Renée Vivien

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Renée Vivien

Description de l'image Renee-Vivien.png.
Nom de naissance Pauline Mary Tarn
Alias
Renée Vivien, Sapho 1900
Naissance 11 juin 1877
Londres
Décès 18 novembre 1909
Paris
Activité principale
poétesse
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement Parnasse

Renée Vivien, née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 », est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Renée Vivien vers 1905.

Pauline Mary Tarn, dont le pseudonyme est Renée Vivien, est la fille d'une Américaine et d'un Britannique fortuné (John Tarn) qui meurt en 1886, lui laissant un héritage qui la met à l'abri du besoin. Après sa scolarité – au cours de laquelle elle se fait remarquer par son attachement (amical et « sororal ») à son amie Violet (ou Violette) Shillito (qui décédera en 1901) — effectuée d'abord à Paris, ensuite à Londres[1], elle revient, à sa majorité en 1899, s'établir à Paris dans un luxueux appartement situé au rez-de-chaussée du 23 de l'avenue du Bois de Boulogne donnant sur un jardin japonais. Elle voyage beaucoup à travers le monde, le Japon, Mytilène et Constantinople figurent au nombre de ses destinations préférées. Elle vit une relation orageuse avec Natalie Barney, qu'elle quitte, trouvant ses infidélités trop accablantes, refusant même, à son retour des États-Unis de la revoir. Natalie, qui ne se résignera jamais à cette séparation, fera des efforts acharnés jusqu'à la mort de Renée pour la reconquérir, en lui envoyant des amis communs, Pierre Louÿs notamment, plaider en son nom, des fleurs et des lettres lui demandant de revenir sur sa décision.

Elle a, en revanche, une liaison plus stable avec la richissime baronne Hélène de Zuylen, mariée et mère de deux fils. Hélène lui apporte un équilibre émotif et une stabilité bénéfiques à sa création littéraire, rédigeant même quatre ouvrages en collaboration avec elle sous le pseudonyme collectif de Paule Riversdale. L'attribution réelle de ces ouvrages est incertaine, mais les chercheurs pensent qu'ils ont été écrits uniquement par Renée Vivien. Même les livres publiés sous le nom d'Hélène de Zuylen seraient, en réalité, dus à sa plume[2]. Bien que la position sociale de la baronne de Zuylen fasse obstacle à une relation publiquement affichée, toutes deux voyagèrent souvent ensemble et elles poursuivirent une liaison discrète de 1902 jusqu'à 1907. Les lettres de Renée à son confident, le journaliste et érudit Jean Charles-Brun (qu'elle appelle « Suzanne »), révèlent que celle-ci se considère mariée à la baronne.

Alors qu'elle vit toujours avec Zuylen, Vivien reçoit la lettre d'une mystérieuse admiratrice stambouliote, Kérimé Turkhan Pacha, épouse d'un diplomate turc (probablement Turhan Hüsnî Pacha), d'où s'ensuit, quatre ans durant, une correspondance intense, passionnée, suivie de brèves rencontres clandestines. Bien qu'éduquée à la française, Kérimé vit selon la tradition islamique (cf. Lettres à Kérimé parues en 1998). En 1907, la baronne quitte brusquement Renée pour une autre femme, donnant lieu à toutes sortes de commérages dans la coterie lesbienne de Paris. Profondément choquée et humiliée, Renée s'enfuit avec sa mère au Japon et à Hawaï, mais tombe sérieusement malade au cours du voyage. Le départ en 1908 de Kérimé pour Saint-Pétersbourg, pour suivre son mari en poste, met un terme à leur liaison, un nouveau coup dur pour Renée. Terriblement affectée par les pertes qu'elle a subies, la détresse psychologique dans laquelle elle se trouve déjà ne fait que s'accélérer. Elle s'adonne toujours plus à l'alcool et la drogue. Des auteurs d'ouvrages critiques tels que Martin-Mamy, Le Dantec, Kyriac et Brissac ont fait de Renée Vivien une femme du mal et de la damnation, perverse et libertine à la fin de sa vie, allant jusqu'à lui inventer une vie de débauches et d'orgies mariées à la consommation de cocaïne. Rien de tout ceci n'a jamais été avéré, les travaux sur sa vie et ses vers ont été influencés par les différentes idéologies des époques, considéraient encore l'homosexualité comme une grave névrose, une maladie mentale.

Plongée dans une dépression suicidaire, elle refuse de se nourrir convenablement, facteur qui finit par contribuer à sa mort dont elle a une image romantique. Lors de son séjour à Londres en 1908, dans un moment de découragement extrême et profondément endettée, elle tente de se suicider au laudanum après s'être allongée sur son canapé en tenant un bouquet de violettes sur son cœur. Après ce suicide raté, elle contracte une pleurésie qui la laisse affaiblie après son retour à Paris. Souffrant de gastrite chronique, due à des années d'abus d'alcool et d'hydrate de chloral, elle commence à refuser de s'alimenter. Au moment de sa mort, elle pèse à peine plus de 30 kilos. De multiples névrites lui paralysent les membres, elle se déplace, dès l'été 1909, à l'aide d'une canne. Morte au matin du 18 novembre, âgée seulement de 32 ans, son décès est attribué, à l'époque, à une « congestion pulmonaire », sans doute attribuable à une pneumonie compliquée par l'alcoolisme, la toxicomanie et l'anorexie. Enterrée dans le quartier où elle a vécu, au cimetière de Passy, sa tombe, située non loin de celle de Natalie Barney, est constamment fleurie, preuve que sa figure et son œuvre continuent de susciter une intense ferveur.

Il est possible de lire cette fin de vie difficile par les yeux de son amie Colette, dans Le pur et l'impur, paru en 1932, ou dans les Souvenirs indiscrets de Natalie Clifford Barney parus en 1960.

« Sapho 1900 »[modifier | modifier le code]

Le surnom de « Sapho 1900, Sapho cent pour cent » a été donné à Renée Vivien par André Billy, dans L'Époque 1900. Les alentours de l'année 1900 connaissent une floraison d'œuvres écrites par des femmes (Renée Vivien, Colette, Anna de Noailles, Lucie Delarue-Mardrus…), dont plusieurs affichent leurs relations homosexuelles. Ce phénomène met au goût du jour l'œuvre et le personnage de la poétesse Sappho. Renée Vivien en particulier fait construire une maison à Mytilène, sur l'île de Lesbos. Mais elle fait surtout paraître en 1903 un Sapho, dans lequel le texte grec est suivi d'une traduction en prose et des propres vers de Renée Vivien, vers dont l'atmosphère est davantage celle des Fleurs du mal de Baudelaire que celle de la Grèce archaïque. Ses vers ont toutefois une qualité poétique proche de l'original : Vivien utilise la strophe saphique avec une grande aisance. L'ouvrage de Vivien a contribué à ancrer dans le public la réputation d'une Sappho avant tout lesbienne[3].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Au cours de sa brève vie, Renée publie son premier recueil sous le nom de plume « R. Vivien », nom qui devient, au fil de ses publications « René Vivien » puis enfin Renée Vivien. Très prolifique, elle a été surnommée la « Muse des violettes », pour son amour de cette fleur (et de la couleur violette), dont l'obsession est une évocation de Violet Shillito, son amie d'enfance. Son premier recueil de poèmes, Études et préludes, parait en 1901. Ses vers suivants, rappellent ceux de Baudelaire et de Verlaine chantant les amours lesbiennes. Sa poésie, d'une nature autobiographique à peine voilée, suscite, comme les œuvres de Natalie Barney, un intérêt croissant au sein d'un public grandissant.

L'œuvre complète de Renée Vivien consiste en :

  • Un journal intime écrit dès 1893 ;
  • Douze recueils de poésie, soit plus de cinq cents poèmes ;
  • Deux ouvrages de traductions de poétesses grecques dont Sappho ;
  • Sept volumes de prose ;
  • environ une dizaine de romans, signés sous ses différents pseudonymes ;
  • des nouvelles ;
  • ses correspondances avec Colette, Natalie Clifford Barney, Kérimé Turkhan Pacha, Amédée Moullé et Jean Charles-Brun.

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

  • Sapho, recueil de traductions et d'adaptations des textes de la poétesse grecque Sappho.Lire en ligne ;
  • Du vert au violet, prose poétique, première signature Renée Vivien ; Lemerre 1903.Lire en ligne
  • Une femme m’apparut (1904), roman autobiographique ;
  • La Dame à la louve,‎ (1904), nouvelles (lire sur Wikisource), réédité aux éditions Gallimard en 2007 ;
  • Les Kitharèdes (1904), traductions modernes de huit poétesses grecques ;
  • La Vénus des aveugles (1904), recueil de poèmes ;
  • Une femme m'apparut (1905), nouvelle version de son roman autobiographique ;
  • À l'heure des mains jointes (1906), recueil de poèmes ; Lire en ligne
  • Flambeaux éteints (1907), recueil de poèmes ; Lire en ligne
  • Chansons pour mon ombre (1907), anthologie poétique publiée sous la nom de Pauline M. Tarn ;
  • Plusieurs proses ironiques et satiriques (1907) ;
  • L'Album de Sylvestre (1908), volume d'aphorismes ;
  • Sillages (1908), recueil de poèmes et de prose poétique ;
  • Anne Boleyn (1909), biographie ;
  • Anthologie de ses poèmes en prose après remaniement (1909) ;
  • Œuvres intimes inédites : Le papillon de l'âme, publication posthume en 2011.
  • Dans un coin de violettes recueil posthume de poèmes ;
  • Le Vent des vaisseaux recueil posthume de poèmes ;
  • Haillons recueil posthume de poèmes.

Renée Vivien a également écrit plus de dix ouvrages sous le pseudonyme de Paule Riversdale ou en collaboration avec Hélène de Zuylen de Nyevelt de Haar.

L'œuvre poétique de Renée Vivien a été republiée dans sa quasi intégralité chez ErosOnyx en 4 volumes :

  • Études et Préludes, Cendres et Poussières, Sapho (2007)
  • Les Kitharèdes avec le texte grec (2008), avant-propos de Marie-Jo Bonnet
  • Sapho avec le texte grec (2009), avant-propos de Yvan Quintin
  • Poèmes : 1901-1910 (2009), avant-propos de Nicole G. Albert

Autres rééditions :

  • Œuvres poétiques, 1901-1903, 2007, aux éditions Paléo (Études et préludes, Cendres et poussières)
  • Du vert au violet, 2009 ; Brumes de Fjords, 2010 ; Chansons pour mon ombre, 2010, aux éditions du Livre unique avec un appareil critique de Victor Flori ;

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. cet « exil » lui permet d'avoir une belle correspondance littéraire avec Amédée Moullé en 1893 alors qu'elle a seize ans et lui cinquante
  2. Jean-Paul Goujon, « Renée Vivien et ses masques », À l'écart, no 2,‎ avril 1980 (OCLC 800163988)
  3. Édith Mora, Sappho : Histoire d'un poète et traduction intégrale de l'oeuvre de Sappho, Flammarion,‎ 1966, 463 p. (OCLC 1955660), p. 197-200

Liens externes[modifier | modifier le code]

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