Lucien Fabre
Lucien Fabre, né le 14 février 1889 à Pampelonne dans le Tarn en France et mort en 1952, est un ingénieur et écrivain français.
Sommaire |
Biographie [modifier]
Personnage brillant de la Troisième République, industriel et artiste ami intime des poètes Paul Valéry et Léon-Paul Fargue et du violoniste Jacques Thibaud, Lucien Fabre est largement oublié au XXIe siècle, sans doute parce que son éclectisme extrême ne correspond plus à la norme contemporaine et que son style hermétique le rend difficile à lire. Il présente pourtant de l'intérêt par ses « défauts » mêmes : infatigable homme d'affaires cosmopolite qui sillonnait l'Europe d'avant-guerre dans son avion privé, quittant un conseil d'administration pour rejoindre un salon de littérateurs, il incarne l'image aujourd'hui désuète d'un amateur de haute culture qui savait être un homme d'action dur en affaires et se faire écouter des plus grands dans des domaines très variés qui vont de la science (théories de la relativité) à la poésie en passant par le théâtre, le roman (prix Goncourt 1923), la théologie et l'art de l'ingénieur.
Ce bourgeois parisien qui avait fait un mariage doré en épousant une jeune femme issue d'une des familles les plus riches du Champ-de-Mars à Paris ne perdit jamais le contact avec ses racines languedociennes. Né près de Carmaux dans le Ségala tarnais, il garda toute sa vie une tendresse profonde pour la vie paysanne qui berça son enfance. Plusieurs de ses livres restituent l'atmosphère et le caractère qui règnent dans cette terre austère et pauvre. C'est à Carmaux qu'il rencontra Jean Jaurès qui lui obtint une bourse pour préparer l'École centrale où il entra en 1908. Il garda toute sa vie des liens d'affection et de conviction avec les cercles socialistes - il adhère à la SFIO en 1931[1] (il est le candidat de ce parti aux élections législatives de 1932 à Limoux face à Jean Bousgarbiès) -, notamment avec Léon Blum. Son attachement à son terroir et la façon dont il a su marier l'éclat et la crudité de la langue d'oc de ses origines avec le raffinement conceptuel du français, prestigieuse langue à vocation universelle dominante à l'époque, font de lui un modèle de régionalisme débarrassé de tout folklorisme naïf qui lui a permis de combiner l'écriture de textes de poésie sophistiqués dans la veine de son maitre Paul Valéry (qui lui avait dédié La Dormeuse, un de ses poèmes les plus connus), de traités savants de science et de théologie et des romans vivants où le Languedoc natal est dépeint de manière originale et inspirée.
Écrivain [modifier]
- Œuvres
- Bassesse de Venise, précédé de La Traversée de l'Europe en avion et du légat (1924). En frontispice, portrait de l'auteur par Man Ray gravé sur bois par G. Aubert, Collection Une Œuvre, un Portrait, Gallimard (essai)
- Le Ciel de l'oiseleur (1934), Gallimard (essai)
- Connaissance de la déesse (1920), préface de Paul Valéry. En frontispice, portrait de l'auteur par Édouard Vuillard gravé sur bois par G. Aubert, Collection Une Œuvre, un Portrait, Gallimard (poésie)
- Le Paradis des amants (1931), Collection blanche, Gallimard (roman)
- Rabevel ou le mal des ardents (1923), trois volumes, Collection blanche, Gallimard (roman)
- Le Rire et les rieurs (1929), Collection blanche, Gallimard (essai)
- Le Tarramagnou (1925), Collection blanche, Gallimard (roman)
- Vanikoro (1925). En frontispice, portrait de l'auteur par Foujita, Collection Une Œuvre, un Portrait, Gallimard (poésie)
- Jeanne d'Arc (1948), Tallandier
- Théâtre
- 1942 : Dieu est innocent, mise en scène Marcel Herrand, Théâtre des Mathurins
- Distinctions
- Le prix Goncourt 1923 lui est décerné pour son roman Rabevel ou le Mal des ardents.
- Grand Prix d'Histoire de l'Académie française en 1948 pour son ouvrage sur Jeanne d'Arc.
Il est un ami intime et disciple en poésie de Paul Valéry qui a préfacé un de ses ouvrages (Connaissance de la déesse) en développant une analyse, renommée, de la notion de poésie pure. Ce dernier a également préfacé une de ses pièces de théâtre qui connut un grand succès, Dieu est innocent[2], en lui consacrant une étude approfondie.
Physique [modifier]
Fabre publie en 1921 un ouvrage de vulgarisation scientifique, intitulé Les théories d'Einstein : une nouvelle figure du monde[3]. Ce livre, parmi les premiers en langue française sur la relativité, présente les découvertes du physicien ; il comporte une préface d'Albert Einstein. Maurice Solovine (ami et traducteur[4] d'Einstein) s'étonna qu'Einstein ait accordé une préface à Fabre, dont il pensait le plus grand mal. Einstein répondit que le texte faisant office de préface était une lettre de lui adressée à l'intermédiaire qui les avait mis en contact. Après qu'Einstein eut contacté l'éditeur, la préface de l'ouvrage fut retirée pour la seconde édition, mais remplacée par un commentaire de Fabre désobligeant pour Einstein[5].
- Œuvres
- Les théories d'Einstein : une nouvelle figure du monde ; avec une préf. de M. Einstein ; Paris : Payot, 1921 ; Description matérielle ; 242 p.
- Les Théories d'Einstein : une nouvelle figure du monde ; Nouvelle éd. épurée, accrue de notes liminaires... et de trois notes de MM. Guillaume, Brillouin et Sagnac sur leurs propres idées ; Paris : Payot, 1921 ; 256 p.
Notes et références [modifier]
- La saga des Fabre de Pampelonne, entretien avec Jòrdi Blanc, Le Tarn Libre, 14 décembre 2012
- Editions Nagel, 1946
- Lucien Fabre, Une nouvelle figure du monde. Les Théories d’Einstein, Paris, Payot, 1921 [lire en ligne]
- Par exemple pour le livre La relativité (Albert Einstein)
- Albert Einstein, Œuvres choisies, tome 4 : Correspondances françaises, (ISBN 978-2020101776)
Bibliographie [modifier]
- Lucien Fabre 1889-1952. Homme de sciences et de lettres & les siens, in Revue du Tarn, n° 228, décembre 2012. Contributions de Jòrdi Blanc, Jacques Fabre (neveu de Lucien Fabre) et Alexandre Moatti.