Natalie Clifford Barney

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Natalie Barney

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Natalie Barney vers 1900.

Nom de naissance Natalie Clifford Barney
Naissance
Dayton (Ohio) Drapeau des États-Unis
Décès (à 95 ans)
Paris Drapeau de la France
Activité principale
Auteur

Natalie Clifford Barney (née le à Dayton (Ohio) - morte le dans le 1er arrondissement de Paris) est une femme de lettres américaine.

Elle a écrit des poésies, des mémoires et des épigrammes, mais a fait de sa vie sa véritable œuvre d'art. Ouvertement lesbienne, elle a travaillé à faire revivre une histoire littéraire des femmes. Particulièrement intéressée par les poésies de Sappho, elle a voulu recréer une école de femmes-poètes comme celle que cette dernière tint à Mytilène.

On la connaît également pour ses nombreuses conquêtes amoureuses, dont la poétesse Renée Vivien, la danseuse et courtisane Liane de Pougy et la femme-peintre Romaine Brooks, et même Colette. Par son indépendance d'esprit, sa liberté de mœurs, son charme exceptionnel, son esprit et son intelligence, Natalie Barney a joué un rôle important dans le Paris de la Belle Époque.

Pendant plus de soixante ans, son salon littéraire de la rue Jacob a accueilli les écrivains et artistes qui ont compté des deux côtés de l'Atlantique.

L'environnement familial[modifier | modifier le code]

La mère de Natalie Barney, Alice Pike (en), a été fiancée à l'explorateur Henry Morton Stanley, mais, alors que ce dernier est parti pour une expédition de deux ans, elle épouse à sa place Albert Clifford Barney, un magnat américain des chemins de fer à Dayton, Ohio.

Une conversation avec Oscar Wilde, qu'elle a l'occasion de rencontrer, alors qu'il fait une tournée de conférences en Amérique, l'incite à s'intéresser à l'art plus sérieusement, et cela contre la volonté de son mari.

Alice Pike apprend la peinture auprès de Carolus-Duran et de James McNeill Whistler, et expose ses œuvres dans des galeries prestigieuses dont la Corcoran Gallery of Art. Dans les années suivantes, elle invente et fait breveter des procédés mécaniques[1], écrit et fait jouer plusieurs pièces et un opéra, elle travaille également à favoriser les arts à Washington, D.C. Plusieurs de ses peintures figurent maintenant dans la collection du Smithsonian American Art Museum.

Une préceptrice éveille l'intérêt de sa fille Natalie pour le français en lui lisant à haute voix des histoires de Jules Verne, l'incitant ainsi à apprendre cette langue afin de les comprendre.

Âgée de dix ans, elle quitte l'Ohio, avec sa famille, pour Washington, D.C, et passe l'été à Bar Harbor dans le Maine.

Quelque temps plus tard, Alice part vivre avec ses deux filles, Natalie et la cadette Laura à Paris ; elle les inscrit à l'école Les Ruches, un internat fondé par la féministe Marie Souvestre. Devenue adulte, Natalie parle français couramment et sans accent ; elle décide de rester à Paris, et presque toutes ses œuvres publiées seront écrites en français.

Une femme qui aimait les femmes[modifier | modifier le code]

Natalie in Fur Cape, portrait de Natalie Clifford Barney par Alice Pike Barney (en), en 1896.

À 12 ans, Natalie se rendit compte qu'elle aime les femmes et elle résolut alors de « vivre au grand jour, sans cacher quoi que ce fût ».

En 1899, après avoir vu la courtisane Liane de Pougy à un spectacle de danse à Paris, elle se présente chez elle en costume de page, annonçant qu'elle est un « page de l'amour » envoyé par Sappho. Bien que Liane de Pougy soit l'une des femmes les plus connues de France, courtisée par les hommes les plus riches et les plus titrés, elle est touchée par la témérité de la jeune fille. Elle se prend d'une passion très vive pour la jeune Américaine, qu'elle surnomme « moonbeam » (rayon de lune), évoquant la blondeur argentée de sa chevelure. Les deux femmes vivent, durant quelques mois, un amour passionné, mais Natalie, peu encline à la fidélité, ne tarde pas à s'éprendre d'autres femmes, de modèles féminins de sa mère et de la poétesse Renée Vivien.

Natalie évoque ces amours dans un recueil de poèmes Quelques portraits, sonnets de femmes, illustré de dessins de sa mère et publié à compte d'auteur en 1900. Liane de Pougy de son côté raconte son expérience dans un roman évocateur, Idylle saphique. Édité en 1901, le livre alimente les conversations du Tout-Paris, et doit être réimprimé 70 fois la même année, alors que les deux amantes ont déjà rompu après plusieurs disputes, Natalie voulant « sauver » Pougy de son existence de courtisane.

Une profusion d'aventures[modifier | modifier le code]

Le grand succès du livre est aussi un succès de scandale, Natalie Barney est aussitôt renvoyée aux États-Unis, où son père fait brûler tous les exemplaires du recueil de poèmes qu'il trouve, et cherche à la marier. Mais la jeune fille réplique à son père qu'elle n'acceptera qu'un seul parti : lord Alfred Douglas, l'ancien amant d'Oscar Wilde.

Devant cet entêtement, son père se résout à la laisser revenir à Paris où elle collectionne les aventures : Renée Vivien, Eva Palmer (en), Lucie Delarue-Mardrus, la poétesse anglaise Olive Custance (en), future lady Douglas, l'écrivain Colette, la cantatrice Emma Calvé, l'actrice Henriette Roggers

En 1902, son père meurt, elle hérite d'une grosse fortune et peut louer une maison à Neuilly-sur-Seine où elle donne des fêtes païennes qui défraient la chronique. La plupart de ses conquêtes – à l'exception de Renée Vivien, dégoûtée par ce qu'elle juge des « orgies » – Pierre Louÿs, Isadora Duncan et son frère Raymond, Mata Hari et d'autres encore s'y retrouvent.

Elle s'installe en 1909 dans un pavillon au 20 rue Jacob, dont on dit qu'il aurait été construit par le maréchal de Saxe pour sa maîtresse, l'actrice Adrienne Lecouvreur.

Cette maison sera, pendant près de soixante ans, le cadre de ses célèbres « vendredis », un des derniers salons littéraires influents. Viendront régulièrement Auguste Rodin, Rainer Maria Rilke, Colette, James Joyce, Paul Valéry, Pierre Louÿs, Anatole France, Robert de Montesquiou, Edna St. Vincent Millay, Gertrude Stein, Alice B. Toklas, Somerset Maugham, Radclyffe Hall, T. S. Eliot, Ford Madox Ford, Isadora Duncan, Ezra Pound, Virgil Thomson, Jean Cocteau, Max Jacob, André Gide, William Carlos Williams, Djuna Barnes, George Antheil, Janet Flanner (en), Nancy Cunard, Peggy Guggenheim, Mina Loy, Caresse et Harry Crosby, Marie Laurencin, Oscar Milosz, Paul Claudel, Adrienne Monnier, Sylvia Beach, Scott et Zelda Fitzgerald, Sinclair Lewis, Emma Calvé, Sherwood Anderson, Hart Crane, Alan Seeger, Mary McCarthy, Truman Capote, Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar

À la fin avril 1909, elle rencontre, chez Lucie Delarue-Mardrus, la duchesse de Clermont-Tonnerre, âgée de trente-quatre ans, qu'elle initie, un an plus tard, au saphisme et avec qui elle noue une relation passionnée. En avril 1910, son recueil d'aphorismes, Éparpillements, assure sa réputation littéraire.

Remy de Gourmont, curieux de connaître l'auteur de ce livre, tombe amoureux d'elle, il lui adresse des lettres passionnées, plus tard réunies en volume sous le titre de Lettres à l'Amazone, surnom qu'il lui donne et qu'elle gardera jusqu'à la fin de sa vie. Un surnom bien choisi pour cette passionnée d'équitation, qui a fait la une des journaux américains, au début des années 1920, galopant à travers Bar Harbor tout en menant un deuxième cheval à la bride devant elle.

La plus longue liaison connue de Natalie Barney est celle qu'elle a entretenue avec la peintre Américaine Romaine Brooks, rencontrée vers 1914, et qu'elle délaissera un temps pour Dolly Wilde, la nièce d'Oscar Wilde, à partir de 1937.

Son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale reste controversée, certains historiens la soupçonnant de complaisance à l'égard du fascisme et de Hitler, et de faire preuve d'antisémitisme [2].

Exilée quelque temps en Italie, elle revient, après la guerre, à Paris où elle ré-ouvre son salon littéraire et reçoit des auteurs comme Truman Capote et Marguerite Yourcenar.

Dans les années 1950, Natalie Barney entame une liaison avec Janine Lahovary, l'épouse d'un ambassadeur roumain, sans renoncer à son amitié avec Romaine Brooks, qu'elle aide régulièrement.

Elle publie Souvenirs Indiscrets en 1960, puis Traits et Portraits en 1963.

Elle meurt le 2 février 1972.

Sa sœur Laura (en) a été également femme de lettres et épouse de l'écrivain français Hippolyte Dreyfus, spécialiste du baha'isme.

Témoignage contemporain[modifier | modifier le code]

« […] chez miss Barney, rue Jacob, qui habite une petite maison avec gazon, arbres, serre et d'un autre côté, avec un temple à l'amitié […]. Cet édicule est attribué à Adrienne Lecouvreur. Les coins de ce jardin sont tout ce qui reste paraît-il du jardin de Racine. La Champmeslé, Racine, Lecouvreur, tous ces souvenirs flottent dans les parages[3] »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Natalie Barney a écrit la plupart de ses livres en français.

  • Quelques portraits, sonnets de femmes, poèmes (1900)
  • Cinq Petits dialogues grecs (sous le pseudonyme de Tryphê) (1902)
  • Actes et entr' actes (1910)
  • Éparpillements (1910)
  • Je me souviens, roman (1910)
  • Pensées d'une Amazone ; Les sexes adverses, la guerre et le féminisme ; Choses de l'amour ; Pages prises au roman que je n'écrirai pas (1920)
  • Poems et poèmes, autres alliances (1920)
  • Aventures de l'esprit (1929)
  • Nouvelles pensées de l'Amazone (1939), réédité par les éditions Ivrea en 1996.
  • Souvenirs indiscrets (1960)
  • Un Panier de framboises (1979)
  • Traits et portraits. Suivi de l'Amour défendu (1963)

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Je ne m'explique pas, je m'obéis. » - Éparpillements
  • « Je ne juge d'après leurs actes que ceux pour qui j'ai de l'antipathie. » - Éparpillements
  • « J'aime trop les commencements pour savoir aimer autre chose. » - Éparpillements

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Liste des brevets de Alice Pike Barney
  2. Suzanne Rodriguez, Wild Heart A Life. Natalie Clifford Barney's Journey from Victorian America to the Literary Salons of Paris, Harper Collins Publishers, 2002
  3. Abbé Mugnier, Journal, 10 mai 1915 (Mercure de France, 1985, p. 287)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Chalon, Chère Natalie Barney (Paris, Librairie générale française, 1995) ;
  • Jean Chalon, Portrait d'une séductrice (Paris, Stock, 1976) ;
  • Berthe ou un demi-siècle auprès de l'Amazone, souvenirs de la gouvernante de Natalie Barney recueillis et préfacés par Michèle Causse (Tierce, 1980).
  • (en) Jean L. Kling, Alice Pike Barney : Her Life and Art, Smithsonian Books,‎ (ISBN 978-1560983446)

Liens externes[modifier | modifier le code]