Belzébuth

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Belzébuth, planche issue du Dictionnaire infernal (Paris, 1863).

Belzébuth (Arabe : بعل الذباب, Ba‘al adh-Dhubāb ; Hébreu : בעל זבוב, Baʿal Zəbûb ; Grec : Βεελζεβούλ, Beelzeboúl ; Latin : Beelzebūb : Seigneur de tout ce qui vole) est un dieu du monde sémite vraisemblablement vénéré à Éqrôn (ou Accaron). Dans des sources principalement bibliques et postérieures aux textes vétéro-testamentaires, Belzébuth est un démon, un des princes couronnés de l'Enfer. Les Philistins anciens l'adoreraient sous le nom de "Baalzebub". Il est aussi connu sous le nom de "Enlil","Bel", ou bien encore comme le Démon Goétique "Bael".

Étymologie[modifier | modifier le code]

Baal, appellation commune pour les dieux dans les mondes philistins et phéniciens, signifie « maître » ou « propriétaire ». D'après la Bible, Baal-zvuv était une divinité adorée par les philistins, des oracles. En ougaritique zbl b'l ars signifie prince, maître de la terre.

Pour Thomas Kelly Cheyne[Qui ?], le nom originel de la déité pourrait être Baal-Zebul, Zebul signifiant « élevé » ou « prince », et signifier quelque chose comme le « prince Baal » ou le « maître des princes » ou le « propriétaire de la haute demeure ». L'existence d'une divinité portant ce nom a été attestée, plus au nord, vers l'actuelle Syrie[1]. Le nom originel aurait ensuite été transformé en Baal-Zebub.

Différentes hypothèses existent quant à l'origine et au sens de cette seconde partie du nom, Zebûb ou Zoubeb ou zboub, qui signifie « mouche » ou « moustique » ou « petit insecte »[2]. L'hypothèse principale voit dans cette déformation une ironie consistant à pointer du doigt le nuisible et l’inutile, d’où le nom de « seigneur des mouches » pour s'en moquer et réduire l’importance des divinités païennes, les “Baal“ cananéens, les maîtres, qui s’opposent à l’amour de Dieu.

On retrouve cette étymologie dans le livre de William Golding, prix Nobel de littérature en 1983, The Lord of the flies (Sa Majesté des mouches) précisément consacré à la façon dont l'esprit du Mal peut envahir l'innocence symbolisé par les enfants.

Dans le même esprit, il a été proposé qu'il s'agirait d'une variante de Zabal, « fumier » ; la divinité serait alors nommée « seigneur du fumier », déformation donnée par les Israélites à un dieu ennemi, référence aux sacrifices qui lui sont faits, zabal portant le sens d'enfumer. Cette deuxième version est cependant contestée par les exégètes modernes[3].

Pour le théologien Jacques Ellul, il s'agit d'une habitude de la judéité antique que reflète le texte biblique de reprendre des aspects culturels du monde alentour, pour les détourner ou s'en moquer, ainsi selon lui Baal-Zebul, le chef des princes, devient Baal-Zebub, le seigneur des mouches, ou encore le taureau mythologique qui devient un simple veau d'or[4]. Une dernière hypothèse possible est que Zebûl serait un nom de lieu disparu depuis.

Il existe plusieurs orthographes alternatives, quoique moins fréquentes, comme Baal-sébub, Baal-zébub, Baalzébuth, Béelzébub, Béelzébuth, Belzéboul, Belzébul, Belzébut, etc.

Citations dans la Bible[modifier | modifier le code]

Ancien Testament[modifier | modifier le code]

Le culte de Belzébuth est évoqué dans le deuxième livre des Rois dans la querelle qui oppose le roi Ochozias au prophète Élie[5]. Dans cet épisode de la vie d'Élie, Belzébuth est une divinité païenne adorée à Éqrôn, et non un démon.

Étant tombé du balcon de son palais, Ochozias fait consulter Belzébuth (Béel-Zébub) pour savoir s'il guérira ; mais Dieu envoie Elie pour informer celui-ci qu'il sera puni pour avoir adoré un dieu païen. Ochozias envoie alors à deux reprises un groupe de soldats pour se saisir d'Elie et par deux fois, Dieu les fait périr. A la troisième fois, Dieu épargne les soldats qui s'en retournent et confirment au roi Ochozias la sentence prononcée par Elie à son encontre. Ochozias meurt et son frère Joram lui succède.

Nouveau Testament[modifier | modifier le code]

Le nom de Belzébuth apparaît à plusieurs endroits dans le Nouveau Testament et laisse entendre qu'au premier siècle le monde sémite tient maintenant Belzébuth, Satan, Lucifer et Léviathan comme les chefs des démons. Un glissement sémantique s'est effectué entre les écrits vétéro-testamentaires et les Evangiles ; de divinité païenne, Belzébuth est maintenant considéré comme un démon.

Belzébuth est cité dans deux épisodes de la vie du Christ : le discours apostolique et la guérison d'un démoniaque sourd-muet.

  • Dans le discours apostolique, Jésus envoie ses apôtres en mission. Il leur donne le pouvoir de guérison et d'exorcisme, et les exhorte à évangéliser. À cette fin, il partage un certain nombre de recommandations et d'encouragements, et les prépare à ce qu'ils soient persécutés, à ne pas craindre la persécution. Ainsi, le Christ les met en garde contre ces maisons dont le maître serait Belzébuth : se choisir un tel maître est révélateur de la moralité de ceux qui y habiteraient[6].

« Il suffit au disciple d’être comme son maître, et au serviteur comme son seigneur. S’ils ont appelé le maître de maison Belzébuth, combien plus les gens de la maison ! Matthieu 10,25 »

  • Dans l'épisode de la guérison d'un démoniaque sourd-muet, le Christ est en conflit avec les scribes et les pharisiens. L'évangile de Marc apporte cette précision, que l'objet du conflit porte sur le respect du Sabbat, en effet, le Christ guérissait, même le jour du Sabbat. Il guérit donc un démoniaque sourd-muet, et déclenche la vindicte des docteurs de la loi juive qui l'accusent d'être possédé par Béelzéboul, et de chasser les démons au nom de Béelzéboul. À ceci le Christ répond que seul l'Esprit Saint peut chasser des démons. Dans l'évangile de Luc, les pharisiens et les scribes exigent du Christ un prodige ; celui-ci leur répond qu'il ne leur donnera que le signe de Jonas, c'est-à-dire, sa résurrection, trois jours après sa Passion[7].

« Si Satan est divisé contre lui-même, comment son royaume pourra-t-il subsister ? puisque vous dites que c’est par Belzébuth que je chasse les démons. Luc 11,18 »

Démonologie[modifier | modifier le code]

Les opinions divergent quelque peu concernant la place exacte de Belzébuth dans l'ordre infernal. Il pourrait être le Prince des démons et le chef suprême de l'empire infernal. Cette notion est reprise par sainte Françoise dans ses révélations, relatées dans son Traité sur l'Enfer : Belzébuth appartenait avant sa rébellion contre Dieu au chœur des dominations; depuis il a établi son pouvoir sur tous les crimes qu'enfante l’idolâtrie, et préside aux ténèbres infernales. Pour d'autres, il est un sous-prince, empereur des 666 légions infernales. Pour John Milton, il est premier en pouvoir et en crime après Satan. Le Grand Grimoire le mentionne également, lui attribuant le titre de prince, juste en dessous de Lucifer.

Belzébuth appartient à la première hiérarchie des mauvais Anges et fut jadis appelé dans le pays de Canaan « Seigneur des ordures » ou « Seigneur des mouches »[8]. Il chassait en effet ces dernières des moissons qu'elles infestaient, et son temple s'en trouvait tout à fait libéré. Il est le fondateur d'un « Ordre des mouches » comportant plusieurs grades, dont il honore ses créatures les plus sales, les plus viles et les plus abjectes. On ignore cependant l'aspect qu'il prend devant ses adorateurs. Certains le comparent à une énorme mouche, d'autres le confondent avec Priape ou Bacchus.

Le Monarque des Enfers, dit Palingrène, est d'une taille prodigieuse, assis sur un trône immense, ayant le front ceint d'un bandeau de feu, la poitrine gonflée, le visage bouffi, les yeux étincelants, le sourcil élevé et l'air menaçant, il a les narines extrêmement larges et deux grandes ailes de chauve-souris sur ses épaules, il est noir comme un Maure, il a deux pattes de canard, une queue de lion et de longs poils de la tête aux pieds. Quand il est en colère, il vomit des flammes et hurle comme un loup, enfin Astaroth apparaît à ses côtés, sous la forme d'un âne. Mais il peut tout aussi bien revêtir d'autres aspects qui peuvent même être parfois séduisants, comme quand il devient Biondetta, forme voluptueuse mais redoutable de Belzébuth, capable de changer de sexe et d'apparence (animal, succube…)[8].

Ordre de puissance dans l'Enfer[modifier | modifier le code]

Belzébuth est l'un des 4 princes de l'Enfer. Dans l'ordre : Satan, Belzébuth, Lucifer (l'ange déchu) et Léviathan.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dany Nocquet, Le "livret noir de Baal": la polémique contre le dieu Baal dans la Bible hébraïque et l'ancien Israël, Labor et Fides, 2004, ISBN 2-8309-1104-0
  2. En Isaïe 7, 18, le Rabbinat traduit Zevouv par "moustiques" ; en Ecclésiaste 10,1, par « mouches ». Zvouv semble bien une onomatopée du sifflement des moustiques.
  3. La Bible de Jérusalem, notes concernant Matthieu 12,24
  4. Jacques Ellul, La Subversion du christianisme, Le Seuil, 1984
  5. 2 Rois 1,2-17
  6. Matthieu 10
  7. Matthieu 12,24-27 ; Marc 3,22 ; Luc 11,15-19
  8. a et b Jacques Collin de Plancy, Dictionnaire Infernal, 1863, article sur Belzébuth

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Homonyme[modifier | modifier le code]

Belzébuth est également une bière de haute fermentation (8,6 % ou 11,8 % d'alcool) extra forte.

Belzébuth est un groupe traditionnel québécois.

Belzébuth est une chanson par le groupe québécois Les Colocs dans l'album Dehors novembre.

Belzébuth est le bébé surnommé Beel dans le manga Beelzebub