Société Thulé

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Société Thulé
Création 17 août 1918
Créateur(s) baron Rudolf von Sebottendorf

La Société Thulé ou l'ordre de Thulé (en allemand Thule-Gesellschaft) a été une société secrète allemande de Munich, qui à l'origine était un groupe d'études ethnologiques s'intéressant tout spécialement à l'Antiquité germanique et au pangermanisme aryen. Ses mythes racistes et occultistes inspirèrent le mysticisme nazi et l'idéologie nazie.

Historique[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Elle tire son nom de Thulé, partie la plus septentrionale d'Europe et lieu mythique pour les anciens Grecs et Romains. Le nom de Thulé figure notamment dans l’Énéide du poète romain Virgile, et il est généralement admis que l'Ultima Thulé des Grecs de l'Antiquité désignait les terres les plus au nord et tout particulièrement la Scandinavie. Certains membres de ce groupe pensaient que Thulé était ce qui subsistait d'un continent aujourd'hui disparu, appelé Hyperborée, et que ce continent était le berceau de la race aryenne. « Ultima Thulé » aurait été la capitale du premier continent colonisé par les Aryens.

Au départ, Thulé était une société de recherches ethnographiques. Sous la direction du professeur Félix Niedner, elle édita, à partir de 1912, une compilation en vingt-quatre volumes, Altnordische Dichtung und Prosa (en français Prose et poésie de l'Antiquité nordique). La guerre de 1914-18 dispersa ses collaborateurs. Un grand nombre en furent victimes. La paix revenue, le groupe se reforma, mais prit une orientation nouvelle sous l'influence de l'écrivain et professeur d'histoire Paul Rohrbach, qui a publié de nombreux ouvrages relatifs à l'Asie et au pangermanisme. Ce fut également Paul Rohrbach qui introduisit le Dr Karl Haushofer dans le groupe Thulé et qui finalement lui en confia la direction. Un autre membre influent fut Dietrich Eckart, lequel y introduisit le théoricien nazi Alfred Rosenberg. Jusque-là le groupe Thulé n'était qu'une sorte d'académie dilettante, légèrement snob[1].

La Société Thulé, elle, a été créée par le faux baron Rudolf von Sebottendorf le 17 août 1918. Diffusée à Munich, l'idéologie de cette société prônait l'antisémitisme[1], l'antirépublicanisme, le paganisme et le racisme. Son symbole, la croix de Wotan, divinité pré-germanique, n'est pas sans rappeler la croix gammée. Le salut de Thulé « Heil und Sieg » (« Salut et victoire ») fut repris par Hitler qui le transforma en « Sieg Heil ». Ce salut, en liaison avec le bras levé, était un rituel magique utilisé pour la formation de voltes.[réf. nécessaire]

Des liens ont été imaginés avec l'hypothétique Société du Vril.

Vers 1923, Rudolf Hess, revenu à Munich, devient l'un des animateurs de l'Ordre de Thulé, dont Hermann Göring est l'un des membres les plus célèbres.

Évolution et fin[modifier | modifier le code]

Avec la croissance du NSDAP, le déclin de la société Thulé s'explique très bien vers 1937. Sebottendorf se serait suicidé en se jetant dans le Bosphore en 1945.

Idéologie[modifier | modifier le code]

L'idéologie de l'Ordre était fondée sur la croyance en l'existence de surhommes et d'une race humaine supérieure : les Aryens qui auraient vu le jour dans l'hypothétique Hyperborée. L'un de ses textes de référence est les Protocoles des Sages de Sion. Ce texte fut repris par Adolf Hitler comme pièce maîtresse de la propagande antisémite du Troisième Reich et par Alfred Rosenberg dans son ouvrage Le Mythe du XXe siècle.

L'idéologie professée par la société Thulé s'inspire d'un corpus d'éléments ésotériques et mystiques puisés dans l'Ariosophie de Guido von List, chez Jörg Lanz von Liebenfels, un autre faux baron s'appelant simplement Lanz, Rudolf von Sebottendorf, Helena Petrovna Blavatsky, Arthur de Gobineau, et des théories aryano-centristes de certains archéologues allemands.

Selon plusieurs auteurs grecs et latins[réf. nécessaire], il aurait existé dans des temps très reculés un continent situé à l'Extrême-Nord, qu'ils appelaient Hyperborée (Ultima Thulé), lequel aurait été peuplé d'hommes transparents. Ceux-ci, en s'alliant aux autres hommes, auraient donné naissance à des êtres humains de plus en plus opaques, mais leurs descendants auraient néanmoins conservé leurs facultés, supérieures à celles des humains ordinaires (voir Ánd).

Un des paradoxes de cette société est que plusieurs membres lisaient le Talmud dans le but de pratiquer l'occultisme et de formuler une théosophie anti-juive, alors que le Talmud est pourtant essentiel à la religion juive.

La plupart des membres sont ariosophes ; certains sont initiés à la Franc-maçonnerie, même si certaines de leurs idées s'opposent radicalement, comme celle de la fraternité universelle  : l'aryen est dit d'une race humaine d'origine divine, tandis que le juif est considéré être un sous-homme.

Liste controversée des membres[modifier | modifier le code]

Personne ne connaît exactement la liste complète des membres, ce qui a amené certains auteurs à échafauder des théories diverses sur l'adhésion de personnalités à une section secrète de la société Thulé notamment au sein de l'élite SS.

Des auteurs comme Werner Gerson dans l'ouvrage cité ci-après, Jacques Bergier dans le Matin des Magiciens, et Trevor Ravenscroft dans la Lance du Destin, rapportent que les membres de Thulé, considéraient Rudolf Steiner et ses disciples comme leurs pires ennemis. Steiner a été Secrétaire général de la section allemande de la Société théosophique, avant la fondation de la Société Thulé. Comme certains membres de la Société Thulé auraient aussi été membres de la Société théosophique, l'amalgame était facile.

René Alleau affirme avoir découvert en Allemagne la liste des membres de la Société Thulé, publiée en 1933 par R. von Sebottendorf, laquelle comprend 226 noms, mais pas celui de Rudolf Steiner[2]. Dans sa liste, von Sebottendorf ne mentionne pas Hitler comme membre de la Société Thulé, mais écrit en 1933, qu'il fut fréquemment « l'hôte de la Thulé »[3].

Quelques-uns des autres membres cités par divers auteurs sont : Rudolf von Sebottendorf, Adolf Hitler, Jörg Lanz von Liebenfels, Guido von List, Hermann Göring, Rudolf Hess, Alfred Rosenberg, Julius Streicher, Hans Frank, Bernhard Stempfle, Theo Morell.[réf. nécessaire]

Dans la culture[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Werner Gerson, Le nazisme société secrète, N.O.E., 1969
  2. René Alleau, Hitler et les Sociétés secrètes - Les sources occultes du nazisme, Grasset 1969
  3. Von Sebottendorf, Bevor Hitler kam, p.233, cité par Christophe Lindenberg in Une technique du Mal : le nazisme, voir bibliographie
  4. « [1] », jeuxvideo.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • S. Berstein et P. Milza, Dictionnaire historique des fascismes et du nazisme, Éditions Complexe, 1992.
  • Nicholas Goodrick-Clarke, Les Racines occultistes du nazisme, Pardès, 1989.
  • (en) Nicholas Goodrick-Clarke, Hitler's Priestess: Savitri Devi, the Hindu-Aryan Myth and Neo-Nazism, 1998.
  • (en) Joscelyn Godwin, Arktos: The Polar Myth in Science, Symbolism, and Nazi Survival, 1996.
  • (en) Nicholas Goodrick-Clarke, Black Sun : Aryan Cults, Esoteric Nazism and the Politics of Identity, 2001

Articles connexes[modifier | modifier le code]