Société Thulé

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Société Thulé
Création 17 août 1918
Dissolution 1945
Créateur(s) Rudolf von Sebottendorf
Objectif Créer une race supérieure

La Société Thulé ou l'ordre de Thulé (en allemand Thule-Gesellschaft) a été une société secrète allemande de Munich, qui à l'origine était un groupe d'études ethnologiques s'intéressant tout spécialement à l'Antiquité germanique et au pangermanisme aryen. Ses mythes racistes et occultistes inspirèrent le mysticisme nazi et l'idéologie nazie.

Historique[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Elle tire son nom de Thulé, partie la plus septentrionale d'Europe et lieu mythique pour les anciens Grecs et Romains, dans lequel le dieu Apollon viendrait passer une partie de l'hiver[1]. Le nom de Thulé figure notamment dans l’Énéide du poète romain Virgile, et il est généralement admis que l'Ultima Thulé des Grecs de l'Antiquité désignait les terres les plus au nord et tout particulièrement la Scandinavie. Certains discours de la fin du XIe, abondamment repris par la suite, affirment que Thulé aurait été le nom magique d'une civilisation germanique avancée, mais disparue[1]. Cette idée est reprise par les membres de la société de Thulé, qui pensaient que Thulé était ce qui subsistait d'un continent aujourd'hui disparu, appelé Hyperborée, et que ce continent était le berceau de la race aryenne. « Ultima Thulé » aurait été la capitale du premier continent colonisé par les Aryens.

La Société Thulé, elle, a été créée par le faux baron Rudolf von Sebottendorf le 17 août 1918. Diffusée à Munich, l'idéologie de cette société prônait l'antisémitisme[2], l'antirépublicanisme, le paganisme et le racisme. Son symbole, la croix de Wotan, divinité pré-germanique, n'est pas sans rappeler la croix gammée. Le salut de Thulé « Heil und Sieg » (« Salut et victoire ») fut repris par Hitler qui le transforma en « Sieg Heil ». Ce salut, en liaison avec le bras levé, était un rituel magique utilisé pour la formation de voltes.[réf. nécessaire].

Des liens ont été imaginés avec l'hypothétique Société du Vril.

Vers 1923, Rudolf Hess, revenu à Munich, devient l'un des animateurs de l'Ordre de Thulé, dont Hermann Göring est l'un des membres les plus célèbres.

Évolution et fin[modifier | modifier le code]

Avec la croissance du NSDAP, le déclin de la société Thulé s'explique très bien vers 1937.Expulsé du Reich en 1934, Sebottendorf se serait suicidé en se jetant dans le Bosphore en 1945, mais il a été retrouvé par les services secrets britanniques et a fini sa vie en 1950 en Égypte[3].

Idéologie[modifier | modifier le code]

L'idéologie de l'Ordre était fondée sur la croyance en l'existence de surhommes et d'une race humaine supérieure : les Aryens qui auraient vu le jour dans l'hypothétique Hyperborée. L'un de ses textes de référence est les Protocoles des Sages de Sion. Ce texte fut repris par Adolf Hitler comme pièce maîtresse de la propagande antisémite du Troisième Reich et par Alfred Rosenberg dans son ouvrage Le Mythe du XXe siècle.

L'idéologie professée par la société Thulé s'inspire d'un corpus d'éléments ésotériques et mystiques puisés dans l'Ariosophie de Guido von List, chez Jörg Lanz von Liebenfels, un autre faux baron s'appelant simplement Lanz, Rudolf von Sebottendorf, Helena Petrovna Blavatsky, Arthur de Gobineau, et des théories aryano-centristes de certains archéologues allemands.

Selon plusieurs auteurs grecs et latins[réf. nécessaire], il aurait existé dans des temps très reculés un continent situé à l'Extrême-Nord, qu'ils appelaient Hyperborée (Ultima Thulé), lequel aurait été peuplé d'hommes transparents. Ceux-ci, en s'alliant aux autres hommes, auraient donné naissance à des êtres humains de plus en plus opaques, mais leurs descendants auraient néanmoins conservé leurs facultés, supérieures à celles des humains ordinaires (voir Ánd).

Un des paradoxes de cette société est que plusieurs membres lisaient le Talmud dans le but de pratiquer l'occultisme et de formuler une théosophie anti-juive, alors que le Talmud est pourtant essentiel à la religion juive.

La plupart des membres sont ariosophes ; certains sont initiés à la Franc-maçonnerie, même si certaines de leurs idées s'opposent radicalement, comme celle de la fraternité universelle  : l'aryen est dit d'une race humaine d'origine divine, tandis que le juif est considéré être un sous-homme.

Manifestations au début de la République de Weimar[modifier | modifier le code]

Comme les multiples groupuscules Völkisch qui fleurissent en Allemagne après la défaite de 1918, la société Thulé développe une rhétorique antisémite, raciste et nationaliste[4].

Ses liens avec le mouvement nazi sont nombreux, mais leur nature réelle largement ignorée aujourd'hui encore[3]. Cependant, certains faits sont avérés.

Propriétaire du journal, le Völkischer Beobachter, la société a revendu le titre au DAP, et a accueilli la rédaction du journal après l'avoir revendu[3].

La svastika dextrogyre, la croix gammée,utilisée par les occultistes depuis le XVIIIe, a été proposée comme emblème du DAP par un militant membre de la société[5], lors du congrès de Salzbourg : il a néanmoins été modifié par Hitler peu après[6]

Liste controversée des membres[modifier | modifier le code]

Personne ne connaît exactement la liste complète des membres, ce qui a amené certains auteurs à échafauder des théories diverses sur l'adhésion de personnalités à une section secrète de la société Thulé notamment au sein de l'élite SS.

Des auteurs comme Werner Gerson dans l'ouvrage cité ci-après, Jacques Bergier dans le Matin des Magiciens, et Trevor Ravenscroft dans la Lance du Destin, rapportent que les membres de Thulé, considéraient Rudolf Steiner et ses disciples comme leurs pires ennemis. Steiner a été Secrétaire général de la section allemande de la Société théosophique, avant la fondation de la Société Thulé. Comme certains membres de la Société Thulé auraient aussi été membres de la Société théosophique, l'amalgame était facile.

René Alleau affirme avoir découvert en Allemagne la liste des membres de la Société Thulé, publiée en 1933 par R. von Sebottendorf, laquelle comprend 226 noms, mais pas celui de Rudolf Steiner[7]. Dans sa liste, von Sebottendorf ne mentionne pas Hitler comme membre de la Société Thulé, mais écrit en 1933, qu'il fut fréquemment « l'hôte de la Thulé »[8].

Quelques-uns des autres membres cités par divers auteurs sont : Rudolf von Sebottendorf, Adolf Hitler, Jörg Lanz von Liebenfels, Guido von List, Hermann Göring, Rudolf Hess, Alfred Rosenberg, Julius Streicher, Hans Frank, Bernhard Stempfle, Theo Morell.[réf. nécessaire]

La société Thulé après sa dissolution[modifier | modifier le code]

Dès les années 1930, et plus encore après sa dissolution, la Société Thulé exerce une forte fascination dans certains milieux, notamment les groupes occultistes et les associations d'extrême-droite nostalgique du Troisième Reich.

La société Thulé dans l'imaginaire occultiste[modifier | modifier le code]

On crédite cette société d'une forte influence non seulement sur les dirigeants du Troisième Reich[1], mais aussi dans les premiers moments du mouvement nazi, mais il semblerait, que, sur ce dernier point, les chercheurs soient incapables de se prononcer clairement dans un sens ou dans un autre, ce qui génère de nombreuses spéculations sur la question, aujourd'hui encore[3].

En effet, durant les années 1960, certains auteurs proches des milieux occultistes, Jan van Helsing, notamment, défend, sur la base du témoignage largement remis en cause de Hermann Rauschning[9], l'idée que Hitler serait un initié, membre important de la société de Thulé, transformée pour la cause en société initiatique[10].

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Cette société mystérieuse et soi-disant mythique a constitué une source d'inspiration pour un certain nombre de créateurs, d'artistes et de concepteurs de jeux vidéo, produisant parfois des œuvres alimentaires[11].

La littérature a été historiquement la première des formes d'expression artistique à utiliser cette société secrète comme protagoniste important. Dans un premier temps, l'évocation de la Thule Gesselschaft constitue un apanage de la littérature d'extrême-droite[12], en général produite afin de participer au blanchiment d'anciens nazis, souvent des SS, à l'image des romans de l'Autrichien et ancien SS Wilhelm Landig, qui mélange habilement uchronie, anticipation et thèses nazies[13]. Landig, en utilisant le roman, a pu de permettre de jouer avec la censure en vigueur en Allemagne et exposer ses idées néonazies à un public plus large que le lectorat habituel des publications nostalgiques du Troisième Reich[14].

En France, Jean Mabire publie en 1977 un roman initiatique qu'il présente comme un essai historique, Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens[15], dans lequel, non seulement il développe une mystique du sang et de la race, mais aussi établit une filiation de Thulé avec l'Atlantide[11].

Dans le roman Le Rituel de l'ombre, les réminiscences actuelles de la Thulé sont mises en scène face aux loges maçonniques.

Dans un certain nombre de jeux vidéo ou de films, la société de Thulé constitue un acteur important dans l'intrigue. Ainsi, dans le jeu vidéo, Dracula 3 : La Voie du dragon, la société de Thulé constitue un protagoniste important[16]. De même, Dans Blood Rain, les ennemis à abattre appartiennent tous a la société de Thulé[réf. souhaitée].

Le cinéma fait de cette société un protagoniste important d'un certain nombre de films. Ainsi, dans la bande dessinée Hellboy, puis dans le film du même nom, l'auteur Mike Mignola, puis le réalisateur transforme les nazis en initiés, membres de la sociéte de Thulé, préparant leur revanche occulte contre les Alliés[17]. De même, dans le film (animé) Fullmetal Alchemist: Conqueror of Shamballa, la guilde de Thulé ouvre la porte vers Shamballa. ou encore dans la série télé Supernatural (saison 8, épisode 14), Sam et Dean Winchester doivent affronter des membres de l'ordre de Thulé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Les mystères du nazisme, p. 29
  2. Werner Gerson, Le nazisme société secrète, N.O.E., 1969
  3. a, b, c et d Les mystères du nazisme, p. 31
  4. Les mystères du nazisme, p. 30
  5. Les mystères du nazisme, p. 32
  6. Les mystères du nazisme, p. 33
  7. René Alleau, Hitler et les Sociétés secrètes - Les sources occultes du nazisme, Grasset 1969
  8. Von Sebottendorf, Bevor Hitler kam, p.233, cité par Christophe Lindenberg in Une technique du Mal : le nazisme, voir bibliographie
  9. Les mystères du nazisme, p. 37
  10. Les mystères du nazisme, p. 104
  11. a et b Les mystères du nazisme, p. 97
  12. Les mystères du nazisme, p. 80
  13. Les mystères du nazisme, p. 83
  14. Les mystères du nazisme, p. 85
  15. Les mystères du nazisme, p. 95
  16. « [1] », jeuxvideo.com.
  17. Les mystères du nazisme, p. 123

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • S. Berstein et P. Milza, Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme, Éditions Complexe, 1992.
  • Stéphane François, Les Mystères du nazisme : Au sources d'un fantasme contemporain, Paris, PUF,‎ 2015 (ISBN 978-2-13-062457-8)
  • Nicholas Goodrick-Clarke, Les Racines occultistes du nazisme, Pardès, 1989.
  • (en) Nicholas Goodrick-Clarke, Hitler's Priestess: Savitri Devi, the Hindu-Aryan Myth and Neo-Nazism, 1998.
  • (en) Joscelyn Godwin, Arktos: The Polar Myth in Science, Symbolism, and Nazi Survival, 1996.
  • (en) Nicholas Goodrick-Clarke, Black Sun : Aryan Cults, Esoteric Nazism and the Politics of Identity, 2001

Articles connexes[modifier | modifier le code]