Charles Ier (empereur d'Autriche)

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Charles Ier
Charles Ier en 1917.
Charles Ier en 1917.
Titre
Empereur d'Autriche

(1 an 11 mois et 21 jours)
Prédécesseur François-Joseph Ier
Successeur République d'Autriche
Karl Seitz (indirectement)
Roi de Hongrie
Charles IV

(1 an 11 mois et 21 jours)
Couronnement à Budapest
Prédécesseur François-Joseph Ier
Successeur République hongroise
Mihály Károlyi (indirectement)
Roi de Bohême
Charles III

(1 an 11 mois et 21 jours)
Prédécesseur François-Joseph Ier
Successeur République tchécoslovaque
Tomáš Masaryk (indirectement)
Archiduc d'Autriche

(2 ans 4 mois et 25 jours)
Prédécesseur François-Ferdinand d'Autriche
Successeur Otto de Habsbourg-Lorraine
Biographie
Dynastie Habsbourg-Lorraine
Nom de naissance Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen
Date de naissance
Lieu de naissance Persenbeug (Autriche-Hongrie)
Date de décès (à 34 ans)
Lieu de décès Funchal, Madère (Portugal)
Père Otto de Habsbourg-Lorraine
Mère Marie-Josèphe de Saxe
Conjoint Zita de Bourbon-Parme
Enfant(s) Otto (1912-2011)
Adélaïde (1914-1971)
Robert (1915-1996)
Félix (1916-2011)
Charles-Louis (1918-2007)
Rodolphe (1919-2010)
Charlotte (1921-1989)
Élisabeth (1922-1993)
Héritier Otto de Habsbourg-Lorraine
Religion Catholicisme

Charles Ier (empereur d'Autriche)
Monarques d'Autriche
Monarques de Hongrie
Monarques de Bohême

Charles François Joseph de Habsbourg-Lorraine (Karl Franz Josef von Habsburg-Lothringen) (Persenbeug, Funchal (Madère), ) a été, sous le nom de Charles Ier, le dernier empereur d'Autriche, le dernier roi apostolique de Hongrie sous le nom de Charles IV (IV. Károly) et le dernier roi de Bohême, sous le nom de Charles III, du 22 novembre 1916 au 12 novembre 1918.

Il est le fils aîné de l'archiduc Otto de Habsbourg-Lorraine et de Marie-Josèphe de Saxe.

L'Église catholique l'a déclaré bienheureux en 2004 et le fête le 21 octobre.

L'héritier du trône des Habsbourg[modifier | modifier le code]

L'archiduc avec ses parents et son frère cadet (vers 1897)

Petit-neveu de l'empereur François-Joseph, il est à sa naissance cinquième dans l'ordre de succession au trône et a donc peu de chances de ceindre un jour la couronne.

Les morts successives de l'archiduc héritier Rodolphe en janvier 1889 sans descendance mâle puis de son grand-père l'archiduc Charles-Louis, frère cadet de l'empereur, en 1896 le rapprochent du trône mais surtout, en 1900, le mariage morganatique de son oncle, l'archiduc héritier François-Ferdinand (dont les enfants sont de fait non dynastes), puis la mort prématurée de son père l'archiduc Othon en 1906 font de lui, à l'âge de 19 ans, l'héritier de la double-monarchie à terme. Le jeune archiduc est conscient de ses futures responsabilités mais songe avec réalisme qu'il ne devrait pas ceindre la couronne avant 1940.

Il devient selon la tradition familiale officier dans l'armée austro-hongroise.

L'archiduc Charles et l'archiduchesse Zita, le jour de leur mariage (21 octobre 1911)

Le , il épouse la princesse Zita de Bourbon-Parme (1892-1989) dix-septième enfant de Robert Ier, duc de Parme et de la princesse Maria Antonia de Bragance, fille de l'ex-roi Michel Ier de Portugal.

Il bénéficie de l'affection sincère du vieil empereur François-Joseph accablé par les deuils. Il est également très proche de sa mère et de la troisième épouse de son grand-père l'archiduchesse Marie-Thérèse de Bragance.

Il entretient de bonnes relations tant avec son grand-oncle (l'Empereur) qu'avec son oncle (l'archiduc héritier), entre lesquels les relations sont souvent tendues. Il devient l'héritier du trône le après l'assassinat de son oncle l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo. Il prend la succession de son grand-oncle à la mort de celui-ci le .

Empereur et roi[modifier | modifier le code]

Couronnement dans l'église Matthias à Budapest.
L'impératrice Zita

Son couronnement comme roi de Hongrie a lieu à Budapest dès le . Il n'a jamais été couronné empereur d'Autriche, ni roi de Bohème.

Dès son avènement le , Il reçoit la visite du président du conseil hongrois, Istvan Tisza, qui se montre partisan d'un couronnement rapide du nouveau roi en Hongrie, celui-ci devant prêter serment à la constitution de 1867, liant ainsi la politique future de Charles, partisan d'une réorganisation de la monarchie, aux intérêts du royaume de Hongrie[1].

Une volonté de réforme de la double monarchie[modifier | modifier le code]

Conscient de la sclérose de la double monarchie dans les dernières années du règne de François-Joseph, Charles, à peine intronisé, tente de rendre plus efficace le gouvernement de la double monarchie, mais, dans un premier temps, confirme le ministère tant en Autriche qu'en Hongrie[2]. Pour mener à bien son programme, il s'entoure de personnalités proches de son oncle, François-Ferdinand[3]. Cependant, il se montre incapable de soutenir les promoteurs de la politique qu'il souhaite voir menée dans la double monarchie, dans le conflit ou dans la recherche d'une solution pacifique[4].

D'un point de vue symbolique, il restreint le train de vie de la cour, se dote de moyens modernes de gouvernement : utilisateur du téléphone et du télégraphe, il parcourt son empire en train afin de tisser des liens avec l'armée (qui a prêté son serment d'allégeance le 23 novembre[5]) et les populations de son empire[3]. Sous l'influence de l'impératrice, il engage des réformes sociales ce qui lui vaut la haine - et les calomnies - des nantis; en juin 1917, à l'occasion d'un changement de ministère en Autriche, il crée un ministère des affaires sociales et fait adopter une législation limitant le travail des femmes et des enfants[6]. De même, il multiplie les voyages dans le pays, parcourant, en mois de deux années, 80 000 km, pour montrer et incarner la personne impériale et royale[6].

D'un point de vue politique, il cherche à reconstruire l'État, malmené par les contraintes du conflit[7]. Ainsi l'une de ses premières mesures doit aboutir à l'élargissement du droit de suffrage en Hongrie, s'opposant ainsi frontalement au président du conseil du royaume de Hongrie, Istvan Tisza, dont il obtient la démission le 23 mai 1917, au terme d'une intense lutte politique[8], mais qui mène dans les mois qui suivent une lutte sourde contre la politique menée par les présidents du conseil qui se succèdent en Hongrie[9], puisque, homme d'État énergique, il contrôle le principal parti politique représenté au parlement de Budapest, le Parti du Travail[8]. À la fin du mois de décembre 1917, une réforme du droit de suffrage est proposée, faisant passer le corps électoral à 3,8 millions de votants, soit plus du doublement du nombre d'électeurs, mais renforcent la prépondérance germano-hongroise; elle est cependant repoussée par les proches de Tisza, qui contrôlent la majorité des sièges du Reichstag de Budapest[10].

Souhaitant rompre avec l'immobilisme de la fin du règne de son prédécesseur en Autriche, il convoque le Reichsrat et la chambre des seigneurs en Autriche pour le 30 mai 1917, mais devant les querelles politiques et nationales en Autriche, il doit mettre en place un ministère composé de hauts fonctionnaires, nommé le 23 juin 1917[6], comme il doit rapidement mettre fin aux mesures de libéralisation au cours du printemps 1918, en instituant à nouveau la censure préalable[11].

Une manière nouvelle de gérer le conflit[modifier | modifier le code]

Dès son installation sur le trône, l'empereur-roi assume le commandement de l'arme austro-hongroise, transférant son quartier-général à Baden, limogeant à cette occasion son chef d'état-major, Conrad, le 2 mars 1917[12].

Charles procède à une réforme de la justice militaire, sans avoir consulté ses généraux et contre l'avis des responsables militaires allemands[13].

Son principal objectif est de trouver les voies de la paix avec les Alliés, notamment la France et la Russie[14]. Avant de s'engager plus avant, il tente de fléchir son allié allemand, en lui faisant parvenir un mémorandum sur l'état réel de la double monarchie, par l'envoi de missives pressantes à Guillaume II[15]. Puis, il entame alors une négociation secrète, par l'intermédiaire de ses beaux-frères, les princes Sixte et Xavier de Bourbon-Parme, avec le gouvernement français, sous les auspices de Jules Cambon, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, d'Aristide Briand, président du Conseil et du président de la République Raymond Poincaré.

Le , les deux princes sont à Paris où ils ne rencontrent que Jules Cambon, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères. À l'issue de cette entrevue, les deux frères résument dans une note ce qu'ils estimaient avoir ressenti comme étant le seuil en deçà duquel le gouvernement français n'entamerait aucune négociation.

Durant la guerre, l'empereur va tout faire pour épargner des vies et quelques-uns de ses officiers seront en désaccord avec cette politique. Ainsi, Charles ordonne de ne pas affecter aux postes dangereux les personnes dont la famille compte déjà deux morts ou les hommes qui sont pères de familles de plus de six enfants. L'Empereur fera tout son possible pour éviter les opérations coûteuses en vie et non nécessaires. Il interdira également de bombarder des villes non stratégiques[16].

Le prince Sixte.

Sur la base de la note rédigée par les princes Sixte et Xavier de Bourbon-Parme, l'Empereur Charles fait une proposition, par une apostille manuscrite, ajoutée à une note officielle franchement négative du gouvernement austro-hongrois. Selon cette apostille manuscrite, l'empereur Charles, émet les propositions suivantes :

  1. il s'appliquera à faire admettre par son allié, l'Empire allemand, que les droits légitimes de la France sur l'Alsace-Lorraine soient rétablis dans leur totalité ;
  2. il s'appliquera auprès de son allié, l'Empire Allemand, à ce que la Belgique soit rétablie dans sa souveraineté intégrale, y compris dans ses colonies ;
  3. la monarchie austro-hongroise doit être maintenue dans le respect du statu quo de ses frontières ;
  4. la discussion avec la Russie sur le problème de Constantinople n'est pas d'actualité, en raison de la révolution qui vient d'éclater à Petrograd.

On ne peut dire que ces propositions répondent aux attentes du gouvernement français car elles ne correspondent en fait qu'à une « vue » du prince Sixte de Bourbon-Parme. Ces propositions sont en particulier nettement en retrait par rapport à la note formulée quelques jours auparavant par le gouvernement français () à l'intention du président des États-Unis Wilson.

Les négociations commencées sous les auspices d'Aristide Briand, continuent avec Alexandre Ribot, nouveau président du Conseil, à la suite du renversement du Cabinet Briand.

Ribot ne croit pas à la sincérité des propositions de l'Empereur et pense que des engagements qui ne prennent que la forme d'apostilles manuscrites ne peuvent être pris au sérieux. En outre, désireux de respecter les propositions françaises de paix telles qu'elles avaient été formulées le - en particulier les engagements des Alliés envers l'Italie, que le point trois de la contre-proposition ne pouvait pas satisfaire - il fait en définitive répondre qu'il est hostile à la poursuite des entretiens hors d'une concertation préalable avec l'Italie.

Les dirigeants britanniques, sollicités également par les princes de Bourbon-Parme, répondent qu'ils comprennent l'attitude française ainsi que l'intransigeance italienne.

Le comte Czernin contribue à faire échouer la négociation.

Cette négociation se termine par un scandale énorme au printemps 1918, suite aux rodomontades du comte Ottokar Czernin, ministre des affaires étrangères de l'Autriche-Hongrie, devant le conseil municipal de Vienne : le comte Czernin affirme devant cette assemblée que le président du conseil français Georges Clemenceau s'est résigné à faire à l'Autriche-Hongrie des offres de négociations suite aux succès des offensives allemandes.

Face à cette déclaration, le sang du « Tigre » ne fait qu'un tour : « Le Comte Czernin a menti », tonne-t-il, et, à l'appui de cette colère, il fait publier copie de la lettre autographe secrète du où l'Empereur annonçait que « si l'Allemagne refusait d'entrer dans la voie de la raison, il se verrait contraint d'abandonner son alliance pour faire une paix séparée avec l'Entente »[17].

Cette déclaration met l'Empereur Charles dans une position intenable face à son allié allemand qui l'accuse de trahison, alors que Charles avait pris la précaution d'informer l'empereur Guillaume II qu'il avait engagé des pourparlers de paix, sans toutefois en révéler le contenu exact. L'état-major allemand met en place un plan d'invasion de l'Autriche et d'internement de son souverain. Il ne peut toutefois le mettre à exécution.

Ayant à faire face au problème des nationalités et en réponse aux propositions du président américain Wilson, notamment au quatorzième point sur le « Droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes », Charles propose, en , la fédéralisation de l'Empire.

La résistance du gouvernement hongrois, présidé par le comte Istvan Tisza, à toute modification constitutionnelle du compromis imposée par la fédéralisation ne permet pas de réaliser ce programme en temps utile. Dans la proclamation « À mes peuples » en octobre 1918, Charles l'impose, la Hongrie proclame ipso facto la fin de l'Autriche-Hongrie, en faisant sécession.

Une nouvelle politique étrangère[modifier | modifier le code]

Au fil de l'année 1917, Charles, souhaitant sauver son empire[18], tente de prendre ses distances à l'égard du Reich, non seulement en menant des négociations de paix informelles avec les Alliés, mais aussi en mettant en place une politique autonome dans le conflit, s'opposant notamment à un certain nombre de mesures décidées par le Reich.

Dès janvier 1917, conscient des implications du déclenchement de la guerre sous-marine à outrance, il s'oppose, contre l'avis de ses conseillers militaires, mais avec le soutien de son ministre des affaires étrangères, Ottokar Czernin[19], au déclenchement de la guerre sous-marine, décidée sans l'Autriche-Hongrie, à Berlin[20].

Au cours des négociations lancées à la suite de la Révolution d'Octobre, avec la Russie, avec l'Ukraine et avec la Roumanie, les diplomates envoyés par L'empereur tentent d'appliquer les consignes de Charles, parfois contre les intérêts des Allemands. Ainsi,la paix avec l'Ukraine est rapidement signée sous la pression insistante de l'empereur, intéressé par le ravitaillement de sa population[21]; quelques semaines plus tard, l'avancée des troupes austro-allemandes en Ukraine se fait dans un contexte de rivalités entre les deux partenaires autour des stocks de nourriture et aboutit au partage de l'Ukraine en deux zones d'occupation de taille et de poids économique inégaux[22]. De même, la paix avec la Roumanie est négociée dans un premier temps à la suite d'une initiative de Charles, qui met le pays sous tutelle économique austro-allemande, mais laisse au royaume des capacité militaires importantes[22], et surtout aboutit à placer la Roumanie sous contrôle économique allemand, en dépit de la demande expresse de Charles de permettre aux Roumains de conserver une certaine indépendance économique[23].

Cependant, la réalité des rapports de force au sein de la Triplice diminue considérablement les velléités d'autonomie de la double monarchie et de son empereur à l'égard de son allié allemand. En effet, incapable de remporter le conflit sans le soutien du Reich, la double monarchie doit régulièrement en appeler au soutien de vastes unités allemandes, utilisées soit comme force principale, soit comme force d'appoint, pour mener des offensives contre la Roumanie en 1916, puis contre l'Italie en 1917, ou encore résister à la dernière offensive russe en 1917[24]. Cette situation place les militaires austro-hongrois dans une situation intenable, à laquelle l'empereur tente de remédier par une négociation de plus en plus difficile avec le partenaire allemand de plus en plus exigeant, portant sur des compensations de plus en plus illusoires (comme l’élection d'un Habsbourg sur le trône d'un royaume de Pologne totalement inféodé au Reich[25]) mais oblige le Reich à ménager son allié qui, à partir de 1917, ne songe qu'à sortir du conflit au début de l'automne 1917[26]. Dès le mois d'avril, date de la remise par Charles du mémorandum de Czernin à Guillaume II, Charles, chef d'État d'un empire épuisé en cours de vassalisation, démontre son incapacité à peser sur son allié allemand[27].

Même si les dirigeants de la double monarchie tentent de mener une politique indépendante, Charles, ses conseillers et ses ministres doivent accepter une vassalisation croissante de l'Autriche-Hongrie à l'égard du Reich. Cette vassalisation est achevée lors de la rencontre de Spa du mois de mai 1918, sanctionnée par l'accord du 12 mai. À cette occasion, désavoué par les archiducs autrichiens, menacé d'être déposé, il doit accepter non seulement une alliance militaire, offensive et défensive, avec le Reich[28], mais aussi, dans le cadre d'un « Zollverein austro-allemand »[29], la mise en place progressive d'une union douanière germano-autsro-hongroise[30].

Lors des rencontres avec les Allemands, l'empereur-roi se voit systématiquement malmené par ses partenaires allemands qui lui imposent, malgré le respect formel de l'égalité entre alliés, une vassalisation de fait, aussi bien politique qu'économique[30], ou qui mènent leur politique sans en informer le principal de leurs alliés. À Spa, en août 1918, lors de la dernière rencontre entre les principaux dirigeants des deux pays encore en guerre, dans un contexte de défaite militaire (les Autrichiens en Italie, les Allemands en France), Charles expose une dernière fois les exigences autrichiennes, notamment en Pologne[31], devant des Allemands qui souhaitent gagner du temps, afin de négocier dans des conditions moins défavorables la sortie du conflit[32].

Derniers jours de l'Empire d'Autriche et du Royaume de Hongrie[modifier | modifier le code]

Le régent Horthy.
L'église Nossa Senhora do Monte où repose Charles Ier.

Informé de la débâcle allemande du mois de juillet 1918, alors que l'armée commune vient d'essuyer un grave échec en Italie[33], il tente de s'opposer à la défaite par des réformes de la monarchie, mais il est rapidement débordé par les Alliés, qui reconnaissent le comité tchécoslovaque[34]. À partir du mois d’août 1918, l'empereur-roi tente de sortir du conflit : le 15 août, l'empereur roi fait connaître aux Allemands sa volonté de sortir du conflit le plus rapidement possible[35], puis le 6 septembre, il avertit Guillaume II de son souhait de demander un armistice[32]. Le 5 octobre, l'empereur-roi mandate une délégation en vue de la conclusion rapide d'un armistice : constitution d'une délégation positionnée à Trente, tandis qu'il tente de négocier les conditions de la pérennité de son empire avec les représentants des différentes nationalités qui le constituent, contre l'avis des représentants des Allemands et des Hongrois, Werkele et, dans un premier temps, Burián[36], ces derniers obtenant que le royaume de Hongrie soit exclu de la proclamation d'autonomie signée par l'empereur-roi[37]. Rapidement, il comprend que les réformes qu'il propose sont dépassées par les revendications séparatistes des représentants des différentes nationalités[38], mais, au cours de la dernière semaine du mois d'octobre, Charles continue de s'activer pour le maintien de son empire, négociant avec les Hongrois, les Allemands, tandis qu'il continue d'exercer ses fonctions de chef d'État, inaugurant l'université de Debrecen le 23 octobre, ou demandant un armistice unilatéral le 28 octobre[39]. Les négociations avec les Hongrois, au milieu des hésitations du roi, aboutissent à la mise à l'écart de ce dernier et à sa renonciation au trône de Saint-Étienne, malgré les préparatifs des commandants de troupes en vue du rétablissement du pouvoir du roi[40].

Mais face à la défaite bulgare et la déroute face à l'Italie, il ne peut qu'accélérer la fin de la participation de la double monarchie au conflit, et présider à la dissolution de son empire, en relevant l'armée de son serment de fidélité[41], reconnaissant aux peuples de l'empire en cours de dissolution le droit à la libre disposition de leur destinée[42] ; dans le même temps, il tente d'associer les conseils nationaux à la négociation de l'armistice de Villa Giusti, mais le conseil national allemand rappelle au monarque les conditions dans lesquelles la double monarchie est entrée dans le conflit, sans consultation des chambres, ni en Autriche, ni en Hongrie, signifiant ainsi son refus d'être associé à la négociation[43]. Dans la nuit du 2 au 3 novembre, l'empereur-roi autorise son négociateur à signer le texte de l'armistice imposé par les Alliés[43].

Charles signe sa renonciation au trône (plus précisément sa renonciation à la participation au gouvernement autrichien) dans le salon chinois bleu du château de Schönbrunn, à midi le [44], le même jour que l'armistice et fin de la Première Guerre mondiale, scellant ainsi la fin de plus de 600 ans de règne des Habsbourg sur l'Autriche[45].

Le , la République est proclamée en Autriche après que Charles a accepté de soumettre au vote du Parlement autrichien la forme de l'État, sous la pression (et l’assurance) des Chrétiens-sociaux qu'ils voteraient en faveur de la Monarchie[46].

L'Empereur Charles refuse d'abdiquer, renonçant au pouvoir mais pas à son titre. Il se contente de signer un retrait momentané des affaires publiques le , trois jours après l'empereur allemand Guillaume II qui a trouvé refuge aux Pays-Bas.

Retraite et exil[modifier | modifier le code]

Retiré tout d'abord, dès le , au château d'Eckartsau, en Basse-Autriche, l'empereur Charles, suite aux pressions effectuées par le nouveau chancelier, Karl Renner, conscient que les mécontents pourraient se rallier autour de la personne impériale (dans un contexte marqué par la crise économique)[47], est contraint de quitter son pays et de demander asile à la Suisse où demeure la mère de l'impératrice, la duchesse douairière de Parme Antonia de Bragance. Il quitte ainsi l'Autriche en train avec sa famille le 23 mars 1919 sous la protection d'officiers britanniques[48].

L'exil de la famille impériale commence par la Suisse tandis que les États successeurs de la double-monarchie confisquent les biens de la famille impériale.

Le , les députés autrichiens votent la loi sur les Habsbourg (en), loi d'exil qui bannit la famille Habsbourg d'Autriche et confisque leurs biens[49].

Pendant ce temps, la défaite de l'Autriche-Hongrie est officialisée par le Traité de Saint-Germain le et par le Traité de Trianon le .

Soutenu par le pape Benoît XV[50], l'ex-empereur et roi tente de remonter sur le trône de Hongrie en mars et en octobre 1921. Le régent Horthy, ancien officier de marine et proche du défunt empereur François-Joseph, refuse de lui remettre le pouvoir, prétextant que le retour d'un Habsbourg-Lorraine sur un trône ne serait jamais accepté par les Alliés et la Petite Entente qui avait menacé d'envahir la Hongrie.

Ne désirant pas être à l'origine d'une nouvelle guerre civile, Charles se constitue prisonnier. Remis à l'Angleterre, Charles et Zita, sur décision de la conférence des Ambassadeurs, sont exilés sur l'île de Madère où le Portugal accepte de les accueillir. Il arrive dans l'île le 19 novembre 1921 à bord d'un croiseur anglais et s'installe à Funchal dans la maison de vacances Quinta do Monte du banquier Rocha Machado[51].

Ayant contracté une bronchite le 9 mars, Charles est affaibli par les épreuves et le climat montagnard de cette île. Il meurt le d'une pneumonie, dans la pauvreté[52], veillé par l'impératrice enceinte de son huitième enfant, à l'âge de 34 ans et 7 mois[53].

Charles est enterré dans l'église Nossa Senhora do Monte sur les hauteurs de Funchal. Son cercueil est déposé dans une alcôve en dessous d'un grand crucifix. Son fils aîné, Othon (Otto), âgé de dix ans, devient alors le chef de la maison de Habsbourg-Lorraine.

L'église Catholique et Charles Ier de Habsbourg[modifier | modifier le code]

Dévotions de l'empereur-roi[modifier | modifier le code]

Durant le Premier conflit mondial, Charles participe au financement du Vatican et au soutien de la politique de soutien du Vatican aux puissances centrales : ainsi, sous couvert du denier de Saint-Pierre, Charles fait parvenir au Vatican la somme de 500 000 Francs à la fin mois du juin 1918[54].

Reconnaissance par l'Église catholique romaine[modifier | modifier le code]

Charles Ier a été béatifié à Rome, le , par le pape Jean-Paul II. Les raisons de cette béatification tiennent à la fois aux tentatives que Charles fit pour trouver les voies de la paix en 1917, tant par la médiation de ses beaux-frères les princes Sixte et Xavier de Bourbon-Parme, que par son soutien apporté à la médiation du pape Benoît XV, et à ses vertus chrétiennes.

Il est fêté non pas le jour anniversaire de sa mort, comme il est usuel pour les fêtes des saints, mais le jour anniversaire de son mariage, choisi par le pape Jean-Paul II pour signifier que le mariage est l'une des voies principales de la sanctification[55].

Le 31 janvier 2008, un tribunal ecclésiastique reconnaît miraculeuse une guérison attribuée à l'intercession du bienheureux Charles d'Autriche, réalisée en Floride, aux États-Unis[56].

Famille[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Descendance[modifier | modifier le code]

L'empereur et sa femme ont eu huit enfants :

  • Otto (1912-2011), archiduc d'Autriche, épouse en 1951 la princesse Régina de Saxe-Meiningen (1925-2010), dont postérité ;
  • Adélaïde (1914-1971) ;
  • Robert d'Autriche-Este (1915-1996), épouse la princesse Marguerite de Savoie-Aoste (1930-), dont postérité (Lorenz d'Autriche-Este) ;
  • Félix (1916-2011), épouse en 1952 la princesse Anne-Eugénie d'Arenberg (1925-1997), dont postérité ;
  • Charles-Louis (1918-2007), épouse en 1950 la princesse Yolande de Ligne (1923-), dont postérité ;
  • Rodolphe (1919-2010), épouse la comtesse Xénia Czernichev-Bézobrazoff (1929-1968), dont postérité. En 1971, il se remarie à la princesse Anne Gabrielle de Wrede (1940-), dont postérité ;
  • Charlotte (1921-1989), épouse Georges de Mecklembourg (1899-1962), sans postérité ;
  • Élisabeth, née posthume (21 mai 1922-1993), épouse le prince Heinrich de Liechtenstein (1916-1991), dont postérité.

Parmi les nombreux petits-enfants de Charles et Zita se trouve l'archiduc Carl-Christian, qui a épousé en 1982 la princesse Marie-Astrid de Luxembourg (fille du couple grand-ducal) et l'archiduc Lorenz, qui a épousé en 1984 la princesse Astrid de Belgique et a été titré en 1995 prince de Belgique par son beau-père le roi Albert II (ses cinq enfants font partie de l'ordre de succession au trône belge).

Citation[modifier | modifier le code]

Jeune officier, il répliqua à un de ses supérieurs : « Au-dessus du règlement, il y a les lois de l'humanité »

Parlant à son épouse Zita la veille de son couronnement (1916) il dit en parlant du peuple et en faisant allusion à l'entrée du Christ à Jérusalem (Rameaux) : « Aujourd'hui ils m'acclament mais bientôt ils crieront et réclameront ma tête »[57].

Il avait également dit à son fils Otto, lors de graves troubles révolutionnaires en Autriche : « Renoncez à tout s'il le faut, mais ne renoncez jamais à la Lorraine ». Fidèlement, durant leur long exil, l'archiduc et sa mère l'impératrice Zita portèrent le titre de duc et duchesse de Bar.

Dans une de ses lettres au pape Benoît XV (28 février 1919), il dit « Dans les épreuves que la Divine Providence m'a envoyées, j'ai conservé le sentiment d'avoir toujours fait mon devoir et de n'avoir voulu en toute chose que le bonheur de mes sujets, de même que la plus grande gloire de Dieu et le triomphe de notre Sainte Mère l'Eglise »[58].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 146
  2. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 148
  3. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 150
  4. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 392
  5. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 149
  6. a, b et c Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 158
  7. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 484
  8. a et b Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 485
  9. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 153
  10. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 154
  11. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 211
  12. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 175
  13. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 160
  14. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 379
  15. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 371
  16. Jean Sévillia, Le Dernier empereur, p. 74
  17. George Michon, Clemenceau; éd. Rivière, 1931, p. 205
  18. Lacroix-Riz, Le Vatican, L'Europe et le Reich, p. 27
  19. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 362
  20. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 174
  21. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 197
  22. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 200
  23. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 518
  24. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 193
  25. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 461
  26. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 509
  27. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 363
  28. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 562
  29. Lacroix-Riz, Le Vatican, L'Europe et le Reich, p. 35
  30. a et b Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 528
  31. Fischer, Les Buts de guerre de l'Allemagne impériale, p. 531
  32. a et b Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 226
  33. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 220
  34. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 221
  35. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 602
  36. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 233
  37. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 234
  38. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 632
  39. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 236
  40. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 239
  41. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 246
  42. Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 634
  43. a et b Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, p. 640
  44. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 248
  45. Jean Des Cars, La saga des grandes dynasties, Perrin,‎ 2014, p. 101
  46. Pierre Vallaud, La guerre au XXe siècle, Perrin,‎ 2014, p. 121
  47. Schiavon, L'Autriche-Hongrie dans la Première Guerre Mondiale, p. 250
  48. Michel Dugast Rouillé, Charles de Habsbourg, J. Duculot,‎ 1991, p. 200
  49. Erich Feigl, Zita de Habsbourg. Mémoires d'un empire disparu, Fleurus,‎ 2009, p. 403
  50. Lacroix-Riz, Le Vatican, L'Europe et le Reich, p. 141
  51. Michel Dugast Rouillé, op. cité, p. 235
  52. Jean Sévillia, Le Dernier empereur, p. 293 et suivantes.
  53. (en) Hans Karl Zessner-Spitzenberg, The Emperor Charles I of Austria, a great Christian monarch, K. Rasinger,‎ 1963, p. 17
  54. Lacroix-Riz, Le Vatican, L'Europe et le Reich, p. 20
  55. (hu) « Boldog IV. Károly király — Ünnepe: október 21 », sur Magyar Katolikus Rádió : historique de la procédure en béatification.
  56. (en) Mark I. Pinsky, « Baptist woman from Kissimmee edges Austro-Hungarian emperor toward Roman Catholic sainthood », Orlando Sentinel,‎ (lire en ligne)
  57. Jean Sévillia, Le dernier empereur, p. 71
  58. Kovàcs, t2 p. 448

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Souvenirs[modifier | modifier le code]

  • Le comte Arthur Polzer-Hoditz, L'Empereur Charles et la mission historique de l'Autriche, Ed. Bernard Grasset
  • Le baron Charles Werkman, Le calvaire d'un empereur, Ed. Payot
  • Le prince Sixte de Bourbon-Parme, L'offre de paix séparée de l'Autriche, Librairie Pion
  • L'archiduc Otto de Habsbourg, Mémoires d'Europe, Ed. Criterion
  • David LLoyd George War Memoirs, Londres 1934
  • Raymond Poincaré Mémoires
  • Charles Ier d'Autriche, Memorandum in Werkmann

Ouvrages d'historiens[modifier | modifier le code]

  • Gordon Brook-Shepherd, Le dernier Habsbourg, Ed. Flammarion
  • Christopher Munro Clark (trad. Marie-Anne de Béru), Les somnambules : été 1914, comment l'Europe a marché vers la guerre [« The sleepwalkers : how Europe went to war in 1914 »], Paris, Flammarion, coll. « Au fil de l'histoire »,‎ , 668 p. (ISBN 978-2-08-121648-8)
  • François Fejtô, Requiem pour un empire défunt, Ed. Lieu commun
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise,‎ , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571)
  • Patrick Germain, Charles et Zita, derniers souverains d'Autriche-Hongrie, préface de l'Archiduc Rodolphe d'Autriche, France Europe Éditions
  • Bernard Michel, Nicole Pietri, Marie-Pierre Ray, L'Europe des nationalismes aux nations Ed. Sedes
  • Bernard Michel, La chute de l'Empire Austro-Hongrois 1916-1918, Ed. Robert Laffont
  • Pierre Renouvin, La Crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Peuples et civilisations » (no 19),‎ (réimpr. 1939, 1948, 1969 et 1972) (1re éd. 1934), 779 p. (notice BnF no FRBNF33152114).
  • Michel Dugast Rouillé, Charles de Habsbourg, le dernier empereur, Ed. Duculot
  • Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, Paris, Armand Colin, coll. « Références Histoire »,‎ , 539 p. (ISBN 2-200-21641-6).
  • Max Schiavon, L'Autriche-Hongrie la Première Guerre mondiale : La fin d'un empire, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ , 298 p. (ISBN 978-2-9163-8559-4).
  • Jean Sévillia, Le dernier empereur : Charles d'Autriche, 1887-1922, Paris, Éditions Perrin, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre »,‎ , 356 p. (ISBN 978-2-262-02858-9).
  • Jean Sévillia, Zita, Impératrice Courage, Ed. Perrin (ISBN 978-2-262-02105-4)
  • Georges Walter, Les pleurs de Babel, Paris, Ed. Phébus,‎ , 256 p. (ISBN 978-2-859-40278-5).

Annexe[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]