Léontine Lippmann

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Caillavet, Léontine de.jpg

Léontine Lippmann, par son mariage Madame Arman, dite Madame Arman de Caillavet, est née en 1844 et morte le 12 janvier 1910 à Paris, âgée de 65 ans. Maîtresse et égérie d'Anatole France, elle a tenu un salon littéraire très en vue sous la Troisième République. Elle est un des modèles de Mme Verdurin, personnage d'À la recherche du temps perdu de Proust qui est introduit dans son salon en 1889. Elle fut également une proche de l'abbé Mugnier.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issue d'une famille juive, fille de banquier, elle épouse en 1868, en la chapelle des Tuileries, et en présence de Napoléon III et de l'impératrice, Albert Arman, dont la mère était née Caillavet. Le père d'Albert Arman, Lucien Arman, est un armateur bordelais, député de Libourne, proche du couple impérial. Le jeune ménage se fait appeler Arman de Caillavet. « M. Arman de Caillavet [...] tenait la rubrique du yachting au Figaro ; il affectionnait les croisières à bord de sa Cymbeline : il était passionné des choses de la mer – comme ce M. Arman qui construisait au XIXe siècle des frégates pour l'empereur de Russie et des canonnières pour notre flotte. M. Arman de Caillavet fut aussi à l'origine de la vogue du Cayla[1], cette plage de la côte landaise. »[2] Les Arman de Caillavet possèdent après le Cymbeline un nouveau yacht, le Mélusine, et ils visitent les côtes de Bretagne, d'Angleterre et de Hollande. Par la suite, Mme Arman de Caillavet se passionne pour l'Italie et la Grèce, où elle fait de longues croisières, notamment en 1896, où elle emmène son fils, Anatole France et Maurice Spronck[3] en Corse, en Sardaigne en Sicile, et le long de la côte occidentale italienne.

Ils ont un fils, l'auteur dramatique Gaston Arman de Caillavet. Les époux ne sont guère fidèles, mais ils ne divorcent pas. Mme Arman de Caillavet est farouchement républicaine, à l'inverse de son mari.

Belle dans sa jeunesse, avec des yeux bleu clair, des cheveux noirs, un sourire moqueur, elle est intelligente, cultivée, parle quatre langues. Elle fréquente d'abord le salon de Mme Aubernon. C'est sans doute là qu'elle rencontre Anatole France, en 1883. À partir de 1888, suivront des années d'une liaison passionnée, exclusive, souvent orageuse car les deux amants sont fort jaloux. Elle inspirera Thaïs (1890) et Le Lys rouge (1894). Ils continuent à s'appeler Monsieur et Madame en public. Anatole France prend l'habitude, depuis sa séparation avec sa première épouse en 1891, de déjeuner et de travailler ensuite tous les jours chez Mme Arman de Caillavet. Il est invité aussi à passer un mois d'été dans sa maison de Capian en Gironde[4].

Mme de Caillavet ouvre son propre salon dans son hôtel particulier situé n° 12 avenue Hoche[5] près de la place de l'Étoile. Assise dans une bergère à droite de la cheminée, devant laquelle se tient Anatole France, elle reçoit le dimanche l'élite intellectuelle, mondaine et politique. Comme Madame Verdurin, elle ne redoutait que les ennuyeux. On y trouve des écrivains, des députés, des avocats, des acteurs ; il n'y a pas particulièrement de membres de l'aristocratie, car Madame Arman de Caillavet souhaite avant tout un salon littéraire et politique, seuls en sont exclus les musiciens, car ni elle ni Anatole France n'aiment la musique : On y trouve donc le comte Joseph Primoli, Jean-Élie, duc Decazes ; le prince et la princesse Bibesco, le baron et la baronne de Rothschild, Robert de Montesquiou (qui mettra de nombreuses années avant d'être reçu et de la recevoir), Anna de Noailles, Louis Barthou, Marie et Pierre Curie, Marcel Proust, Leconte de Lisle, J.-H. Rosny aîné, Gabriel Hanotaux, Paul Bourget, Marcel Prévost, Pierre Loti, Maurice Barrès, Marcelle Tinayre, Sarah Bernhardt, la comédienne Réjane, Fernand Gregh, l'abbé Mugnier, le comédien Lucien Guitry et son fils Sacha Guitry, le sculpteur Antoine Bourdelle, le peintre Munkaczy, Hugo Ogetti, le commandant Rivière, Georg Brandes, Jules Lemaître, Gugliemo Ferrero, l'abbé astronome Théophile Moreux, Colette et son premier mari Henry Gauthier-Villars dit Willy, Marcel Schwob, Robert de Flers, Paul de Grunebaum, Charles Rappoport, François Crucy, Michel Corday, Joseph Reinach, Tristan Bernard, la danseuse Loïe Fuller, Georges Clemenceau, le professeur Samuel Pozzi, le docteur Paul-Louis Couchoud, Aristide Briand, Léon Blum, Jean Jaurès, Léopold Kaher, Pierre Mille, Charles Maurras et Raymond Poincaré.

Le mercredi, Mme Arman de Caillavet donne des dîners à la conversation dirigée sur le modèle de ceux de Mme Aubernon où l'on trouve Alexandre Dumas fils, l'helléniste Brochard, le professeur Pozzi, Leconte de Lisle, José-Maria de Heredia, Ernest Renan et, bien sûr, Anatole France.

Elle prend froid à la fin de l'automne 1909 dans sa propriété de Capian et tombe gravement malade, si malade qu'elle est ramenée chez elle avenue Hoche en janvier 1910. Elle y meurt le 12, n'ayant qu'à moitié pardonné l'escapade d'Anatole France avec une actrice, qui se plaint égoïstement de ses maux de reins et n'assiste pas à ses derniers moments. Elle le laisse désespéré: « Comment a-t-elle pu m'abandonner ainsi [6]? » Ses obsèques catholiques ont lieu en l'église Saint-Philippe-du-Roule, le 14 janvier, mais elle avait demandé dans ses dernières volontés à être enterrée dans le carré juif du cimetière Montmartre, auprès de ses parents[7]. Anatole France, seul dans un coin de l'église, dut subir le regard accusateur de beaucoup de personnes présentes. Il y avait Réjane, Gégé Primoli, Clemenceau, etc. Proust, qui avait promis de venir dans une lettre à l'épouse de Gaston, fit livrer une couronne d'arums, de camélias, de roses et de violettes, à celle qui aimait tant les fleurs. Le lendemain des funérailles, la Seine était en crue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pyla-sur-Mer ?
  2. André Becq de Fouquières, Op. cit., p. 182
  3. Jeanne Maurice Pouquet, op. cité, p. 171
  4. Jeanne Maurice Pouquet, op. cité, p. 125
  5. Acheté en 1878 à Arsène Houssaye, l'adresse était avenue de la Reine-Hortense, nom de l'avenue à l'époque, cf Jeanne Maurice Pouquet, op. cité, p. 3
  6. George Painter, op. cité, p. 197
  7. Où son mari et son fils refusèrent de la rejoindre quand leur heure fut venue

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]