Opération Faustschlag

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L'opération Faustschlag (en allemand : « Coup de poing »), parfois appelée « Guerre des Onze Jours » (-), est une opération militaire de la Première Guerre mondiale. Menée par les Empires centraux (Allemagne et Autriche-Hongrie) contre la République socialiste fédérative soviétique de Russie en rupture de l'armistice conclu deux mois plus tôt, elle aboutit à l'occupation des pays baltes, de la Biélorussie et de l'Ukraine, perte reconnue par le régime soviétique lors du traité de Brest-Litovsk ().

Contexte[modifier | modifier le code]

Officiers allemands à Riga, 1918.
Fraternisation entre troupes russes et austro-hongroises, hiver 1917-1918.
Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, chefs de l'armée allemande.
Soldats allemands sur un train en Ukraine, printemps 1918.
Entrée de l'armée allemande à Kiev, mars 1918.

Après la révolution d'Octobre, le gouvernement bolchevik s'efforce de mettre un terme à la « guerre impérialiste ». L'armée allemande vient de remporter une victoire à Riga en septembre alors que l'armée russe, minée par les mutineries, est totalement désorganisée. Le nouveau régime proclame la démocratisation de l'armée et l'élection des officiers.

Le 5 décembre, le gouvernement bolchevik signe un armistice avec l'Allemagne qui prend effet le 15 et, le 22 décembre, ouvre des pourparlers de paix qui aboutissent rapidement à une impasse. Le 28 janvier 1918, Trotsky proclame le retrait de la Russie du conflit et cherche à lancer une politique de « Ni guerre ni paix » qui permettrait de propager la révolution en Europe. Le 29 janvier, Nikolaï Krylenko, simple lieutenant chargé des affaires militaires au Conseil des commissaires du peuple, annonce la dissolution de l'armée.

Le 9 février, les Allemands signent un traité de paix avec les indépendantistes de la République populaire ukrainienne. Le même jour, la délégation allemande à Brest-Litovsk présente à Trotski, chef de la délégation soviétique, un ultimatum du Kaiser lui enjoignant d'accepter les conditions proposées sous peine d'une reprise des hostilités : le lendemain, à la stupeur de la délégation allemande, Trotski annonce que les Soviétiques quittent les pourparlers tout en se retirant du conflit. Lénine, à Petrograd, tente vainement de faire accepter au Comité central les conditions de l'iultimatum allemand tandis que Ludendorff, quartier-maître général de l'armée allemande, mène les préparatifs d'une reprise de l'offensive contre la Russie à l'expiration de l'ultimatum, le 17 février[1].

Opérations[modifier | modifier le code]

Le 18 février, l'Allemagne rompt l'armistice et lance une offensive avec 53 divisions sur trois axes : au nord vers Pskov et Narva, au centre vers Minsk, au sud vers Kiev. Les forces allemandes avancent par chemin de fer, parcourant jusqu'à 500 km en deux semaines en rencontrant très peu de résistance.

Le général Max Hoffmann, chef de la délégation allemande à Brest-Litovsk, note dans son journal : « C'est la guerre la plus comique que j'aie jamais vu. Nous mettons une poignée de fantassins avec des mitraileuses et un canon sur un train et nous l'envoyons à la gare suivante ; ils la prennent, font des prisonniers parmi les bolcheviks, ramassent quelques troupes supplémentaires et continuent. En tout cas, le procédé a le charme de la nouveauté. »[2]

Le soir du 18 février, Lénine convoque deux réunions successives du Comité central pour le convaincre d'accepter les conditions allemandes et obtient, non sans mal, le ralliement de Trotski : à minuit, le Comité envoie un télégramme à Berlin pour annoncer son acceptation. Les Allemands ignorent ce télégramme tandis que leurs troupes continuent d'avancer. Le gouvernement se prépare à évacuer Petrograd, directement menacée, tandis que les ouvriers de la ville, non payés, se mettent à piller les entrepôts publics. Lénine promulgue un décret sur « La patrie socialiste en danger ». Le 22 février, Lénine et Trotski tiennent une nouvelle réunion du Comité central pour le convaincre de demander l'aide de l'Entente. Le 23 février, les Allemands envoient leurs nouvelles conditions, plus dures que les précédentes, qui prévoient la cession de l'Ukraine et des pays baltes : il est de plus en plus évident que l'armée russe n'est pas en état de combattre. Malgré l'opposition de Boukharine puis des socialistes-révolutionnaires, Lénine parvient à faire accepter ces conditions par le Soviet suprême (en) par 116 voix contre 85[3].

La seule contre-attaque notable est menée le 23 février par Evgueni Iskritski (en) : considérée comme la première opération de l'Armée rouge, elle sera à l'origine de la fête soviétique du Jour du défenseur de la patrie.

Les Allemands continuent leur avance. La force nord (16 divisions) occupe Daugavpils dès le premier jour. Pskov et Narva sont prises entre le 18 et le 28 février. Le 19 février, les nationalistes estoniens forment un Comité de salut de l'Estonie (en), présidé par Konstantin Päts, qui proclame l'indépendance du pays le 22 février, la veille de l'entrée de la 8e armée allemande à Tallinn.

Au centre, le 21 février, la 10e armée allemande s'empare de Minsk et du quartier général russe du Front de l'Ouest (en). Le gouvernement de la république socialiste soviétique de Biélorussie, présidé par Alexander Miasnikian, doit quitter la région.

Au sud, le groupe d'armées von Linsingen écrase les restes du Front du Sud-Ouest, entre à Jitomir le 24 février et à Kiev le 2 mars. La veille, les indépendantistes ukrainiens de la Rada centrale avaient pris possession de la ville. L'appropriation des richesses agricoles et minières de l'Ukraine constitue un des principaux buts de guerre des Allemands. Le gouvernement pro-bolchevik de la République soviétique d'Ukraine (en), proclamé à Kharkiv les 24-25 décembre 1917, ne conserve qu'une petite région au nord-est du pays.

L'empereur austro-hongrois Charles Ier, après avoir hésité à se joindre à l'opération, cède le 24 février à l'insistance d'Arthur Arz von Straußenburg, chef d'état-major de l'armée impériale et royale. Le 28 février, la 7e armée austro-hongroise (général Karl Křitek) marche en direction d'Odessa qui est prise le 13 mars.

Après le bombardement de Petrograd par des avions allemands, Lénine décide le transfert du gouvernement bolchevik à Moscou. Avec la majorité du gouvernement (Zinoviev, Kamenev, Staline, etc.), il rompt avec la politique de Trotski et accepte de rouvrir les négociations.

Conséquences[modifier | modifier le code]

Affiche de propagande ukrainienne, 1918.
Jour du défenseur de la patrie, 1918-1958, timbre soviétique de 1958.

Le 3 mars 1918, le gouvernement bolchevik signe le traité de Brest-Litovsk qui lui impose des clauses beaucoup plus dures que celles proposées par les Allemands en décembre. L'Estonie et la Lettonie passent sous l'administration militaire allemande des territoires de l'Est (Ober Ost) avant de devenir des républiques indépendantes sous tutelle allemande ; cependant, les Allemands ne tarderont pas à écarter les gouvernements provisoires, d'inspiration social-démocrate, pour les remplacer par un régime conservateur dominé par les grands propriétaires germano-baltes.

De même, en Ukraine, le gouvernement de la Rada centrale sera renversé en avril par le coup d’État conservateur de l'hetman Pavlo Skoropadsky, favorisé par les Allemands. L'occupation allemande favorise aussi un mouvement indépendantiste, le Gouvernement régional criméen, parmi les Tatars de Crimée.

La Légion tchécoslovaque, formée de déserteurs tchèques et slovaques de l'armée austro-hongroise, est une des rares unités de l'armée russe encore en état de combattre. Menacée de capture par les Austro-Allemands, elle obtient de se retirer vers la Russie à l'issue de la bataille de Bakhmatch (8-13 mars 1918).

La Roumanie, complètement isolée après le retrait des forces russes du front roumain, doit à son tour capituler et signer le traité de Bucarest le .

La fin des opérations sur le front de l'Est, malgré le maintien de troupes d'occupation importantes, permet à l'Allemagne de déplacer une grande partie de ses forces vers le front de l'Ouest et de mener une série d'offensives contre les Franco-Britanniques au cours du printemps 1918, trop tard pour empêcher la défaite des Empires centraux.

Personnalités[modifier | modifier le code]

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Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Orlando Figes, La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d'un peuple, Denoël, 2007, p. 674-675.
  2. Cité par Orlando Figes, La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d'un peuple, Denoël, 2007, p. 675.
  3. Orlando Figes, La Révolution russe. 1891-1924 : la tragédie d'un peuple, Denoël, 2007, p. 675-678.