Donald Ewen Cameron

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Donald Ewen Cameron vers 1967.

Donald Ewen Cameron (24 décembre 1901 à Bridge of Allan en Écosse8 septembre 1967 à Lake Placid (New York)[1]) est un psychiatre américain d'origine écossaise. Ancien Président de l'American Psychiatric Association, de la Canadian Psychiatric Association (en) et de la World Psychiatric Association (en).

Biographie[modifier | modifier le code]

Il reçoit son diplôme à l'Université de Glasgow en 1924.

En 1926, il émigre aux États-Unis dans le Maryland où il travaille à l'Hôpital Johns-Hopkins. C'est là que John B. Watson avait initié, quelques années auparavant, la théorie du béhaviorisme, avant d'être remplacé par son assistant Curt Richter (en) qui démontra la programmation génétique du comportement. Cameron est placé sous la direction d'Adolf Meyer, psychiatre originaire de Zurich qui « a joué un rôle essentiel dans la légitimation d'une approche biologique extrême[2]. » Cette rencontre permet à Ewen Cameron de passer deux ans en Suisse au Burghölzli, fameuse clinique de Zurich qu'Eugen Bleuler (créateur de l'entité nosologique « schizophrénie ») avait dirigé jusqu'en 1927 et où Jakob Klaesi avait inauguré une thérapie du sommeil (Dauerschlaf ou Dauernarkose en allemand) provoqué par l'administration de barbituriques.

En 1929, il s'installe au Canada dans la province de Manitoba pour diriger le Brandon Mental Hospital.

En 1936, il est directeur de recherche au Worcester State Hospital (en) dans le Massachusetts, puis en 1938 il est professeur de neurologie et de psychiatrie à l’Albany Medical College à Albany[3].

En 1943, il prend la direction de l’Allan Memorial Institute (AMI) nouvellement créé grâce au financement de la Fondation Rockefeller, au Royal Victoria Hospital à Montréal. Il dirige aussi le département de Psychiatrie de l'Université McGill.

En novembre 1945, en vue du Procès de Nuremberg en Allemagne[4], il participe, avec le psychiatre Nolan D.C. Lewis et le psychiatre français Jean Delay, à la commission internationale qui examine Rudolf Hess[5] : le rapport conclut que Rudolf Hess « souffre d'hystérie caractérisé en partie par une perte de mémoire[6]. » Il faut noter que peu de temps après, durant les procès des médecins, sera élaboré le Code de Nuremberg qui définit un certain nombre de critères encadrant l'expérimentation médicale sur les humains : le premier de ces critères étant le nécessaire consentement du sujet.

En 1948, les chimistes suisses Arthur Stoll et Albert Hofmann déposent le brevet américain pour le LSD, une molécule psychotrope qu'ils avaient découverte quelques années auparavant. En juin 1951, une réunion composée entre autres de Nolan D.C. Lewis et Ewen Cameron décide d'expérimenter le LSD sur des patients et des sujets bien portants[7].

En 1957, une série d'articles dans la presse américaine évoque librement la méthode de Conduite Psychique (Psychic Driving) du professeur Cameron qui consiste en un sommeil prolongé (Deep Sleep) : « Le patient est endormi avec des barbituriques et des tranquillisants durant 30 ou 60 jours. Il est seulement réveillé pour trois repas par jour et un traitement d’électrochoc » affirme le Dr D. Owen Cameron[8]. L’Institut est alors contacté par Sidney Gottlieb et Robert Lashbrook, membres du Service Technique (Technical Services Staff (en)) de la CIA qui financera secrètement[9] les travaux du Docteur Cameron (via la Society for the Investigation of Human Ecology) dans le cadre du projet ARTICHOKE, puis du projet MK-Ultra[10].

Succédant à Jean Delay, il devient, en 1961, le président de la World Psychiatric Association (en) dont le secrétaire est William Sargant, lequel mène exactement les mêmes expériences de lavage de cerveau à Londres[11].

En 1962, il publie un article dans une revue, expliquant sa technique de depatterning[12].

En 1964, il quitte l'Institut et revient enseigner à l’Albany Medical College. Son assistant, le docteur Peter Roper, continue les expériences.

Il meurt le 8 septembre 1967.

La méthode : Psychic Driving[modifier | modifier le code]

Les travaux d'Ewen Cameron et de son équipe ont pour origine la méthode de traitement de la schizophrénie élaborée par Jakob Klaesi en 1921. Il s'agissait de plonger les sujets dans une narcose prolongée, communément appelé deep sleep (en). Pour ce faire, Cameron utilise un cocktail de barbituriques (Véronal, Séconal, Nembutal) et un puissant neuroleptique (Largactil = chlorpromazine). « Nous avions déjà trouvé que le sommeil prolongé induisait la confusion ; nous décidâmes donc d'administrer une thérapie d'électrochoc intensif à nos patients en sommeil continu[12] » explique étonnamment Cameron, comme si l'électroconvulsivothérapie (ECT) allait arranger l'état des patients.

L'objectif était de conduire, ou plus exactement de diriger la psyché (psychic driving (en)), en déprogrammant (depatterning (en)) le sujet afin de pouvoir réimplanter (dynamic implant) au moyen de magnétophone (plus exactement un Dormiphone (en)) répétant inlassablement les mêmes phrases[13]. Cette technique d'apprentissage avait curieusement été suggérée en 1929 dans une nouvelle d'anticipation - Cerebrograph, Ltd - écrite par Max Sherover, celui-là même qui, ayant développé son idée à l'apprentissage des langues, commercialisait à partir de 1948 le Dormiphone (en).

Le scandale[modifier | modifier le code]

En 1977, John D. Marks (en), invoquant le Freedom of Information Act, obtient la déclassification d'un grand nombre de documents secrets concernant le programme MK-Ultra[14]. À la sortie du livre de John D. Marks (en), Velma Orlikow, femme du politicien canadien David Orlikow (en), après avoir lu un article du New York Times[15], se souvient d'avoir été la patiente du Docteur Cameron à l’Allan Memorial Institute et engage des poursuites contre la CIA[16]. D'autres personnes, notamment Jean-Charles Page, Robert Logie, Rita Zimmerman, Louis Weinstein, Janine Huard, Lyvia Stadler, Mary Morrow, et Mrs. Florence Langleben, rejoindront son action (class action). En 1988 d'autres victimes, comme Linda Macdonald, s'ajouteront à la liste et parviendrons à obtenir une compensation en 1992[11].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • (en) D. Ewen Cameron, Objective and experimental psychiatry, Macmillan,‎ 1935, 271 p.
  • (en) D. Ewen Cameron, General psychotherapy; dynamics and procedures, Grune & Stratton,‎ 1950, 300 p.
  • (en) D. Ewen Cameron, « Psychic Driving », The American Journal of Psychiatry, vol. 112, no 7,‎ 1er janvier 1956, p. 502–509 (lire en ligne)
  • (en) D. Ewen Cameron et Leonard Levy, « Sensory Deprivation: Effects upon the Functioning Human in Space Systems », Psychological Aspects of Space Flight, Columbia University Press,‎ 1961, p. 225-237 (lire en ligne)
  • (en) D. Ewen Cameron et J.G. Lohrenz, « The Depatterning Treatment of Schizophrenia », Comprehensive Psychiatry, vol. 3, no 2,‎ avril 1962, p. 65–76 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Anne Collins, In the Sleep Room : The Story of the CIA Brainwashing Experiments in Canada, Toronto, Lester & Orpen Dennys,‎ 1988, 272 p. (ISBN 088619198X)
  • (en) Don Gillmor, I Swear by Apollo : Dr. Ewen Cameron and the CIA-Brainwashing Experiments, Eden Press,‎ 1987, 188 p. (ISBN 0920792723)
  • (en) Harvey Weinstein, Father, Son and CIA, James Lorimer & Co,‎ 1987, 265 p. (ISBN 155028116X, lire en ligne)
  • (en) Doug Payne, « The dirty legacy of brainwashing », New Scientist, Reed Business Information, vol. 112, no 1533,‎ 6 novembre 1986, p. 28-29 (ISSN 0262-4079, lire en ligne)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Obituary Notices », British Medical Journal, vol. 3, no 5568,‎ 1967-09-23, p. 803–804 (ISSN 0959-8138, PMCID 1843238) PMC 1843238
  2. S. Nassir Ghaemi, Adolf Meyer: Psychiatric Anarchist, Philosophy, Psychiatry, & Psychology, Volume 14, Number 4, December 2007, p. 341-345
  3. (en) D. Owen Cameron, Can Med Assoc J. 1967 October 14; 97(16): 984–986
  4. Jack El-Hai, Le Nazi et le Psychiatre, Ed.: Les Arènes, Coll. Histoire, 2013, ISBN 235204281X
  5. (en) David John Cawdell Irving, Hess : the missing years 1941-1945, Macmillan,‎ 1987, 375 p.
  6. (en) REPORT OF COMMISSION TO EXAMINE DEFENDANT HESS, 1945
  7. (en) A. Hoffer, « Dr. Nolan D.C. Lewis 1889-1979 », [the Orthomolecular Psychiatry], vol. 9, no 2,‎ 1980, p. 151-152 (lire en ligne)
  8. (en) « Deep Sleep New Technique In Treatment Neurotic Patients », Lawrence Journal,‎ 29 avril 1957 (lire en ligne)
  9. C'est le financement qui était secret, non le traitement dont le Docteur Cameron n'hésite pas à parler ouvertement dans les journaux : « Wen do not know the cause [of schizophrenia] but we do treat it with increasing success, Dr Cameron said, outlining the Deep Sleep treatment used. » The Montreal Gazette, 10 novembre 1960
  10. (en) Anne Collins, In the Sleep Room : The Story of CIA Brainwashing Experiments in Canada, Toronto, Lester & Orpen Dennys,‎ 1988, 272 p. (ISBN 088619198X)
  11. a et b (en) Colin A. Ross, The C.I.A. Doctors : Human Rights Violations by American Psychiatrists, Greenleaf Book Group,‎ 2006, 351 p. (ISBN 0982185197)
  12. a et b (en) Ewen Cameron et J.G. Lohrenz, « The Depatterning treatment of schizophrenia », Comprehensive Psytriatry, vol. 3, no 2,‎ avril 1962 (lire en ligne)
  13. (en) D. Ewen Cameron, « Psychic Driving », The American Journal of Psychiatry, vol. 112, no 7,‎ 1er janvier 1956, p. 502–509 (lire en ligne)
  14. (en) John D. Marks, The Search for the Manchurian Candidate : The CIA and Mind Control, Times Books,‎ 1979, 375 p. (ISBN 0-8129-0773-6, lire en ligne)
  15. (en) Nicholas Horrock, « Private Institutions Used In CIA Effort To Control Behavior », New York Times,‎ 2 août 1977 (lire en ligne)
  16. (en) Joseph L. Rauh, Jr., James C. Turner, « ANATOMY OF A PUBLIC INTEREST CASE AGAINST THE CIA », Hamline Journal of Public Law and Policy,‎ 1990 (consulté le 16 février 2013)

Article connexe[modifier | modifier le code]