Wanda Landowska

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Wanda Landowska

Description de l'image  Wanda Landowska 1.jpg.
Naissance
Varsovie, Drapeau de la Pologne Pologne
Décès
Lakeville, Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale Claveciniste
Activités annexes Pianiste

Wanda Landowska, née à Varsovie le et morte à Lakeville (Connecticut, États-Unis) le , est une pianiste et claveciniste juive polonaise, considérée comme une des personnalités les plus importantes dans la renaissance du clavecin au début du XXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts professionnels[modifier | modifier le code]

D'origine juive, la famille de Wanda Landowska était convertie au catholicisme. Elle est la fille d'un avocat, musicien amateur, et d'une linguiste.

Ayant dès âge de quatre ans étudié le piano, elle fait ses études au Conservatoire de Varsovie, puis part pour Berlin afin de s'y perfectionner et d'y étudier la composition.

Son premier univers sonore est celui de Hans von Bülow et de l'inflation post-romantique des orchestres symphoniques. Mais son attirance pour la musique ancienne, son sentiment que celle-ci doit être jouée sur des instruments d'époque jalonnent sa vie entière : elle va la consacrer à une résurrection de la musique ancienne et baroque à travers l'un de ses instruments majeurs, le clavecin.

En 1900, elle s'installe à Paris, en tant que pianiste et épouse Henri Lew, journaliste, lui aussi polonais[1]. Elle devient professeur à la Schola Cantorum (jusqu'en 1913). En 1909, elle publie son premier livre Musique ancienne. Durant cette période, elle participe à plusieurs concerts, principalement au piano, parfois au clavecin. Elle fait aussi une tournée en Russie, jouant notamment dans la propriété de Léon Tolstoï à Iasnaïa Poliana (24 et 25 décembre 1907 puis en 1909)[2].

Le clavecin de Wanda Landowska (1912)[modifier | modifier le code]

Insatisfaite par sa recherche de clavecins anciens en état de jouer, elle commande à la maison Pleyel la construction d'un « clavecin » qu'elle inaugure en 1912 au festival Bach de Breslau : l'instrument doit avoir une forte sonorité et supporter sans dommage les déplacements pour les concerts, ce qui en influence fortement la conception.

Leonid Pasternak, Concert de Wanda Landowska à Moscou, (1907, Galerie Tretiakov)
« Grand Modèle de Concert » de Pleyel (1927), clavecin favori de Wanda Landowska
Berlin, Musikinstrumentenmuseum

La guerre et l'après-guerre[modifier | modifier le code]

Elle rencontre un succès grandissant en France comme à l'étranger et obtient même la création d'un poste de professeur de clavecin à la Musikhochschule de Berlin, le premier créé dans le monde. Se trouvant en Allemagne au moment de la déclaration de guerre (août 1914), elle y est retenue prisonnière sur parole et donne des cours à Berlin jusqu'en 1919[3]. Henri Lew meurt dans un accident de voiture à la fin de ce séjour en Allemagne.

Revenue en France en 1919, elle enseigne à la Schola cantorum de Bâle et à l'Ecole normale de musique de Paris (1921-1922), puis fait une tournée en Espagne, participant à la création d'une oeuvre de Manuel de Falla[4] (1923).

L'école de Saint-Leu-la-Forêt (1927)[modifier | modifier le code]

En 1925, elle achète une propriété à Saint-Leu-la-Forêt. En 1927, souhaitant transmettre ses convictions et son savoir, elle y crée l'École de musique ancienne pour des clavecinistes, des pianistes ou des chanteurs du monde entier. Elle forme de nombreux élèves, notamment Isabelle Nef, Ralph Kirkpatrick, Rafael Puyana, Aimée van de Wiele, Ruggero Gerlin, ...

André Schaeffner a assisté aux premiers cours :

« École de Saint-Leu-la-Forêt

C'est déjà ainsi que l'on nomme l'école d'interprétation ouverte par Wanda Landowska dans la salle de musique qu'elle a fait construire à l’intérieur de sa propriété de Saint-Leu-la-Forêt. Inaugurées solennellement le 3 juillet dernier, salle et école ont, durant un trimestre entier, deux fois par semaine, accueilli élèves et auditeurs, tous enthousiastes témoins d’un enseignement pratique comme il n’en est donné aucun de comparable dans les divers conservatoires de musique.

Séminaire d’études de la musique ancienne, tel est le sous-titre que mériterait une pareille école, en donnant au mot de « séminaire » son vieux sens qu’il a gardé dans les universités germaniques. Parmi le vaste travail de spécialisation qui s’exerce dans le monde des études scientifiques, voici un nouveau lieu où, par une limitation de l’objet, ce dernier ne se prête que plus à être approfondi. C’est seulement à Bach et à Mozart, ou à leurs contemporains, que le secret de l’interprétation est demandé. Bach, Mozart, les clavecinistes français ou italiens devenant la base d’une nouvelle culture musicale. Et le mot de culture ne risque pas ici d’être pris dans un sens vague, mais avec tout ce qu’il sous-entend de technique, d’élargissement intellectuel et de valeur morale. Car ce qu’il y eut de plus remarquable à ces cours d’interprétation ce fut, en même temps que la présence de pianistes, de violonistes, de chanteuses, celle de critiques musicaux, de musicologues, de critiques et d’esthéticiens d’autres arts, venant trouver auprès du jeu charnel et inspiré, auprès des explications si lucides, quoique si chaudes d’images, de Wanda Landowska, le mot exact, l’émotion authentique, l’excitation d’idées qu’ils recherchent également dans l’examen technique des arts plastiques mais dont les pâles et futiles concerts dits de musique ancienne ne pouvaient donner le moindre équivalent. C’est par le geste même dont Wanda Landowska brise avec l’ordinaire musicologie qu’elle nous en restitue une conception neuve, plus saine et féconde. Il ne s’agit point de râcler des instruments discords et qui sentent l’antiquaire, mais d’interpréter Bach ou Mozart dans les seules conditions de pureté et d’intensité sonores. Il est un temps pour le musée et pour le dictionnaire ; il en est un autre où l’on se livre à la musique, toute pudeur jetée. »

— André Schæffner[5]

Quelques années plus tard, le , elle donne la première exécution publique au clavecin des Variations Goldberg de Bach qu'elle travaille depuis quarante-cinq ans. Comme Felix Mendelssohn l'avait fait un siècle plus tôt avec la Passion selon Saint Matthieu, Landowska réussit à imposer l'œuvre[6], contribuant avec d'autres tels Pablo Casals à la réhabilitation de la musique de Bach.

L'exil (1940)[modifier | modifier le code]

Wanda Landowska au clavier

Le 10 juin 1940, quelques jours avant l'arrivée des Allemands à Paris, elle quitte Saint-Leu et part pour le Midi; elle reste ensuite pendant un an et demi en Zone libre, dans les Pyrénées-Orientales; puis après des concerts en Suisse, elle part aux États-Unis où, à l'âge de soixante-trois ans, elle commence une nouvelle carrière et poursuit avec enthousiasme sa vocation en enseignant, en donnant des concerts et en réalisant des enregistrements (elle enregistra les 48 Préludes & Fugues du Clavier bien-tempéré de Bach à l'âge de 70 ans).

Sa disciple et compagne, Denise Restout, a traduit et édité ses écrits sur la musique, entre autres Musique ancienne, et Landowska on Music (Londres, 1965).

La reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Wanda Landowska, décorée par les gouvernements français et polonais, gagna l'estime du monde musical international. De grands compositeurs du XXe siècle composèrent des œuvres pour elle, comme Manuel de Falla et Francis Poulenc.

Jugements sur Wanda Landowska[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

L'oeuvre[modifier | modifier le code]

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Clavecin
Piano

Livres[modifier | modifier le code]

  • Sur l'interprétation des œuvres de clavecin de Jean-Sébastien Bach, 1905
  • « En vue de quel instrument Bach a-t-il composé son Wohltemperiertes Clavier ? » dans La Revue Musicale, 9e année, no 2, 1er décembre 1927, p. 123-129.
  • Musique ancienne, 1909. Réédition : avec une présentation de Roger Lewinter, Éditions Ivrea, Paris, 1996. (ISBN 2-85184-252-8)
  • Chopin et l'ancienne musique française, 1931
  • Sur les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, 1933
Citations
  • « Il ne faut pas jouer les chefs-d'œuvres du passé comme on regarderait passer un convoi funéraire, paralysé par le respect. » (Wanda Landowska)
  • « Entre un coup de métronome et le suivant, il n'y a que le vide. Entre un battement de cœur humain et le suivant il y a tout un monde. » (Wanda Landowska)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Schæffner, « Wanda Landowska et le retour aux « humanités » de la musique », dans La Revue Musicale, 8e année, n° 3, 1927, p. 254 & s.
  • B. Gavoty et R. Hauert, Wanda Landowska, Genève, 1957
  • T. Bainbridge, « Wanda Landowska and her repertoire : a note », dans Early Music, 3e année, 1975 p. 39 et s.
  • H. Schott, « Wanda Landowka », dans Early Music, 7e année, 1979, p. 467 et s.
  • Alice Hudnall Cash, Wanda Landowska and the Revival of the Harpsichord : A Reassessment, thèse de doctorat en musicologie, University of Kentucky, 1990.
  • Jean-Jacques Eigeldinger (dir.), Wanda Landowska et la renaissance de la musique ancienne, Arles, Actes Sud, 2010 - ISBN 978-2-7427-9322-8
  • (en) Larry Palmer, Harpsichord in America : A Twentieth-Century Revival, Bloomington & Indianapolis, Indiana University Press,‎ 1989, 202 p. (ISBN 0-253-20840-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eigeldinger, 2010, p. 16.
  2. Eigeldinger, 2010, p. 26 (photo avec Tolstoï parue dans Musica, juin 1908).
  3. Eigeldinger, 2010, p. 16.
  4. El retablo de Maese Pedro. Eigeldinger, 2010, p. 16.
  5. La Revue Musicale, 9e année, n° 2, 2 décembre 1927, p. 162-163.
  6. Mais c'est, près de trente auparavant, Blanche Selva qui fut la première pianiste à donner en public les Variations Goldberg, le 9 février 1904, dans le cadre de l'intégrale des œuvres pour clavier de J. S. Bach qu'elle donna dans la salle de concerts de la Schola Cantorum de Paris en 17 concerts. Blanche Selva rejoua plusieurs fois ces Variations dans divers concerts consacrés à J-S. Bach avant 1930. Son rôle comme celui de la Schola Cantorum fut très important dans le renouveau de ce compositeur en France.
  7. p. 119
  8. p. 6
  9. p. 52
  10. p. 48