Samuel Bernard

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Samuel Bernard

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Portrait de Samuel Bernard, par Nicolas Mignard.

Naissance 29 octobre 1651
à Sancerre
Décès 18 janvier 1739 (à 87 ans)
Nationalité Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Pays de résidence Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Profession Marchand grossiste
Financier
Ascendants
Conjoint
Magdelaine Clergeau
Mademoiselle de Saint-Chamans
Marie-Anne-Armande Carton (maîtresse)
Descendants

Samuel Bernard, comte de Coubert (1725), né à Sancerre le 29 octobre[1] ou le 28 novembre 1651[2] et mort le 18 janvier 1739, est un financier français.

Issu d'une famille protestante, il débute comme marchand de drap à Paris. Devenu « marchand banquier », il fait fortune à la fin du XVIIe siècle, en achetant les bâtiments pris par les corsaires et grâce à la traite négrière. Il se convertit au catholicisme à la révocation de l’Édit de Nantes. Il est, dans les années 1700, l'un des hommes les plus riches d'Europe et devient le principal banquier du royaume. Anobli et comblé d'honneurs, il s'attache à marier ses enfants dans les plus grandes familles de la noblesse de France.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Samuel Bernard naît dans une famille protestante d'origine hollandaise. Très jeune, il côtoie le milieu artistique. Son grand-père était peintre dans le faubourg Saint-Germain et son père est le peintre, graveur et miniaturiste Samuel-Jacques Bernard (1615-1687). Membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture à sa création en 1648, il en est nommé professeur en 1655. Ce dernier, selon les souvenirs apocryphes de la marquise de Créquy, « avait embrassé la secte d'Arminius [et] avait été contraint à s'expatrier. »

Du mariage de ses parents, célébré le 8 octobre 1645 au temple de Charenton, naissent neuf enfants, tous sont baptisés à Charenton, selon le rite réformé.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Les premières années de sa vie se passent dans une relative quiétude[2]. En France, l'Édit de Nantes (1598) reconnaît la liberté de culte aux protestants. Cependant, contrairement à son père et son grand-père avant lui, Samuel Bernard ne semble pas disposé pour les arts. Il est davantage attiré par le commerce. Son père étant amené à travailler pour la noblesse et la grande-bourgeoisie protestante parisienne, le jeune Samuel est fasciné par les tenues vestimentaires luxueuses que ces personnes revêtent[3]. Il est séduit par le côté artistique de cette industrie autant que par les perspectives financières qu'elle offre[Note 1].

Marchand de draps à Paris[modifier | modifier le code]

Aussi, après avoir été apprenti pendant trois ans; il devient, en 1676 « maître mercier grossiste pour draps d'or, d'argent et de soie de Paris »[3], à l'âge de 25 ans. Il exercera ce métier quelques années et réalisera des profits importants – quoique sans commune mesure avec sa fortune future –, mais son tempérament aventureux[3] l'incite à prendre des risques et il devient « marchand banquier » (grossiste en marchandises diverses).

Le contexte politique en France est alors tendu. La Fronde, les guerres menées par Louis XIV, la Guerre de Dévolution en 1667-1668 et la guerre de Hollande entre 1672 et 1678, et les scandales financiers (notamment celui lié au surintendant des finances Fouquet en 1666) ont considérablement entamé le Trésor royal. En 1672, pour financer la campagne de Hollande, Louis XIV fait appel à Colbert. Bien qu'hostile aux emprunts « qui dévorent l'avenir au profit du présent » ce dernier doit s'y résoudre.

Sur le plan religieux, les guerres successives avec les Provinces-Unies ravivent les suspicions envers les protestants, très présents dans l'industrie et dans le commerce[4], dans la première moitié des années 1680, aboutissant à la proclamation par le Roi de l'Édit de Fontainebleau en 1685, révoquant l'Édit de Nantes.

Une fortune acquise dans le commerce et les trafics[modifier | modifier le code]

Au moment de la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, il abjure le Protestantisme. Il crée, la même année, la Compagnie de Guinée, à la demande de Louis XIV[5], et étend ses intérêts à la traite des Noirs[Note 2].

Pendant ces années, les affaires de Samuel Bernard connaissent une grande expansion[6].

Jusqu'en 1695, il est engagé dans des opérations de banque. Il est chargé par le gouvernement de faire remettre leurs traitements aux ambassadeurs à l'étranger. Ces opérations, malaisées en temps de paix en raison des problèmes de conversion et des risques inhérents au transport de sommes en numéraire, étaient encore plus risquées en temps de guerre[7]. Il se substitue alors au Trésor royal et verse les salaires de vingt-et-un ambassadeurs de France, en prenant au passage de confortables commissions[Note 3]. Devenant de plus en plus influent à la Cour de France, il parvient à s'attacher la reconnaissance de plusieurs contrôleur généraux, notamment celles de Michel Chamillart.

À cette époque, il se met à trafiquer (c'est-à-dire racheter) les prises des corsaires royaux, encouragé notamment par des décisions de Pontchartrain, ministre de la Marine de Louis XIV de 1690 à 1691, autorisant la mise en vente des marchandises saisies en piraterie[8]. En 1696, il est associé à la Compagnie des Indes à l'achat des marchandises saisies sur des bateaux anglais, ce qui lui permet de réaliser des bénéfices considérables [Note 4]. Mais, se rendant compte de l'état réel des finances de la Compagnie, il décide de la quitter, tout comme son associé Antoine Crozat[6].

En effet, dans les années 1690, la France est en proie à des famines régulières[Note 5]. Samuel Bernard profite des relations d'affaires qu'il possède à l'étranger, notamment avec des marchands protestants émigrés[6], pour importer des denrées dont la France manquait. Il importe entre autres du blé[Note 6], et l’État lui confie des vaisseaux moyennant des frais d'affrètement avantageux[6]. En plus de son réseau de correspondants à l'étranger, il bénéficie d'une organisation financière remarquable. En effet, il est à l'époque l'un des seuls à pouvoir effectuer des virements, grâce à la confiance des banquiers étrangers. Ce faisant, il réduit les délais de manière importante, ce qui constitue avantage sur ses concurrents. Il emploie à l'époque une dizaine de personnes pour ses affaires.

Au tournant du siècle, il est en possession d'une immense fortune et sa maison de banque est considérée comme l'une des plus importantes du pays. Il parvient en une vingtaine d'années, et grâce à une capacité de travail hors du commun[Note 7], à une position influente parmi les sphères gouvernementales. Son réseau de correspondants en France, en Europe et en Amérique latine, lui permet d'être au courant des variations des taux de change et des prix des matières premières.

« Banquier des Rois et sauveur de l’État »[8][modifier | modifier le code]

De grand marchand, il devient, après 1700, grand banquier pour le compte du Trésor royal et finance notamment la guerre de Succession d'Espagne, de 1700 à 1714. Grâce à la confiance qu'il inspire, il parvient à emprunter dans des pays en guerre avec la France[Note 8], notamment en Suisse et en Hollande. Il fournit ainsi au Trésor royal deux cents millions de livres. Les gains énormes qu'il retire de ces prêts[Note 9] font de lui un homme puissant. Le duc de Saint-Simon le qualifie alors de « le plus fameux et le plus riche banquier de l’Europe » [8].

Ayant compris que le commerce, pour se développer, avait besoin que les billet de banque aient une valeur stable, et que cette condition ne pouvait être remplie que par le création d'une banque royale, Samuel Bernard défend – en 1706/1707 – l'idée d'une telle banque. Il bénéficie alors du soutien de Trudaine et de Caumartin et avait rallié à lui le contrôleur général des finances, Nicolas Desmarets. Mais, préoccupé par la guerre aux Pays-Bas, le roi s'y oppose. C'est le Régent qui demandera à l'Écossais John Law de créer une telle banque quelques années plus tard [Note 10].

Les jardins du Château de Marly par Pierre-Denis Martin en 1724

En 1708, Louis XIV, qui ne peut compter que sur son crédit, lui fait l'honneur de le recevoir dans les jardins de Marly. Pour que le roi n'eût pas à s'abaisser à recevoir en audience le financier, Desmarets organise une petite mise en scène qui a lieu à Marly :

« Le roi sur les cinq heures, raconte Saint-Simon, sortit à pied et passa devant tous les pavillons [...] Au pavillon suivant, le roi s'arrêta. C'était celui de Desmarets qui se présenta avec le fameux banquier Samuel Bernard qu'il avait mandé pour dîner et travailler avec lui. C'était le plus riche d'Europe et qui faisait le plus gros et le plus assuré commerce d'argent. Le roi dit à Desmarets qu'il était bien aise de le voir avec M. Bernard, puis, tout de suite, dit à ce dernier :
Vous êtes bien homme à n'avoir jamais vu Marly, venez le voir à ma promenade, je vous rendrai après à Desmarets.[...]
J'admirais, et je n'étais pas le seul, cette espèce de prostitution du roi, si avare de ses paroles, à un homme de l'espèce de Bernard »[9].

En effet, Desmarets qui n'était pas parvenu à convaincre Samuel Bernard de concéder un nouveau prêt au Trésor, demande au Roi de flatter ce dernier pour le faire changer d'avis. Bernard revient enchanté de sa promenade avec le Roi, et accorde à Desmarets les crédits que celui-ci lui demandait.

En 1709, il se tire d'une vraie banqueroute à Lyon, à l'époque la première place financière de France, où il ne peut pas tenir ses engagements. Soutenu par l’État, qui ne pouvait se permettre la faillite d'un financier si influent et si important pour ses finances, il parvient à un accord avec ses créanciers, bien que celui-ci soit en sa défaveur[10].

En 1714, la situation des finances du royaume devient intenable. La dette s'élève alors à 3,5 milliards de livres[11], soit l'équivalent d'une dizaine d'années de recettes. Son projet de banque royale ayant entrainé une spéculation importante de la part de financiers et d'agents de change, ces derniers sont inquiétés à la mort de Louis XIV, et plusieurs d'entre eux sont envoyés à La Bastille. En 1716, il échappe aux poursuites engagées contre les financiers en abandonnant six millions de livres à l'État.

Anoblissement et propriétés foncières[modifier | modifier le code]

Sa fortune assurée et son influence sur les finances du gouvernement établie, Samuel Bernard va chercher une reconnaissance, que l'argent seule ne pouvait lui apporter[Note 11]. Anobli par Louis XIV en 1699, sa soif de distinctions[12], dont il est lui-même conscient[Note 12], ne s'arrête pas là.

Alors qu'il est marié à sa première épouse, il entame une relation avec Marie-Anne-Armande Carton, également mariée[Note 13], qu'il comble de cadeaux et d'attention et avec qui il aura trois enfants entre 1706 et 1712. Le 30 avril 1722, il lui achète la terre et seigneurie de Passy, et dépense 300 000 livres pour restaurer le château et y aménager un jardin à la française[13].

En 1725, il est créé « comte de Coubert » par Louis XV en 1725. Le 29 décembre 1719, il avait en effet fait l'acquisition de la terre de Coubert (Seine-et-Marne) avec son château, qu'il fait reconstruire de 1724 à 1727, peut-être par Germain Boffrand. Il fait également construire à Paris un magnifique hôtel particulier au 46, rue du Bac et acquière la seigneurie de Glisolles en Normandie, en 1731.

Devenu un gros propriétaire foncier, il s'attache également à marier ses enfants et ses petits-enfants dans la meilleure noblesse de robe et d'épée, en leur accordant des dots importantes. Il offre à ces occasions des réceptions où se pressent les gens du monde et les gens de lettres.

Décès et postérité[modifier | modifier le code]

Samuel Bernard décède le 18 janvier 1739, à l'âge de 87 ans, des suite d'une artérite dont il souffrait depuis trois ans[14]. À sa mort, il laisse une immense fortune, évaluée à 33 millions de livres[15], que se partagent ses descendants.

À sa maîtresse, Madame Fontaine, il laisse « le château de Passy, deux immeubles à Auteuil, 355 marcs 6 onces de vaisselle en argent et la remise gracieuses de ses dettes et emprunts »[14].

Il comptait parmi ses emprunteurs une centaine de familles nobles en France et à l'étranger, mais également de membres de la haute-bourgeoisie française, un grand nombre d'hommes politiques, de fonctionnaires et de magistrats. Mais, grand seigneur, « par diplomatie et parfois poussé par un sentiment de bonté, Samuel Bernard savais oublier l'argent qu'on lui devait »[14]. En mariant ses descendants dans des familles nobles, il avait aidé celles-ci à redorer leur blason.

Famille et descendance[modifier | modifier le code]

Samuel Bernard est marié une première fois avec Magdelaine Clergeau, puis il se remarie en 1720 avec Mlle de Saint-Chamans, sœur d'une de ses belles-filles. Il a pour enfants :

Il a également trois filles naturelles nées de Marie-Anne-Armande Carton Dancourt, dite Manon, fille de l'acteur Florent Carton Dancourt, et épouse de Jean-Louis-Guillaume Fontaine (1666-1714), commissaire et contrôleur de la marine et des guerres au département des Flandres et de Picardie :

Aujourd'hui ses descendants directs sont les Forestier de Coubert (Touraine)

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
Blason de la famille Bernard.svg d'azur à l'ancre d'argent, senestrée en chef d'une étoile du même, rayonnante d'or[17],[18],[19].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La France dispose à l'époque de Manufactures célèbres dans l'Europe entière pour la confection d'habits en soie et en étoffes luxueuses.
  2. Il dispose d'une flotte de navires négriers basés à La Rochelle
  3. « 30 % pour Rome, Bâle et Livourne, 35 % pour la Hongrie (par l'intermédiaire de Constantinople), 50 % pour la Pologne, le Danemark, la Suède, la Hollande... Véritablement substitué au Trésor public, il assure la rémunération de vingt-et-un ambassadeurs ou agents de la force publique en Europe. En même temps, il se charge de fournir secrètement des subsides aux princes allemands, dont on s'assure ainsi l'appui ou la neutralité, tels que les électeurs de Cologne ou de Bavière. » (Saint-Germain, p. 65-66)
  4. « Il se rend en outre acquéreur de deux bateaux, ce qui, à la revente, lui laissera un bénéfice d'environ un million et demi de livres. Afin d'exclure les armateurs de Saint-Malo, ses concurrents, Samuel Bernard décide de s'assurer le bienveillance du roi, dont la trésorerie est mal en point, en lui offrant 300 000 livres. Il a réussi à évincer ses concurrents de la Compagnie des Indes. » (Saint-Germain, p. 13)
  5. Pendant les années 1693, 1697 et surtout 1698
  6. Félix-Hilaire Fortuné le qualifie de créateur entre autres de l'import-export
  7. « On le voit souvent donnant ses premiers rendez-vous à six heures du matin ou tard dans la nuit. » (Pollitzer p. 29)
  8. « C'est la personnalité du banquier qui, seule est considérée et il trouvera constamment à l'étranger des fonds que l'épargne française, épuisée ou réticente, est incapable de lui fournir. » (Pollitzer p. 30)
  9. « Toutes ces transactions sont forcément grevées de frais multiples [...] le gouvernement français doit les accepter sans discuter car sa trésorerie dépend en grande partie de la ponctualité de Samuel Bernard. » (Pollitzer p. 30)
  10. Le 2 mai 1716, un édit royal confie à l'écossais John Law le soin de créer une banque privée, sur le modèle de la banque d'Angleterre, qui prend le nom de Banque générale.
  11. « Ce qui l'obsédait tout autant, si ce n'est plus que l'argent, c'étaient les honneurs. » (Pollitzer p. 30)
  12. Il reconnaissait « qu'il en était avide et peut-être même un peu trop » (Pollitzer p. 30)
  13. confer Famille et descendance

Références[modifier | modifier le code]

  1. Lalanne, p. 264
  2. a et b Pollitzer, p. 11
  3. a, b et c Pollitzer, p. 12
  4. Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1904
  5. La Compagnie de Guinée, sur les Archives de France
  6. a, b, c et d Pollitzer p.22
  7. Pollitzer p.28
  8. a, b et c Fortuné, p. 66
  9. Saint-Simon, p. 457-459
  10. Pollitzer pp. 32-34
  11. Soit entre 25 et 50 milliards d'euros.
  12. Pollitzer p. 30
  13. Élisabeth de Gramont, p. 98
  14. a, b et c Pollitzer, p. 46
  15. Denis Diderot, p. 418
  16. Source : registre des mariages de la paroisse Saint-Roch de l'année 1722, page 14. Ce registre a été détruit lors de l'incendie de l'Hôtel de ville de Paris, le 24 mai 1871.
  17. La bibliothèque de l'Institut, Notice de la marque n° 173.
  18. Histoire générale illustrée des départements.... , Seine-et-Marne : histoire des communes, guerres, seigneuries, anciens monuments, églises, châteaux..., Maurice Pignard-Péguet, Gallica/BNF, page 179.
  19. Essais historiques et statistiques sur le département de Seine et Marne, Volume 2, Louis Michelin, page 349.

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]