Offensive Broussilov

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le , sur le front est de la Première Guerre mondiale, les forces russes conduites par le général Alexeï Broussilov, commandant en chef du front sud-ouest, lancent une grande offensive contre les armées allemandes et austro-hongroises en Pologne et en Autriche-Hongrie. Cette offensive, initialement prévue le , est avancée pour soulager l'Italie de la pression austro-hongroise, le haut commandement italien ayant demandé l'intervention des Russes.

L'attaque russe, qui prendra le nom d'offensive Broussilov, était prévue pour coïncider avec l'assaut britannique dans la Somme, sur le front occidental. Les attaques russe et britannique avaient pour objectif de soulager une partie de la pression exercée sur les Français à Verdun.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après les échecs essuyés par l'Entente en 1915, les Alliés décident, au mois de décembre, lors des conférences militaires, de lancer des offensives conjointes sur l'ensemble des fronts, afin de rendre plus difficile pour les puissances centrales le transfert d'unités d'un front à l'autre.

Le commandemant germano-austro-hongrois[modifier | modifier le code]

Depuis la fin de l'année 1915, l'imbrication croissante des unités allemandes et austro-hongroises crée les conditions d'un commandement centralisé à l'échelle de la totalité du front.

Ainsi, la double monarchie a rassemblé en Galicie la majorité des troupes de la Triplice déployées dans la région mais ces unités sont placée sous un commandement conjoint [1]. Cependant, la réalité du commandement est assuré par l'Allemand von Linsingen, assisté d'un état-major composé d'Allemands et d'austro-hongrois, ce qui occasionne des tensions, les Allemands reprochant aux officiers de la double monarchie leur amateurisme, tandis que les Austro-hongrois se plaignent du mépris des Allemands à leur égard[2].

Le début de l'année 1916[modifier | modifier le code]

Cependant, cette coordination est partiellement remise en cause par les défaites de 1915, obligeant les Russes à attendre l'été avant d'attaquer[3]. Cependant, face aux offensives du Trentin et de Verdun, les Italiens comme les Français demandent à la Russie d'anticiper son offensive afin de soulager les fronts italien et français, menacés[1].

Le commandement austro-hongrois, principal concerné par la poussée russe de l'été 1916, affirme, par la voix du chef d'état-major Franz Conrad von Hötzendorf, ne pas croire à la possibilité d'une attaque russe, au vu des défaites essuyées par l'armée russe, la rendant inapte à toute action offensive jusqu'au moment de l'offensive austro-allemande, selon ses propres mots[1].

Les premières tentatives de rupture[modifier | modifier le code]

Au mois de , une offensive russe échoue face aux positions des puissances centrales, dans le secteur tenu par les Allemands[1].

Dans les mois qui précèdent l'offensive, une guerre d'escarmouches se déroule le long du front, les deux adversaires ayant fortifié leurs lignes respectives[2].

Préparation[modifier | modifier le code]

Dans un contexte marqué par le déploiement des troupes austro-hongroises contre l'Italie, au détriment du front de l'Est[4] et par des relations exécrables entre les généraux allemands et austro-hongrois[2], le commandement russe concentre face aux unités austro-hongroises quatre armées, confiées à Alexeï Broussilov, le vainqueur de Lemberg, chargé de la direction des opérations[5].

La concentration des unités russes face aux troupes austro-hongroises crée un déséquilibre en faveur des Russes, aboutissant à mettre en ligne 132 000 soldats russes de plus que les unités austro-hongroises ; cette concentration est cependant illusoire, les Russes ne parvenant à obtenir de supériorité écrasante nulle part ; en outre ils doivent tenir compte d'un nombre de pièces d'artillerie inférieur à celui mis en ligne par les Austro-allemands. Les moyens mis en œuvre masquent cependant la préparation des artilleurs russes, formés et équipés par la France[6].

Cependant, ce déploiement ne passe pas inaperçu des services de renseignements de la double monarchie, informé des intentions russes dès les premiers redéploiements d'unités ennemies contre le front austro-hongrois[7].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Lancée le contre le front autrichien, long de 300 km et composé d'unités disparates germano-austro-hongroises[1], l'offensive, conçue au départ comme une offensive de dégagement, destinée à soulager le front italien, se transforme rapidement en gigantesque opération de rupture contre le front autrichien[5], menaçant la cohésion de l'ensemble du front germano-austro-hongrois[2].

Première phase de l'offensive : la rupture[modifier | modifier le code]

Broussilov prévoit d'avancer sur un large front de 300 km. Cependant, l'effort de son offensive se concentre sur un front de 150 km, de Tarnopol à Loutsk[8].

Les 3e et 8e armées russes ont pour ordre d'attaquer la IVe armée austro-hongroise par le sud des marais du Pripet. Plus au sud, la 7e armée russe est dirigée contre la VIIe armée austro-hongroise, rapidement mise en déroute[8].

L'opération débute par un bombardement de près de 2 000 pièces d'artillerie russes, cependant limité par les stocks d'obus[6]. Les premiers résultats de la percée russe confirment les espoirs placés dans l'attaque[7], le front de Galicie s'écroulant devant l'avance russe. Rapidement une brèche est obtenue dans le front germano-austro-hongrois[2].

Deuxième phase : l'exploitation[modifier | modifier le code]

La rupture du front austro-hongrois obtenue à partir du 6 juin[2], Broussilov, surpris par l'ampleur de la rupture obtenue, engage ses réserves, afin de lancer ses unités dans la brèche qu'une contre-offensive allemande, lancée dans la région de Kovel avec des unités rappelées du front de l'Ouest, échoue à enrayer la ruée des troupes russes[5].

Renforcé par l'apport d'unités allemandes et turques, le front de Galicie est cependant débordé au cours d'une attaque lancée à partir du , menaçant l'ensemble du front austro-hongrois, Conrad tentant à plusieurs reprises de ralentir l'avance russe avec les seules unités austro-hongroises, rameutées d'Italie[7]. Les unités austro-hongroises parviennent cependant à s'accrocher sur les contreforts de Carpathes, appuyées sur les fortifications mises en place au cours de l'hiver 1914-1915 et par une aviation supérieure, empêchant les reconnaissances aérienne russes[9].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Cette offensive s'inscrit dans le cadre d'un plan concerté défini à la fin de l'année 1915[10]. Son relatif succès a d'importantes conséquences sur les puissances centrales.

Les puissances centrales face aux succès russes[modifier | modifier le code]

Face à une telle débâcle, les puissances centrales se montrent désemparés devant les succès russes.

En effet, elle entraîne tout d'abord un changement dans le commandement militaires des puissances centrales, Erich von Falkenhayn étant remplacé par Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff à la tête du Grand État-Major allemand[11], à la demande expresse du chancelier du Reich, Bethmann-Hollweg, qui a manigancé le départ de Falkenhayn[12].

Dans la double monarchie, la structure du haut-commandement, affolé par l'ampleur des succès russes[13], n'est pas remise en cause ; cependant, l'archiduc Joseph-Ferdinand est relevé de son commandement[N 1],[13],[7], tandis que le prestige de Conrad est remis en cause auprès de l'empereur[14] : Conrad se maintien à son poste, mais il apparaît fragilisé par les défaites[15]. De plus, les responsables du haut-commandement de la double monarchie envisagent pendant quelques jours de replier vers l'Ouest le haut-commandement établi à Teschen[13].

Par ailleurs, à partir des premiers succès russes, le Reich, par la voie de son chancelier, tente de relancer sa politique de création d'un État polonais fortement lié au Reich[16], notamment pour disposer de capacités pour lever des troupes[17], mais cette politique se heurte aux sentiments germanophobes de la population et des responsables polonais[16].

De plus, la demande austro-hongroise de renforts allemands aboutit au renforcement de l'influence allemande sur la double monarchie, la gestion du front de l'Est étant confiée au commandement allemand; de grandes unités austro-hongroises sont ainsi placées de fait sous commandement allemand, le commandant austro-hongrois étant confiné à un rôle décoratif[18],[19].

Conséquences militaires[modifier | modifier le code]

Le succès rencontré par la Russie dans cette offensive entraîne des conséquences militaires à l'échelle du continent.

Sur le front de l'Est, la Bokuvine autrichienne est reconquise par les Russes, et les Carpates septentrionales menacées par l'avancée russe[18].

Elle a aussi entraîné l'arrêt d'une offensive austro-hongroise en Italie, tout en permettant au commandement italien de lancer son offensive sur des unités austro-hongroises[10], affaiblies par de vastes transferts en direction de la Galicie[20], menacée, mais comme les Russes, échoue dans la phase d'exploitation à obtenir la rupture recherchée[10].

Pertes[modifier | modifier le code]

Au cours de cette campagne, Alexeï Broussilov affirme que ses troupes ont fait 378 000 prisonniers allemands et austro-hongrois[9], auxquels s'ajoutent un nombre comparable de tués[14].

De plus, les Russes affirment s'être emparés de 400 pièces d'artillerie, 1 300 canons et avoir conquis (ou reconquis) 38 000 km2 de territoires[9]. Les pertes définitives russes s'élèvent à 550 000 hommes, mais le nombre de soldats mis temporairement ou définitivement hors de combat s'élèvent à plus d'un million[18]. La plupart de ces soldats étaient très fidèles au tsar Nicolas II, mais ceux qui les remplacent se montrent moins enclins à le soutenir.

L'ampleur des pertes russes interdit également, en dépit du succès, la poursuite ou la reprise de l'offensive contre les puissances centrales[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. le limogeage d'un archiduc crée un précédent qui peut s'avérer funeste par la suite

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Bled, 2014, p. 211
  2. a, b, c, d, e et f Bled, 2014, p. 212
  3. Renouvin, 1934, p. 356
  4. Renouvin, 1934, p. 363
  5. a, b et c Renouvin, 1934, p. 368
  6. a et b Schiavon, 2011, p. 132
  7. a, b, c et d Schiavon, 2011, p. 133
  8. a et b Renouvin, 1934, p. 358
  9. a, b et c Renouvin, 1934, p. 369
  10. a, b et c Renouvin, 1934, p. 371
  11. Renouvin, 1934, p. 370
  12. Fischer, 1961, p. 255
  13. a, b et c Bled, 2014, p. 214
  14. a et b Schiavon, 2011, p. 135
  15. Bled, 2014, p. 218
  16. a et b Fischer, 1961, p. 247
  17. Fischer, 1961, p. 252
  18. a, b et c Bled, 2014, p. 215
  19. Bled, 2014, p. 217
  20. Schiavon, 2011, p. 134
  21. Bled, 2014, p. 216

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Jean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie : Autriche-Hongrie 1914-1920, Paris, Taillandier,‎ , 464 p. (ISBN 979-10-210-0440-5). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (fr) Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571)
  • (fr) Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114)
  • (fr) Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]