Saïd Boualam

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Saïd Boualam
Fonctions
Député 1958-1962
Gouvernement Cinquième République
Groupe politique RNUR
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Souk Ahras (Algérie française)
Date de décès (à 75 ans)
Lieu de décès Mas-Thibert, Arles (France)
Nationalité Française
Profession Militaire, capitaine de l'armée française
Religion Islam
Résidence Orléansville

Signature de Saïd Boualam

Saïd Boualam, dit le bachagha Boualam, né le à Souk Ahras (en Algérie) et mort le à Mas-Thibert, est un militaire et homme politique français.

Son surnom de « bachagha » signifie « haut dignitaire », ou « caïd des services civils », c'est-à-dire chef de tribu arabe ou berbère, en l’occurrence chef de la tribu des Béni-Boudouane[1], située en Ouarsenis (entre Alger et Oran)[2].

Il fut responsable de la harka de la région de l'Ouarsenis pendant la guerre d'Algérie.

De 1958 à 1962, le bachagha Boualam est élu quatre fois vice-président de l'Assemblée nationale[3],[4], devenant le symbole des musulmans favorables à la France[5].

Biographie[modifier | modifier le code]

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Saïd Boualam est né le à Souk Ahras, dans le département de Bône. Il appartient à une ancienne famille de notables[6] de la tribu berbère[7] des Beni Boudouane[6]. Enfant de troupe à Saint-Hippolyte-du-Fort et à Montreuil de 1919 à 1924, il devient officier dans l'armée française, au 1er régiment de tirailleurs algériens.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il atteint le grade de capitaine. Il est promu commandeur de la Légion d'honneur à titre militaire et reçoit la croix de guerre, la croix du combattant et la croix de la valeur militaire.

Bachagha de l'Ouarsenis, il devient responsable de la harka de la région en juillet 1956. À partir de février/mars 1962 sous la responsabilité de l’ex-colonel Jean Gardes, membre dirigeant de l'OAS, il forme un maquis dans l’Ouarsenis, « mais les maigres troupes activistes sont vite anéanties par les soldats français[8] ». Durant les combats contre le FLN, il perd dix-sept membres de sa famille, dont un de ses fils, Abdelkader[9].

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1945, il devient « caïd » du douar des Beni Boudouane, il est nommé « agha » en 1955 et « bachagha » en 1956[4]. En , Saïd Boualam se rallie au général de Gaulle. Il est élu député de la 5e circonscription d'Algérie le [10], celle d'Orléansville (actuelle Chlef), sur la liste de l'Union nationale pour l’intégration et le renouveau (UNIR). Il est élu vice-président de l'Assemblée nationale. Il siège au sein du groupe des élus de la « Formation administrative des élus d’Algérie et du Sahara » (EAS), puis du « Regroupement national pour l’unité de la République » à partir de 1960.

En 1959, il est élu maire de la commune de Beni Boudouane et conseiller général du département d’Orléansville. Il est victime d'une tentative de meurtre le , à Orléansville.

Le , il préside à la création du Front Algérie française (FAF), qui regroupe très vite 500 000 adhérents dont 200 000 musulmans[11] pour finir à 1 million avant sa dissolution par les autorités en décembre.

Il s'éloigne peu à peu du gaullisme et ne prend pas part au vote sur la déclaration de politique générale de Michel Debré le . Le , il vote contre le projet attribuant des pouvoirs spéciaux au gouvernement et s'oppose à la modification de la Constitution le . Il est démis de son mandat à l'indépendance algérienne, le .

Rapatrié d'Algérie le , avec une maigre partie des harkis et sa famille, il se retire en Camargue, à Mas-Thibert, à 18 km d'Arles.

Il préside alors le Front national des rapatriés français de confession islamique (FNRFCI). À ce titre, il est nommé à la Commission nationale chargée de l’étude des problèmes des Français musulmans en 1979. Il meurt le .

Un de ses fils, Ali, a épousé Emmanuelle Perez, la deuxième fille de Jean-Claude Perez, un des chefs principaux de l'OAS[12].

Sa petite-fille, Sarah Boualem[13], a épousé Julien Aubert, un homme politique français (parti LR)[14].

Décorations[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

Voies portant son nom (par ordre alphabétique des communes)[modifier | modifier le code]

Place Bachaga Boualem à Lyon.

Plusieurs odonymes rappellent le nom de Saïd Boualam alias Bachaga Boualem, plus rarement Capitaine Boualam, sous différentes transcriptions, principalement dans le sud de la France et en région parisienne :

Le maire socialiste Philippe Schmidt de Longjumeau, en 1990, a débaptisé une rue qui portait son nom[17].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Mon pays, la France, éd. France Empire, Paris, 1962
  • Les Harkis au service de la France, éd. France Empire, Paris, 1963
  • L'Algérie sans la France, éd. France Empire, Paris, 1964

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bruno Fuligni, Les Quinze Mille Députés d'hier et d'aujourd'hui, préface de Jean-Louis Debré, Éditions Horay, 2006. Le Bachaga Boualem est cité en pages 51 et 52, avec photographie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Giulia Fabbiano, « La construction coloniale des Béni-Boudouane : une tribu, un douar », sur "Le Mouvement social" sur cairn.info, (consulté le ) : « Le Répertoire alphabétique des tribus et douars de l’Algérie de 1879 fait état des Béni-Boudouane comme d’une tribu non soumise à l’application du sénatus-consulte de 1863, rattachée en 1879 à une commune indigène de la subdivision d’Orléansville, située à 30 km au sud-ouest de Duperré (l’actuelle Aïn Defla). (...) Les Béni-Boudouane sont composés de huit fractions, originairement huit villages « détruits au cours des luttes contre les tribus voisines », qui rassemblent sur environ 30 000 hectares une population estimée à la fin du XIXe siècle à plus de 3 000 personnes, pour la plupart d’origine berbère arabisée. (...) la principale richesse des habitants consiste-t-elle dans les produits de leurs troupeaux (...) ils n’exercent aucune industrie et ne se livrent à aucun commerce. Exclus du sénatus-consulte de 1863 et malgré une première opération de délimitation en 1868, les Béni-Boudouane ont échappé aussi à la loi Warnier de 1873, dite « loi des colons » . Ils n’ont donc pas été affectés par les vastes opérations foncières visant à libérer des terres pour les Européens. (...) Les Béni-Boudouane ont été en partie protégés du déséquilibre social créé par l’interventionnisme colonial, pour deux raisons : le faible intérêt manifesté par la colonisation pour leur territoire et le mode de possession foncière essentiellement privé de l’ensemble de la région de l’Ouarsenis. »
  2. Voir carte de l'Algérie avec les tribus de l'Ouarsenis, à l'ouest d'Alger : cliquer ici.
  3. Christophe Vial, "Enfants et petits-enfants des harkis réclament justice", sur laprovence.com, 26 septembre 2016 (consulté le 12 mai 2021).
  4. a et b Site de l'Assemblée nationale.
  5. Bruno Fuligni, Les Quinze Mille Députés d'hier et d'aujourd'hui, préface de Jean-Louis Debré, Éditions Horay, 2006, « La Revue parlementaire, no 887 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?).
  6. a et b "Le Bachagha Boualem Saïd, un notable et une famille au service de la France", extrait de Mémoire vive, magazine du Centre de Documentation Historique de l'Algérie, n°47, 2011.
  7. Dalila Kerchouche, « Mon père, ce harki », Média Diffusion, 264 pages, 2016 (ISBN 9782021344882).
  8. Sylvie Thénault (CNRS) " Histoire de la guerre d’indépendance algérienne", éd. Flammarion, avril 2005, chapitre Un processus de paix en danger pages 249-253
  9. Marcel Thiébault, "Le fils et le beau-frère du bachaga Boualem sont tués dans une embuscade près d'Orléansville", sur lemonde.fr, 31 décembre 1958 (consulté le 12 mai 2021).
  10. Sa fiche sur le site de l'Assemblée nationale.
  11. Marianne Cornevin, Histoire de l'Afrique contemporaine : de la deuxième guerre mondiale à nos jours, Payot, 1978, p. 247.
  12. Jean-Claude Perez, Le Sang d'Algérie, Éditions du Camelot et de la Joyeuse Garde, Paris, 1992, p.90.
  13. Paul Laubacher, "10 choses à savoir sur Julien Aubert, le petit « David » qui veut devenir le « Goliath » de LR", sur nouvelobs.com, 13 août 2019 (consulté le 12 mai 2021).
  14. Guyonne de Montjou, « Julien Aubert, la droite fougueuse », Le Figaro Magazine,‎ , p. 63 (lire en ligne).
  15. Nom donné au début des années 1990; la rue mène à la caserne Lorge.
  16. Jardin Bachaga Saïd Boualam
  17. Site du Sénat

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]