Nancy Cunard

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Nancy Cunard en 1928

Nancy Clare Cunard, née le 10 mars 1896 et morte le 17 mars 1965 à Paris, est une femme-écrivain anglaise, rédactrice en chef et éditrice, militante politique, anarchiste et poète.

Née en Grande-Bretagne dans la classe supérieure, elle rejeta résolument les valeurs familiales et consacra la plus grande partie de sa vie à lutter contre le racisme et le fascisme. Grande collectionneuse d'Art africain, elle fut la muse de nombreux écrivains et artistes des années 1920 et 1930, parmi lesquels Wyndham Lewis, Aldous Huxley, Tristan Tzara, Ezra Pound, et Louis Aragon, qui comptèrent parmi ses amants, ainsi qu'Ernest Hemingway, James Joyce, Constantin Brancusi, Langston Hughes, Man Ray et William Carlos Williams.

Dans les dernières années de sa vie, elle souffrit de maladie mentale et sa santé physique se détériora. Elle mourut dans la rue et sans le sou à l'âge de 69 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Les années 1910[modifier | modifier le code]

Son père, Sir Bache Cunard, baronnet, avait hérité de la ligne de navigation Cunard Line et s'intéressait au polo et à la chasse au renard. Sa mère, née Maud Alice Burke (1872-1948), était une héritière américaine qui collectionnait les amants dont le chef d'orchestre Thomas Beecham ou le romancier George Moore qui ne coupa jamais court à la rumeur qu'il était le véritable père de Nancy[1] ; devenue Lady Emerald Cunard, Maud recevait la meilleure société londonienne, remplissant sa maison d'auteurs, d'artistes, de musiciens et de politiques, et fut bien connue comme amie de Wallis Simpson. Fille unique, Nancy avait d'abord été élevée dans la propriété familiale à Nevill Holt dans le Leicestershire, mais quand ses parents se séparèrent en 1910, elle s'installa à Londres avec sa mère. Son éducation se passa dans plusieurs pensionnats, y compris lorsqu'elle était en France et en Allemagne. Rejetant les valeurs familiales, la jeune fille rebelle chercha toujours à fuir cette mère qui l'étouffait[2].

Pendant la Première Guerre mondiale, elle fit en 1916 un mariage qui ne dura pas plus de vingt mois, avec Sydney Fairbairn, joueur de cricket, officier dans l'armée et blessé de guerre. À cette époque elle était également proche de l'influent groupe de La Coterie, fréquentant en particulier Iris Tree[3].

Elle contribua à Wheels, l'anthologie des Sitwell, fournissant le poème de son titre et il est même dit qu'elle fut à l'origine de ce projet.

Son amant, Peter Broughton-Adderley, trouva la mort au combat en France moins d'un mois avant l'armistice. Beaucoup de ceux qui l'ont connue ont prétendu qu'elle ne s'est jamais entièrement remise de cette perte[4].

Paris[modifier | modifier le code]

Portrait de Nancy Cunard par Ambrose McEvoy (en) vers 1920.

À partir de 1920, elle s'installe à Paris, où elle s'implique dans les courants du modernisme littéraire, du surréalisme et du dadaïsme[5]. En 1924, elle confie à Jean-Michel Frank la décoration de son nouvel appartement de la Rue Le Regrattier sur l'Île Saint-Louis.

Elle s'initie aux lettres françaises grâce à Roger Dévigne. Nombre des poèmes qu'elle publia remontent à cette période. Durant les premières années elle fut très liée avec Michael Arlen. Une brève relation avec Aldous Huxley influença plusieurs romans de ce dernier. Elle fut le modèle de Myra Viveash dans Antic Hay (1923) et de Lucy Tantamount dans Point Counter Point (1928) (Contrepoint). Il est supposé que c'est à cette époque qu'elle devint dépendante de l'alcool et d'autres drogues comme la cocaïne. Prônant une liberté sexuelle totale, elle explique qu'elle a subi volontairement une hystérectomie en 1920 alors qu'il semble que cette opération soit les conséquences d'une infection gynécologique grave[6].

The Hours Press[modifier | modifier le code]

En 1927, elle s'installe dans une ferme à La Chapelle-Réanville, en Normandie.

Voulant soutenir la poésie expérimentale et fournir aux jeunes auteurs un marché plus rémunérateur, c'est là qu'en 1928, elle crée "The Hours Press", une petite imprimerie qui s'était appelée Three Mountains Press — elle avait hérité d'une fortune qui lui permettait de prendre plus de risques financiers que d'autres éditeurs. Cette maison d'édition collabora avec William Birod, un journaliste américain vivant à Paris et qui avait déjà fait paraître des œuvres d'Ezra Pound. "The Hours Press" se fit connaître par la conception superbe de ses livres et la haute qualité de sa production.

Hours Press fit paraître la première œuvre de Samuel Beckett publiée séparément, un poème appelé Whoroscope (1930). Elle publia aussi les XXX Cantos de Pound. En 1931, Wyn Henderson avait pris en main la gestion de la maison d'édition, et la même année en publia le dernier livre, The Revaluation of Obscenity par le sexologue Havelock Ellis.

L'activisme politique[modifier | modifier le code]

Nancy Cunard en 1928 dans les bras d'un inconnu (qui n'est pas Henry Crowder).

En 1928, après une liaison de deux ans avec Aragon, elle en commença une autre avec Henry Crowder, un Afro-Américain, musicien de jazz, qui travaillait à Paris. Elle devint alors une activiste en matière de politique raciale et de droits civils aux États-Unis, et visita Harlem. En 1931 elle publia à compte d'auteur un ouvrage polémique, Black Man and White Ladyship, attaque contre les attitudes racistes comme celle de sa mère, dont elle rapporte le propos : « C'est vrai que ma fille connaît un nègre ? » Elle publia également Negro : An Anthology, où elle rassemblait des poésies, des œuvres de fiction et de non-fiction, dues surtout à des écrivains afro-américains, dont Langston Hughes et Zora Neale Hurston. On y trouve aussi des écrits de George Padmore et son propre récit de l'affaire des Garçons de Scottsboro. La presse parla de ce projet en mai 1932, deux ans avant qu'il fût publié, ce qui valut à Nancy Cunard de recevoir des menaces anonymes et des lettres de haine. Elle en publia quelques-unes dans le livre, en exprimant son regret que, du fait que « [les autres] sont obscènes, cette partie de la culture américaine ne peut donc pas être rendue publique ». Elle dut en financer la publication alors que sa mère lui avait réduit le montant de ses rentes[7].

L'antifascisme[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1930, elle participa à la lutte contre le fascisme, écrivant sur l'annexion de l'Éthiopie par Mussolini et sur la guerre civile en Espagne. Elle annonça de façon précise que les « événements en Espagne étaient le prélude d'une nouvelle guerre mondiale ». Ses récits sur les souffrances des réfugiés espagnols furent à l'origine d'une souscription dans le Manchester Guardian. Elle-même contribua à la fourniture de secours matériels et à l'organisation des aides, mais sa mauvaise santé – due en partie à l'épuisement et aux conditions qu'elle trouvait dans les camps – la força à revenir à Paris, où elle se tenait dans les rues à faire la collecte de fonds pour les réfugiés.

En 1937, elle publia une série de brochures contenant des poèmes sur la guerre, dont des œuvres de W. H. Auden, Tristan Tzara et Pablo Neruda. Plus tard, la même année, elle distribua en Europe un questionnaire à des écrivains au sujet de la guerre ; les réponses furent publiées par The Left Review sous le titre Authors Take Sides on the Spanish War.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle travailla, jusqu'à s'épuiser physiquement, comme traductrice à Londres au service de la Résistance française.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Après la guerre, elle renonça à sa maison à Réanville et fit de nombreux voyages. Selon les dires de Pablo Neruda, qui en dresse un portrait dans J'avoue que j'ai vécu, Nancy Cunard a vécu à Lamothe-Fénelon, dans le Lot, où elle continua à voir ses amis.

Mentalement et physiquement elle était en mauvaise santé, ce qu'aggravaient chez elle l'alcoolisme, la pauvreté et des comportements autodestructeurs. Elle fut internée dans un hôpital psychiatrique après une altercation avec la police de Londres mais, une fois sortie, son état de santé déclina encore. Elle ne pesait plus que trente cinq kilos. Selon une légende on la retrouva morte dans la rue à Paris. En réalité [8], très fatiguée, elle était gardée chez elles par des amis dont Georges Sadoul. Ceux-ci étant sortis pour faire une course, elle prit un taxi pour se faire conduire à l'hôpital Cochin, où elle mourut deux jours plus tard. Son corps revint en Angleterre pour la crémation et ses restes furent placés au cimetière du Père-Lachaise, à Paris, où ses cendres reposent dans l'urne numéro 9016[9].

Hommages[modifier | modifier le code]

En 2014, le Musée du quai Branly consacre une exposition à Nancy Cunard à l'occasion du quatre-vingtième anniversaire de la publication de Negro Anthology[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) M.C. Rintoul, Dictionary of Real People and Places in Fiction, Routledge,‎ 2014, p. 341
  2. (en) Jane Dowson, Women's Poetry of the 1930s. A Critical Anthology, Routledge,‎ 2008, p. 51
  3. (en) Anne Chisholm, Nancy Cunard, Sidgwick & Jackson,‎ 1979, p. 34
  4. (en) Anne Chisholm, Nancy Cunard. A biography, Knopf,‎ 1979, p. 40
  5. http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-84e86af5838d4ca62301e1c50a6e9&param.idSource=FR_O-4daf5836b3b8dc125b6f44f17c246632
  6. (en) Anne Chisholm, Nancy Cunard, Sidgwick & Jackson,‎ 1979, p. 67
  7. (en) Paul Finkelman, Encyclopedia of African American History, Oxford University Press,‎ 2009, p. 467
  8. Selon Sarah Frioux-Salgas, responsable des archives et de la documentation des collections à la médiathèque du musée Quai Branly. lors de l'émission, de Franck Ferrand sur Europe 1 le 24 avril 2014. Lire: Sarah Frioux-Salgas, « Introduction « L’Atlantique noir » de Nancy Cunard, Negro Anthology, 1931-1934 », Gradhiva [En ligne], 19 | 2014, mis en ligne le 01 mars 2017, consulté le 25 avril 2014. URL : http://gradhiva.revues.org/2771
  9. Discussion entre Scot Ryersson et Michael Yaccarino
  10. Exposition «L'Atlantique noir de Nancy Cunard»

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) François Buot, Nancy Cunard, Fayard-Pauvert,‎ 2008
  • (en) Lois Gordon, Nancy Cunard: Heiress, Muse, Political Idealist, Columbia University Press,‎ 2007 (ISBN 978-0-231-13938-0)