Arthur Mugnier

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Arthur Mugnier, connu sous le nom d’abbé Mugnier, né le 27 novembre 1853[1] à Lubersac (France) et décédé le 1er mars 1944 à Paris[1], est un prêtre catholique français, vicaire dans différentes paroisses de Paris. Célèbre pour avoir participé à la vie mondaine et littéraire parisienne il a laissé un "journal" tenu de 1878 à 1939 où il évoque ses relations avec les écrivains, les artistes et les membres de l'aristocratie et du gotha de son temps.

Il fut notamment proche de Huysmans, dont il relate la « conversion », mais aussi de la comtesse Greffulhe, de la princesse Marthe Bibesco, de la comtesse de Chevigné[2], de la comtesse Anna de Noailles et de Jean Cocteau.

Toutes ses archives, qui comportent 1 032 pages de manuscrits, ont été données aux archives de France en 1964 par la comtesse de Castries et Mme de Yturbe. Son journal est ainsi conservé par les Archives nationales sous la cote 258AP[3]. Le manuscrit de ce journal qu'il a tenu a tellement été remanié et réduit qu'on peut se demander s'il est encore « authentique »[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Ses grand-parents maternels, Théodore Zeller et Claire Vergand, étaient chapeliers à Commercy (Meuse). Sa mère, Victoire Zeller (1817-1903), quitta la Meuse pour Paris en 1832 et épousa en 1836 un architecte du nom de Mugnier. Ils eurent au moins deux enfants :

  • Paul qui mourut à Paris en 1876
  • Arthur (né à Lubersac le 27 novembre 1853- décédé à Paris le 1er mars 1944) qui devint prêtre.

Chargé en 1840 de la restauration du château de Lubersac par le marquis de Lubersac, le père d'Arthur Mugnier mourut prématurément et le marquis prit sous sa protection les enfants Mugnier. Il permit l'entrée du jeune Arthur au séminaire de Nogent-le-Rotrou. D'après la biographie de Ghislain de Diesbach, "l'Abbé Mugnier, le Confesseur du Tout-Paris", son père était en réalité une sorte de régisseur du château de Lubersac, le Marquis de Lubersac ayant été l'architecte véritable de la restauration du château.

Victoire Mugnier exercera une influence considérable sur son fils. C'est elle qui lui fait découvrir la littérature, notamment Châteaubriand, et pousse son fils vers le sacerdoce car elle y voit aussi une manière de monter dans la hiérarchie sociale. Arthur Mugnier chérit profondément sa mère dont il admire le courage dans l'expatriation (elle a dû quitter sa Lorraine natale pour le Limousin puis Paris) et l'adversité.

Carrière ecclésiastique[modifier | modifier le code]

Après un essai infructueux à la Compagnie de Jésus, Arthur Mugnier entame à l'âge de 18 ans des études au Petit Séminaire de Nogent-le-Rotrou. Il poursuit sa formation à Paris, au séminaire de Saint-Sulpice tout en développant son goût pour la littérature dont il révélera plus tard qu'elle était une vocation. Il critiquera souvent ce milieu clérical et la formation dispensée dont est bannie toute créativité. Il se montrera tout autant critique envers une hiérarchie ecclésiastique incapable de comprendre l'esprit de son temps. Il n'en sera pas moins un prêtre sincère assumant avec zèle ses fonctions. Il frappait par sa toute petite taille et ses soutanes élimées.

Vicaire à Saint-Nicolas-des-Champs, paroisse populaire du quartier des halles puis, à partir de 1881 à la très élégante église Saint-Thomas-d'Aquin, il est nommé en 1896 vicaire à la paroisse huppée Sainte-Clotilde. Sa lucidité sur le fonctionnement interne de l’Église, son ouverture d'esprit, mais aussi sa naïveté pour ne pas dire sa candeur, le firent maladroitement se compromettre par ses relations avec l'abbé Loyson, prêtre moderniste plus tard excommunié. Il fut mis en cause dans la presse par Louis Veuillot directeur du journal ultramontain "L'Univers" en 1909 et se défendit maladroitement.

Après avoir été écarté pendant un an de toute activité paroissiale à cause de la prétendue proximité qu'il aurait entretenue avec Hyacinthe Loyson et son fils, il dut en 1910 abandonner sa charge de vicaire contre celle d'aumônier des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny dont il démissionne quelques années avant sa mort, alors qu'il est devenu presque aveugle. En 1924, il avait été promu à la distinction de chanoine honoraire.

Vie mondaine et intellectuelle[modifier | modifier le code]

Fervent lecteur de Chateaubriand et se déclarant nostalgique de l'Ancien Régime, tout en étant partisan de la messe en français une fois ordonné prêtre et nommé vicaire à la paroisse Sainte-Clotilde (faubourg-Saint-Germain), l'abbé Mugnier devient le directeur spirituel du Tout-Paris intellectuel et mondain plusieurs décennies durant.

Introduit dans les milieux littéraires par Joris-Karl Huysmans, il est apprécié par la comtesse Anna de Noailles, la comtesse Greffulhe, la comtesse de Chevigné, estimé voire admiré par Proust, Barrès, Morand ou Valéry. Il est un confident du jeune Jean Cocteau. Parmi d'autres, il ramène Huysmans et la princesse Bibesco à la foi catholique.

L'abbé Mugnier possède un humour vif, et parfois corrosif. Certaines de ses répliques à l'emporte-pièce sont restées fameuses: A un dîner chez la duchesse de Rohan, sa voisine lui désigne une beauté sur le retour qui arbore une très jolie croix ancienne sertie de diamants sur une poitrine décharnée où saillent de grands os : “Avez-vous vu la croix ? demande la dame. “Non, réplique l’abbé, je n’ai vu que le calvaire…

En revanche, l'abbé Mugnier se montre très critique envers l' Action française de Charles Maurras et se heurte au mépris virulent de Léon Bloy.

Les horreurs de la guerre franco-allemande de 1870 et de la Commune de Paris avaient fait de lui un pacifiste convaincu. Dans son journal, il critique fréquemment l'absence de sentiments chrétiens dans le patriotisme exacerbé de son époque et, dépassant les passions nationalistes, il se révèle un admirateur de l'Allemagne de Goethe et de la musique de Richard Wagner.

Connu pour son allure de curé de campagne, avec sa soutane élimée et ses souliers à bout carré, il a tenu du 16 juin 1879 au 27 novembre 1939 un Journal de sa vie sacerdotale et mondaine, qui est aussi un document de l'histoire littéraire française. Il meurt à Paris en 1944 à l'âge de 91 ans.

La princesse Bibesco, après la mort de l'abbé, publie leur correspondance sous le titre Vie d'une amitié.

Surnoms[modifier | modifier le code]

Il était surnommé :

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Journal de l'abbé Mugnier, 1879-1939, Mercure de France, coll. « Le Temps retrouvé », 1985, ISBN 2-7152-1352-2.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies et études[modifier | modifier le code]

  • Henri Clouard,« Chanoine Mugnier » Histoire de la littérature française: de 1915 à 1940", 1949.
  • Ghislain de Diesbach, L'Abbé Mugnier, le confesseur du Tout-Paris, Perrin, 2003, ISBN 2-262-01970-3.
  • Etienne de Montety, « Ghislain de Diesbach - Chronique de la Belle Époque », Le Figaro Magazine, 11 octobre 2003.
  • Claire Paulhan, « L'abbé mondain », Le Magazine des lettres, 2003.
  • Benoît Pivert - Une soutane dans les salons. L'abbé Mugnier et son journal ([1]).
  • Benoît Pivert - L'abbé Mugnier et l'Allemagne. Un germanophile dans la tourmente. Allemagne d'aujourd'hui, no 191, janvier-mars 2010.
  • Gilles Sicart, "L'abbé Mugnier ou la mémoire des lettres" in Le Uhlan [2].

Ouvrages citant l'abbé Mugnier[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Notice d'autorité personne sur le site du catalogue général de la BnF
  2. Il était le confesseur de ces deux dernières
  3. Archives nationales
  4. A. d'Esneval, « Le journal de l’abbé Mugnier : un document très expurgé, parfois remodelé, peut-il être encore tenu pour authentique ? », dans Bulletin de la Société J.-K. Huysmans, no 78, t. XXII, 1986, pages 13-37.