Principauté d'Albanie

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Principauté d'Albanie
Principata e Shqipnis (sq)

1914 – 1925

Drapeau
Drapeau de l'Albanie
Blason
Armoiries de l'Albanie

Hymne : Hymni i Flamurit

Description de cette image, également commentée ci-après

Principauté d'Albanie en 1914

Informations générales
Statut Principauté
Capitale Durrës
Langue Albanais
Monnaie Lek albanais
Histoire et événements
31 janvier 1914 Proclamation de l'indépendance
1er septembre 1925 Proclamation de la république
Prince
(1e) 1914-1925 Vidi

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La Principauté d'Albanie est le régime politique de l'Albanie de 1914 à 1925. Constituée à la suite des deux guerres balkaniques, lors de la conférence de Florence à la fin de l'année 1913, le territoire de la principauté, officiellement neutre dans le premier conflit mondiale, est rapidement occupé par les troupes serbes et monténégrines, tandis que le prince Guillaume de Wied est accueilli par les puissances centrales. En 1915, lors de la conquête de la Serbie par les Puissances centrales, les unités serbes en déroute traversent l'Albanie enneigée pour rejoindre les ports de l'Adriatique, où elles sont évacuées par les Alliés. Le territoire de la principauté est alors occupé et administré par l'Autriche-Hongrie, jusqu'à la fin du conflit. Évacué en novembre 1918, à la suite de la défaite austro-hongroise, la principauté ne retrouve pas sa stabilité, tout comme le prince, d'origine allemande, ne retrouve pas son trône. La principauté est alors régie par un conseil de régence, tandis que les luttes entre clans albanaise rivaux se déchaînent, entretenues par les puissances voisines, l'Italie et le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes.

Création de la Principauté[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Dès le début du XXe siècle, les territoires albanophones, alors dépendants de l'Empire ottoman sur le déclin, suscitent de longue date les appétits de l'Italie unifiée dans les années 1860, de la Russie, de la double monarchie, et des petits états balkaniques nouvellement indépendants[1].

Ainsi, dès le milieu du XIXe siècle, les territoires albanais de l'empire ottoman attisent les convoitises antagoniques de l'Italie nouvellement unifiée et de l'Autriche, puis de son successeur l'Autriche-Hongrie: Les consuls autrichiens puis austro-hongrois en poste à Scutari exercent depuis cette période une sorte de protectorat sur les catholiques albanais, tandis que les Italiens considèrent le littoral albanais comme leur zone d'expansion privilégiée[2].

Cependant, en 1878, lors du Congrès de Berlin, les grandes puissances ont souhaité neutraliser la question de ces territoires[3]. D'autres dispositions visant à neutraliser le territoire albanais sont prises en 1909, entre la double monarchie habsbourgeoise et le royaume de Rome[4]. Ainsi, les représentants italiens et austro-hongrois s'engagent à défendre l'indépendance de l'Albanie dans le cas d'un effondrement de la domination ottomane dans la région, sans préjuger des modalités du partage du pays en zones d'influence italiennes et austro-hongroises[2].

À l'issue de la Première Guerre balkanique, les Ottomans sont pratiquement chassés du continent européen[5]. Les territoires albanais, conquis au terme d'opérations conjointes gréco-serbo-monténégrines[6], sont confiés aux grandes puissances, afin qu'elles procèdent au partage[7]. Cependant, les Serbes comme les Bulgares souhaitent disposer à leur profit de la Macédoine, principal butin de la guerre qui vient de s'achever[8], tandis que la dévolution des territoires albanais constituent durant les années 1913 et le début de l'année 1914 un facteur de déstabilisation des relations entre grandes puissances[9].

Dans le même temps, Nicolas, l'ambitieux roi du Monténégro, souhaitant réaliser ses ambitions albanaises[N 1],[10], met le siège devant Scutari[N 2],[7].

De plus, à l'issue des conflits balkaniques, les troupes du royaume de Belgrade, soutenues par l'ensemble des représentants serbes[N 3],[11], interviennent en Albanie, s'installant dans la région, non seulement afin de disposer d'un port sur l'Adriatique[12], mais aussi pour protéger les populations serbes, victimes de massacres perpétrés par les Albanais[13]. Ainsi, au cours du conflit face aux Ottomans, les Serbes s'assurent le contrôle de Durazzo, tandis que les Monténégrins menacent Scutari[N 4],[14],[15], Face à cette politique entreprenante, l'Italie et la double monarchie, pour des raisons différentes, unissent leurs efforts pour chasser les Serbes du littoral adriatique, obtenant des autres grandes puissances, en décembre 1912, la création d'une Albanie indépendante[16], l'Italie pour contrôler le détroit d'Otrante, la double monarchie pour pouvoir contrôler la région avec un État client totalement dépendant de Vienne[17].

Pour forcer le royaume de Belgrade à évacuer des territoires dévolus à la principauté, le gouvernement austro-hongrois, soutenu par le Reich, tente, dans un premier temps, d'obtenir un arrangement sur l'évacuation du territoire albanais par la Serbie, mais se heurte à Nikola Pasic, le retors président du conseil serbe[18]; dans un second temps, après des mois de négociations entre grandes puissances, le ministre austro-hongrois des affaires étrangères fait parvenir, le 18 octobre 1913, à Belgrade un ultimatum, sommant le gouvernement serbe à évacuer sous huit jours les territoires dévolus à la future principauté. Abandonné par les Russes, le gouvernement du royaume de Serbie s’exécute[19].

Modalités de création[modifier | modifier le code]

La principauté est créée dans les faits à partir de 1913, fruit de la politique austro-hongroise et italienne dans les Balkans. En effet, la double monarchie souhaite, à partir de 1912, empêcher à tout prix le royaume de Belgrade d'obtenir un port sur l'Adriatique, à l'issue de la confrontation qui se prépare entre les États balkaniques et l'empire ottoman; de plus, la diplomatie austro-hongroise voit le futur État comme un satellite de Vienne[20]. De plus, la double monarchie souhaitant s'étendre vers le Sud, soutient les velléités albanaises contre la politique serbe[21].

Durant la période qui s'écoule entre les traités de paix qui mettent un terme aux guerre balkaniques et la proclamation effective de la principauté, le chaos semble régner sur les territoires albanophones non formellement annexés à la Serbie[22].

Le 10 avril 1914, le statut définitif du territoire est fixé : les puissances européennes en font une principauté autonome et neutre, confiée dans un premier temps aux troupes hollandaises, notoirement non intéressées au contrôle de territoires albanais[4].

Dévolution de la Couronne[modifier | modifier le code]

Le prince Guillaume de Weid, en uniforme albanais

dès sa création, l'État albanais est conçu par les puissances européennes, ses promoteurs, comme destinée à devenir une monarchie[23].

Le souverain choisi par les puissances pour la principauté est Guillaume de Wied, un prince allemand. Installé à l'issue d'âpres négociations, il ne parvient cependant pas à consolider son pouvoir[24].

Ainsi, à peine arrivé en Albanie en avril 1914, il doit affronter une révolte générale, face à laquelle il ne se maintient que grâce à un débarquement conjoint de troupes principalement italiennes et austro-hongroises à Durres le 10 mai suivant[4].

Fixation des frontières[modifier | modifier le code]

Les différents projets de frontières de la principauté

Les frontières du nouvel État font l'objet d'âpres discussions entre les représentants des grandes puissances et des États voisins, tandis que le gouvernement provisoire albanais émet lui aussi des propositions de tracés frontaliers. Elles sont fixées en deux temps, à Londres en août 1913, puis à Florence en décembre 1913[25].

Les frontières de la principauté, premier État national des Albanais, laissent cependant près de la moitié des Albanais à l'extérieur du royaume, en grande majorité sous tutelle serbe[N 5],}[26]. De plus, au sein de la population, on compte 70% de musulmans, 20% de chrétiens orthodoxes, localisés essentiellement le Sud du pays et 10% de catholiques romains, résidant essentiellement dans le Nord-Ouest et dans le centre du pays[27].

Elles sont fixées, en deux temps, au cours de l'année 1913, lors de la conférence des ambassadeurs en août 1913[28], puis lors de la négociation du protocole de Florence en décembre 1913[21], au cours des négociations qui aboutissent à la conclusion définitive de la paix de Londres, à l'issue de la seconde guerre balkanique[28]. Conformément aux vœux des diplomates austro-hongrois austro-hongrois, la principauté obtient une frontière terrestre avec le Monténégro[N 6],[21].

Les frontières du Sud, avec la Grèce sont fixées en 1913. Elles remettent en cause l'unité de l'Épire, ainsi que les structures économiques de la région, en dépit du souhait du gouvernement d'Athènes de créer une frontière garantissant à la fois la constitution d'unités territoriales économiquement viables et un voisinage paisible entre les deux États[29],[30]. Ainsi, les diplomates grecs dépêchés à Londres plaident pour une frontière au Sud de la région de Valona, dictée selon eux par les motifs stratégiques, la défense de l'île de Corfou, et économiques (la nécessité de disposer d'un territoire hiérarchisé en Grèce même)[29]. Durant l'automne 1913, les arpenteurs fixent la frontière avec la Grèce dans un contexte local et général tendu, tentant de satisfaire à la fois les revendications grecques et celles portées, pour des motifs similaires mais concurrents, par l'Italie et l'Autriche-Hongrie[31].

Cependant, en 1914, après le déclenchement de la Grande Guerre, les frontières terrestres avec la Serbie ne sont toujours pas précisément fixées : ainsi, en septembre 1914, un accord entre le gouvernement serbe et un clan albanais précise qu'une commission doit se réunir pour résoudre ce problème[32].

En 1915, à la suite de l'invasion serbo-monténégrine du Nord du pays, un nouvel accord, le Traité de Tirana, est signé entre le royaume de Belgrade, fixant de nouvelles frontières, favorables à la Serbie et au Monténégro[33].

La principauté durant la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Durant la Première Guerre mondiale, le territoire de la principauté suscite de forts appétits de la part de tous les acteurs du conflit. Ainsi, dès les premiers jours de la crise de juillet, les principaux acteurs de la politique de la double monarchie hésitent à donner des territoires annexés en 1912 et 1913 à la principauté, réputée extrêmement instable}[34].

Fuite du souverain[modifier | modifier le code]

Maintenu sur le trône par une intervention des puissances en mai 1914, le prince voit ses soutiens internationaux l'abandonner les uns après les autres : la gendarmerie hollandaise quitte le pays le 7 août tandis les contingents des puissances européennes quittent le pays au début du mois d’août[4]. Ayant refusé une intervention albanaise aux côtés des puissances centrales, Guillaume perd son dernier appui, le soutien austro-hongrois[35].

Abandonné par les puissances européennes en conflit les unes avec les autres à partir du mois d’août 1914, Guillaume de Weid, abandonné par ses derniers soutiens, prend la fuite dès le 4 septembre[24]

La fuite du souverain, le 4 septembre 1914, transforme le pays en champ clos pour les clans albanais rivaux; leurs luttes internes créent les conditions du développement de l'anarchie à l'intérieur du pays[32].

Un pays livré à l'anarchie[modifier | modifier le code]

Dès la fuite du prince, en septembre 1914, les clans rivaux, appuyés sur les États voisins, se livrent à une lutte acharnée pour le contrôle du pouvoir, favorisant la fragmentation du pouvoirs entre clans rivaux, appuyés par les belligérants[36].

Ainsi, Les Serbes favorisent Le retour en Serbie d'Essad Pacha Toptani, ancien ministre de la guerre dans le gouvernement provisoire; Ce dernier organise alors un gouvernement provisoire à Durazzo et s'est en effet rapproché du royaume de Belgrade, ayant signé, le 17 septembre 1914, un traité d'alliance militaire et politique avec le gouvernement du royaume replié à Nič. Cet accord permet aux Serbes d'intervenir dans le pays et d'organiser la gendarmerie albanaise; de plus, une commission bilatérale se réunit afin de fixer définitivement le tracé de la frontière[32].

Cette politique serbe suscite des contre mesures des puissances centrales, notamment de la monarchie danubienne. Ainsi, Vienne finance les clans albanais hostiles à Essad Pacha Toptani et fomente des troubles aussi bien en Albanie qu'au sein de la population albanophone du royaume de Belgrade. Dans le même temps, l'entrée en guerre de l'empire ottoman aux côtés des puissances centrales favorise le développement, dans la population albanaise, d'un courant dirigé contre la politique serbe et ses soutiens locaux; cette hostilité se manifeste par le développement de mouvements de guérilla, réduits à grand peine au printemps 1915[32].

Un but de guerre[modifier | modifier le code]

Dès les premiers jours du conflit, le territoire de la principauté se trouve au centre des négociations entre chacun des blocs d'alliance. De plus, l'anarchie qui y règne favorise les entreprises austro-hongroises, serbes et italiennes.

En effet, dès le mois de novembre 1914, le tsar Nicolas II propose aux Français un plan de partage de l'Albanie : la Serbie aurait le Nord du pays, les Italiens Valona et sa région, la Grèce le Sud du pays, sauf Valona[37]. Ces occupations préludent à d'âpres négociations entre les Serbes, les Monténégrins, les Grecs et les Italiens sur le devenir des territoires de la principauté[38].

Les territoires de la principauté constituent pour le royaume de Belgrade un objectif supplémentaire dans le conflit. Ainsi, occupé en 1914, le territoire de la principauté se trouve au centre des rivalités entre la Serbie et l'Italie, les Italien accusant même les Serbes d'avoir privilégié leurs objectifs au détriment de la coordination des opérations contre les unités germano-austro-hungaro-bulagres[39]. Au printemps 1915, les troupes serbes envahissent le pays, parviennent à Tirana et signent avec leurs alliés albanais un traité permettant la réalisation des buts de guerre dans le pays : rectification de frontières et accord politique unissant fortement les deux pays[33].

L'Italie ne reste pas inactive devant la politique serbo-monténégrine. Ainsi, dès le 30 octobre 1914, appuyée sur les accords internationaux de 1909 et de 1913, l'Italie, sous prétexte de maintenir l'ordre en Albanie[35], occupe certaines îles du littoral albanais, tout en exposant aux belligérants ses revendications sur la région, dès avant son entrée dans le conflit : dès le 4 mars 1915, lors des négociations devant aboutir à l'intervention directe du royaume de Rome dans le conflit, Sidney Sonnino, alors président du conseil, affirme la volonté italienne d'annexer directement le port de Valona, tout en souhaitant disposer de la liberté d'action en Albanie[40],[41]; une préeminence italienne est ainsi reconnue sur le royaume[N 7],[42]. De plus, dès l'entrée en guerre de l'Italie, les unités italiennes occupent Durazzo, renforçant le contrôle italien sur la côte adriatique de la principauté[43]. Cependant, les opérations serbo-monténégrines en Albanie en juin 1915 bouleversent les rapports de forces, non seulement en Albanie, mais aussi dans les rapports en Alliés, les zones occupées par les Serbes ont été promises aux Italiens en échange de leur intervention aux côtés des Alliés[44]. De plus, à partir du déclenchement du conflit, l'Italie s'affirme comme la principale source de ravitaillement de la population albanaise, affectée par le déclenchement du conflit[45].

La politique française visant à développer le pays avec l'aide de la France rencontre l'hostilité italienne, le gouvernement italien s'attache alors à soutenir les clans albanais hostiles à la présence française sur place[46].

Parallèlement à cette présence italienne, le gouvernement serbe, replié à Corfou à partir du début de l'année 1916, poursuit la politique menée par le royaume de Belgrade. En effet, des zones d'influence ont été fixées lors du Pacte de Londres, grecque au Sud, italienne au centre et serbe au Nord de la principauté[47]. Ainsi, le gouvernement serbe appuie-t-il la constitution d'un gouvernement dirigé par Essad Pacha Toptani, associé aux opérations militaires dans la région[48].

Les Puissances centrales sont aussi intéressées par des portions du territoire albanais. En 1916, lors des conversations entre diplomates allemands, austro-hongrois et bulgares sur la dévolution des conquêtes de l'automne précédent, Burian, le ministre austro-hongrois des affaires étrangères défend la primauté austro-hongroise dans la principauté[49]. Plus tardivement dans le conflit, au printemps 1917, le territoire de la principauté est promis à la double monrachie[50]; cependant, lors la conférence de Kreuznach printemps 1917, le Reich réaffirme son souhait de disposer librement d'une base navale sur l'Adriatique, Valona dans la principauté, ou Kotor, dans le Monténégro voisin[51].

Un champ de bataille[modifier | modifier le code]

Le 29 mai 1915, le Monténégro, puis la Serbie lancent des opérations d'occupation du Nord de l'Albanie, les Monténégrins contrôlant le littoral jusqu'à Scutari[N 8],[52], les Serbes le Nord et le centre du pays[37]. Les Serbes lancent ainsi 20 000 soldats sur l'Albanie; la pénétration dans le pays se fait sans difficulté : Tirana est occupée par les Serbes le 9 juin, Scutari par les Monténégrins le 27 juin[33]. rapidement installée, cette occupation se heurte rapidement à une résistance de la part de la population albanaise, encouragée par les agents austro-hongrois et ottomans, présents sur place de longue date[52],[53].

Dès l'entrée en guerre de la Bulgarie, l'offensive conjointe des troupes germano-austro-hongroises, venant du Nord, et Bulgares, venant de l'Est, oblige les stratèges serbes à ordonner la retraite générale des unités serbes à travers l'Albanie; les unités serbes s'y engagent à partir du 23 novembre 1915[54]. En dépit de la poursuite des unités serbes en retraite, les unités des puissances centrales ne parviennent pas conquérir l'ensemble du territoires de la principauté[49].

Durant l'automne suivant, la base navale italienne de Durazzo, établie sur le territoire de la principauté, est bombardée par la marine de guerre austro-hongroise[55].

Au début de l'année 1917, les Alliés mènent des offensives en Albanie, renforçant le contrôle allié sur les voies de communications reliant la côte albanaise à Salonique; ainsi, en février, Koritza, dans le Sud-est du pays, est définitivement sécurisée par les manœuvres alliées, qui repoussent les Austro-hongroises à 30 kilomètres de la vielle[56]. En septembre, la ville de Progadec, au Sud Ouest du lac d'Ochrida, est prise par les Alliés[57].

Dans le même temps, les Alliés, principalement les Serbes, tentent d'installer une guérilla contre les occupants austro-hongrois[48]; les Serbes parviennent ainsi à envoyer une force significative, sous le commandement de Toptani, mener la guérilla contre les Austro-hongrois dans la vallée du Skumbi[57].

En 1918, le territoire albanais est occupé par des troupes austro-hongroises, réorganisées par Karl von Pflanzer-Baltin. Cette réorganisation permet l'armée austro-hongroise de remporter de nombreuses victoires dans l'Ouest des Balkans durant l'été 1918; cependant, l'armistice bulgare renverse tous les plans d'offensive austro-hongroise en direction de Valona. Dans les jours qui suivent, le commandement austro-hongrois envisage de résister sur une ligne passant par Scutari et Nič[58].

Opérations dans la principauté durant l'automne 1918

Face à l'avancé alliée, qui se développe toujours plus au fil des jours, dans les derniers jours du mois de septembre 1918, l'armée d'Albanie, confiée à Pflanzer-Baltin, reçoit l'ordre du haut-commandement austro-hongrois de battre en retraite à l'intérieur des frontières de la double monarchie. La retraite de l'armée d'Albanie se fait en bon ordre, et son commandant parvient à ramener ses 160 000 soldats à l'intérieur des territoires austro-hongrois, malgré les attaques conjugées des troupes alliées et des partisans serbes[59].

Un État occupé[modifier | modifier le code]

La principauté occupée, 1916-1918

Dès la fin de l'année 1914, le royaume de Belgrade a détaché une partie des effectifs de son armée afin de contrôler une partie importante du territoire albanais[60].

Parallèlement à ces initiatives serbes, le gouvernement italien fait occuper le port de Valona au mois de décembre 1914, contrôlant ainsi le Canal d'Otrante[61], avoir pris le contrôle du Sud de la principauté au mois d'octobre[60]. Cette occupation demeure symbolique en raison des effectifs alors déployés sur place[62]. Cette occupation prend officiellement fin en août 1920 lors de la signature d'un traité, à Tirana, les troupes italiennes s'engageant à évacuer le pays, à l'exception de l'île Saseno, en face de Valona[63]. Cette occupation italienne répond à l'occupation grecque de plusieurs localités du Nord de l'Épire en octobre 1914[38].

À l'issue de la campagne de 1915, le territoire albanais est de nouveau partagé selon la ligne de front, les Alliés, Français et Italiens, contrôlant le Sud du pays, les puissances centrales, le Nord[37]. Dans chacune des zones d'occupation, chaque belligérant met en place des institutions étatiques autonomes, placées sous son contrôle[36]. Ainsi Dans le Sud du pays, les Alliés occupent et administrent la région, après avoir chassé les troupes grecques[N 9],[64]. En 1916, Sarrail, commandant du front d'Orient, fait occuper la région de Kortcha, afin de permettre la jonction entre les unités franco-serbes venues de Macédoine et les unités italiennes venues de Valona, créant ainsi une zone d'occupation française sur le territoire de la principauté[64]. Dans cette zone occupée par la France, une politique de partage du pouvoir est mise en place entre les responsables locaux et les autorités d'occupation : l'administration locale est ainsi confiée à un conseil de 14 membres, 7 musulmans, 7 chrétiens, tandis que les forces d'occupation françaises se consacrent au développement de la région, notamment en mettant en place une administration destinée à éviter les pénuries alimentaires, des dispensaires et des écoles[65].

Les Austro-hongrois, quant à eux, mettent en place un maillage territorial de type colonial, leur permettant non seulement de contrôler efficacement le pays, mais aussi d'en approfondir leur connaissance[37].

La principauté après le conflit[modifier | modifier le code]

Conformément aux accord mettant fin du conflit, les territoires albanais sont évacués durant l'été 1920, par les Alliés, en conformité avec les accords interalliés de l'automne 1918[66]. Cependant, cette évacuation ne met pas un terme aux luttes de faction[67].

Le conseil de régence[modifier | modifier le code]

Le roi Widi ayant fui le pays en septembre 1914, les principaux chefs de clans albanais organisent un conseil de régence, mais, en 1925, à la faveur d'une révolution orchestrée par Zogou depuis le royaume voisin, la république est proclamée.

La reconnaissance de l'indépendance albanaise[modifier | modifier le code]

En 1921, la SDN reconnaît de jure l'Albanie, qui demeure une principauté, sans prince[63]; en effet, l'Albanie, sous quelque forme que ce soit, se trouve alors au milieu des espaces convoités par l'ensemble des alliés, garantissant le maintien de son indépendance[42].

Ainsi, en 1920, l'État grec expose, dans un mémoire sur l'Épire du Nord ses revendications sur la totalité de l'Épire, partagée depuis 1913 entre le royaume d'Athènes et la principauté[68]. La Grèce appuie ses revendications par la mise en place d'un clergé orthodoxe lié à la métropole de Ioannina, alors située dans le royaume grec[69].

À l'issue de ce processus de reconnaissance internationale, une dynamique de mise en place d'un État centralisé tend à se mettre en place[36].

La création de l'État[modifier | modifier le code]

À partir de ce moment, un embryon d'État commence à se développer, encore soumis aux luttes de clans pour son contrôle; Ainsi, Ahmed Zogou, alors ministre de l'Intérieur, tente de mettre en place les attributs de l'exercice de la souveraineté étatique de la principauté, notamment en menant une ambitieuse politique scolaire[N 10],[70].

Politique de modernisation[modifier | modifier le code]

Durant les années qui suivent la reconnaissance définitive de la principauté en 1921, les principaux responsables mettent en œuvre une politique de modernisation du pays.

Ainsi, dès les années 1920, un certain nombre de réformateurs albanais de confession musulmane, assignent à cette politique l'objectif de garantir la présence d'un État à majorité musulmane en Europe, la modernisation du pays devant permettre la mise en place d'un État solide[N 11],[71].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ses ambitions sont connues dès 1908.
  2. Nicolas cède le port au terme de plusieurs semaines de tensions, tenant en haleine les chancelleries européennes.
  3. Les Députés serbes de la diète de Bosnie-Herzégovine proposent à la diète de Sarajevo une résolution favorable à l'acquisition serbe d'un débouché sur l'Adriatique.
  4. Les troupes monténégrines conquierent la ville le 23 avril 1913
  5. Le royaume de Belgrade pratique à l'égard des Albanais inclus dans le royaume de Serbie une politique de persécution intensive.
  6. Cette disposition empêche la Serbie de disposer d'un port sur l'Adriatique.
  7. Cette prééminence perdure au-delà du conflit, puisque, en 1921, la conférence des ambassadeurs donne à Rome la première place en ALbanie.
  8. Le Monténégro éprouve des difficultés de ravitaillement, rendant impérieux le contrôle de Scutari.
  9. En1916, la Grèce est encore neutre; le royaume d'Athènes a cependant profité du conflit pour annexer de vastes zones en Albanie.
  10. Chassé du pouvoir en 1924, réinstallé en 1925 par l'intervention du royaume de Belgrade, Zogou proclame la république en 1925, mais continue la politique lancée dans les années précédente.
  11. Le territoire albanais cesserait d'être la proie des États voisins.

Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]