Karl Haushofer

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Karl Haushofer
Image illustrative de l'article Karl Haushofer

Naissance 27 août 1869
Munich
Décès 10 mars 1946 (à 76 ans)
Pähl
Origine Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Grade Général de brigade
Conflits Première Guerre mondiale

Karl Haushofer, né le 27 août 1869 à Munich, décédé le 10 mars 1946 à Pähl (Haute-Bavière), est l'un des plus importants théoriciens de la géopolitique allemande, qui sera récupéré par le nazisme, bien qu'il n'ait jamais été membre du parti nazi.

Biographie[modifier | modifier le code]

Karl Haushofer est issu d'une famille d'artistes et d'universitaires. Il épouse en 1886 Martha Mayer-Doss, dont la famille est munichoise d'origine juive. Ils auront deux fils : Albrecht, né en 1903, et Heinz, né en 1906.

En 1887, il débute une carrière militaire. En 1908 et 1909, il est envoyé par l'état-major bavarois au Japon pour y étudier l'armée japonaise qui vient d’être victorieuse contre la Russie. Sa femme l'accompagne. Ils se familiarisent avec la langue et la poésie japonaise[1]. Le 19 novembre 1909, il est reçu par l'empereur Mutsuhito, fondateur de l'ère Meiji. Très impressionné par ce voyage, Karl Haushofer fait paraître en 1913 son premier grand ouvrage, Dai Nihon (Le Grand Japon), et il entreprend des études de géographie.

Une grave affection des poumons, qui le retient une année à Davos ou à Arosa, favorise par son éloignement de l'armée son passage aux sciences[1]. Il participe à la Première Guerre mondiale et termine le conflit avec le grade de Generalmajor[2]. Retraité de l'armée en 1919, il se lance dans une carrière universitaire. La même année, il est nommé professeur de géographie à l'Université de Munich.

Zeitschrift für Geopolitik[modifier | modifier le code]

Influencé par les travaux de Friedrich Ratzel, Rudolf Kjellén et Halford John Mackinder, Haushofer développe ses théories géopolitiques et fonde en 1924 la revue Zeitschrift für Geopolitik (La Revue de Géopolitique). Celle-ci obtient rapidement une audience internationale, s'attirant même la collaboration de scientifiques de l'étranger. S'adressant à un large public, la revue ne présente cependant que la position de la géopolitique allemande[3]. Hitler rencontre Haushofer à plusieurs reprises et s'inspire de sa théorie de « l'espace vital » — der Lebensraum — qu'il intègre dans son Mein Kampf, en la déformant quelque peu[N 1].

Parmi les étudiants de Haushofer, se trouve notamment le jeune officier Rudolf Hess, futur dignitaire du régime nazi, avec qui il se lie d'amitié. Pour Stefan Zweig, c'est Rudolf Hess qui « opéra l'alliance spirituelle entre le savant des plus cultivé, dont la pensée se déployait sur le plan de l'universel, et un sauvage agitateur [Hitler] buté dans son germanisme au sens le plus étroit et le plus brutal du terme [1] ». Hess protégera l'épouse de Haushofer, descendante par son père d'une vieille lignée sépharade, et ses fils, considérés comme « demi-juifs » après la promulgation des lois de Nuremberg.

Haushofer en compagnie de Rudolf Hess.

Dès 1938, l'influence de Haushofer faiblit considérablement. Après le départ de Hess pour l'Angleterre, le 10 mai 41, sa famille et lui-même deviennent suspects. Son fils Albrecht (par ailleurs homosexuel), professeur à l'université de Berlin et collaborateur du cabinet Ribbentrop, est brièvement arrêté. Karl Haushofer est, lui également, convoqué par la Gestapo.

Après la tentative d’assassinat de Hitler du 20 juillet 1944, la Gestapo fait interner Karl Haushofer à Dachau tandis qu'Albrecht, lié aux conspirateurs, disparaît dans la clandestinité. Il est toutefois arrêté quatre mois plus tard. Deux semaines avant la fin du conflit, un commando SS l'exécute, de nuit en pleine rue. On retrouve sur lui le recueil de poèmes Les sonnets de Moabit — du nom de la prison berlinoise où il a été incarcéré — qui est considéré comme un témoignage important de la littérature résistante allemande.

La chute[modifier | modifier le code]

Après l'effondrement du Troisième Reich, Haushofer est interrogé par des officiers américains. Considéré comme l'un des inspirateurs du nazisme, mais n'ayant pas été directement impliqué dans les crimes du régime, le père Edmund A. Walsh donne un avis négatif et il n'est finalement pas mis en accusation lors du procès de Nuremberg ; en revanche, il est contraint de témoigner au procès de Rudolf Hess.

Déchu de son titre de professeur honoraire, Karl Haushofer se serait suicidé le 10 mars 1946 en compagnie de son épouse Martha, dans leur propriété du Hartschimmel, près de Münich.

Analyses[modifier | modifier le code]

Les rumeurs qui ont circulé chez les nostalgiques du Reich et qui attribuaient sa mort à un assassinat par des agents britanniques seraient sans fondement.

Ami de Thomas Mann, il rencontre Stefan Zweig (Die Welt von Gestern) lors de son voyage pour l'Inde[4].

En Inde, il fait la connaissance de Lord Kitchener. Karl Haushofer ne s'est jamais rendu au Tibet, contrairement à ce qu'écrit Louis Pauwels dans Le Matin des magiciens. L'ensemble des assertions contenues dans cet ouvrage, attribuant à Haushofer une influence ésotérique sur l'idéologie nazie — utilisation du svastika, création du corps des SS, membre de sociétés secrètes ésotériques telles que l'Ordre de Thulé et la Société du Vril, contact avec l'Ordre hermétique de l'Aube dorée — ont été réfutées par les travaux de Hans-Adolf Jacobsen (de).


Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Dai Nihon, 1913
  • Das japanische Reich in seiner geographischen Entwicklung, Wien, Seidel, 1921
  • English Translation and Analysis of Major General Karl Ernst Haushofer's Geopolitics of the Pacific Ocean: Studies on the Relationship between Geography and History, ISBN 0-7734-7122-7
  • Geopolitik des Pazifischen Ozeans, 1925
  • Bausteine zur Geopolitik, 1928
  • Weltpolitik von heute, 1934
  • Napoleon I., Lübeck : Coleman, 1935
  • Kitchener, Lübeck : Coleman, 1935
  • Foch, Lübeck : Coleman, 1935
  • Weltmeere und Weltmächte, Berlin : "Zeitgeschichte" Verl., 1937
  • Deutsche Kulturpolitik im indopazifischen Raum, Hamburg : Hoffmann u. Campe, 1939
  • Grenzen in ihrer geographischen und politischen Bedeutung, Heidelberg ; Berlin ; Magdeburg : Vowinckel, 1939
  • Wehr-Geopolitik : Geogr. Grundlagen e. Wehrkunde, Berlin : Junker u. Dünnhaupt, 1941
  • Japan baut sein Reich, Berlin : Zeitgeschichte-Verl, 1941
  • Das Werden des deutschen Volkes : Von d. Vielfalt d. Stämme zur Einheit d. Nation, Berlin : Propyläen-Verl., 1941
  • Der Kontinentalblock : Mitteleuropa, Eurasien, Japan, Berlin : Eher, 1941
  • Das Reich : Großdeutsches Werder im Abendland, Berlin : Habel, 1943
  • Geopolitische Grundlagen, Verleger Berlin ; Wien : Industrieverl. Spaeth & Linde, 1939

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Hitler, en lui même peu accessible aux idées d'autrui, possédait dès le principe cet instinct de s'approprier tout ce qui pouvait servir ses buts personnels ; c'est pourquoi cette « géopolitique » aboutit chez lui et se réduisit à une politique nationale-socialiste, et il lui demanda tous les services qu'elle pouvait rendre à ses desseins. Ç'a toujours été la technique du national-socialisme de donner à ses instincts de puissance exclusivement égoïstes un fondement idéologique et pseudo-moral, et cette notion d'« espace vital » fournissait à sa volonté d'agression toute nue un petit manteau philosophique, un de ces grands mots à effet qui paraissait inoffensif par le vague de la définition qu'on lui donnait et qui en cas de succès, pouvait légitimer toutes les annexions, même les plus arbitraires, en les représentant comme de nécessités éthiques et ethnologiques ». Le monde d'hier. Stefan Zweig

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Le monde d'hier. Stefan Zweig
  2. Équivalent en France de général de brigade.
  3. Pascal Lorot, François Thual, La Géopolitique, p. 22, collection Clés Politique, Monchrestion, 1997
  4. Stefan Zweig, Le monde d'Hier, Souvenirs d'un européen, Belfond, p. 232.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Bruno Hipler, Hitlers Lehrmeister – Karl Haushofer als Vater der NS-Ideologie, EOS-Verlag, St. Ottilien 1996, ISBN 3-88096-298-7
  • (de) Hans-Adolf Jacobsen, Karl Haushofer (2 vol.), Boppard am Rhein, Harald Boldt Verlag, 1979
  • (de) Hans-Adolf Jacobsen, « Kampf um Lebensraum. Zur Rolle des Geopolitikers Karl Haushofer im Dritten Reich », dans German Studies Review, Band 4, Nr. 1, 1981, p. 79–104
  • (de) Hans-Adolf Jacobsen: Auswärtige Kulturpolitik als „Geistige Waffe“. Karl Haushofer und die Deutsche Akademie 1923–1937. In: Kurt Düwell, Werner Link (Hrsg.): Deutsche auswärtige Kulturpolitik seit 1871. Beiträge zur Geschichte der Kulturpolitik Band 1, Köln und Wien 1981, S. 218–256
  • (de) Hans-Adolf Jacobsen: Kampf um Lebensraum. Karl Haushofers Geopolitik und der Nationalsozialismus. In: Aus Politik und Zeitgeschichte. B 34–35, 25. August 1979. S. 17–29
  • (de) Hans-Adolf Jacobsen: Geopolitik im Denken und Handeln deutscher Führungseliten. Anmerkungen zu einem umstrittenen Thema. In: WeltTrends. Themenheft: Geopolitik. Ein altes Konzept wird neu befragt. Nr. 4, 1994, S. 39–46
  • (de) Heike Wolter: Volk ohne Raum: Lebensraumvorstellungen im geopolitischen, literarischen und politischen Diskurs der Weimarer Republik. Eine Untersuchung auf der Basis von Fallstudien zu Leben und Werk Karl Haushofers, Hans Grimms und Adolf Hitlers. Münster, Hamburg, London: Lit, 2003
  • (de) Christian W. Spang: Karl Haushofer und Japan. Die Rezeption seiner geopolitischen Theorien in der deutschen und japanischen Politik, München: Iudicium, 2013. ISBN 978-3-86205-040-6
  • (de) Christian W. Spang: Karl Haushofer und Japan. Der Einfluß der Kontinentalblocktheorie auf die Japanpolitik des Dritten Reiches. In: Hilaria Gössmann, Andreas Muralla (Hrsg.): 11. Deutschsprachiger Japanologentag in Trier 1999 1. Band, Münster 2001, S. 121–134
  • (de) Christian W. Spang: Karl Haushofer und die Geopolitik in Japan. Zur Bedeutung Haushofers innerhalb der deutsch-japanischen Beziehungen nach dem Ersten Weltkrieg. In: Irene Diekmann et al. (Hrsg.): Geopolitik. Grenzgänge im Zeitgeist. Band 1.2, Potsdam 2000, ISBN 3-932981-68-5, S. 591–629
  • (en) Donald Howley Norton: Karl Haushofer and the German Academy, 1925–1945. In: Central European History. Band 1, 1968, S. 80–99
  • (en) Donald Howley Norton: Karl Haushofer and His Influence on Nazi ideology and German Foreign Policy 1919–45, Worcester/Mass
  • (de) Erika Mann: Blitze überm Ozean – Besuch bei Karl Haushofer. rororo 23107 /Reinbek bei Hamburg November 2001
  • (de) Heinz Haushofer, Adolf Roth: Der Haushof und die Haushofer. Laßleben, München und Kallmünz 1989 (Schriften des Bayerischen Landesvereins für Familienkunde e. V., Heft 8)
  • Stefan Zweig, Le monde d'Hier, Souvenirs d'un européen, trad. Serge Niémetz, Belfond, 1993

Voir aussi[modifier | modifier le code]