Robert Aldrich

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Robert Aldrich est un réalisateur américain né le à Cranston, (Rhode Island, États-Unis), mort le d'une maladie des reins à Los Angeles (Californie).

Biographie[modifier | modifier le code]

Les débuts[modifier | modifier le code]

Aldrich est né dans le milieu de la finance, de la banque et de la politique américaine. Mais, peu intéressé par ses études d'économie politique, il ne parvient pas à décrocher son diplôme. Grâce à sa famille qui a des intérêts dans les studios, il entre en 1941 à la RKO Pictures comme employé de production. Il devient bientôt second assistant réalisateur en 1942, ce qui lui permet de travailler avec Robert Stevenson, Edward Dmytryk, William Seiter, Jules Dassin et Leslie Goodwins.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, se trouvant réformé, il profite du manque de main-d'œuvre à Hollywood pour accéder au poste de premier assistant réalisateur sur des courts métrages. Il quitte la RKO Pictures en 1944 et assiste Jean Renoir pour L'Homme du Sud. Il commence alors une carrière de premier assistant réalisateur au sein de plusieurs majors hollywoodiennes avec des réalisateurs reconnus tels Lewis Milestone (L'Emprise du crime, 1946, Arc de Triomphe, 1948 et Le Poney rouge, 1949), William A. Wellman (Les Forçats de la gloire, 1946), Richard Fleischer (Sang et or), Max Ophüls (Pris au piège) et Abraham Polonsky (So This Is New York, 1949) Joseph Losey (M et Le Rôdeur, 1951), Irving Reis ainsi que Charles Chaplin (Les Feux de la rampe). Cette première partie de carrière, riche en collaborations, lui permet d'acquérir un solide savoir-faire : « Ce qu'on apprend à ne pas faire est aussi important que ce qu'on apprend à faire. On observe les maîtres dont Milestone, Losey, Wellman, Dassin, Reis et on apprend beaucoup... J'ai travaillé aussi avec de très mauvais réalisateurs que je ne nommerai pas, et dans ces cas, on se promet de ne pas faire les erreurs qu'ils font[1]. »

La carrière d'Aldrich réalisateur commence à la télévision. De la même façon qu'il avait su profiter des besoins en personnels des studios pendant la guerre, il profite des difficultés que rencontrent les télévisions new-yorkaises pour trouver des réalisateurs de qualité afin de mettre en boîtes leurs séries de plus en plus nombreuses et populaires. Aldrich accepte de réaliser des épisodes de série pour NBC : The Doctor, Four Star Playhouse, China Smith. En 1953, Aldrich se voit confier par une petite unité de production de la MGM sa première réalisation cinématographique, The Big Leaguer avec Edward G. Robinson avant de retourner à la télévision réaliser des épisodes de la série China Smith qui lui inspirent son deuxième film, Alerte à Singapour.

Premiers films, premiers succès, premiers avatars[modifier | modifier le code]

Le film est remarqué par Burt Lancaster et Harold Hecht qui confient à Aldrich leur prochaine production Bronco Apache en 1954. Le personnage de Massaï interprété par Burt Lancaster est «le dernier Apache qui lutte au monde». Bronco Apache est l'un des premiers films hollywoodiens à prendre fait et cause pour les Indiens, quatre ans après La Flèche brisée et La Porte du diable. Bien que la fin qui prévoyait la mort de Massaï ait été transformée en happy-end sous la pression d'United Artists, le film est en rupture avec les indiens renégats ou fiers guerriers d'Hollywood et Aldrich dira plus tard que son film «avait quinze ans d'avance sur son temps et prenait une position très ferme par rapport aux atroces injustices subies par les Indiens[2].» Le film est particulièrement remarqué et remporte un grand succès public ce qui permet à Aldrich de rempiler sur la production suivante de Hecht-Lancaster, Vera Cruz.

Vera Cruz qui sort quelques mois après Bronco Apache est une production importante pour l'époque, 3 millions de dollars, mais il est tourné dans une grande improvisation. Celle-ci sera cependant plutôt bénéfique au film. Comme Bronco Apache, Vera Cruz marque une rupture dans l'histoire du western. C'est la première fois que l'on ose porter à l'écran des héros aussi crapuleux et violents, attirés par le seul appât du gain et étrangers à toute morale. Même si son personnage évolue positivement, Gary Cooper y incarne le rôle le plus noir de sa carrière. Vera Cruz annonce le western des années 1960 : Les Sept Mercenaires, Pour une poignée de dollars et surtout La Horde sauvage. Le film remporte à nouveau un énorme succès et Aldrich est désormais perçu comme un cinéaste visionnaire. Il a toute liberté pour son film suivant qu'il auto-produit, En quatrième vitesse.

Après avoir dynamité le western, Aldrich s'attaque au film noir en adaptant un banal roman de Mickey Spillane qu'il transforme en cauchemar apocalyptique. En quatrième vitesse (Kiss Me Deadly) est considéré comme le chef d'œuvre d'Aldrich. On y retrouve son goût de la violence poussée à l'extrême (le film est une succession de meurtres) et sa volonté de détruire la mythologie du héros hollywoodien, ici le personnage du privé décrit comme un fasciste sordide aux méthodes brutales et cyniques. Aldrich se joue également des conventions lorsqu'il fait défiler le générique de début à l'envers. Cette œuvre se veut une dénonciation du maccarthisme et d'une société américaine rongée par la peur, confrontée au péril nucléaire. «Le film traite de l'atroce période que ce pays a traversée pendant McCarthy et des suites qu'elle a eues. McCarthy n'était pas encore liquidé. le procès commença à l'époque où le film sortit mais l'angoisse était encore là pendant que nous tournions. La référence au maccarthysme était notre seule justification théorique pour faire ce film. Nous ne voulions pas faire une adaptation de Spillane. Nous nous sommes servis de lui pour faire passer certains commentaires[3].» Le film est mal compris aux États-Unis mais célébré en Europe, Aldrich réussissant l'exploit de réconcilier sur son nom Roger Tailleur de Positif et François Truffaut des Cahiers du cinéma. Le film est aujourd'hui conservé au National Film Registry.

Le succès commercial d'En quatrième vitesse permet à Aldrich de monter sa société de production, Associates and Aldrich en 1955. La première production de la compagnie est l'adaptation d'une pièce à succès de Broadway, Le Grand Couteau avec Jack Palance qu'Aldrich dirige pour la première fois. Le film aborde le milieu du cinéma, et Aldrich en profite pour peindre le portrait d'un producteur qui endosse toutes les tares d'Hollywood et les bassesses de la nature humaine. Le personnage se veut une synthèse de Louis B. Mayer, Jack Warner et Harry Cohn. «Il est bien évident que Rod Steiger et moi, nous nous sommes amusés à en remettre un peu[4].» le film est un échec commercial mais remporte le Lion d'argent de la Mostra de Venise. En difficulté financière, Aldrich doit signer un contrat de deux ans pour la Columbia Pictures dirigée par Harry Cohn et tourne le mélodrame, Feuilles d'automne avec Joan Crawford. Lié par son contrat, alors qu'il aurait souhaité vieillir davantage Crawford, Aldrich ne peut donner la pleine mesure de son talent. le film est cependant salué à la Berlinale où il remporte un Ours d'argent.

Pour la deuxième production d'Associates and Aldrich, Aldrich réalise son premier film de guerre, Attaque et dirige à nouveau Jack Palance. Aldrich renoue avec son cinéma violent et sans concession. Il rompt avec les films de guerre qui dénoncent la guerre comme une absurdité et refuse de montrer le grand spectacle de la guerre. Ce qui intéresse Aldrich ce sont les hommes dans la guerre, et tout particulièrement la tension qui règne entre eux, leurs traumatismes. Il insiste également sur la lâcheté et le carriérisme des officiers. Ce film est l'un des rares films hollywoodien à n'avoir pas reçu le soutien technique et matériel de l'US Army. Il fut très mal accueilli aux États-Unis, mais Aldrich est de nouveau encensé en Europe où le film remporte le prix de la critique à Venise en 1956. Attaque est une provocation de trop pour Hollywood, et Harry Cohn qui s'était sans doute reconnu dans le personnage du producteur du Le Grand Couteau (1957) licencie Aldrich qu'il soupçonne d'être sympathisant gauchiste tandis qu'il honore sa deuxième commande pour Columbia, Racket dans la couture. Rejeté par Hollywood qui ne le lui fait plus confiance, Aldrich doit s'exiler en Europe à la fin des années 1950.

À Berlin, il tourne pour la Hammer Film Productions Tout près de Satan puis en Grèce et à Londres, Trahison à Athènes. Les deux films sont des échecs artistiques comme financiers. Les films sont mutilés par les producteurs qui suppriment de nombreuses scènes au montage. Aldrich n'est pas à l'aise en Europe. Il rencontre de grandes difficultés pour diriger des équipes étrangères et polyglottes. Il retourne temporairement aux États-Unis pour tourner El Perdido écrit par Dalton Trumbo, produit et interprété par Kirk Douglas avant de participer avec Sergio Leone au désastreux et impersonnel, Sodome et Gomorrhe. Les critiques, très favorables à Aldrich, commencent à douter de son talent.

Retour d'exil, une carrière en dents de scie[modifier | modifier le code]

Aldrich retourne aux États-Unis en 1962 et commence à travailler à Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?. Avec ce film, Aldrich renoue avec le style de ses débuts et explore à nouveau le microcosme hollywoodien. Il pousse la confrontation entre Bette Davis et Joan Crawford aux limites de la cruauté et de la folie. Le film est accueilli très favorablement par le public qui lui fait un triomphe alors qu'il est sifflé par les critiques au Festival de Cannes. Ce succès amène Aldrich à tenter de reformer l'équipe du film (Olivia de Haviland devra remplacer Joan Crawford) dans Chut... chut, chère Charlotte (1964) qu'il réalise juste après son western parodique, Quatre du Texas (1963). Le seul film de cette période qui connut un échec commercial est Le Vol du Phœnix (1966) avec James Stewart, cependant Aldrich est de nouveau sollicité par les studios, et la MGM lui confie Les Douze Salopards en 1967. Il aborde à nouveau la violence dans la guerre, et surtout les exactions des militaires. Aucun des héros n'est sympathique. «J'ai essayé de dire dans ce contexte, que ce ne sont pas seulement les Allemands qui prennent prétexte de la guerre pour commettre des actions particulièrement atroces, et que les Américains et d'autres aussi agissent de même. La guerre est déshumanisante. Il n'y a pas de guerre propre. Quand quelqu'un est impliqué dans une guerre, il l'est bel et bien, point final[5].» Le succès du film permet à Aldrich d'acquérir ses propres studios. Il rachète les anciens studios de la Famous Players-Lasky construits en 1913.

Après le succès des Douze Salopards, Aldrich revient à un sujet qui le fascine, Hollywood, dans Le Démon des femmes qu'il réalise pour la MGM et qui est une nouvelle description impitoyable des mœurs hollywoodiens. Le film est un échec et Aldrich tente de renflouer ses finances en reprenant les recettes de Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? et Chut... chut, chère Charlotte avec Faut-il tuer Sister George ?(1968). Cette fois-ci l'action se déroule dans le milieu de la télévision et des séries. Le film est à nouveau mal reçu par le public.

Aldrich, pour sauver son studio, entreprend un nouveau film de guerre, Trop tard pour les héros en 1970. Durant la guerre du Pacifique, une patrouille anglaise accompagnée d'un lieutenant américain se retrouve piégée derrière les lignes japonaises. C'est de nouveau le comportement des hommes qui intéresse Aldrich pour qui les actes héroïques ne sont que le fruit du hasard. Lâcheté et courage sont d'égales valeurs. La guerre est à nouveau décrite comme sale, cruelle et violente, à l'opposé des films hollywoodiens qui mettent en valeur héroïsme et courage. Comme les précédents films réalisés dans ses studios, le film est un échec commercial. Aldrich se tourne alors vers le film de gangsters, Pas d'orchidées pour miss Blandish (1971) dans lequel il peut donner libre cours à son goût pour les personnages violents, antipathiques, névrosés et psychopathes. L'année suivante, il retrouve Burt Lancaster dans Fureur apache et les thèmes développés dans Bronco Apache. Mais cette fois-ci Aldrich, à contre-courant des westerns pro-indiens et bien pensant de l'époque, évoque la violence d'hommes en lutte pour leur survie. Le film est mal compris et accusé de racisme. Aldrich doit se résoudre à vendre son studio. Il prévoyait d'y tourner de huit à seize films sur une période de cinq ans. En 1973, il n'en aura réalisé que cinq et produit qu'un seul (Qu'est-il arrivé à Tante Alice ?). Aldrich conserve cependant sa société de production renommée en Aldrich Company.

Cinéaste de l'affrontement, des corps-à-corps, Aldrich va transposer ceux-ci dans le milieu des vagabonds de la Grande dépression avec L'Empereur du Nord (1973) avant de trouver dans le sport et Plein la gueule (1974) avec Burt Reynolds un sujet qui convient à son cinéma physique. Il retrouve Burt Reynolds l'année suivante dans le polar noir, La Cité des dangers. Ces deux films sont des succès public, et Aldrich se voit confier par Lorimar Productions la réalisation de L'Ultimatum des trois mercenaires. Mais, charcuté au montage par la production, le film est un échec. Lorimar garde cependant sa confiance en Aldrich et produit Bande de flics qui est un nouvel échec. Le ton violent et grossier du film et des policiers est rejeté par la critique et les spectateurs. Pour retrouver le succès, Aldrich se lance dans l'humour juif, alors à la mode, qu'il transpose dans l'univers des westerns dans Un rabbin au Far West (1979). Pour son dernier film, Deux filles au tapis (1981), sur le catch féminin, Aldrich réussit son dernier morceau de bravoure cinématographique : « c'est un mélange de sophistication et de brutalité, de musique et de hurlements, de chorégraphie et de coup de poings, de sang et de strass, d'élégance et de violence, dont la réussite peut être considérée comme une sorte de testament esthétique du cinéaste Robert Aldrich[6]. »

Filmographie sélective[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste THORET, Le Cinéma américain des années 1970 (Cahiers du Cinéma, 2006)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Higham, Joël Greenberg, The Celluloid Muse. Hollywood Directors Speak, 1969.
  2. Pierre Sauvage, Entretien avec Robert Aldrich, Positif, juin 1976.
  3. Pierre Sauvage, Op. cit.
  4. Cahiers du cinéma, novembre 1956.
  5. Cahiers du cinéma, juin 1976.
  6. Positif, mars 1982.