Armistice de Villa Giusti

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La villa Giusti peu après 1900.

L'armistice de Villa Giusti est l'armistice signé à la villa Giusti située à Mandria (it), près de Padoue (Italie), qui a marqué la fin des hostilités entre l'Empire austro-hongrois et la Triple-Entente au cours de la Première Guerre mondiale. L'armistice a été signé le à 15 heures avec effet le lendemain, à 15 heures, et a mis fin aux combats sur le front italien.

Contexte[modifier | modifier le code]

À la fin du mois d'octobre 1918, alors que l'armée austro-hongroise subit une cuisante défaite à la bataille de Vittorio Veneto, l'État-major austro-hongrois cherche un cessez-le-feu à tout prix pour mettre fin à la guerre et éviter des pertes territoriales.

Pendant la bataille de Vittorio Veneto, les troupes de l'Autriche-Hongrie sont mises hors de combat et entament une retraite chaotique. À partir du 28 octobre, l'Autriche-Hongrie cherche à négocier une trêve, mais se montre réticente à signer le texte de l'armistice. Les Italiens, en attendant, avancent en direction de Trente, d'Udine et de Trieste. Après la menace de rompre les négociations le 3 novembre, les Austro-Hongrois acceptent les conditions d'un armistice. Il doit prendre théoriquement effet à 15 h 00 le 4 novembre, mais en raison d'un ordre unilatéral du haut commandement austro-hongrois, les forces austro-hongroises cessent le combat le 3 novembre. Après la guerre, le royaume d'Italie annexe le Tyrol du Sud (aujourd'hui le Trentin-Haut-Adige) et Trieste ainsi que le littoral autrichien, selon les termes du pacte de Londres.

L'armistice[modifier | modifier le code]

L'armistice a été signé autour de cette table.

Les négociateurs autrichiens se réunissent le 28 octobre à Trente sous la direction du général Viktor Weber Edler von Webenau et décident de charger le général Arthur Arz von Straussenburg, après information du Feldmarechal Paul von Hindenburg, de dépêcher une délégation d'officiers auprès du commandement italien munis d'une demande écrite de cessez-le-feu près du lac de Garde le 29 octobre 1918[1].

Le capitaine austro-hongrois Camillo Ruggera (it), appartenant à la commission, se présente le 29 octobre devant les lignes italiennes et est accueilli par des tirs. Après avoir été identifié et dévoilé le but de sa mission, il est conduit auprès du commandement de la division italienne à Abano[2]. Au cours de la soirée du 30 octobre, le général von Webenau peut aussi franchir les lignes italiennes ; le lendemain, à la tête de la délégation autrichienne, il rencontre près de Padoue la délégation italienne conduite par le général Pietro Badoglio. Le 1er novembre à 9 h 30, une commission mixte italienne et austro-hongroise se réunit dans la villa du comte Vettor Giusti del Giardino (it)[3],[4] et entame la rédaction des textes du futur armistice.

La délégation autrichienne est chargée de négocier l'armistice le plus rapidement possible, mais sans que cela ait l'air d'une capitulation. Les Italiens leur remettent les conditions transmises de Paris et stipulées par la Triple-Entente qui exige la capitulation de l'Autriche-Hongrie. Peu après suivent les clauses particulières détaillées jointes par les clauses supplémentaires de l'Italie[1].

Von Webenau, lié par les instructions de Vienne, refuse de les accepter. Confronté à la demande de capitulation et à l'appréciation erronée de Vienne concernant la situation militaire sur le front, il n'a pas d'autre choix que d'envoyer les trois membres de la délégation (Schneller, Liechtenstein et Rugga) à Trente pour demander de nouvelles instructions au général Waldstätten (de) qui les fait suivre à Vienne.

La première rencontre entre l'empereur Charles Ier d'Autriche, les ministres et les généraux se clôture sans prise de décision mais par une déclaration aux peuples de l'Autriche-Hongrie. Les réunions successives se terminent sans résultat.

Tandis que les commissions à Vienne ne veulent prendre aucune responsabilité par une quelconque décision, la délégation autrichienne attend en vain à Trente et Padoue des instructions claires et précises pendant que les soldats austro-hongrois livrés à eux-mêmes meurent ou se font capturer sur le front[1].

Dans un premier temps, Vienne accepte les conditions posées par la Triple-Entente puis l'empereur retire son accord. Le 3 novembre, par télégramme, il est ordonné aux troupes austro-hongroises d'arrêter le feu, mais von Webenau à Padoue ignore l'arrêt de feu unilatéral autrichien (toutes les unités autrichiennes n'arrêtèrent donc pas le feu) et n'a pas connaissance des échanges de télégrammes entre Vienne et Trente. Lorsque von Webenau, après avoir envoyé un membre de la délégation à Trente, a enfin l'occasion de lire lui-même les télégrammes confus il décide finalement de signer l'armistice[1].

La première clause supplémentaire de l'Italie exige sans équivoque l'arrêt des combats 24 heures après la signature pour pouvoir aviser les armées belligérantes des modalités de l'armistice. Cette mesure, raisonnable du point de vue italien, est considérée par l'Autriche-Hongrie comme une manœuvre de retardement[5].

L'armistice est signé à 15 heures le 3 novembre 1918 et entre en vigueur à 15 heures le 4 novembre 1918[4].

Signataires[modifier | modifier le code]

Italie
Autriche-Hongrie

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Montagnon, Dictionnaire de la Grande Guerre, Pygmalion (ISBN 275641445X et 9782756414454).
  • Texte officiel dans Conventions d'armistice passées avec la Turquie, la Bulgarie, l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne par les Puissances alliées et associées, Paris, .
  • (it) C. Zoli, L'armistizio di Villa Giusti, in Politica, , p. 9-12.
  • G. Terrail (pseud. Mermeix), Les négociations secrètes et les quatre armistices, Paris, .
  • (it) A. Alberti, L'armistizio di Villa Giusti, Rome, .
  • (it) K. F. Nowak, Il crollo delle Potenze Centrali, Bologne, .
  • (en) E. M. House, The intimate Papers of Colonel House, vol. IV-New York, .
  • (de) E. Glaise-Horstenau, Die Katastrophe-Vienne, .
  • (it) G. Mira, Autunno 1918, Milan, .
  • (it) L. Aldovrandi-Marescotti, L'armistizio con l'Austria-Ungheria dans « Guerra diplomatica », .
  • Frédéric Le Moal, La France et l'Italie dans les Balkans, 1914-1919 : le contentieux adriatique, Google.books, (lire en ligne).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d (it) Augusto Torre, « Villa Giusti », sur Treccani.it.
  2. (it) « Armistice », sur Cimeetrincee.it.
  3. (it) Diario d'Italia, vol. 1, De Agostini, p. 354.
  4. a et b (it) « Armistice de Villa Giusti », sur Difesa.it.
  5. (it) Indro Montanelli, Storia d'Italia, L'Italia del novecento, Fabbri Editori, p. 42.

Liens internes[modifier | modifier le code]

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