Armistice de Thessalonique

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Les termes officiels de l'armistice avec la Bulgarie.
Les délégués bulgares: le Major General Ivan Lukov, Andreï Liaptchev et Simeon Radev.

L’armistice de Thessalonique (ou armistice avec la Bulgarie) est une convention d’armistice signée le 29 septembre 1918 à Thessalonique, en Grèce, entre le royaume de Bulgarie et les Alliés de la Première Guerre mondiale. L’armistice est le résultat d’une demande de cessez-le-feu adressée par la Bulgarie aux forces de l’Entente le 24 septembre. Il aboutit au retrait de Sofia de la Première Guerre mondiale et organise la démobilisation et le désarmement des forces bulgares. Les signataires du traité sont le général français Louis Franchet d'Espérey (qui représente l’Entente) et une commission bulgare nommée par Sofia et composée du général Ivan Lukov, du ministre Andreï Liaptchev et du diplomate Simeon Radev.

Contexte de la demande bulgare[modifier | modifier le code]

Mécontentement bulgare[modifier | modifier le code]

Mécontents des clauses du traité de Bucarest, les Bulgares affichent de plus en plus de scepticisme quant à la poursuite de la guerre dans le camp des puissances centrales[1].

Ce mécontentement se traduit tout d'abord par des changements gouvernementaux. En effet, le 18 juin 1918, Alexander Malinov, opposé en 1915 à l'entrée du royaume dans le conflit, remplace Vasil Radoslavov à la présidence du conseil du royaume de Bulgarie[1].

De la part de la population, c'est plus de lassitude qu'il faut parler ; le mécontentement est cependant encouragé par les campagnes de presse gouvernementales exposant les griefs du gouvernement envers les membres de l'alliance, et militant en faveur de la réalisation des buts de guerre de 1915, dont la population ne comprend pas le report de la réalisation[1].

Rupture du front de Macédoine[modifier | modifier le code]

De plus, les troupes bulgares sont mal ravitaillés, en raison des défaillances de l'intendance, ce qui encourage un mouvement de désertions de plus en plus massif au fil des mois[1].

Dans ce contexte, ces unités sont incapables de résister de manière efficace à la percée franco-serbe, permise par l'offensive de rupture du 15 septembre 1918[2]. En douze jours, le front bulgare est éventré et les troupes retraitent alors en direction des frontières du royaume[3].

Ainsi, à partir du 15 septembre 1918, les troupes bulgares affrontent une offensive menée depuis le front de Macédoine par des unités alliées renouant avec la guerre de mouvement[4]. Dès le 18, les Alliés, renseignés par des missions de reconnaissance aérienne, sont informés d'heure en heure de la dégradation du front bulgare, tandis que la première armée germano-bulgare, forte de 70 000 hommes appuyée par un important matériel, est poussée à la reddition, bloquée par la manœuvre alliée[5].

Négociations de l'armistice[modifier | modifier le code]

Demande bulgare[modifier | modifier le code]

Le 26 septembre, alors que la cavalerie française talonne les unités germano-austro-bulgares en déroute dans la région d'Uskub, le haut-commandement bulgare adresse au commandant allié du front de Salonique, Louis Franchet d'Espérey, une demande d'armistice[6].

Dans un premier temps, le 26 septembre, un officier bulgare se présente au commandement britannique porteur d'une lettre demandant une suspension d'armes de 24 heures, que le commandant du Front d'Orient refuse[7].

La démarche militaire est doublée par une démarche diplomatique auprès du consul des États-Unis à Sofia[N 1],[8].

Négociations[modifier | modifier le code]

Conduite par le ministre des Finances bulgare Andreï Liaptchev, assisté par des personnalités réputées francophiles, le diplomate Simeon Radev et le général Ivan Lukov, chef de la 2e armée, la délégation bulgare est reçue à Thessalonique le 28 septembre dans l'après-midi par le commandant du Front d'Orient[8]. Celui-ci a pris soin d'écarter le commandement serbe des négociations d'armistice[9]. Franchet d'Espérey énonce des clauses généralement modérées, dictées depuis Paris par Georges Clemenceau, président du Conseil français[8]. Ces clauses ne sont pas discutées par les délégués bulgares[6]. Le document est signé le 29 septembre un peu avant minuit[8].

Clauses[modifier | modifier le code]

Clauses militaires[modifier | modifier le code]

L’armistice stipule la démobilisation immédiate de toutes les forces bulgares et limite les effectifs de l’armée bulgare à trois divisions[6].

De plus, les Alliés obligent le pays vaincu à rendre à la Grèce tout le matériel militaire capturé en 1916, et occupent, dans un cadre interallié[10], un certain nombre de points stratégiques répartis dans le pays, sans toutefois entrer dans Sofia, la capitale[6], afin de garantir au gouvernement une marge de manœuvre dans le pays[11].

Ensuite, afin d'empêcher des vengeances et hâter la signature, les troupes serbes et grecques doivent arrêter leur progression à la frontière entre leur pays et le royaume vaincu[11], facilitant les négociations; de son côté, le régent serbe, Alexandre n'exige pas la présence de troupes serbes en Bulgarie, se contentant d'appuyer Franchet d'Espérey dans sa demande d'évacuation des territoires serbes occupés[9].

Enfin, les troupes bulgares sont tenues d'évacuer les territoires occupés par la Bulgarie en Serbie, et restaurer le royaume de Belgrade dans les frontières de 1915, avant l'intervention du royaume de Sofia[N 2],[10].

Clauses politiques[modifier | modifier le code]

À ces clauses militaires s'ajoutent des clauses politiques.

Le royaume doit rompre les relations avec les puissances centrales, et expulser tous les Allemands du royaume dans un délai de quatre semaines[6].

L'autonomie de la politique bulgare est garantie par l'absence de troupes alliées à Sofia, mais cette autonomie est limitée par le contrôle allié sur les moyens de communication du royaume, notamment les ports, dont l'ouverture est garantie aux navires alliés[11].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Face à la demande bulgare, les réactions des puissances sont diverses.

Réactions politiques[modifier | modifier le code]

En dépit des demandes bulgares formulées dans les jours précédant l'armistice, l'assistance des puissances centrales, Reich et double monarchie, n'est pas à la hauteur de la situation militaire du royaume, les premiers renforts ne pouvant étayer le front avant la fin du mois d'octobre[3].

Les responsables des puissances centrales, principalement les militaires allemands, tentent d'initier des contre-mesures afin de s'opposer à la demande bulgare ; le général von Scholz, commandant les troupes allemandes dans les Balkans, reçoit de l'Oberste Heeresleitung, le haut-commandement allemand, l'ordre d'occuper militairement la capitale et de s'assurer de la personne du souverain bulgare[6].

Les modalités qui ont accompagné la signature de l'armistice avec la Bulgarie créent les conditions d'une première scission entre Alliés, Franchet d'Espérey ayant négocié seul, au nom des Alliés, les clauses de l'armistice avec les représentants bulgares. En effet, investi de tous les pouvoirs, il n'a pas associé les représentants des puissances alliées aux négociations, créant un précédent que les Britanniques se hâtent d'exploiter dans les négociations préalables à la conclusion de l'armistice avec la Turquie[12].

Impact sur le conflit[modifier | modifier le code]

Dès le 29 septembre, jour de la signature, les responsables militaires et politiques du Reich et de ses alliés en sont avisés, mais échouent à mettre en place des contre-mesures efficaces.

De plus, dès le lendemain, Hindenburg et Ludendorff, tirant les conclusions de l'armistice bulgare, demandent à l'empereur allemand, Guillaume II, depuis le quartier général de Spa, de faire parvenir une note demandant aux Alliés les conditions de la cessation des hostilités[13].

De plus, dès le 4 octobre, des consignes sont données pour exploiter au maximum la défection bulgare, Franchet d'Espérey souhaitant diriger ses attaques à la fois sur la Hongrie et sur la Thrace turque[14]. Ainsi, directement menacé, le gouvernement turc démissionne le 7, pour être remplacé par un autre mené par un homme hostile à l'entrée en guerre aux côtés des puissances centrales en 1914, Talaat Pacha[15].

Plus au Nord, rapidement menacées par la rapidité de l'avance franco-serbe, rendue possible par l'armistice bulgare, harcelées par la résistance serbe[N 3],[16], les troupes de la double monarchie doivent affronter ces troupes en Serbie. Pour faire face, une nouvelle armée austro-allemande de onze divisions est déployée en Serbie à hauteur de Nič, sous le commandement de Hermann Kövess, avec mission de freiner au maximum les unités franco-serbes qui remontent depuis la Macédoine[17],[18]. Celles-ci remontent rapidement et irrésistiblement vers le Nord de la Serbie, balayant tous les barrages mis en place sur leur passage, entre le 9 et le 12 octobre autour de Nič[19], pillée par les troupes austro-allemandes en retraite[16], puis à Paratchin, le 22[19], tandis que la publicité de l'armistice de Thessalonique dans la double monarchie incite les conseils nationaux à se désolidariser de l'Autriche et de la Hongrie[20].

À l'Ouest, l'armistice remet en cause le front d'Albanie, tenu par des troupes bulgares et austro-hongroises. Informé, le commandement austro-hongrois ordonne la retraite des troupes de la double monarchie positionnées en Albanie[18].

Durée[modifier | modifier le code]

L’armistice de Thessalonique voit son application prolongée jusqu’à la signature du traité de Neuilly en 1919.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le royaume n'est alors pas en guerre avec les États-Unis.
  2. Cette clause est imposée par les généraux français
  3. À l'annonce de l'armistice avec la Bulgarie, les résistants serbes se regroupent et multiplient les action de harcèlement contre les unités austro-allemandes en retraite vers le Nord.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Renouvin, 1934, p. 606
  2. Renouvin, 1934, p. 607
  3. a et b Bled, 2014, p. 401
  4. Schiavon, 2014, p. 338
  5. Schiavon, 2014, p. 341
  6. a, b, c, d, e et f Renouvin, 1934, p. 608
  7. Schiavon, 2014, p. 342
  8. a, b, c et d Schiavon, 2014, p. 343
  9. a et b Le Moal, 2008, p. 210
  10. a et b Le Moal, 2008, p. 211
  11. a, b et c Schiavon, 2014, p. 344
  12. Schiavon, 2014, p. 345
  13. Fischer, 1961, p. 632
  14. Schiavon, 2014, p. 347
  15. Renouvin, 1934, p. 630
  16. a et b Le Moal, 2008, p. 212
  17. Schiavon, 2014, p. 346
  18. a et b Bled, 2014, p. 402
  19. a et b Schiavon, 2014, p. 348
  20. Renouvin, 1934, p. 632

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Bled, L'agonie d'une monarchie : Autriche-Hongrie 1914-1920, Paris, Taillandier, , 464 p. (ISBN 979-10-210-0440-5). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Fritz Fischer (trad. Geneviève Migeon et Henri Thiès), Les Buts de guerre de l’Allemagne impériale (1914-1918) [« Griff nach der Weltmacht »], Paris, Éditions de Trévise, , 654 p. (notice BnF no FRBNF35255571) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Frédéric Le Moal, La Serbie du martyre à la victoire. 1914-1918, Paris, Éditions SOTECA, 14-18 Éditions, coll. « Les Nations dans la Grande Guerre », , 257 p. (ISBN 978-2-9163-8518-1) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Pierre Renouvin, La crise européenne et la Première Guerre mondiale, Paris, Presses universitaires de France, , 779 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Max Schiavon, Le front d'Orient : Du désastre des Dardanelles à la victoire finale 1915-1918, Paris, Taillandier, , 378 p. (ISBN 979-10-210-0672-0) Document utilisé pour la rédaction de l’article

références[modifier | modifier le code]

  • « Bulgaria Armistice Convention, September 29th, 1918 » dans The American Journal of International Law Vol. 13 No.4 Supplement: Official Documents, 1919, p. 402-404.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]