Campagne de Serbie

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Campagne de Serbie
Informations générales
Date Voir et modifier les données sur Wikidata - Voir et modifier les données sur Wikidata Voir et modifier les données sur Wikidata
Lieu Serbie
Casus belli Attentat de Sarajevo
Belligérants
Triple-Entente
Triple-Alliance / Empires centraux
Commandants
Forces en présence
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Pertes
Militaires
Militaires

Batailles

de la Première Guerre mondiale

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La campagne de Serbie de 1915 voit l'invasion de la Serbie par les empires centraux.

Ambulance de l'armée serbe, octobre 1914
Bleriot XI de l'armée serbe, piloté par Tomić et son observateur Mihajlović.

En 1915, la Serbie victorieuse[modifier | modifier le code]

En 1915, la Serbie, pourtant au cœur de l'intrigue quant au commencement de la Première Guerre mondiale, est toujours maîtresse de l'intégralité de son territoire. Les offensives autrichiennes d'août et novembre 1914 ont été d'humiliants échecs pour l'empire des Habsbourg qui n'est pas parvenu à soumettre la « vipère serbe ». L'écrasement de la Serbie devient alors pour les empires centraux non seulement un impératif moral, mais aussi un objectif stratégique de première importance. En effet, Allemands et Autrichiens, déjà coupés de leur précieux allié ottoman, ont du mal à acheminer du matériel militaire dans l'Empire Ottoman du fait de son isolement, d'autant plus qu'elle se trouve à cette époque attaquée en son cœur, c’est-à-dire aux Dardanelles. De plus, l'invasion de la Serbie permettra aux austro-allemands d'avoir la Bulgarie à leurs côtés.

En 1915, le Royaume de Serbie tient mais est exsangue, las de ces guerres qui durent depuis près de 3 ans. Elle se trouve isolée et son plus probable allié, le Royaume de Grèce, ne répond pas à ses appels à l'aide. Ce contexte peu favorable oblige la Serbie à employer une stratégie de défense passive, malgré ses victoires.

Le , le Royaume de Bulgarie signe un traité d'alliance avec les puissances centrales qui promettent au roi Ferdinand la Macédoine ainsi que l'occupation du Sud de la Vieille Serbie[1]. Le dernier ingrédient à l'invasion de la Serbie est donc ajouté, peut alors bientôt commencer l'une des plus importantes campagnes de la Première Guerre mondiale dans les Balkans.

La Serbie écrasée[modifier | modifier le code]

Les opérations en Serbie

La stratégie d'invasion de la Serbie prend forme et la direction des opérations est confiée à August von Mackensen. Les Allemands qui ont mobilisé leur 11e armée sont massés sur la rive droite du Danube et auront pour mission d'attaquer par le Nord. Les Autrichiens, avec leur 3e armée ont la même mission. Les Bulgares, quant à eux, donnent le « coup de poignard dans le dos ». Leur première armée au Nord-Est, complètera l'attaque austro-allemande et tentera d'encercler l'armée serbe en l'attaquant de flanc, tandis que la seconde, au Sud, aura pour rôle de bloquer une future intervention alliée en Serbie et d'empêcher l'armée serbe de se replier en Grèce.

Le 6 octobre, l'offensive est lancée au Nord, et les Austro-Allemands prennent Belgrade le . Ils progressent alors vers le Sud tout en rencontrant une vive résistance de la part des Serbes. Le 14, les Bulgares passent à l'offensive. Leur 2e armée progresse rapidement en Macédoine (Uskub est prise le 23), mais la première s'oppose à l'armée serbe massée au centre du pays. Début novembre, l'armée serbe, attaquée de tous côtés, se voit contrainte à la retraite sous peine d'encerclement et de destruction (ce qui est le plan de Mackensen). Putnik, le général en chef des armées serbes, donne l'ordre de retraite vers le Sud et espère forcer le passage face aux Bulgares vers Skopje. Mais la tentative de retraite vers la Macédoine est un échec, de même que l'expédition franco-britannique au Sud venue pour prêter main forte aux Serbes. Putnik se voit alors contraint de diriger la retraite vers l'Ouest, c'est-à-dire vers l'Albanie, dont le passage est gêné par d'importantes montagnes déjà enneigées. La retraite se révèle alors extrêmement difficile : les soldats harassés et affamés doivent passer des cols à 2 500 mètres sous des températures extrêmes. Le roi Pierre Ier suit le convoi à bord d'un char à bœufs. Selon les sources officielles serbes difficilement vérifiables, l'exode fait plus de 240 000 victimes civiles et militaires[2].

En décembre, les troupes serbes atteignent les rivages de l'Adriatique occupés par leurs alliés italiens. Ceux-ci évacuent une partie de l'armée serbe en bateau, de Durazzo à Corfou. Quelques 150 000 personnes dont 135 000 militaires seront recueillies à Corfou en quelques semaines[2].

L'autre partie est prise en charge, sous le feu des batteries allemandes, par la flotte française (paquebots des Messageries Maritimes transformés en transports de troupes), qui la transporte à Bizerte et ensuite en Corse. Les officiers blessés seront soignés dans les hôpitaux français. L'Albanie se voit ensuite occupée par les Autrichiens qui craignent un futur débordement par l'Adriatique. Ce choix provoquera des tensions entre les deux états-majors, car les Allemands avaient souhaité diriger l'offensive vers Salonique.

Exactions contre la population civile[modifier | modifier le code]

La propagande anti-serbe austro-hongroise a pour conséquence de nombreuses exactions commises par les militaires à l’encontre de la population serbe en Serbie et sur le territoire de l’Autriche-Hongrie. Des historiens, comme Annette Becker, y voit une volonté exterminatrice, certains auteurs comme Dušan T. Bataković parlent de « solution finale »[3]. Viols et massacres sont accompagnés de destructions de villages, les vergers coupés et les puits empoisonnés pour forcer le départ des populations serbes[3].

Le début d'une guerre de position[modifier | modifier le code]

La défense dos au fleuve.

L'écrasement de la Serbie va figer la guerre dans les Balkans jusqu'en 1918. Dorénavant, les deux camps entrent dans une guerre de position. Les restes de l'armée serbe sont utilisés afin de compléter l'Armée d'Orient dont le front s'étend de l'Albanie à la Thrace. Chaque pays envoie des renforts sur ce front, faisant de l'armée de Salonique la vitrine de l'internationalité des armées alliées (Britanniques, Français, Grecs, Italiens, Macédoniens, Russes, Serbes). Ils se battront contre la Triplice qui y envoie des Allemands, des Austro-Hongrois, des Turcs et des Bulgares.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

La terrible retraite d’Albanie et le calvaire des soldats serbes ont été glorifiés par le poète Milutin Bojić.

Son poème Le tombeau bleu, est consacré aux plus de 7 000 soldats serbes morts de famine et d'épuisement à Corfou et sur l'ilot de Vido en 1916, et ensevelis dans la mer Ionienne :

« Arrétez-vous, galères impériales,
Baissez vos voiles puissantes !
Et voguez en silence :
Je célèbre un triste requiem.
En ce froid nocturne
Sur cette eau bénie !
Là au fond, où le sommeil lourd
Gagne les coquillages,
Où le limon recouvre les algues mortes,
Gisent les tombes des braves,
Gisent les frères, côte à côte,
Prométhées de l'espoir,
Apôtres de la misère. »

— Milutin Bojić, Le Tombeau bleu (extrait)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Miquel, La Grande Guerre, Paris, Fayard,‎ (réimpr. 1990, 1992) (ISBN 978-2-213-01323-7).
  • Magazine 14-18, no 4 : La Serbie en guerre.
  • Dušan T. Bataković et al. (trad. Ljubomir Mihailovic), Histoire du peuple serbe, Lausanne (Suisse) Paris, L'Age d'homme,‎ , 386 p. (ISBN 978-2-825-11958-7), p. 245-266.
  • Frédéric le Moal, La Serbie : du martyre à la victoire, 1914-1918, Saint-Cloud, 14-18 éditions,‎ (ISBN 978-2-916-38518-1)
  • François Cochet et Rémy Porte, Dictionnaire de la Grande Guerre 1914-1918, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Renouvin, Crise européenne et première guerre mondiale, Presses Universitaires de France, coll. « Peuples et Civilisations » (no 19), 5e éd. (ISBN 978-2-130-30564-4), p. 314-315
  2. a et b Rémy Porte, « 1915-1916 : Martyre et renaissance de l'armée serbe », Nouvelle Revue d'Histoire, n°82 de janvier-février 2016, p. 29-31
  3. a et b Frédéric le Moal 2008, p. 58