Camargue

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Camargue
Image illustrative de l'article Camargue
Réserve Naturelle Régionale du Scamandre

Pays Drapeau de la France France
Subdivision administrative Provence-Alpes-Côte d'Azur
Languedoc-Roussillon
Subdivision administrative Bouches-du-Rhône
Gard
Ville(s) principale(s) Arles
Coordonnées 43° 32′ 00″ N 4° 30′ 00″ E / 43.533333333333, 4.5 ()43° 32′ 00″ Nord 4° 30′ 00″ Est / 43.533333333333, 4.5 ()  
Région(s) naturelle(s)
voisine(s)
Costières
Crau
Pays (div. territoriale) Pays d’Arles
Pays Vidourle-Camargue

Image illustrative de l'article Camargue
Carte géographique de la Camargue

La Camargue (prononcé [ka.maʁg] en français standard, [kaˈmaʁgə] localement) est une région naturelle de France située au bord de la mer Méditerranée. Il s'agit d'une zone humide paralique formée par le delta du Rhône, qui représente avec ses 150 000 ha le deuxième delta de Méditerranée derrière celui du Nil[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Camargue.

À compléter : évolution du delta, transformation des hommes (endiguement, protection contre la mer, ...), etc.

Esquisse du delta[modifier | modifier le code]

D'après la plupart des sédimentologues, géologues et scientifiques, le delta de la Camargue se serait formé il y a 5 000 ans environ. Il est le fruit de la rencontre des eaux du Rhône, chargées de sédiments et de la Méditerranée. Les dépôts successifs d'alluvions fluviatiles, marines et palustres en ont façonné le sous-sol.

Le Rhône et son delta[modifier | modifier le code]

Chaque année le Grand-Rhône apporte 17 millions de mètres cubes de graviers, sable et limons[2] à la Méditerranée. Une partie de ces matériaux vont s'accumuler, d'un côté sur la côte du Bas-Languedoc et de l'autre sur le golfe de Fos. Toutefois, la mer progresse sur d'autres points, notamment sur l'embouchure du Petit-Rhône. Le littoral est régulièrement agressé par les tempêtes venant du Sud-Est. Pour exemple : le phare de Faraman construit en 1840 à 700 mètres à l'intérieur des terres a été englouti en 1917. Depuis un autre phare a été reconstruit mais l'avance de la mer se poursuit. À l'heure actuelle, on est obligé de protéger par des digues la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer ; au Moyen Âge celle-ci se trouvait à plusieurs kilomètres de la côte. D'après la plupart des scientifiques, ce phénomène serait dû à deux actions conjuguées :

  • l'accroissement du niveau des mers ;
  • l'affaissement du niveau du sol, en cette zone.

Évolution de l'Antiquité à la période moderne[modifier | modifier le code]

Carte des tours-sémaphores et des avancées de la Camargue depuis le XIVe siècle

Durant toute cette période, des aménagements se firent essentiellement à l'embouchure du Rhône. Strabon avait noté : « L'entrée du fleuve reste toujours difficile à cause de la rapidité des eaux et, parce que le pays est si plat que l'on ne peut, dans les temps couverts, distinguer la terre même de fort près. Aussi les Massaliotes y ont-ils fait construire des tours qui servent de signaux ; ils y ont même fait bâtir un temple à Diane l'Éphésienne sur un terrain auquel les bouches du Rhône donnent la forme d'une île »[3].

Au cours du XVIIIe siècle, les variations de l'embouchure ont été cartographiées. En commentaire de la carte géographique, historique, chronologique de Provence, dessinée par Esprit Devoux, géomètre d'Aix et gravée par Honoré Coussin, en 1757[4], les auteurs ont noté : « Les tours construites par les Arlésiens pour surveiller les rivages servent de témoin à la progression du delta du Rhône. Le Baron signale l'accroissement du rivage depuis 1350, la tour de Méjannes, depuis 1508. Une autre ligne d'ancien rivage passe par les tours de Saint-Genest et celle de Baloard »[5].

Dans cette série de tours-sémaphores se distinguent la tour Saint-Louis, bâtie en 1737, en bordure du Grand Rhône, près de l'écluse du canal, celle de Saint-Genest édifiée en 1656 et celle de Tampa, construite en 1614. Sur le rive droite, se trouvaient les tours de Mondovi, de Vassale et du Grau, sur la gauche, celles de Mauleget, de Saint-Arcier, de Parade et de Belvare[3].

Histoire de l'homme[modifier | modifier le code]

Depuis la plus haute Antiquité, la Camargue représente une porte ouverte sur la Gaule pour toutes les influences étrangères. Mais comme tous les deltas connus alors, il est appelé par Hésiode l'une des trois bouches de l'enfer avec le Rhin et le Pô.

L'occupation de la Camargue est antérieure à celle des Romains. Les Grecs et les Ligures ont colonisé les lieux bien avant. Les Sarrasins se seraient installés au IXe siècle mais aucune trace historique ne subsisterait de leur passage. À l'inverse, il est attesté que les Vikings ont hiverné en Camargue entre 859 et 861. Après cette période, on atteste d'une population de 170 chefs de familles à la Villa de Mar (les Saintes-Maries-de-la-Mer), en 1286. Toutefois, le village construit en bois aurait brûlé au XIVe siècle.

Ouvriers agricoles indochinois travaillant dans une rizière de Camargue

La Camargue a toujours été une terre d'accueil. À partir des années 1930-1940, de nombreux indochinois migrent vers la métropole pour trouver du travail. Le contingent le plus important d'indochinois débarque à Marseille au bord du paquebot Ba Dang[6]. 16 000 indochinois restent bloqués en France sous le régime de Vichy. Subissant une pénurie de matières premières et de nourriture, Vichy décide alors de transférer ces indochinois aux quatre coins de la France[6]. Ils les mettent à disposition d'entreprises privées, aux tâches les plus difficiles, avec des salaires subventionnés afin d'être plus compétitifs par rapport aux Espagnols et Italiens. Beaucoup furent transférés en Camargue et Petite-Camargue pour développer la riziculture afin de répondre à la pénurie de riz de 1942. Ils vivaient dans des cabanes de fortune, sans eau, sans toilettes et sans électricité[6]. La plupart des indochinois sont repartis en 1952 et nombreux parmi les plus jeunes se sont engagés dans l'armée française comme supplétifs. Quelques-uns se sont implantés définitivement dans la région pour rejoindre les villes et ouvrir des commerces. L'aventure du riz en Camargue a permis à la région d'échapper aux pénuries alimentaires.

Dans les années 1960, de nombreux Pieds-Noirs s'installent dans le sud de la France, dans les villes mais aussi en campagne où ils achètent des terres, des mas et des propriétés souvent abandonnés ou mal exploités, ce qui contribue à une flambée des prix de l'immobilier[7]. Les agriculteurs et chasseurs installés ici depuis longtemps, se sentirent dépossédés de leurs terres, pensaient qu'on leur arrachait leur patrimoine, ce qui contribua à une certaine méfiance envers cette population appelée bien souvent "les estrangers"[8]. Ce phénomène d'achat de terre fut d'autant plus important en Costières et en Petite Camargue où de vastes espaces en friche ou sous-exploités étaient nombreux[9]. Les Pieds-Noirs ont amené avec eux certaines techniques agricoles, notamment pour la culture de l'olivier, du riz et du vin. Ils ont ainsi contribué à relancer les vins de Listel (le gris de gris). À cela, il faut rajouter la politique d'irrigation et d'optimisation menée par la Compagnie d'aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc, qui a profondément et durablement transformé le paysage et l'agriculture locale.

Dans les Costières et en Camargue, les Pieds-Noirs embauchèrent de nombreux algériens - la plupart anciens harkis ayant suivi le Bachaga Boualam - installés récemment dans la région dans les années 1960-1970 pour travailler dans les vignes, les mas et les champs[10]. Dans les années 1960-1970, par manque de main d'œuvre, les paysans et les industriels, aux heures des Trente Glorieuses, firent appel aux maghrébins marocains et algériens pour travailler dans les champs et les usines.

Dans les années 1970-1980, la Camargue connait l'arrivée massive de boat-people, notamment d'origine Hmong, qui s'installèrent surtout sur Vauvert et Lunel.

Historiquement, la Camargue a toujours été industrieuse. De grandes entreprises sont issues de cette région. Par exemple :

Étymologie[modifier | modifier le code]

La Camargue se prononce Camarga ou Camargo [ka'maʀgɔ] en occitan provençal.

Les lexicographes Bénédicte et Jean-Jacques Fénié[11] expliquent ainsi l’étymologie du mot Camargue : « Camargue (insula Camarigas en 920, Camaricas en 1048, Camargis en 1113, Camargas en 1273) serait un nom d’origine latine, issu probablement d’un domaine du sénateur Camars de la gens Annia fort influente à Arles (malgré son pseudo-suffixe - argue NDB), il est formé avec le suffixe - icus » (lequel signifie « qui est relatif à »).

Cette explication a le mérite de reposer sur des documents d'archives, ce qui n'est pas le cas des diverses hypothèses recensées ou échafaudées par le poète camarguais Elly Rull[12] : Caii Marii Agger (retranchement ou camp de Marius, en latin), Ca-mar (champ recouvert d’eau, en dialecte celto-ligurien), cara-marca (« chère frontière », en langue d’Oc), ou, toujours en langue d’Oc, n’a cap marca (« n’a pas de frontière »). Toutefois, l'hypothèse "Caii Marii Agger" a été également soutenue par l'historien du XVIIIe siècle, le prêtre Louis-Pierre Anquetil[13].

Territoire[modifier | modifier le code]

Étang du Vaccarès en Camargue

C’est un espace terrestre de 145 300 ha au sud de la France, situé géographiquement entre les deux bras principaux du delta du Rhône et la mer Méditerranée. On peut l'étendre à l'est jusqu'à la plaine de la Crau, à l'ouest jusqu'à Aigues-Mortes et au nord jusqu'à Beaucaire. La Camargue s'étend donc sur les départements des Bouches-du-Rhône et du Gard.

On distingue ainsi 3 parties :

  • la Petite Camargue à l'ouest du Petit-Rhône (altitude moyenne : 0 à 1 mètre) ;
  • la Grande Camargue, entre les deux bras du Rhône (entre 0 et 5 mètres) ;
  • le Plan du Bourg, à l'est du Grand-Rhône (entre 0 et 5 mètres).

En son centre se trouve l'étang du Vaccarès, la partie située le long de la mer est bordée d'étangs salés.

La Camargue se trouve essentiellement dans le territoire des communes d'Arles, la plus étendue commune française métropolitaine, des Saintes-Maries-de-la-Mer, la deuxième plus étendue après Arles et de Port Saint Louis du Rhône.

Cette région est composée de deux parties : le nord avec des terres agricoles et le sud composé de marais et de plans d'eau salée qui forment un écosystème particulier.
Cet écosystème présente une végétation principalement composée de salicornes et de plantes halophiles (c'est-à-dire des plantes qui supportent l'eau salée) comme la saladelle. C'est également un domaine d'élevage de chevaux et de taureaux, de culture du riz et d'exploitation du sel (marais salants).
Cette faune et flore particulière a entrainé la création d'une réserve naturelle nationale sur 13 117 hectares (1927) et d'un parc naturel régional sur 30 000 hectares (1970).
L'évaporation annuelle est plus importante que l'apport pluvieux, le fleuve apporte la différence évitant ainsi à la région d'être brûlée par le sel.

Climat[modifier | modifier le code]

La Camargue, et ses principales villes, comme Arles est soumis au climat méditerranéen avec une longue période estivale, chaude et sèche, des hivers doux, un ensoleillement important et des précipitations irrégulières. Son climat comporte des particularités liées à la situation géographique de la ville au sud du couloir rhodanien entre Cévennes et Alpes du Sud. Ainsi les automnes, et dans une moindre mesure les périodes avril-début mai, sont arrosés par des précipitations brèves, mais importantes et les hivers parfois rigoureux à cause du mistral, vent violent et froid qui donne aux paysages arlésiens leur luminosité exceptionnelle.

En hiver les températures descendent fréquemment sous zéro sur des périodes pouvant dépasser parfois plusieurs semaines. On peut rappeler les hivers 1929, 1944, 1956, 1963, 1986 avec des records autour de -15 à -18 °C. En sens inverse, le 1er août 2001, à la station Arles Tour de Valat, a été enregistrée une température de 38,7 °C.

Les pluies méditerranéennes sont liées à des dépressions qui se forment sur le golfe de Gênes ou au large des îles Baléares. Des vents d’est à sud-est chauds, chargés d’eau puisque traversant la Méditerranée, rencontrent l’obstacle des Cévennes, ou moins souvent, des Alpes, s’élèvent au contact de l’air froid d’altitude en cumulonimbus parfois énormes et éclatent en orages brutaux. La localisation des pluies varie selon l’implantation respective de l’anticyclone et de la dépression et leur intensité dépend du volume de nuages créé par l’humidité des vents et bien sûr des différences de températures. Ces orages se produisent généralement en automne et peuvent provoquer des précipitations de 200 mm par jour et parfois plus. De durée de quelques heures, ils sont en souvent violents, comme ces jeudis 4 et 11 septembre 2008 où l’on a relevé plus de 50 mm en moins d’une heure ! La pluviométrie mensuelle présente également une grande variabilité. Toutefois, la hauteur annuelle des précipitations n’est que de 524 mm, une des plus faibles de France et le nombre de jours de pluie (+ 1 mm/jour) d’environ 60 jours par an. Mais cette moyenne cache une variabilité annuelle des pluies très importante : ainsi les chiffres vont de 344 mm en 1945 à 1 063 mm en 1960, soit des variations de plus de 200 %. Les statistiques révèlent aussi que les périodes sèches ou très sèches peuvent s’étendre sur deux ou trois ans, comme entre 1945 et 1947[14].
Au niveau des extrêmes :

  • le 8 septembre 2005, 111 mm d’eau[15],
  • le 22 septembre 2003 à la station Arles Trinquetaille, 265 mm (RRmax en 24h de 6hTU-6hTU).
Nuvola apps kweather.png Relevés à Arles Température : Tour de Valat/Pluie : Arènes
Mois Janv Fév Mars Avr Mai Juin Juil Août Sept Oct Nov Déc Année
Températures maximales moyennes (°C) 11 12 16 18 23 27 31 30 26 20 14 11 20
Températures minimales moyennes (°C) 3 4 6 8 12 16 19 19 15 12 7 4 10,5
Précipitations totales (mm) 56 33 23 49 36 31 27 34 66 70 58 41 524

Démographie[modifier | modifier le code]

La partie centrale de la Camargue compte environ 10 000 habitants essentiellement concentrés dans la commune des Saintes-Marie-de-la-Mer (2 317 habitants), le quartier d'Arles "Trinquetaille" (5 748 habitants) et le village de Salin-de-Giraud (2 080 habitants) appartenant également à la commune d'Arles. La densité de population est de 10 hab/km2.

Démographie des communes dont le territoire fait toute ou partie de la Camargue
Communes 1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2007 2008 2009
Aigues-Mortes 4 203 4 197 4 531 4 472 4 999 6 019 7 115 7 891
Aigues-Vives 1 367 1 506 1 611 1 908 2 101 2 329 2 587 2 595 2 727
Arles 41 932 45 774 50 059 50 500 52 058 50 426 51 970 52 197 52 729 52 979
Fourques 1 489 1 492 1 614 2 047 2 251 2 544 2 742 2 880 2 888 2 897
Le Grau-du-Roi 2 363 3 354 3 963 4 152 5 253 5 875 7 892 8 173 8 110
Port-Saint-Louis-du-Rhône 6 278 8 285 10 393 10 378 8 624 8 123 8 483 8 530 8 535
Saint-Gilles 6 721 8 472 8 679 9 887 11 304 11 626 13 234 13 507 13 735
Saint-Laurent-d'Aigouze 1 862 1 862 1 728 1 730 2 323 2 738 3 152 3 224 3 246
Saintes-Maries-de-la-Mer 2 179 2 244 2 120 2 045 2 232 2 479 2 341 2 317 2 394 2 309
Vauvert 5 031 6 345 7 472 9 103 10 296 10 261 10 853 11 247 11 030
Total 73 425 83 531 92 170 96 222 101 441 102 420 110 369 111 046 113 252 113 459

Nombre retenu à partir de 1962 : Population sans doubles comptes

Habitat[modifier | modifier le code]

Chaumière camarguaise, dite maison de gardian
Cabane de gardian et flamants

La chaumière de Camargue est une véritable habitation annexe. L'exemple de Salin-de-Giraud où elles ont formé une véritable agglomération en reste une preuve indéniable[16]. Pour leur construction, ce sont les roseaux des marais, la sagne, qui sont utilisés. Ce type d'habitation édifié avec un matériau extrêmement périssable ne permet pas de remonter plus loin que le milieu du XVIIe siècle pour retrouver des chaumières encore intactes. Mais leur trace historique remonte jusqu'au Moyen Âge puisque l'on sait que le village des Saintes-Maries-de-la-Mer brûla à cause de ses chaumières. Plus près de nous, les ouvriers sauniers des Salins-de-Giraud étaient logés dans vingt-deux chaumières dont l'abside était tournée vers le Nord-Ouest pour résister aux vents dominants[17].

Cabane de gardian construite toute en roseau, début du XXe siècle
Cabane de gardian aux Saintes-Maries-de-la-Mer par Yvan Pranishnikoff en 1899

L'étude précise d'une des plus vieilles chaumières, encore intacte, et dont la construction est attestée entre 1649 et 1650, a montré que seule la pierre de taille avait été utilisée pour édifier la cloison centrale intérieure sur laquelle s'appuyait la cheminée. Tout le reste était bâti en roseau. Cette structure s'est pérennisée, l'intérieur d'une chaumière est toujours composé de deux pièces séparées par une cloison dénommée méjean. Elle délimite la chambre à coucher de la pièce commune. Le plus souvent existe à l'extérieur un auvent qui permet d'installer une table et des bancs. C'était un lieu de travail pour le pêcheur ou le gardian qui y résidait (réparation de filets ou fabrication de longes et de licols pour le cheval)[18].

Costume traditionnel[modifier | modifier le code]

Tenue traditionnelle en Camargue au Mas de l'Amarée en 1903

Chaque pièce du costume régional, porté par le paysan ou l'artisan, tirait son origine d'un costume citadin. Ce qui en faisait son originalité était l'important décalage dans le temps avec un type d'habillement délaissé depuis des lustres par le bourgeois des villes[19].

Il n'en est pas de même pour le vêtement féminin. Pour le costume d'Arles, la robe, le corsage, la coiffe et les atours sont déjà fixés à l'époque Louis XV. S'il n'a cessé d'évoluer jusqu'au XIXe siècle, c'est dans la continuité. Il est arrivé maintenant à une certaine stabilité[19].

Masculin[modifier | modifier le code]

Costume traditionnel illustré par les santons
Tenue de travail en Camargue au début du XXe siècle

Le paysan provençal du XVIIIe siècle portait la culotte à la française avec des bas ou des guêtres de peau, un gilet et une jaquette à deux basques. Le seul élément qui allait traverser les siècles a été la taillolle (taiolo), ceinture de laine, généralement rouge, qu'il portait à la taille. Le sans culottisme post-révolutionnaire mit du temps à s'imposer à la campagne. Point pour des raisons politiques, mais tout simplement parce que la culotte était adaptée aux activités quotidiennes « dans les guérets, la boue et la neige ». C'est seulement en Camargue que le pantalon fut rapidement adopté comme un indispensable vêtement de travail[20]. Jusque dans les années 1920, il n'y avait aucun costume particulier réservé aux gardians. Ce fut le marquis Folco de Baroncelli-Javon, fondateur de la Nacioun gardiano, qui fixa le standard actuel avec la veste de velours et le pantalon en peau de taupe. La tradition veut que pour la veste, il reprit le modèle que portait son ami Yvan Pranishnikoff lorsqu'il était cadet au collège impérial russe[21].

Féminin[modifier | modifier le code]

Henriette Dibon et les fondatrices du Riban de Prouvenço
Henriette Dibon, dite Farfantello, en tenue de travail en Camargue 1925
Fanfonne Guillierme en tenue de travail en 1974 (photo Robert Faure)

Entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, tous les voyageurs, ayant laissé une relation de leur voyage en Provence, se sont extasiés devant le costume porté par les Provençales, femmes du peuple ou bourgeoises. Parmi toutes les variétés locales alors à la mode, seul le costume d'Arles porté indifféremment par les femmes de toutes conditions, a traversé la Révolution, tout en continuant à évoluer d'une façon naturelle. Jusque dans les années 1950, il était encore porté quotidiennement à Arles par un certain nombre de femmes[22], c'était celui des Camarguaises, il s'est étendu à l'Est par delà la Crau, jusqu'à la Durance et le golfe de Fos. Toute son évolution est retracée au Museon Arlaten[23]. Il se distingue d'abord par une coiffe spéciale qui nécessite le port de cheveux longs. En fonction des jours de la semaine et des tâches à accomplir, cette coiffure était retenue sur le sommet de la tête par un ruban, une cravate ou un nœud de dentelles. Mais elle exigeait toujours un temps de préparation important et des soins particuliers pour respecter l'exigence de ses canons[24].

Parmi les pièces qui compose actuellement l'habillement et signe son élégance, il y a la chapelle, plastron de dentelle en forme de trapèze, apparu en 1860, et qui couvre la poitrine[25], le grand châle, de forme carrée, qui moule le buste, la robe longue en satin de différentes couleurs, toujours pincée à la taille, les dorures (bijoux, agrafes, boucles ou crochets) qui sont transmises de génération en génération. Ces parures vont du tour de cou en argent, aux différentes croix d'or filigranées, dites croix provençales, des bracelets en or massif enrichis de diamants[26], aux boucles d'oreilles (pendants ou brandanto) réservées aux seules femmes mariées, en passant par les bagues rehaussées de pierres précieuses, les boucles de soulier en argent, les agrafes de manteau dorées ou argentées, les crochets d'argent pour la ceinture qui permettaient de suspendre les clefs, à la fois signe de richesse et de possession sur la maison familiale[27].

Cuisine[modifier | modifier le code]

Saucisson d'Arles, Riz rouge de Camargue, Agriade saint-gilloise, Broufade, Fricot des barques, Gardianne, Taureau de Camargue, Catigot d'anguilles, Fougasse d'Aigues-Mortes, Tomme d'Arles, Sel de Camargue.

Article détaillé : Cuisine arlésienne et camarguaise.

Patrimoine naturel[modifier | modifier le code]

Flore et faune[modifier | modifier le code]

Taureaux et chevaux, dans les zones humides de Camargue

La Camargue est un site d'importance européenne[28] et nationale majeure pour les oiseaux locaux, pour les migrateurs et particulièrement pour les hivernants puisqu'il s'agissait en 2000-2005 du premier site français en nombre d'hivernants accueillis chaque année (122 000 oiseaux, devant le Bassin d'Arcachon qui en accueille 105 000). La Camargue est aussi connue pour accueillir le flamant rose[29].

Article détaillé : Parc ornithologique de Pont-de-Gau.
Végétation de Camargue en 1899 par Yvan Pranishnikoff

La végétation est dominée par le sel, imprégnant la terre et l'eau. Les plantes halophiles (friandes de sel) sont dominantes, telles que la lavande de mer (appelée saladelle en Camargue) et la salicorne ; elles passent du vert au printemps, au gris à l'été et au rouge à l'hiver. D'autre part, dans la flore, luxuriante, on dénombre le chardon bleu, le tamaris, la marguerite et le zinérium sauvage, le genévrier de Phénicie, la sagne, le narcisse et l'asphodèle au printemps.

Mesures de protections et engagements internationaux[modifier | modifier le code]

Le territoire de la Grande Camargue fait l'objet de nombreux statuts protection et d'engagements, certains pouvant se recouper géographiquement[30].

Réserves[modifier | modifier le code]

En 1928 est créée la réserve botanique et zoologique. L'arrêté ministériel en date du la classe officiellement en réserve naturelle nationale. Elle est gérée par la Société nationale de protection de la nature. La zone protégée, essentiellement celle de l'étang du Vaccarès, couvre 13 117 hectares. C'est l'une des plus grandes réserves humides d'Europe. Son habitat regroupe 276 espèces d'oiseaux dont 258 d'intérêt patrimonial.

Trois réserves naturelles régionales protègent d'autres secteurs :

  • celle de la station biologique de la Tour du Valat (1 071 ha) dans la partie bucco-rodhanienne ;
  • celles du Scamandre (148 ha) et de Mahistre (125 ha) dans la partie gardoise.

Sites inscrits et classés[modifier | modifier le code]

L’Île de Camargue (partie centrale) et la Camargue gardoise sont en totalité inscrites (114 300 ha) comme monuments paysagers au titre de la loi paysage de 1930. Cinq sites (18 590ha) sont enregistrés au titre des sites classés :

  • En Camargue, le complexe des étangs centraux (Vaccarès et étangs inférieurs).
  • Dans la partie gardoise, la plaine de l’Espiguette au Grau-du-Roi, les étangs de la ville et de la Marette à Aigues-Mortes et les marais de la Tour Carbonnière.

Natura 2000[modifier | modifier le code]

Une partie du territoire est protégée par les directives européennes Oiseaux et Habitats au travers des zones de protection spéciale (ZPS) et des Zones spéciale de conservation (ZSC) qui constituent le réseau Natura 2000.

Réserve de biosphère[modifier | modifier le code]

193 000 hectares sont classés en Réserve de biosphère dans le cadre du Programme MAB de l'Unesco[31].

Site Ramsar[modifier | modifier le code]

114 000 hectares de la Camargue gardoise et de l'Île de Camargue (partie centrale du parc) sont inscrits sur la liste des zones humides d'importance internationale de la convention de Ramsar.

Parc naturel régional[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Parc naturel régional de Camargue.

Le parc naturel régional a été créé en 1970 par des acteurs privés.

Les manadiers sont attachés à promouvoir la race du cheval « Camargue » et l'AOC du Taureau « Camargue ». En Camargue on trouve, entre autres fruits de l'élevage, la mise en valeur de deux races bovines : le taureau Camargue et le toro Bravo (dans l'acception littérale espagnole). La riziculture fait partie intégrante de l'agriculture de la Camargue.

En 2004 le parc est institutionnalisé (acteurs publics), suite à un recours administratif (Conseil d'État, 17 février 2007) Il fait l'objet de la loi no 2007-1773 du 17 février 2007 relative au parc naturel régional de Camargue[32] .

Patrimoine et monuments historiques[modifier | modifier le code]

La Camargue compte plusieurs monuments, religieux ou civils, dont certains sont protégés au titres des monuments historiques (Liste des monuments historiques de Camargue), dont la Tour d'Amphoux, l'Église Notre-Dame-des-Sablons d'Aigues-Mortes, le Phare de Faraman.

Son avenir[modifier | modifier le code]

Les côtes de Camargue subissent une transformation intense et contrastée, avec des zones d'érosion maritime autour des Saintes-Maries-de-la-mer et en face de Faraman, et des zones d'engraissement principalement vers l'embouchure du Grand Rhône, Beauduc et le phare de l'Espiguette (Grau-du-Roi). Il faut également ajouter que tout le delta avec ses basses terres commence à subir les effets du réchauffement climatique : remontée du sel liée à la hausse du niveau marin, etc.[réf. souhaitée]

La Camargue est aussi un enjeu pour de nombreux intérêts politiques et économiques relevant de multiples interlocuteurs : parc naturel régional de Camargue, ministères, promoteurs immobiliers, aménageurs du territoire, Salins du Midi, éleveurs, agriculteurs, chasseurs, professionnels du tourisme, organismes de protection contre le Rhône, municipalités d'Arles et des Saintes-Maries-de-la-Mer, pouvoir régional, etc.
Riziculteurs et saliniers imposent une hydrologie du delta inverse au régime naturel, qui ne favorise pas la conservation des espèces les plus originales. Mais une chose est sûre : quelles que soient les activités - préservation du milieu, chasse, coupe du roseau, croissance du riz - , et leurs besoins en eau, la Camargue est désormais au centre de toutes les convoitises[33].

Ainsi, si l'avenir de la Camargue dépend à moyen terme des impacts liés au réchauffement, à court terme son destin est entre les mains d'acteurs qui n'ont pas tous la sauvegarde de cet espace comme objectif[réf. nécessaire]. La Camargue et en particulier la ville des Saintes-Maries-de-la-Mer sont très vulnérables à court ou moyen terme à la montée du niveau marin (« submersion marine »), mais les Camarguais ne s'en rendent pas compte[34].

La radioactivité des plages de Camargue signalée par le CRIIRAD[35] est d'origine naturelle (érosion des massifs rhodaniens)[36].

Localités de Camargue ou proches de celle-ci[modifier | modifier le code]

Aux portes de la Camargue et de la Petite Camargue[modifier | modifier le code]

En Camargue[modifier | modifier le code]

Adolescents s'entrainant à la guitare, place du village de Salin de Giraud
Musique, Salin de Giraud

La Camargue dans son sens le plus restrictif est comprise entre les deux bras du delta du Rhône

En Petite Camargue[modifier | modifier le code]

La Petite Camargue correspond, à l'ouest du delta actuel, à une zone anciennement occupée par des bras disparus du Rhône qui arrosaient la côte languedocienne, entre Beaucaire et la mer.
L'époque historique a gardé quelques traces de cette configuration, probablement avec un delta ayant déjà commencé son basculement vers l'Est (au cours du temps, les embouchures du Rhône se sont en effet déplacées d'Ouest en Est) :

  • la Branche Espagnole évoquée par les auteurs latins
  • et plus récemment au Moyen Âge, le bras qui passait sous Saint-Gilles avant de se perdre dans les étangs reliés à la mer du côté de la Grand-Motte actuelle ou de Maguelonne.

De nos jours, le Petit Rhône en voie d'atterrissement peut-être considéré comme un reliquat de cette branche historique, du moins dans son tracé supérieur d'Arles à Saint-Gilles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Parc, territoire : Situation géographique
  2. (fr) (en) « La découverte géologique de la Camargue, du XVIe au début du XIXe siècle », Georges Pichard,‎ 14 décembre 2005 (consulté le 10 juillet 2012)
  3. a et b Jean-Paul Clébert, op. cit., p. 393.
  4. Mireille Pastoureau, Jean-Marie Homet et Georges Pichard, op. cit. p. 102.
  5. Mireille Pastoureau, Jean-Marie Homet et Georges Pichard, op. cit. p. 103.
  6. a, b et c http://www.lexpress.fr/region/un-riz-au-gout-amer-en-camargue_835395.html
  7. Domergue René, L'intégration des Pieds-Noirs dans les villages du Midi, p. 23.
  8. Domergue René, L'intégration des Pieds-Noirs dans les villages du Midi, p. 24-27
  9. Domergue René, L'intégration des Pieds-Noirs dans les villages du Midi, p$
  10. Domergue René, L'intégration des Pieds-Noirs dans les villages du Midi, p. 28-32
  11. Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Toponymie occitane, Sud Ouest université, 1997.
  12. (d')Elly Rul, La Camargue gardiane, Michel Delaveau, Paris, 1938.
  13. Louis-Pierre Anquetil - Histoire de France - édition 1833 - T.1, pages 53 et 54.
  14. Source : Louis Stouff - Arles à la fin du Moyen Âge, page 42
  15. Source : Sur le site météo-paris
  16. Fernand Benoit, op. cit., p. 74.
  17. Fernand Benoit, op. cit., p. 75.
  18. Fernand Benoit, op. cit., p. 76.
  19. a et b Fernand Benoit op. cit., p. 111.
  20. Fernand Benoit op. cit., p. 112.
  21. Le costume du gardian de Camargue
  22. Fernand Benoit op. cit., p. 114.
  23. Fernand Benoit op. cit., p. 115.
  24. Fernand Benoit op. cit., p. 122.
  25. Fernand Benoit op. cit., p. 127.
  26. Fernand Benoit op. cit., p. 128.
  27. Fernand Benoit op. cit., p. 129.
  28. « Parc de Camargue (prédiagnostic Natura 2000 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?). Consulté le 2013-03-24
  29. fiche indicateurs Oiseaux hivernants pour 2000-2005
  30. R. Vianet, 2004. La Camargue : géographie, réglementation et institution
  31. Fiche de la Réserve de biosphère de Camargue sur le site internet de MAB France
  32. la loi no 2007-1773 du 17 février 2007 à consulter sur Légifrance.
  33. [1]
  34. La perception du risque de submersion marine, dans la revue Vertigo, décembre 2006.
  35. CRIIRAD : la radioactivité des plages de Camargue
  36. Étude de la radioactivité des plages de Camargue : l'IRSN confirme l'origine naturelle de cette radioactivité qui n'appelle pas de mesures de protection sanitaire.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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43° 34′ 39″ N 4° 33′ 04″ E / 43.577406, 4.551086 () : vue satellite de la Camargue

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc et Muriel Chazel "Secrets de Camargue" Edisud Aix en Provence 2007
  • Jean-Paul Clébert, Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972.
  • Mireille Pastoureau, Jean-Marie Homet et Georges Pichard, Rivages et terres en Provence, Éd. Alain Barthélemy, Avignon, 1991 (ISBN 2-903044-98-8)
  • Fernand Benoit, La Provence et le Comtat Venaissin. Arts et traditions populaires, Éd. Aubanel, 1992, (ISBN 2700600614)
  • Camargue, fille du Rhône et de la mer, Frédéric Simien, Éditions Sutton (2010)
  • Il était une fois...l'île de Camargue, Dominique Balaÿ et Francis Balaÿ, illustrations Jean Cubaud, Livre Jeunesse (160 photos et documents), Éditions des Falaises (2007)
  • Camargue, Jean Proal, Denys Colomb de Daunant, Livre Illustré de 94 photographies, Éditions Marguerat (1955)
  • Crin-Blanc, Albert Lamorisse, Livre Jeunesse, Éditions l'école des Loisirs (1953)
  • Camargue et Gardians, Carle Naudot, Éditions Parc Naturel régional de Camargue (1989)
  • Le guide de la Camargue, Pierre Dupuy, Éditions La Manufacture (Deuxième édition revue et actualisée) (1991)
  • La Camargue, Michel Droit, Éditions Arthaud (1961)
  • Camargue, Plurielle et Singulière, Pierre Dupuy & Gérard Sioen, Éditions Equinoxe (1994)
  • Le chevalier de la Camargue - Folco de Baroncelli, marquis de Javon, par Jean des Vallières aux Éditions André Bonne (1960)
  • Les randonnées nature de La Camargue, Michel Huet, Sioen, Éditions Glénat (2000)
  • Plantes des rizières de Camargue, de Pascal Marnotte, Alain Carrara, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, Parc Naturel Régional de Camargue, Éditions Quae, (2006) (voire ce livre sur Googlebook)
  • Pour ce qui est de l'étymologie : L'Histoire de France, depuis les Gaulois jusqu'à la mort de Louis XVI (éd.1833) par Louis Pierre Anquetil (page 53) et http://iledecamargue.blogspot.com/ et http://www.ffcc.info/article1235.html