle, les villes de Nantes et de Bordeaux profitent toutes deux de la "traite négrière" et de l'économie esclavagiste », Alternatives économiques, no 325,‎ , p. 17-21.
  4. Eric Saugera, Académie de Créteil, La traite des Noirs en 30 questions.
  5. a et b « En France aussi, la mémoire a la rue », Libération, .
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Saugera 2002.
  7. P. Davido, La lancement de la traite négrière bordelaise, Bordeaux, .
  8. a, b et c Sarrazin 1994.
  9. a, b, c, d, e et f « Bordeaux port négrier : 20 ans pour faire connaître l'histoire de l'esclavage », sur France TV Outre-mer, .
  10. « Gallica - Les Essentiels de la littérature », sur BNF.
  11. Lumières et Esclavage de Jean Ehrard, André Versaille éditeur, 2008, p. 27-28.
  12. La famille Nairac et la traite négrière.
  13. Pour lire le texte du discours d'André-Daniel Laffon de Ladebat..
  14. a et b Terres d'esclaves. Histoire de la traite. Aquitaine Afrique Amérique, Archives Départementales de la Gironde, préface de Philippe Madrelle, 2009, page 155 et page 164 et suivantes.
  15. Adresse à l'Assemblée Nationale.
  16. a et b Pétrissans-Cavaillès 2010.
  17. P. Butel, Les négociants bordelais, l'Europe et les Îles au XVIII° siècle, Aubier / Montaigner, .
  18. a, b, c, d, e, f et g Éric Saugera, Question(s) de mémoire : le souvenir négrier à Nantes et Bordeaux », Cahiers d’histoire, (lire en ligne), Revue d’histoire critique, 89 - p61-68.
  19. Silvia Marzagalli : L'esclavage et la traite sous le regard des Lumières.
  20. Historia : Des négriers si prospères.
  21. a et b Hubert, Block et de Cauna 2010.
  22. a et b « Portrait de Marie-Jeanne Grellier avec sa Négrillonne, huile de Chanteloup, exécutée à La Rochelle en 1718 », sur Base Aliénor.
  23. a et b « Portrait de Marie-Anne Grellier avec sa nourrice noire, peinture anonyme réalisée à La Rochelle pendant le premier quart du XVIII° siècle », sur Base Aliénor.
  24. a, b, c, d, e, f, g et h Julie Duprat, Présences noires à Bordeaux : passage et intégration des gens de couleur à la fin du XVIIIe siècle., Thèse soutenue à l’École des chartes, .
  25. Philippe Crémieu-Alcan La traite négrière.
  26. « Mémoires noires : Bordeaux et Liverpool, ports négriers », sur INA.
  27. Julie Duprat, La petite histoire, (lire en ligne), Se réinventer : Louis Saint-Silvestre.
  28. « Biographie de Placide Louverture », .
  29. Philippe Triay, « Réédition des mémoires du général haïtien Toussaint-Louverture - outre-mer 1ère », outre-mer 1ère,‎ (lire en ligne)
  30. « Bordeaux, la difficile mémoire de l'esclavage - Rue89 Bordeaux », Rue89 Bordeaux,‎ (lire en ligne)
  31. « Square Toussaint Louverture », sur Site officiel de la ville de Bordeaux (consulté le 13 décembre 2017).
  32. « Bordeaux retrouve la part noire de sa mémoire », La Dépêche,‎ (lire en ligne).
  33. Comité de réflexion et de propositions sur la traite des Noirs à Bordeaux.
  34. Ayoko Mensah Afriscop : Bordeaux, la traite négrière et l’esclavage Traite des Noirs à Bordeaux: démission, Libération, 5 décembre 2005.
  35. Le commerce colonial bordelais au 18e siècle « Copie archivée » (version du 18 mai 2013 sur l'Internet Archive), Musée des Douanes.
  36. d'Hozier, Armorial général de France, Notice Pierre de Kater : "de Gueules à un Vaisseau d'Or, voguant sur une Mer de Sinople, et un Chef d'Argent chargé de trois Têtes de Nègre de Sable, bandées d'Argent et posées de front".
  37. Étiquette des vins du château Gressier Grand Poujeaux, Moulis, 1997.
  38. « Marie Brizard, la liqueur bordelaise de la vieille demoiselle », sur Les Echos, .
  39. « Site du château Nodoz » (consulté le 23 décembre 2017).
  40. Christine Chivallon, L’émergence récente de la mémoire de l’esclavage dans l’espace public : enjeux et significations, mai 2005.
  41. François Dufay, Bordeaux-Nantes, ou la mémoire honteuse de l'esclavage, L'Histoire, 25 août 2012.
  42. a et b « Que faire des statues des négriers français ? », sur Slate.fr, .
  43. « Bordeaux repense sa mémoire de l'esclavage et son passé négrier », sur Rue89, .
  44. Alain Juppé : “Bordeaux a participé à la traite des esclaves, pourquoi le nier ?”, Télérama, 7 mai 2009.
  45. « Noms des rues à Bordeaux : pour une mémoire juste », Bordeaux ensemble,‎ (lire en ligne)
  46. « Rapport officiel remis à M. Hugues Martin, Député-Maire de Bordeaux, par M. Denis Tillinac, Président du Comité de réflexion et de de propositions sur la traite des Noirs à Bordeaux ; 26 p. », sur bordeaux.fr, (consulté le 31 mai 2016).
  47. Traite des Noirs à Bordeaux: démission, Libération.
  48. « Commission de réflexion sur la Traite négrière », sur Mairie de Bordeaux.
  49. « Esclavage : pour Alain Juppé, la "Commission pour la réconciliation" demandée par le CRAN à Bordeaux est loufoque », sur France TV Outre-mer, .
  50. « Axelle Balguerie : il faut éviter de stigmatiser les nom des descendants armateurs négriers », sur France TV, .
  51. Claude Petit, « Bordeaux : esclavage, le long travail des mémoires », sur Sud Ouest (consulté le 2 août 2016).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]